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Thalye sauta sur le siège à l'avant du bus, juste à côté de son grand frère adoré. Elle lança un regard amusé à droit et à gauche, il n'y avait personne d'autre.

- Personne ne va à l'école ? Ils sèchent tous ? On peut sécher aussi ? Wouai, c'est les vacances ! hurla-t-elle aux deux pauvres personnes sujettes à ses cris.

- Non, on est les premiers que le bus vient chercher.

- Donc on va à l'école ?

- Euh... oui, répondit Calliste avec hésitation, craignant de la décevoir.

- Trop cool ! s'écria-t-elle en levant les bras. Mon premier jour !

Pour la première fois, Calliste eut peur pour sa sœur. Ses contradictions faisaient d'elle une personne atypique et étrange, peu de gens pourrait la comprendre véritablement. Et de ce qu'il avait expérimenté à l'école, les gens là-bas n'aimaient pas trop les gens différents, et même si Thalye ne se souciait guère des autres, pourrait-elle vraiment faire face à tous les élèves ?

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Mais Calliste avait eu tort de se faire du souci pour sa sœur. À peine deux heures après sa rentrée, elle parlait déjà avec tout un tas d'amis à la récréation. L'assurance de sa sœur l'avait toujours étonné et c'est sans aucun doute ce qui devait plaire chez elle. Elle était certes différente, un peu lofoque et perchée, mais elle l'assumait et savait s'y prendre avec les autres.

Contrairement à lui...

- Dis, c'est pas ton frère là-bas ?

- Où ça ? demanda la fillette en regardant autour d'elle.

- Là-bas, contre le mur... il a pas l'air bien...

Sans prendre la peine de réfléchir, Thalye se dirigea vers son frère et l'autre garçon.

- Alors comme ça ta sœur est à l'école ? Tu vas pouvoir te cacher dans sa jupe, minable.

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- Qui est-ce que tu traites de "minable" ? tonna-t-elle dans son dos.

L'autre garçon se retourna, la mine mauvaise. Comment une fille osait le défier ?Même les autres garçons savaient qu'ils ne devaient pas s'y essayer. 

- Tiens, tiens, voilà la sœur en question, venu sauver ce faible.

- Je ne le sauve pas, j'évite que des imbéciles lui parlent.

- Qui tu traites d'imbécile ?

Le ton montait. L'autre garçon bouillonnait de rage. Fille ou pas, le traitement était le même pour tous, et il n'hésiterait pas à user de la violence sur quiconque le provoquerait. Ses petits poings étaient déjà serrés et prêts à frapper.

- Toi, bien sûr, qui d'autre ? répondit la jeune muse avec une honnêteté et une assurance déstabilisantes, si déstabilisantes que l'autre garçon, sûr que la fille allait préférer se faire toute petite, lâcha un petit cri de stupéfaction. Tu vois, ajouta-t-elle, tu ne t'attendais pas à ce que je te réponde ça et tu es en train d'avoir peur.

- J'ai pas peur d'une fille, d'abord ! lui cracha l'autre au visage.

Profitant de son incertitude, Thalye fronça les sourcils, pour lui montrer qu'elle n'avait pas peur de lui et qu'elle était en colère. Le garçon se forçait à ne pas montrer sa peur, mais elle pouvait la sentir. Vaincu, il jeta un regard mauvais à Calliste, puis à sa sœur, avant de partir, non sans proférer mille menaces entre ses dents.

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Tendant la main à son grand frère, Thalye le releva en un geste tout en lui jetant un regard accusateur. Elle n'avait jamais regardé quelqu'un avec un tel regard, et surtout pas lui. Depuis sa naissance elle le regardait avec son regard bienveillant de petite sœur protectrice et aimante. Jamais elle n'avait été en colère contre lui. Jamais.

- Thalye... bégaya-t-il.

- Tu n'as jamais rien dit ! s'emporta-t-elle, déçue. Pourquoi tu n'as jamais rien dit ? 

Pour la première fois de sa vie, Thalye ne souriait plus. Son frère adoré se faisait martyriser, depuis sans aucun doute des années, et jamais il n'avait rien dit. C'était sérieux ! Pas de quoi rire ou sourire !

- Je pouvais pas...

- Mais on se dit tout, non ? demanda la fillette, blessée.

- Je suis désolé. Le dis pas à papa et maman, s'il-te-plaît. Je veux pas qu'ils s'inquiètent.

- Mais c'est important ! Il faut qu'ils sachent !

- S'il-te-plaît.

Ses yeux brillèrent, les larmes voilaient ses yeux gris. Thalye détestait le voir ainsi. Elle détestait voir toute personne pleurant. Elle détestait les pleurs, adulait le rire. Mais ne fallait-il pas qu'elle prévienne ses parents, afin que la situation de son frère s'améliore ?

- Maintenant que tu es là, je suis sûr que je peux leur faire face. Pas besoin de prévenir papa et maman. Je te jure.

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Insouciante et immature qu'elle était, elle voulut le croire, et le crût, l'enlaçant dans la seconde, comme si rien ne s'était passé, et rien ne se produirait.

- Je te protégerai toujours, promit-elle.

Il sourit. Si seulement c'était lui qui pouvait la protéger, lui qui assumait son rôle de grand frère et pas l'inverse... Les autres avaient peut-être raison, il n'était qu'un minable qui se cachait derrière sa sœur.

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- Alors, comment s'est passée cette première journée d'école ? demanda Clio à sa fille.

La fillette lui raconta avec enthousiasme toutes les péripéties de sa journée, le nom de son professeur, de ses camarades, de tous les amis qu'elle avait eu le temps de se faire en moins de deux heures, de tout ce qu'elle avait déjà appris, de ce qu'elle avait mangé le midi. On ne pouvait l'arrêter, elle parlait, parlait, parlait.

- Et j'ai vu Calliste aussi ! Et...

Elle croisa le regard de son frère, en face d'elle. Silencieusement, il l'implorait de ne rien révéler. C'était stupide, pensait-elle, mais elle ne voulait pas le blesser. Alors elle ne finit jamais sa phrase.

~*~

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Thalye devint rapidement la fille la plus populaire de l'école, supplanta même les adolescentes les plus populaires de seize ans du lycée. Tout le monde, sauf les rares jaloux, aimait sa simplicité déconcertante, son humour naturel et son sourire. Elle était tellement drôle et sympathique que tous les élèves voulaient une place dans son cercle d'amis. Mais, même si tout cela l'amusait, elle ne souciait que peu. La seule personne qui comptait réellement à ses yeux était son frère. Il était la seule et unique personne avec qui elle voulait passer du temps, et personne ne comprenait pourquoi elle préférait perdre son temps avec un ringard de ce genre qu'avec des amis cools.

- Cette semaine, on va jusqu'au phare, hein ?

- C'est trop loin, je te l'ai déjà dit... Maman ne veut pas qu'on aille aussi loin de la maison.

- La colline est déjà bien assez loin, quelques centaines de mètres en plus, ça se verra pas.

Elle se leva et se dirigea en courant vers le phare, malgré les protestations de son frère, qui n'avait décidément, comme personne d'autre d'ailleurs, aucune autorité sur elle.

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- Waaaa...

- C'est le même paysage, sauf qu'on voit pas le phare, fit remarquer Calliste.

- Faux. C'est pas le même paysage, vu qu'on est pas au même endroit, logique, dit-elle en en tapotant son front. Et le vent est plus fort aussi, on pourrait presque voler ! Regarde !

Elle écarta les bras. Le vent s'engouffra dans les manches de sa robe et dans sa capuche à une vitesse folle, la faisant tomber à terre. Mais il en fallait plus pour la décourager, et elle retenta, cette fois en résistant au vent. Son rire s'éleva.

- Essaye, Calliste, c'est génial !

- Je... J'ai pas très envie...

- Allez, tu peux pas voler sans essayer !

Elle ne volait pas réellement, avait-il envie de lui dire, mais jamais une remarque pareille ne pourrait entacher son enthousiasme.

- Thalye !

Sous le coup de la surprise, elle se déconcentra et tomba lourdement.

- Pardon, ça va ? s'inquièta son frère.

- Je vais bien, t'inquiète pas. Qu'est-ce qui y'a ?

- Il faut qu'on rentre, maman a dit qu'on ferait mon anniversaire vers 10h !

Elle regarda sa montre.

- Ah oui, en effet... En route !

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Les deux enfants arrivèrent juste à temps pour l'anniversaire, essoufflés, mais à temps. Tout était déjà prêt à leur arrivée. Le cœur battant, le jeune garçon s'avança vers le gâteau et les bougies dégoulinantes de cire.

En grandissant, Calliste ressemblait de plus en plus à son père, au grand plaisir de Clio qui avait toujours craint de le voir lui ressembler, et ainsi ressembler à Zeus.

- Comment t'es trop beau ! s'extasia Thalye qui se sentait soudainement petite.

- Merci, dit le jeune homme en rougissant.

- Le gâteau maintenant ! hurla-t-elle en se ruant dessus, sous le rire général de la famille. 

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Plus tard dans la journée, Thalye exprima d'une voix forte son envie de jouer dehors, malgré les nuages d'hiver chargés de neige qui menaçaient la ville.

- Il faut en profiter avant que la neige recouvre tout ! avait-elle justifié.

Calliste l'accompagnait. Il accompagnait toujours sa sœur, de gré ou de force.

- Il commence à faire froid, on devrait rentrer, déclara-t-il.

- Tu n'as qu'à porter des manches longues aussi ! Wihiii !

Il sourit.

- Dis Calliste ? 

- Oui ? demanda-t-il en relevant la tête.

- Maintenant que t'es grand, tu peux avoir une copine, dit-elle d'un ton malicieux.

- Haha, oui, mais pour l'instant, ça ne m'intéresse pas.

- Pourquoi ? Moi si, j'ai déjà eu plein d'amoureux ! se vanta-t-elle.

- Plein d'amoureux, n'est-ce pas ? releva-t-il du même ton malicieux que sa sœur.

- On rentre ? J'ai envie de regarder un film, changea-t-elle de sujet.

Il leva les yeux au ciel. Elle ne perdait jamais le nord.

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- Tu ne m'as pas dit combien tu avais eu d'amoureux, relança Calliste devant le film.

- Si je t'ai dit, plein ! Tous les garçons veulent être mon amoureux.

Calliste s'esclaffa.

- Quoi ? Pourquoi tu rigoles ?

- Parce que ça ne m'étonne pas ! avoua-t-il les larmes aux yeux, tant il riait.

- Tu pleures ? s'inquièta-t-elle.

- Non, non, je ris, c'est tout, la rassura-t-il en séchant ses larmes d'un revers de main.

Elle sourit, dévoilant toutes ses dents, ainsi que les trous que formaient ses dents de lait perdues.

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- Regarde, il neige ! s'écria-t-elle en délaissant le film pour courir à la fenêtre, les yeux pétillants. On va pouvoir jouer dans la neige !

Elle s'imaginait déjà courant dans la neige lui arrivant aux genoux, se laisser tomber dedans, faire un ange de neige, puis un bonhomme, puis une bataille, puis rentrer au chaud pour boire un chocolat, aux côtés de son grand frère. Elle avait hâte.

- On y va, on y va, on y va ?

- Demain. Il est trop tard aujourd'hui, c'est l'heure d'aller au lit !

- J'ai pas sommeil, je veux y aller !

- Tu iras demain.

- Méheu !

Elle fit la moue.

- Pas la peine de faire cette tête, je n'y crois pas une seconde.

Percée à jour, elle dévoila son vrai visage, souriant. Une nuit. Une seule nuit, et elle pourrait jouer dans la neige...

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- Réveille-toi, réveille-toi, réveille-toi ! scanda Thalye en entrant en trombe dans la chambre de son frère. Réveille-toi, c'est aujourd'hui qu'on va jouer dans la neige !

- Il est quelle heure ? marmonna le jeune homme encore endormi.

- Huit heures, et c'est déjà trop tard, allez !

Elle trépignait, impatiente. Incapable de tenir en place, elle tapait du pied en répétant "allez".

- J'arrive... bougonna Calliste. J'ai le temps de prendre mon petit déjeuner au moins ?

Elle sembla réfléchir une seconde, le temps de considérer la question de son frère.

- Oui, mais vite !

Elle détala, partie faire son petit-déjeuner sans doute, et Calliste se laissa tomber sur son lit, frottant ses yeux fatigués. Il aimait sa sœur plus que tout au monde, mais son rythme effréné l'épuisait. Elle ne s'arrêtait jamais de courir, de hurler, de rire, de parler. Jamais. Sa joie était épuisante.

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Une heure plus tard, la famille entière profitait de la neige tombée durant la nuit. Clio et Andreïs s'occupait à faire un bonhomme de neige, retrouvant leur âme d'enfant, tandis que Thalye, comme elle l'avait initialement prévu la veille, s'atelait à faire le plus bel ange dans la neige fraîche et encore intacte de toute trace.

- Tu fais quoi ? demanda-t-elle ensuite à son frère, une fois son ange fini.

- Je construis un igloo.

- Génial... souffla-t-elle, impressionnée. On pourra vivre dedans ? Comme les inuits ? Papa, on pourra vivre dedans ?

- Euh... oui, si tu veux, répondit le père, prit au dépourvu.

Elle poussa un cri de satisfaction et aida son frère à la construction, espérant ainsi le finir plus vite.

- Bataille de boule de neige ?

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D'un seul homme, parents et enfants se livrèrent férocement bataille, créant alliances et trahisons. Tout le monde était trempé jusqu'aux os, le froid s'infiltrait entre les vêtements, mais rien ne semblait perturber la bonne humeur de la petite famille réunie. Tout du moins, pas jusqu'à ce que le froid soit trop fort.

- Qui veut du chocolat chaud ? lança Andreïs transi de froid après avait été pris pour cible par les trois autres.

Tout le monde accepta avec grand plaisir. La journée dans la neige était terminée, le temps de se reposer, une boisson chaude en main était venu.

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Quand tout le monde alla vaquer à ses propres occupations, Thalye suivit sa mère jusqu'à son ordinateur.

- Je peux écrire moi aussi ? demanda-t-elle.

- Écrire ? Qu'est-ce que tu veux écrire, ma chérie ?

- Des trucs drôles ! Je peux, je peux, je peux ? 

Clio se leva, laissant sa place à sa fille. Elle aurait bien le temps d'écrire après, si Thalye voulait écrire, elle devait l'encourager. Après tout, Thalye était la muse de la comédie.


Ouai, je mumuse avec les titres, genre je prends des passages d'un chanson, en anglais, puis je traduis, pour montrer à quel point je suis bonne traductrice /SHOT Nan, juste que je m'inspire des paroles de chansons pour des passages, et puis, zut, pas envie de me justifier è.é

Je suis extrêmement désolée du temps que je mets pour màjer, c'est de pire en pire, j'en ai honte, surtout que cette histoire me tient à cœur. Bref, je comprends parfaitement que votre attention pour cette histoire s'envole, loin loin loin, dans le ciel ~

Sinon j'ai pas mal joué ces vacances, faudrait que j'écrive, si j'y arrive, des màjs en approche (je dis toujours ça).

Comme dirait la gentille madame de la walk of shame dans game of thrones... SHAME *son de clochette* SHAME