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L'anniversaire de Calliste arriva très vite. Le jeune homme entrait enfin dans la vie adulte, la vie active. Il n'avait qu'une hâte, se lancer dans la cuisine, et pourquoi pas, après plusieurs années d'expériences, devenir un grand chef. Le passe temps que lui avait proposé Hestia lorsqu'il n'était encore qu'un enfant était devenu une passion, une vocation.

- Wa, plus tu grandis, plus tu deviens beau ! s'exclama sa jeune sœur, admirative.

- Haha, merci sœurette, répondit-il alors, gêné.

Clio sourit tristement à ce spectacle. Son fils, son enfant devenait grand maintenant. Bientôt il voudrait s'investir à fond dans sa carrière, comme elle l'avait fait, puis voudrait se poser, s'installer, quitter la maison de son enfance, emportant peut-être sa sœur avec lui, cette sœur qui ne pouvait se séparer de son frère. Le temps avait passé beaucoup trop vite à son goût.

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- Ils se sont pas foutus de toi les parents ! C'est un sacré cadeau que cette bagnole ! s'émerveilla la jeune muse devant la nouvelle voiture de son frère. On fait un tour ? Dis oui, dis oui, dis oui !

- Oui, oui, calme-toi, voyons, rit le jeune homme. Il faut que j'aille postuler au restaurant en plus.

- Cool, on y va !

Elle fut la première installée dans la voiture, sa ceinture bouclée, le siège réhaussé, prête pour le démarage. Elle trépignait d'impatience.

- Allez, dépêche-toi !

- Attend deux secondes, y'a mon permis dans la voiture ? s'inquiéta-t-il.

C'était sa première sortie avec son permis officiellement en poche, et il voulait le faire dans les règles.

- Il est là ! le rassura sa sœur en indiquant la boîte à gant. On y va ? 

- C'est parti !

Le vent soufflait dans leurs cheveux et c'était Thalye que cela amusait le plus, comme d'habitude. Elle s'amusait à observer ses cheveux filer à une vitesse vertigineuse, à passer ses mains dedans, provoquant un chatouillis agréable qui la fit rire à gorge déployée. [l'art de s'amuser de que dalle]

- Bonne chance grand frère ! hurla-t-elle depuis la voiture quand, une fois arrivés, Calliste se dirigea vers le restaurant, l'estomac noué par le stress, les mains moites et le cœur battant. Lui, le grand timide, se lançait dans la vie. Et personne ne savait ce que ça allait donner.

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- Je suis pris !

- Wouhou, tu gères !

Le cri de fierté de la jeune fille s'éleva dans tout le centre ville de Monde Vista tandis qu'elle tendait la main pour taper dans celle de son frère. Désormais plus petite que lui, elle la rata de peu et une moue se dessina lentement sur son visage.

- Méheu ! Tu es trop grand pour moi maintenant ! se plaignit-elle alors.

- Haha, ne t'inquiète pas, tu t'en remettras. Et bientôt, ce sera à toi de grandir, petite sœur, fit-il remarquer en lui tapotant la tête, comme on tapote la tête d'un enfant.

- On fait quoi maintenant ? s'enquit Thalye.

- Je dois aller voir Benjamin, il m'a appelé après mon entretien d'embauche, il a quelque chose à me dire. Tu m'attends à la colline ?

- Oh je vois, monsieur a rencard, et je suis relayée au second plan... Je rigole ! ajouta-t-elle face à la mine déconfite de son aîné. Amuse-toi bien ! cria-t-elle alors en s'éloignant avec un signe de main.

- Idiote, tu rentres comment ? remarqua Calliste.

- À pied, t'inquiète ! Vas rejoindre Ben, à toute !

- Benjamin ! rectifia son frère en hurlant pour couvrir la distance qui les séparait désormais.

- Ben c'est plus court !

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Après une bonne heure de marche, Thalye aperçut enfin le haut du phare, signe distinctif de la colline. Assoiffée à cause du soleil d'été qui tapait fort ce jour-là, elle se maudit de ne pas avoir prévu de bouteille d'eau. Enfin... Il n'avait pas été prévu que Calliste l'"abandonne" non plus.

"J'espère qu'il n'en a pas pour longtemps quand même, je veux mon grand frère, moi !" se lamenta-t-elle silencieusement.

Elle était très heureuse pour son frère, certes, mais son couple la rendait quelque peu jalouse. Elle qui, depuis sa naissance, s'accaparait Calliste, il était en quelque sorte à elle et à elle seule, et elle devait désormais le "partager". Au fond elle n'avait rien contre, mais c'était une situation qu'elle, même deux ans après, ne semblait pas réussir à s'y faire. Elle n'avait pas le droit d'être égoïste, il avait bien le droit d'avoir d'autres personnes importantes dans sa vie, c'était elle l'aberration qui ne se souciait de personne d'autre à part son frère. Les autres n'étaient que des artifices.

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Quelques minutes plus tard, son frère arriva enfin et se jeta immédiatement dans ses bras.

- Calliste ? s'étonna-t-elle tandis qu'il enfouissait sa tête au creux de son épaule et qu'instinctivement, elle passait ses bras dans son dos.

- Je ne suis plus avec Benjamin.

Il lui semblait avoir compris, au vu du comportement de son frère. La question était pourquoi ?

- Vous vous êtes disputés ?

- Non... Il... Il doit partir pour ses études, il ne pense pas revenir et il sait que je ne peux pas te laisser pour aller avec lui alors... Il m'a remercié... Et il est parti.

Il resserra son étreinte, essayant de cacher sa tristesse et de refouler ses sanglots. À elle, il était elle, comme elle était à lui. Au final, c'était elle qu'il choisissait, elle la personne la plus importante de sa vie. Il sacrifiait tout pour elle, pour rester avec elle. Ç'aurait dû la rendre triste, mal-à-l'aise, mais elle fut rassurée par un étrange égoïsme. Elle ne serait jamais seule, jamais. Il serait toujours là, à ses côtés, lui ne pouvant se passer d'elle, elle ne pouvant se passer de lui.

- Viens on va manger une glace en ville. Ça te changera les idées.

- Si tu veux, répondit-il sans grande conviction.

Elle se força à sourire, tristement néanmoins. Si elle ne souriait pas dans une telle situation, comment lui le pourrait-il ?

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Guillerette, Thalye marchait en sautillant, tandis que Calliste se traînait derrière, la bonne humeur de sa sœur ne semblant pas l'atteindre.

- Allez Calliste, plus vite ! l'encouragea-t-elle, espérant en vain qu'insister le ferait aller plus vite.

Le jeune homme n'était vraiment pas d'humeur pour rire, même pour faire plaisir à sa sœur. Il n'en avait pas la force, ni le courage.

- Thalye, attends-moi ! s'entendit-il dire.

- Non, j'attends pas, répliqua-t-elle, sournoise. C'est toi qui va plus vite, allez !

Elle traversa la route, sans regarder, après tout, personne ne venait jusqu'ici, et encore moins en voiture. Il n'y avait rien au bout de cette route, tout du moins lui semblait-il.

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- Thalye !

Des pneus crissent, deux choses s'entrechoquent, une voiture file à toute vitesse.

Ne te retourne pas.

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Quelle est cette chose qui inonde mes yeux, trempe mes joues ? C'est froid, ça pique, c'est nouveau, ça me brûle. Ça brûle mes yeux, eux qui n'avaient jamais connu ça, ça brûle ! Ça brûle et ça ne veut s'arrêter. Ça suit la courbe de mon menton, s'écrase au sol. Ça brûle, j'ai mal, j'ai mal, j'ai mal ! Je passe mes mains dessus, essuie, ça fait toujours mal.

Est-ce ça ce qu'on appelle pleurer ? Est-ce que ça fait si mal pour tout le monde ou est-ce mon cœur qui a mal ? Cette chose, qui tombe en perles d'eau, seraient-ce des larmes ?

Pourquoi pleures-tu Thalye, toi qui n'as jamais pleuré de ta vie ? C'est pour ça que ça te fait si mal, c'est nouveau, nouveau, c'est douloureux.

Pourquoi pleures-tu Thalye ? Il ne se passe rien, le soleil brille au dessus de toi, il fait chaud. C'est la chaleur qui te fait pleurer ?

Non, de toute évidence non, il se passe quelque chose. Derrière toi. Regarde.

Je ne peux pas, je ne veux pas.

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Il est allongé sur le béton brûlant, sur le ventre, ses jambes tordues dans un angle improbable. Il ne bouge pas. Pourquoi donc ne bouge-t-il pas ? Sa tête est écrasée contre le sol, sa joue est sûrement en train de brûler, pourquoi reste-t-il ainsi, lève-toi Calliste !

Lève-toi.

- Calliste !

Sa voix paraît bien loin, tout semble figé autour d'elle. Sa voix, Calliste. Il est figé, c'est pour ça qu'il ne bouge pas, c'est pour ça, pour ça. N'est-ce pas ? N'est-ce pas ?!

Au bitume fondu sous la joue du jeune homme se mêle un liquide rougeâtre, une couleur horrible teintée de noir.

- Calliste ?

Son nom se répète en écho, inlassablement, Calliste, Calliste, avec cette pointe vacillante à la fin. Calliste, Calliste.

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Elle comprend, réagit, trop tard, hurle, hurle à qui veut bien l'entendre, à qui veut bien entendre le cri de son chagrin. Les larmes tombent par milliers de perles scintillantes, qui en se rencontrant, finissent par former un flot semblable à un ruisseau. Il finit sa course sur le béton fumant, transformant les milliers de gouttes qui le forme en vapeur, comme les étoiles qui s'évaporent au soleil.

Quelqu'un arrive, il a dû entendre son cri. On la prend sous les aiselles, la tire loin de là. Elle hurle, griffe, se débat, non, non, non, elle veut rester auprès de lui, de lui, auprès de...

Dans son chahut, elle entend une voix appeler les secours, pour quoi faire, il est trop tard, non ? Non ? Il est... toujours en vie ? Il n'a pas encore rejoint les étoiles ? Calliste...

- Calliste !

~*~

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Plus d'espoir, il n'y a plus d'espoir. Tu étais déjà parti en vérité. Qu'ai-je raté ? Qu'ai-je fait ? Je t'ai laissé derrière, je ne t'ai pas regardé. Mon nom, Thalye, là ont été tes dernières paroles. Tu ne reviendras pas, n'est-ce pas ? Pourquoi es-tu parti, pourquoi m'as-tu abandonnée, je croyais que tu m'aimais. Même si ce n'est qu'un accident, pourquoi a-t-il fallu que tu partes ?

Tout s'effondre autour de moi, je ne réalise pas. Ce n'est qu'un cauchemar duquel je vais me réveiller en sueur, peut-être en hurlant. Puis j'irai dans ta chambre, me blottir près de toi, tu me consoleras en me caressant les cheveux, répétant que ce n'était qu'un mauvais rêve.

Mais pourquoi je ne me réveille pas ? Le cauchemar a assez duré, tu ne trouves pas ? J'ai beau me pincer, de plus en plus fort, jusqu'au sang, la douleur semble réelle et je ne parviens pas à m'extirper de ce rêve cauchemardesque.

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- Salut petite sœur.

Calliste ! Tu es là, tu es là, tu es là, tu n'es pas mort, tu es bel et bien là, dis-moi que tu es là, dis-moi que c'est toi, que ce n'est pas un rêve, un rêve dans ce cauchemar. Je suis perdue Calliste, dis-moi que c'est toi, je t'en supplie. Je t'en supplie...

- Il serait temps de changer cette bibliothèque, tu ne crois pas ? C'est assez enfantin les petits oiseaux, et tu grandis bientôt.

Oui, oui je grandis bientôt. J'aurai enfin ta taille, ta maturité, tu seras là pour me souhaiter joyeux anniversaire et me faire des cookies en guise de cadeau. Ça me suffit des cookies tu sais, les tiens sont les meilleurs du monde, je pourrais en manger sans m'arrêter, rien ne me fait plus plaisir que tes cookies. Fais m'en, s'il-te-plaît !

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Tu t'approches, me prends dans tes bras. Ça me paraît si réel, tellement que ça doit l'être, non ?

- Pourquoi tu pleures, sœurette ? Je ne t'ai jamais vu pleurer, ça ne te va pas.

Mes lèvres tremblent, mes yeux me piquent, les larmes déferlent. Je n'avais jamais pleuré. Jamais. Je pleure trop souvent maintenant.

- Souris... me murmure-t-il au creux de l'oreille.

Je n'y arrive pas. Je n'y arrive plus. Cette chose qui me semblait si naturelle, si instinctive, je n'y parviens plus. Je ne parviens plus à sourire. C'était toi qui me faisait sourire. Toi et personne d'autre.

Car tu es mort, n'est-ce pas ? C'est un rêve dans ce cauchemar devenu réalité. Je ne me réveillerai pas ? Jamais ? Tu ne reviendras pas.

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Jamais.


Ouaiii, j'adore passer du passé au présent, de la troisième personne à la première, puis re à la troisième.

Sinon... euh... héhé. L'est mort. Apu Calliste *fuit*

Thalye est belle quand elle pleure, non ? *se prend une brique*