La jeune femme rousse attrapa le pouf et le tourna vers le lit, avant de s’y asseoir, d’agripper son stylo, sortir son calepin de son sac, et regarder intensément sa patiente.

- Tu as l’air d’avoir meilleure mine. Ton voyage s’est bien passé ?

- Je pense, oui, répondit la jeune femme qui comme à chacune des séances était assise sur son lit.

- Et tu penses que ça t’a aidé dans ta guérison ?

- Je n’ai pas pleuré. Enfin, presque pas.

Pour elle qui avait pleuré chaque jour depuis des mois, c’était un exploit. Retenir ses larmes lui était douloureux. Mais elle était persuadée que c’était nécessaire. Si elle voulait sourire de nouveau un jour, elle devait ne plus pleurer, malgré la douleur. C’est douloureux de guérir lui avait dit cette même femme qui lui faisait aujourd’hui face plusieurs semaines auparavant.

- J’ai réussi à ne penser à rien, là-bas.

- Et c’est ce qu’il te fallait ?

- Je crois.

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Elle avait passé sa semaine à Champ-les-Sims assise sur une fontaine. Tous les jours, elle avait écouté le gargouillis de l’eau, se concentrant dessus, du matin jusqu’au soir, sans se lasser. Ses parents s’étaient inquiétés, lui en avaient parlé, et pour les rassurer, elle avait péniblement tenté d’esquisser un sourire. Sourire, chose qui avait été si naturelle pour elle, était devenu insurmontable. Elle se demandait parfois si Thalye de son enfance, celle de ses souvenirs, avait un jour été réelle.

Au fond, elle avait enfin réussi à être apaisée. Ne penser à rien était une des solutions. Partir loin de chez elle un début de solution. Aucun souvenir à chaque coin de rue. Ça lui avait fait du bien.

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- Tu veux me raconter ce que tu as fait là-bas ?

- Pas grand-chose. Je suis restée sur cette fontaine. Et quelqu’un est venu me parler.

La rousse ne disait rien, se contentait d’observer la jeune femme, l’incitant dans son silence à continuer.

- Il ne devait pas être plus vieux que moi, peut-être de deux ou trois ans, et il s’est assis à côté de moi, sur la fontaine. Il m’a dit bonjour.

Quel homme étrange, quand elle y repensait. Elle n’avait jamais su pourquoi il s’était assis à ses côtés, ni pourquoi il avait engagé la conversation. Elle ne le connaissait ni d’Eve, ni d’Adam. Il lui avait dit qu’elle l’intriguait, elle, sur la fontaine, mais c’était une bien piètre explication. Peut-être que dans sa dépression, elle restait jolie. Nombreux avaient été les garçons qui lui étaient inconnus qui l’avaient abordée, attirés par sa beauté, son charisme et sa joie de vivre. Seulement, le charisme et la joie de vivre n’existaient plus en elle. Quel homme étrange, oui.

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- Et tu lui as répondu ?

- J’ai dit bonjour à mon tour. Et il m’a proposé d’aller boire un café. J’y suis allée, mais j’ai pleuré.

- Ce n’est rien, rassura la femme dans le pouf lorsqu’elle remarqua la mine coupable de Thalye. Tu as fait d’énormes progrès, et tu ne réussiras pas à arrêter de pleurer du jour au lendemain. Ça prend du temps. Tu peux être fière de toi.

La jeune muse esquissa un semblant de sourire. Elle avait envie de guérir, de s’en sortir, et les paroles de cette femme qui l’avait aidée quand elle en avait eu envie lui réchauffèrent le cœur. Elle progressait lentement. Bientôt, elle pourrait tenir sa promesse faite à Calliste. Bientôt elle pourrait vivre, sans doute pas comme avant, mais elle vivrait.

- Et tu l’as revu, ensuite ? Cet homme.

- Une fois. Il m’a donné son numéro de téléphone, au cas où j’ai envie de l’appeler un jour.

- Tu vas le faire ?

- Je crois pas. Ça servirait à rien.

- Je ne suis pas d’accord, rétorqua doucement la rousse. Il est la première personne à qui tu parles depuis des mois, en dehors de ta famille et moi. Ça signifie peut-être quelque chose, qu’en penses-tu ?

Face au silence de la jeune femme, elle continua :

- Peut-être que discuter de tout et de rien avec une personne qui habite loin et qui ne t’a jamais connue pourrait t’aider, tu ne crois pas ? Rencontrer de nouvelles personnes est toujours bénéfique.

- Mais il risque de s’intéresser à mon passé. Et ça me fera souffrir, non ? releva avec doute la jeune muse.

- Le passé est présent, il faut vivre avec.

- Je sais pas… Je suis pas sûre de vouloir l’appeler.

- Rien ne t’y oblige. C’est ton choix. Je ne fais que te conseiller.

Thalye n’était pas convaincue. Après tout, il n’était qu’un complet inconnu, elle ne l’avait vu qu’une seule fois, plutôt deux, elle n’avait passé en tout qu’une heure ou deux avec lui. Ça lui semblait à la fois être une bonne idée, tout en étant une mauvaise. On a tous envie de connaître la personne à qui l’on parle, de connaître son passé. Et elle ne se sentait pas prête pour ça. Tout du moins, pas encore.

 

Elle raccrocha, en pleurs. Elle savait que ce n’était pas une idée, elle le savait. La conversation démarrait bien, pourtant, il était courtois, amical, et bien plus mature que la plupart des garçons qu’elle avait rencontré jusqu’à maintenant. Mais elle n’avait pas tenu longtemps. Comme prévu, il commença à s’intéresser à sa vie, et comment parler de sa vie sans mentionner son passé ?

Quelle idiote. Elle n'aurait jamais dû l'appeler. Ça n'avait fait qu'empirer son état.

Le téléphone se mit soudainement à vibrer. C'était lui qui rappelait, sûrement en train de se demander pourquoi elle avait soudainement raccroché. Elle laissa sonner, et les vibrations s'estompèrent petit à petit alors que le silence de mort revenait dans la chambre bleue.

 

- Comment te sens-tu aujourd'hui ?

- Bien.

Bien était le mot. Les médicaments et la thérapie semblaient fonctionner à merveille, pour la première fois depuis si longtemps, elle était presque heureuse, même si elle savait qu'elle ne retrouvait jamais son bonheur d'antan. Si elle avait su qu'être aidée lui ferait autant de bien, elle l'aurait accepté avant. On lui avait dit pourtant. Mais noyée dans son chagrin, elle n'avait su écouter.

- Et Bastien ?

- Il va venir me voir dans deux semaines.

- Comment tu te sens à propos de ça ?

- J'appréhende. 

Elle n'avait pas revu le jeune homme depuis son voyage à Champ-les-Sims avec ses parents, des mois auparavant, leur relation se basait principalement sur des appels téléphoniques. Une fois les questions indélicates passées et certaines évitées, ce jeune homme lui avait été d'une grande aide. Enfin, elle avait pu parler à quelqu'un de nouveau, d'extérieur, qui ne lui rappelait pas son frère, qui ne le connaissait pas. Étrangement, elle avait trouvé plaisant de lui parler de lui, de lui raconter ses souvenirs, elle en avait souri plutôt que d'en pleurer.

- Ne te fais pas de soucis. Tout se passera bien, rassura-t-elle la jeune muse avec un sourire, que la jeune femme lui rendit. Bientôt, tu n'auras plus besoin de moi.

- Vous croyez ?

- Tu as bientôt atteint le bout du tunnel, Thalye.

 

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- Tu as l'air pensive, Thalye.

Cela faisait plusieurs mois que la jeune muse n'avait pas revu sa psychologue. Comme cette dernière l'avait prévu, elle n'avait plus eu besoin d'elle. Elle n'était pas redevenue comme avant, certes, mais elle allait beaucoup mieux. Elle était guérie. Tout du moins, elle avait retrouvé un semblant de bonheur auprès de Bastien.

- Quelque chose te tracasse ? Pour tout te dire, je ne pensais pas que tu referais appel à mes services.

- Je suis perdue. Je ne sais pas ce que je ressens.

- C'est-à-dire ?

- Ce que Calliste m'avait dit, quand il était amoureux. Je ne le ressens pas. Je n'arrive pas à savoir si je suis amoureuse.

- Mais tu te sens bien auprès de lui, non ?

- Oui... Mais je ne sais pas si c'est de l'amour.

- L'amour est un sentiment qui se ressent différemment pour chaque personne.

Thalye hocha lentement la tête. Elle n'était toujours pas sûre. L'incertitude la rongeait. Était-elle réellement faite pour une relation sérieuse ?


J'ai mis... énooooormément de temps à pondre ce chapitre. Mais genre vraiment. Et ça me faisait d'autant plus chier que la suite était déjà écrite, mais que je pouvais pas avancer parce que ce chapitre bloquait. J'ai essayé de faire au mieux dans la description de la dépression et la guérison de Thalye, j'ai commencé un texte, pas aimé, refait, avant de choisir l'ellipse sur une séance avec le psy, encore une ellipse, mais quand j'arrive pas à faire un passage, ça me sauve un peu la vie.

Beaucoup de blabla, peu d'images, mais j'avais pas du tout prévu le chapitre comme ça, puis la flemme d'aller toshooter pour une image ou deux.

Une dernière chose : pardon si c'est bousif ._. La suite est mieux, et j'ai beaucoup plus d'inspiration pour ladite suite.

Tschüss