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Le train s’ébranla, la carcasse vibra. Bientôt les roues commencèrent à tourner lentement et le paysage que l’on voyait à travers la vitre sursauta. Le bruit du train avançant se fit de plus en plus sourd, les plaines verdoyantes défilaient de plus en plus vite.

Le train traversa le pont qui reliait la ville de Monte Vista au reste du monde. D’un coup œil à la fenêtre, on pouvait voir le soleil s’élever lentement de l’eau. Il était encore très tôt et le voyage promettait d’être long.

La jeune fille rassembla ses cheveux en un chignon désordonné qui la définissait si bien et appuya sa tête contre la vitre. Les vibrations parcoururent son être entier et malgré l’inconfort que cela offrait au début, elle finit par s’y habituer et à presque apprécier. Après tout, c’était plutôt reposant. Et avec la journée qui l’attendait, elle en aurait plus que besoin, de repos.

Les environs verts et orangés si caractéristiques à Monte Vista s’estompèrent, laissant place à une quantité incalculable de champs multicolores. Là-bas s’étendait un champ de tulipes aussi rouges que le coucher de soleil, tandis que de ce côté dormaient des centaines de grains de blé doré. Au fond on pouvait apercevoir la chaleur qu’apportait la couleur jaune des tournesols, qui attentaient avec une impatience palpable que le soleil daigne monter plus haut dans le ciel.

Un trait de lumière perça la vitre transparente et la poussière se mit à danser sous ce projecteur improvisé. C’était un spectacle reposant, si reposant…

D’une main, l’adolescente passa sous les feux du projecteur, interrompant la danse hypnotisante des grains de poussière qui se dispersèrent en un chaos silencieux, semblable à celui dans sa tête.

Elle avait besoin de dormir… C’était mieux. Elle n’était pas complètement remise, il ne valait mieux pas qu’elle s’épuise, au risque de craquer devant les petits, ce qu’elle ne voulait en aucun cas.

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Un trait de lumière se faufila entre les stores et vint illuminer la feuille noircie d’une écriture courbe et enfantine. L’enfant se déconcentra un instant pour observer la poussière se dévoiler à ce rayon de soleil. C’était amusant.

Ne perdant pas plus de temps, elle se pencha de nouveau sur sa feuille et continua d’écrire. N’étant encore qu’une enfant, elle s’amusa en même temps à regarder l’ombre de son stylo bouger au gré des mots. Il n’y avait pas plus belle sensation que celui du stylo griffonnant une feuille vierge.

Un cri s’éleva au dehors, suivi d’un rire. Les autres enfants chahutaient là-dehors, mais la petite écrivaine était si concentrée qu’elle ne prêta pas attention à ce chahut et l’entendait à peine. Ce qu’elle entendait, c’était le doux bruit du stylo sur la feuille, ainsi que les phrases qu’elle écrivait qui résonnaient dans sa tête.

Elle n’était pas satisfaite. Elle avait déjà écrit beaucoup mieux. Mais les autres faisaient vraiment beaucoup de bruit aujourd’hui. Elle arrivait à les entendre.

- Qu’est-ce que tu fais ?

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Elle sursauta violemment, lâchant son stylo qui s’écrasa lourdement sur le sol, suivi des feuilles qui se posèrent, elles, délicatement au loin.

- Oh ! Désolé ! s’excusa le garçon qui l’avait dérangée en l’élançant à la poursuite des feuilles volantes. Tiens, elles sont toutes là. Et ton stylo ! ajouta-t-il en le posant sur la table.

- Merci… dit l’enfant qui rassemblait ses feuilles sans un regard pour son camarade.

- C’est quoi ? demanda le petit curieux en louchant sur ce que la fillette avait écrit.

- Un poème.

- Tu veux pas venir jouer dehors plutôt ?

Comment était-il entré, premièrement ? Elle ne l’avait pas entendu, pourtant la porte de cette classe faisait un bruit assourdissant. Était-il là depuis le début ? Était-il possible qu’elle ne l’ait pas remarqué ?

- Non, je ne veux pas.

- Pourquoi ?

La question que se posait la jeune fille était pourquoi voulait-il le savoir. Qu’est-ce que ça pouvait bien lui faire ?

- Parce que j’ai pas envie.

- Je te crois pas.

Il ne lâcherait jamais ou quoi ? Comment est-ce qu’il ne la croyait pas ?

- Pourquoi tu m’embêtes ?

- Je t’embête pas, on discute.

- Non, on ne discute pas, fit-elle remarquer à ce garçon qui ne semblait pas savoir le véritable sens de discussion.

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Elle releva la tête et pour la première fois aperçut le visage du curieux. Il souriait comme il n’était pas permis, ses yeux gris barrés par ses cheveux blonds pétillaient comme elle ne l’avait jamais vu chez quelqu’un d’autre. Il lui rappelait un peu sa mère quand elle souriait.

- Alors, pourquoi ?

- Pourquoi tu veux savoir ?

- Pour savoir quoi te dire pour te convaincre.

Il était sérieux ? Non, impossible, il ne lui aurait pas dit sinon. Ce serait stupide d’être aussi franc. Elle ne voulait pas être convaincue, alors il lui suffirait de mentir.

Mais le voulait-elle vraiment ? Elle pourrait se laisser tenter après tout, pour l’expérience. Ça pourrait lui donner des idées pour écrire, elle était une artiste, elle devait être ouverte à toute nouvelle expérience, même si ladite expérience ne l’intéressait pas. Et puis… Elle était plutôt curieuse d’entendre ses arguments.

- Je veux pas jouer parce que je dois écrire et…

Est-ce qu’elle lui dit ? Écrire était l’excuse qu’elle assumait le plus. Mais l’autre ? C’était plutôt dur à avouer, tout du moins à dire. Elle n’osait même pas se l’avouer à elle-même.

- Et...?

Il n’en démordait pas. Il l’obligerait à le dire. Alors autant abdiquer.

- Et j’ai personne avec qui jouer…

- D’accord… souffla l’inconnu comme s’il réfléchissait. Eh bah maintenant tu m’as moi ! À partir de maintenant, je suis ton ami, du coup tu dois venir jouer avec moi !

Il lui tendit la main, prêt à passer un accord.

- C’est ridicule, lâcha-t-elle. Je te connais pas !

- C’est souvent comme ça que ça commence ! Faut d’abord ne pas se connaître avant de devenir amis !

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Il lui adressa un sourire innocent et franc. Il ne la connaissait pas, mais il avait véritablement envie de devenir son ami, malgré son air froid.

Intriguée, elle tendit la main en retour et la lui serra.

- Je ne connais même pas ton nom, ami, dit-elle, sarcastique.

- Dan ! J’m’appelle Dan ! Enfin, Daniel, mais t’as pas le droit de m’appeler comme ça, c’est Dan ! Tu le saurais si tu écoutais à l’appel. Moi je sais ton nom ! Tu es Erato !

 

Elle ouvrit doucement les yeux, cligna le temps de s’acclimater. Seulement une dizaine de minutes s’étaient écoulées lors de sa sieste. Dehors, le soleil avait continué avec paresse sa course vers le zénith. La luminosité devenait trop forte, elle ferma le rideau.

 

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Dan ouvrit le rideau et tout à coup la pièce fut inondée de lumière. Depuis combien de temps cette pièce était-elle plongée dans le noir ? Depuis combien de temps n’avait-elle pas vu la lumière du jour ?

Elle gémit, ses paupières habituées à l’obscurité la brûlaient. Elle releva la couette sur elle, se cachant du soleil.

- Sors de là, Erato.

Son ton était froid, il n’avait décidément pas le cœur à rire. Elle non plus de toute manière, ils n’avaient qu’à se lamenter ensemble.

Seulement elle ne voulait pas sortir, elle ne voulait plus, plus jamais, elle était très bien ici, sous la couette.

Merde, la couette est soulevée. Il la jeta à l’autre bout de la chambre, là où elle ne pourrait la récupérer sans se lever.

- Lève-toi !

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Elle gémit de plus belle, tentant tant bien que mal de cacher ses yeux douloureux des rayons de soleil. L’obscurité lui seyait très bien, elle n’avait pas besoin de la lumière ! Qu’il rentre chez lui, qu’il l’a laisse tranquille, elle ne se lèverait pas !

- Casse-toi ! lui cracha-t-elle.

Le jeune homme souffla, dépité. C’était bien la première fois que sa meilleure amie lui parlait sur un ton aussi méchant. Mais cela ne faisait que de le déterminer encore plus dans la mission qu’il s’était donné d’aider Erato. Elle n’était de toute évidence pas dans son état normal. Et comment… Cela faisait plus d’un mois qu’elle se morfondait seule et déprimée dans sa chambre.

- Non, je me casse pas. Et toi tu te lèves, bordel !

Lui non plus n’avait jamais usé d’un tel langage face à la jeune fille, mais au point où elle en était, c’était sans nul doute la seule chose qui la ferait réagir.

Et il avait vu juste. Face à son ton, Erato cessa de gémir et de gesticuler. Elle était calmée. Tout du moins pour le moment. C’était le moment d’attaquer. En un pas, il se retrouva à côté du lit, tenant la jeune muse par les épaules, et tourna sa tête de façon à ce qu’il puisse voir ses yeux.

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Les larmes vinrent picoter les prunelles de la fille. Il voulait tellement, il le voulait tellement, elle le savait, et ce qui lui faisait le plus mal. Il voulait l’aider, il voulait qu’elle retrouve le sourire, que leur amitié soit comme avant, qu’elle sorte de ce gouffre dans lequel son esprit était tombé. Et ça lui faisait mal, bordel, si mal de ne pas y arriver, plus mal qu’à lui, mais qu’y pouvait-t-elle ? Ça lui faisait mal de le voir essayer, de le voir meurtri en la voyant. Elle était si pathétique, pourquoi restait-il alors ? Il était populaire, il avait des tas d’amis, il n’avait pas se choisir un nouveau meilleur ami pour la remplacer. Et ainsi il pourrait la laisser seule ici, la laisser pleurer et faire son deuil.

- Arrête de pleurer… la supplia-t-il. Arrête.

Il ferma ses yeux, appuyant ses paupières l’une contre l’autre, au point d’en avoir mal, tentant sûrement de faire disparaître les yeux remplis de larmes de son amie. Il était connu que ces deux amis étaient liés par une connexion extrêmement forte, si bien que le malheur de l’un faisait le malheur de l’autre. Et qu’aucun d’entre eux n’aimait voir l’autre en pleurs.

- Arrête ça, arrête de pleurer.

Il fermait toujours les yeux. Elle tenta de ravaler ses larmes, de faire un effort pour qu’une fois qu’il les rouvrirait, il ne tombe pas sur cette vision qui lui faisait horreur.

Une larme tomba sur le sol. Une de ses larmes, à lui. Il pleurait.

- Je suis désolé… Tellement désolé, je… J’ai merdé, j’ai pas été là pour toi, je…

Elle posa une main sous le menton du jeune homme et releva doucement sa tête. Leurs yeux se croisèrent, tremblants, débordants de larmes. Un clignement, et les larmes se déversèrent sur leurs joues telles des gouttelettes de pluie dévalant une vitre.

- Pleure pas, susurra la jeune fille. T’as pas le droit de pleurer.

- Toi non plus. Arrête ça.

- Comment ?

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Il se releva et se dirigea sans gêne vers l’armoire de son amie. Repris d’une énergie soudaine, il était prêt à tout pour l’aider.

- D’abord, tu enlèves ce pyjama et tu t’habilles correctement. Ensuite, on sort.

Elle se roula en boule. Il en était hors de question.

- Erato ! Maintenant tu m’écoutes ! Fini, les séances de larmes, ce fut un moment de faiblesse, maintenant tu te prends en main et tu sors de ta déprime !

- Tu sais pas ce que je vis, espèce d’idiot ! T’étais pas là quand elle est morte !

- J’étais p’t’être pas là, mais je peux comprendre ce que tu ressens, idiote toi-même ! Je sais parfaitement ce qui s’est passé et à quel point elle comptait pour toi, mais elle n’est plus là, et elle ne reviendra jamais ! Alors il est temps que tu apprennes à vivre sans elle !

- Casse-toi.

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Elle se leva, pour la première fois depuis un mois, ses jambes manquèrent de fléchir, mais le but qui l’animait lui fit tenir bon. Irritée, elle poussa son ami vers la sortie et malgré toute la résistance qu’il fit, elle le poussa encore et encore, jusqu’à qu’il dépasse le pas de la porte.

Elle la claqua violemment, fit jouer la clé dans la serrure, ferma le rideau, récupéra la couette, et se dissimula sous les draps, lâche et faible qu’elle était.

 

Dan… Ce jour-là, elle avait réagi d’une façon si stupide… Elle ne voulait tout simplement pas envisager de vivre sans elle. Elle ne voulait pas car si elle le faisait, ça voudrait dire qu’elle était véritablement morte. Et à l’époque, elle ne pouvait si résoudre.

Mais ces évènements dataient de deux mois désormais, et depuis, elle avait rattrapé le coup en acceptant que son meilleur ami l’aide. Ce qu’il avait réussi avec brio, elle devait bien l’avouer.

Le train se mit à ralentir. Le paysage qui défilait à toute allure devint plus net et discernable. Plus loin, la silhouette d’une gare se détacha. Le premier arrêt parmi tant d’autres à venir.

- Deux minutes d’arrêt ! beugla la voix dans le microphone.


Je vous aime, gens qui ne comprenez pas l'allemand ♥

 

Huuu, comment vous le trouvez mon petit Dan ? Perso, j'en suis amoureuse, kyaaaa *^*

Hem.

Erato est née. Et a grandi vite /shot

En fait j'avais juste envire de varier la narration, donc là je procède par flash-backs :3

J'espère que vous êtes pas trop déçu(e)s, vous vouliez tellement voir Thalye amoureuse, duuh T.T C'est que ça avait jamais été prévu. Bref.

Sinon cette génération ira beaucoup plus vite que les deux précédentes. Explications : je participe au Nanowrimo, soit écrire 50 000 mots en un mois, un mois bordel, c'est court nom d'un pompon. Et vu que la flemme a pour but de combiner plusieurs choses pour les rendre plus simples, j'ai choisi de faire la G4. Vous avez déjà 20 000 mot d'écrits pour la G4 mes petits et en voici le début, mwahaha 8) Plus qu'à faire des photos (hahaha, ça va me prendre trois ans en fait).

Tschüss !