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 - Deux minutes d’arrêt !

L’adolescente jeta un œil dehors. Le train n’était clairement pas arrivé à sa destination finale. Il y avait certes des montagnes au loin, mais ce n’était pas les célèbres présentes à Hidden Springs, sa destination. [en fait si, mais voilà, je fais comme je peux]

C’était la première fois qu’elle allait là-bas, alors que ses frères et sœurs y étaient depuis plusieurs mois déjà.

Mais après le divorce catastrophique de ses parents, Erato, en droit de choisir qui prendrait sa garde, contrairement aux deux petits, avait tenu à rester à Monte Vista avec sa mère, bien qu’elle sût parfaitement que cette dernière était la responsable de ce divorce. Si elle avait voulu rester, c’était parce qu’elle ne voulait pas laisser sa mère seule, même si être éloignée de sa fratrie lui faisait mal.

Car la jeune muse était quelqu’un de très attachée à sa famille, et même si elle n’avait rien à voir avec la tristesse d’un de ses proches, elle se sentait responsable et se faisait un devoir de réconforter ledit proche.

C’est pourquoi après le départ de son père et des petits pour Hidden Springs, Erato s’était sentie obligée de rester auprès de sa mère, au risque de se rendre malheureuse.

Le divorce de ses parents avait énormément affecté la jeune fille qui avait vu sa famille divisée en deux, le pire de ses cauchemars devenu réalité. Elle avait essayé de pardonner à sa mère cette tragédie, mais elle avait franchi les limites à ne jamais dépasser. Pas même deux semaines après que le divorce soit officialisé, elle avait déjà retrouvé le « bonheur » dans les bras d’un autre. Deux semaines ! N’avait-elle donc aucun cœur ? En deux semaines, elle avait tiré un trait sur son ex-mari, sans regrets ni larmes. Ne l’avait-elle pas aimé ? Ne devrait-elle pas être triste, au lieu de batifoler à droite et à gauche ?

Erato n’avait pas mis longtemps à faire sa valise et prévoir son voyage chez son père à Hidden Spings après ça, et après une violente dispute avec sa mère.

La jeune fille voulait son bonheur, certes, mais Thalye était si égoïste, peut-être qu’elle méritait d’être seule un instant, qu’elle méritait de subir les conséquences de ses actes.

Peut-être qu’elle retournerait à Monte Vista un jour, quand sa colère serait apaisée. Pour le moment, elle allait retrouver les petits. Cela ne faisait même pas deux semaines qu’ils lui avaient été arrachés, pourtant ils lui manquaient tellement. Elle ne pouvait pas vivre sans eux, sans prendre soin d’eux, sans savoir qu’ils allaient bien, sans jouer son rôle de grande sœur et les protéger.

Le train redémarra. Monte Vista et sa mère étaient bien loin désormais…

 

Le train prit de plus en plus de vitesse. Une mère et sa fille entrèrent dans le wagon. La petite était décidément très agitée, sûrement son premier voyage en train.

- Calme-toi, Maya !

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- Elle s’appelle Maïa.

La petite fille devenue grande sœur se mit sur la pointe des pieds et observa le frêle petit être qui dormait dans le berceau. Des petites boules bougeaient sous ses paupières closes, elle rêvait. Mais de quoi pouvait donc rêver une si petite chose, qui n’avait rien vécu encore ?

La grande sœur attentionnée porta une main à la tête de sa jeune sœur, caressant le duvet doré qu’était sa chevelure.

- Elle est belle, sourit l’enfant en se tournant vers sa mère. J’espère qu’elle te ressemblera !

En voyant sa si belle maman, Erato avait toujours rêvé lui ressembler, elle qui avait principalement hérité de son père. Elle n’avait pas les cheveux dorés de sa mère, ni ses yeux gris, seulement les cheveux noirs et les yeux verts de son père. Thalye lui disait souvent que ses cheveux noirs étaient les plus beaux du monde, qu’elle ressemblait ainsi à son oncle, oncle qu’elle n’avait jamais vu.

- Viens, dit enfin sa mère en lui tendant la main. Il faut la laisser dormir.

- Je lui dis au revoir ! déclara la fillette en s’élançant vers le berceau pour s’y pencher et planter un bref baiser sur le front du nouveau-né. Comme ça, elle dormira encore mieux.

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La mère sourit. Erato aimait quand sa mère souriait, elle avait un si beau sourire. Mais jamais elle n’allait plus loin. Elle n’avait jamais entendu sa mère rire, et après avoir entendu d’Hestia que son rire magnifique emplissait auparavant la maison, elle ne rêvait que de l’entendre. Et quand elle demandait à Thalye de sa voix innocente d’enfant : « Peux-tu rire, maman ? », elle lui répondait qu’elle ne pouvait le faire en se forçant. Alors la petite muse faisait une moue de dépit, sous l’air amusé de sa mère.

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Lorsque Maïa grandit enfin, Erato était au comble de la joie. D’une part parce que, tel qu’elle l’avait souhaité, la petite était le portrait craché de sa mère, excepté ses yeux qu’elle avait verts, et d’autre part parce qu’elle était enfin en âge de jouer avec elle, même si la petite Erato se faisait bientôt grande. Et avec l’annonce de sa mère comme quoi elle serait de nouveau grande sœur, elle se sentait comme à son anniversaire.

- Tu entends ça, Maïa ? Toi aussi tu vas être grande sœur, claironna-t-elle en dévoilant son visage à la petite qui fut surprise et prise d’un rire inarrêtable.

L’enfant rêvait désormais d’un petit frère, pour avoir les deux. Un frère et une sœur. Et elle en tant que grande sœur aimante et protectrice.

 

Grande sœur aimante et protectrice… Ils allaient en avoir besoin, de leur grande sœur, pour surmonter la mort de leur mère. Le petit dernier, Icare, n’avait pas encore quatre ans. Et ce n’était pas avec la haine que leur père portait à son ex-femme que ces pauvres enfants pourraient faire leur deuil en paix.

Quatre mois déjà s’étaient déroulés depuis cet horrible évènement. Thalye, à l’hôpital, dévastée, les cheveux sales, les yeux délavés, le teint blafard et l’odeur de clope et de on ne savait quoi tout autour d’elle. Les poignets cisaillés…

- Erato… Dis-leur… Je suis désolée…

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Non, pas ces souvenirs, pas eux ! Elle plaqua ses mains sur ses tempes, plongea ses ongles dans la chair de son crâne, jusqu’à en souffrir, jusqu’à ce que d’infimes gouttelettes de sang ruissellent sur ses doigts, espérant ainsi qu’elles s’imbibent de ces douloureux souvenirs et qu’ils disparaissent lorsque le sang serait lavé.

Mais il n’en fut rien. Y avoir repensé, ne serait-ce qu’une seconde, déversait un flot infini de souvenirs, tous de la même journée, cette journée si terrible, cette journée qu’elle ne souhaitait qu’oublier.

- Promets-moi… Ma muse…

Non, non, non, rien promettre, je ne veux pas promettre, tu leur diras en face, lorsque que tu sortiras de ces quatre murs blancs, tu leur diras, tu les verras, les enlaceras, diras que tu les aimes, et on sourira, tu riras même. Ton rire, je veux l’entendre, ris, montre-moi que tu es heureuse, sois heureuse, sois cette adolescente insouciante et rieuse dont Hestia m’a parlé. Sois… Sois… Sois elle.

- Dis-lui que je l’ai aimé à ma façon. Dis-leur que je regrette.

Tu leur diras toi-même.

- Merci d’avoir été celle qui m’a redonné le sourire. Ma muse…

Les souvenirs s’emmêlent, les dialogues se confondent, changent d’ordre. Devant ses yeux défilent les yeux remplis de larmes de Thalye, puis son sourire triste et fatigué, ses poignets, encore si rougis. Pourquoi avoir fait ça ?

- L’heure de retrouver mon frère.

Et nous alors ? Erato, Maïa, Icare, nous avons besoin de toi. Ses doigts osseux tendus vers le visage de sa fille cueillent une larme, qu’elle laisse tomber à terre tant son poids minuscule mais lourd de douleur est impossible à porter.

- Tu es venue…

Ses yeux qui se ferment, doucement, ses paupières frétillantes, qui n’osent pas toucher celles du bas, sachant qu’une fois fait, ce serait la fin. Elles hésitent, sursautent, elles veulent le faire, mais est-ce bien le bon moment ?

Un dernier soupir, tendre l’oreille pour espérer en entendre un autre, rien. Un bip énervant, la précipitation autour d’elle, alors que son monde tournait désormais au ralenti. Des mains qui agrippent ses épaules, on la tire en arrière, son cri, déchirant et interminable, qui résonne dans l’écho de sa bulle.

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Ses larmes s’écrasèrent sur la banquette du train, ses mains étaient toujours plaquées contre ses tempes, le sang avait coagulé. Par chance, elle n’avait pas hurlé, comme durant les nuits qui avaient suivi. Les passagers du train continuaient leur vie, tranquilles. La petite Maya jouait sur sa console portable tandis que sa mère lisait tranquillement un livre, le jeune homme en face d’elle rêvassait, le nez écrasé contre la vitre, des écouteurs vissés dans les oreilles, l’homme d’affaire deux rangs devant continuait de lire son journal à la page de la bourse, et les deux petites vieilles derrière discutaient toujours avec autant de vivacité que leur âge leur permettait. Tous semblaient bien heureux dans leurs petites vies rangées, à lire, à jacasser ou à jouer, alors qu’elle se faisait souffrance pour enterrer des souvenirs trop récents et trop durs.

Elle n’était peut-être pas encore prête, après tout. Comment pourrait-elle consoler les petits si elle-même était inconsolable ? Comment pourraient-ils aller bien en la voyant pleurer et s’arracher la peau du crâne dans l’espoir futile de faire disparaître des images atroces ?

Mais elle devait le faire. Cela faisait trop longtemps ses frère et sœur ne l’avaient pas vue. C’était son devoir de s’assurer qu’ils allaient bien. L’annonce de la mort de Thalye avaient dû les choquer plus qu’autre chose. Tout comme elle avait été choquée. Enfin… elle avait été au premier rang. Elle avait les images gravées dans sa mémoire désormais.

Calmée, elle passa ses mains sur ses yeux, les frottèrent. Ils étaient douloureux, bouffis. Puis elle reprit sa contemplation du dehors. Les premières montagnes dont les neiges ne fondaient jamais au sommet d’Hidden Springs se détachaient enfin à l’horizon. La fin du voyage était proche. Bientôt, elle serrerait Maïa et Icare dans ses bras, peut-être pleureraient-ils ensemble, elle n’en savait rien.

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Le train ralentit alors, à l’approche d’une gare intermédiaire. Encore une excuse pour que le voyage ne se termine pas. Pourquoi Monte Vista et Hidden Springs étaient-elles à la fois si proches et si éloignées ?

Elle en profita pour sortir son téléphone, ouvrit les messages et s’arrêter sur le nom de « Papa ». Elle ne l’avait pas prévenu de sa visite, peut-être devrait-elle le faire. Ou arriver à l’improviste. Leur dernière rencontre ne s’était pas vraiment bien terminée, Bastien ne se souciant pas de l’appel d’Hestia disant que Thalye était à l’hôpital. Erato avait dû faire violence pour préparer à la hâte deux trois bagages et prendre sans dire au revoir le premier train venu. Peut-être qu’elle ne devait pas le prévenir. Surtout qu’il était désormais trop tard pour lui de refuser. Elle changea de destinataire, cherchant « Dan » et le prévint que le voyage se passait bien. Elle omettait bien évidemment le flot de souvenirs qui la submergeaient, ainsi que la crise de larmes. Il n’avait pas besoin de savoir.

Un oiseau se posa sur la branche d’un arbre, près de la gare. Erato sourit en repensant à la fois où elle et Dan en avait poursuivi un semblable, lorsqu’ils étaient enfants. Le pauvre animal apeuré s’était réfugié dans un arbre. Erato avait alors pensé la poursuite terminée, mais Dan, aventureux, beaucoup trop d’ailleurs, n’avait pas été du même avis et avait entreprit l’escalade du chêne noueux, ignorant son amie qui le sommait de redescendre.

Suite à cette aventure, le jeune imbécile avait fini le bras dans le plâtre, et l’oiseau s’était envolé à son approche.

Le train redémarra. Le prochain arrêt serait celui d’Hidden Springs, la destination finale.


Énooooormément de blaba, mais pas mal de trucs à expliquer aussi. Pour ceux qui sont perdus (parce que j'ai eu la bonne idée de faire par souvenirs pas dans l'ordre, huhu ♥) Erato est une petite fille solitaire jusqu'à ce qu'elle rencontre Dan, qui deviendra son meilleur ami. Elle a ensuite une sœur, Maïa, puis un petit frère, Icare. Malheureusement, Thalye ne supporte plus sa vie de couple et ils finissent par divorcer, les petits partent avec leur père, et Erato reste avec sa mère. Puis Thalye flirte à droite à gauche, ça énerve Erato qui se barre chez son père, laissant sa mère seule.

Là on sait pas trop ce qui lui arrive, mais elle finit par se retrouver à l'hôpital et mourir devant Erato qui l'a rejoint. Elle déprime, ne sort plus de sa chambre, jusqu'à ce que Dan la pousse. Du coup elle se reprend en main, et part pour Hidden Springs voir sa fratrie.

Voilà ~

 

J'espère que vous comprendrez le titre /BRIQUE

Tschüss