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Dans la forêt d'Hidden Springs, entre les sapins, reposait le modeste chalet que son père avait réussi à s'acheter. Elle s'arrêta en bordure de route, le cœur battant. Elle n'avait aucune idée de ce qui l'attendait, personne n'était prévenu de son arrivée, la mort de Thalye était encore récente, les petits probablement encore choqués. Ses mains tremblaient, moites. Elle détestait cet endroit. Ce n'était pas chez elle. Elle ne voulait toujours pas y croire.

Serrant les poings jusqu'au sang, elle s'avança, espérant de trouver personne. Même si elle savait que ce moment se déroulerait un jour, elle voulait que ce soit le plus tard possible.

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Malheureusement pour elle, son père lui faisait désormais face. Il lui semblait s'être passé tellement temps depuis leur dernière rencontre, tant de choses s'étaient produites.

- Erato...? Qu'est-ce que tu fais là ?

- Moi aussi ça me fait plaisir de te voir, répondit la jeune muse, déjà agacée.

Après tant de temps, la mort de Thalye, c'était tout ce qu'il trouvait à dire ? Pas de condoléances, pas de joie, juste une question qui sonnait faux.

Déjà énervée après seulement une minute passée avec son père, Erato le poussa d'un coup d'épaule et entra de force dans le chalet.

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- Où sont les petits ?

Là était sa seule préoccupation.

- Erato, attends, supplia Bastien en la stoppant dans sa course en attrapant son bras.

- Lâche mon bras, s'il-te-plaît, cracha-t-elle en en fusillant du regard la main agrippée à elle.

- Les petits vont bien, ils dorment en haut. Tu ne voudrais pas qu'on discute un peu avant ?

Elle le jaugea d'un regard suspect, elle sentait au tremblement de sa main sur son bras qu'il était inquiet. Pour lui-même ou pour quelqu'un d'autre, elle l'ignorait. Le fait était qu'il cachait quelque chose. À contre-cœur, elle le suivit au salon où elle s'assit sur le sofa tandis qu'il avait rejoint la cuisine pour préparer du café.

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- Un sucre pour toi, c'est ça ? demanda-t-il simplement.

- C'est ça.

Un silence gênant où ni lui ni elle ne savaient de quoi parler s'installa. Il s'avança avec deux tasses dans les mains et la jeune fille le remercia poliment. Une personne étrangère à la famille n'aurait pu croire qu'ils étaient parents tant ils étaient distants.

- Et, euh... comment vas-tu ?

Elle se demanda sincèrement s'il s'inquiétait de comment elle vivait son deuil ou si ce n'était qu'une simple formule de politesse. Il avait souvent eu des nouvelles grâce à l'intermédiaire d'Hestia, mais jamais il n'avait demandé à lui parler en personne, jamais il ne lui avait demandé comme elle allait depuis.

- Je vais... bien. Je suppose. Mais les petits ? Comment l'ont-ils pris ?

- Ils vont bien. J'ai su faire. Ne t'inquiète pas pour eux. Parle moi de toi plutôt. Ça fait trop longtemps.

Elle n'était pas dupe. Quelque chose se tramait avec les petits, elle en était sûre. À chaque fois qu'elle amenait le sujet dans la conversation, il le détournait par une habile excuse pour changer de sujet. Depuis son arrivée ici, elle n'avait pas réussi à avoir la moindre nouvelle d'eux.

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- Il n'y a rien à dire, je m'en suis sortie grâce à Dan. C'est lui qui m'a convaincue de venir ici pour prendre des nouvelles des petits. Je vais aller les réveiller, ils sauront me pardonner.

- Attends, Erato !

Elle chercha des yeux le regard fuyant de son père, il semblait affolé, nerveux, il nouait et dénouait sans cesse ses doigts, sa jambe droite tremblait dangereusement.

- Il y a quelque chose que tu dois savoir avant d'aller les voir...

Son regard s'affola, il n'osait regarder sa propre fille, il paraissait chercher de l'aide ailleurs, mais il n'y en avait aucune. Il finit par fixer ses pieds, cherchant, commençant une phrase, l'arrêtant, bégayant. Bientôt Erato s'inquiéta. Elle n'avait plus eu de nouvelles depuis plus d'un mois, que leur était-il arrivé ?

- Parle, bordel ! s'impatienta-t-elle violemment.

- Ils ne sont pas au courant pour ta mère, lâcha-t-il enfin à toute vitesse, sans articuler.

La jeune fille mit plusieurs secondes avant de comprendre ce qu'il avait dit. Mais quand cela arriva...

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- Pardon ?

Elle tentait de réfréner sa colère, se dire qu'elle n'avait peut-être pas si bien entendu que ça, qu'il se moquait d'elle, mais le malaise de son père était criant de vérité. Il n'avait rien dit. Jamais. Il avait menti. Hestia l'avait sommé au téléphone de le faire, Erato l'avait souvent entendue se disputer avec lui depuis sa chambre, lui ne voulant rien dire. Puis un jour les disputes avaient cessé. Il leur avait dit.

Mais ce n'avait été qu'un mensonge... Rien de plus qu'un mensonge. Ils n'avaient jamais su, jamais pleuré, ils continuaient de vivre en pensant revoir leur mère. Comment pouvait-il leur faire ça ?

Elle se leva, totalement hors de contrôle, s'avança vers son père, le visage déformé par la colère.

- Comment, quel père es-tu pour...

- Erato attends, calme toi, je peux tout t'expliquer.

Il n'y avait rien à expliquer pour elle. Elle devait leur dire, le plus vite possible. Ignorant le ton suppliant de son père, elle se dirigea lentement vers les escaliers.

- Erato, non !

Il empoigna son bras, serra de toutes ses forces, l'empêchant de s'enfuir. Elle lui hurla de le lâcher, se débattit, il lui faisait mal désormais.

Elle finit par se défaire de son emprise, obtenant une griffure superficielle causée par les ongles de son propre père, et, le prenant de court, se mit à courir vers la chambre que Maïa et Icare partageaient. Bastien se lança à sa poursuite trop tard. Il hurlait son nom, la supplia de l'écouter, d'écouter ses excuses, il trébucha sur la dernière marche, suppliait de plus belle.

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La jeune muse s'engouffra aussi vite qu'elle le put dans la chambre, et fit jouer la clé dans la serrure. Quand son père arriva deux secondes après, il était trop tard,et il l'avait compris. Il tambourina à la porte, sanglota, s'excusa, mais rien n'y fit. Erato refusait d'ouvrir.

- Erato ! s'émerveilla une petite voix qui redonna un semblant de sourire à la jeune fille.

Maïa, qui ne dormait pas le moins du monde, contrairement à son jeune frère, était perchée sur son lit, dominant la chambre de sa petite taille. Un sourire illuminait son visage d'enfant, trop heureuse de revoir sa grande sœur.

La petite sauta de son lit, atterrissant lourdement sur la sol, mais elle se releva immédiatement pour prendre dans ses petits bras sa grande sœur, qui entoura les petits épaules de l'enfant d'une réconfortante étreinte.

- Tu m'as manquée, dit-elle d'une voix étouffée, la bouche plaquée contre la chemise d'Erato. Pourquoi papa est en colère ?

- Il est en colère parce qu'il a fait une bêtise, répondit simplement la jeune muse.

La pire bêtise de sa vie, avait-elle envie d'ajouter, mais Maïa n'avait rien à voir avec cette histoire et n'avait pas besoin de se poser plus de questions.

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Elle lui demanda de s'asseoir à côté du pouf et de l'attendre, tandis qu'elle allait réveiller avec douceur le petit dernier de la famille. Lorsqu'il posa ses yeux gris et fatigués sur le visage de sa grande sœur, ceux-ci brillèrent de joie. Les trois mois sans la voir lui avaient semblés interminables et prit d'une énergie soudaine, il sautilla pour atteindre plus vite les bras de la jeune fille, et ainsi enfouir sa tête dans le creux de son cou.

Et elle s'en voulut. Elle ne voulait soudainement plus leur annoncer la terrible nouvelle, celle qu'ils devaient cependant connaître à tout prix. Elle ne voulait pas gâcher leur bonheur, détruire leurs fragiles sourires sur leurs visages, et le temps d'un instant, elle comprit son père. Annoncer une telle chose à deux petits êtres innocents semblait si insurmontable, si cruel. Il fallait juste du courage, ce qu'elle avait. Ce qu'elle devait avoir, pour eux, pour sa mère. Leur père était un lâche, soit. Pas elle.

Elle posa Icare à côté de Maïa, et s'assit dans le pouf, soutenant son menton de sa paume. Elle ne leur adressait pas un regard, réfléchissant à la meilleure façon d'aborder le sujet.

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- Erato...?

- C'est à propos de maman... lâcha-t-elle enfin d'une voix butée.

Il lui fallait bien commencer quelque part, même si elle hésitait. Il n'y avait pas de bonnes façons d'annoncer la mort d'une mère à des enfants.

- Elle est où ? demanda Maïa, qui n'avait pas revu, ni entendu le son de la voix de sa mère depuis trop longtemps. 

La lèvre inférieur de la jeune muse commença à trembler, elle sentait les larmes lui piquer les yeux, les sanglots l'étouffer. Elle tenta de les ravaler, en vain. Il ne lui faudrait pas longtemps avant de craquer.

- Vous vous souvenez des étoiles que maman aimait tant ?

Elle marqua une pause, incapable de continuer sans qu'une larme ne vienne couler le long de son visage et s'écraser à ses pieds.

- Elle les aimait tant qu'elle est partie les rejoindre.

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C'était tout ce qu'elle dirait. Car Maïa avait compris. Déjà, ses yeux se remplirent de larmes et elle se mit à pleurer bruyamment. Elle n'avait que sept ans, mais elle avait fait la relation encore ce qu'Erato venait de dire et ses pleurs. Sa maman ne reviendrait pas de son voyage vers les étoiles.

Elle se leva en titubant, le visage trempé, renifla, passa une main sous son nez coulant et finit dans les bras de sa grande sœur.

Ce fut ce moment-là que choisit Icare pour pleurer à son tour. Lui ne comprenait rien. Du haut de ses quatre ans, il était trop jeune pour la comparaison imagée de la mort. Mais la tristesse de ses deux sœurs le rendait également triste. Il savait que quelque chose se passait, et il n'aimait pas cette ambiance. Alors par mimétisme, il pleurait. On lui expliquerait clairement plus tard, si vraiment il était à même de comprendre ce que la mort signifiait.

Erato le prit alors dans ses bras et se rassit dans le pouf, étreignant ses deux frère et sœur. Épuisés, meurtris par cette nouvelle, ils s'endormirent ainsi, ne faisant plus qu'un.


HEHEHE, c'est très la joie par ici. Bastien, quel papa super o/

Mais on sait toujours pas pourquoi il a rien dit, mwuhuhu, j'aime le suspense 8)

Hééééé, vous avez vu, y'a une nouvelle bannière \o/ Et on dit merci beaucoup Neikka de m'avoir aidée, sans elle, ç'aurait été très moche ♥

Sinon, grâce au Nanowrimo, j'ai plus de 10 chapitres d'avance, DIX CHAPITRES, un 1 et un 0, oui oui oui, c'est jamais arrivé ._. Donc pour faire assez régulière, une màj par semaine, le vendredi, histoire de bien commencer le week end :3

Tschüss :3