Le soleil venait de se coucher lorsqu'Erato ouvrit les yeux. Une fois ces derniers habitués à l'obscurité ambiante, elle découvrit Icare recroquevillé dans ses bras, et Maïa avachie entre le pouf et le sol, la tête sur ses genoux. Lentement, elle retira la tête de sa sœur et la posa sur le pouf, de façon à ce que ce soit le plus confortable pour l'enfant, et l'aînée mit le plus jeune dans son berceau, afin qu'il y finisse sa nuit. Elle tourna la clé de la chambre, et sortit affronter le monde extérieur.

Ou plutôt son père, qu'elle trouva dans la cuisine, attablé, une bouteille de bière à la main. Quand il entendit le parquet grincer derrière lui, il se retourna violemment, délaissa sa bière et s'avança honteux vers sa fille, qui ne bronchait pas et le regardait d'un air mauvais.

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- Erato, je suis désolé...

- Si tu crois que c'est assez.

- Je t'en prie, laisse-moi t'expliquer, il y a une bonne raison derrière tout ça...

- Une bonne raison ?! explosa la jeune fille. Comment tu peux penser une seule seconde qu'il y a une quelconque bonne raison de cacher la mort de maman aux petits pendant trois mois ?! De leur faire croire qu'ils vont la revoir ? Il n'y a aucune bonne raison ! Aucune !

Bastien essayait de tenir contre ces paroles extrêmement dures et froides. Il lui semblait avoir perdu tout l'amour de sa fille à ce moment-là.

- Écoute Erato, je ne voulais pas te l'annoncer comme ça, maintenant, pas après ça, mais j'ai rencontré quelqu'un et...

- Le rapport ? Le rapport avec le fait que tu aies caché la mort de maman ?

- J'y viens, j'y viens.

Parce qu'en plus, il y avait un rapport... Comment la nouvelle relation de son père pouvait-elle avoir un quelconque rapport avec cette histoire ?

- Les choses se sont passées un peu vite, tu vois, et il s'est révélé que tu vas être de nouveau grande sœur...

Il marqua une pause, attendant une réaction de la part de sa fille, mais rien. Elle restait froide comme la glace, le regard gelé sur lui. Il s'était attendu à toutes sortes de réactions sauf à ça. Sauf au manque de réaction. L'annonce d'un nouveau membre de la famille ne lui faisait ni chaud, ni froid. Il ne reconnaissait pas son Erato. Son Erato aimait les enfants, aimait sa famille, son frère, sa sœur, avait toujours été la première enthousiaste à l'annonce d'un bébé. Mais aujourd'hui rien. Elle avait changé. Elle était totalement différente. Un frisson lui parcourut l'échine. 

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- Sarah ne pensait pas à mal, mais elle n'a que trente-deux ans, et c'est son premier enfant, ce n'était pas prévu. Sa grossesse ne se passe pas très bien, et elle ne voulait pas avoir à gérer deux enfants en deuil... Tu comprends ?

La seule réaction de la jeune fille ne fut qu'un petit rire faux, forcé. Elle n'arrivait même pas à se mettre en colère tant la situation était ridicule. Ridicule. Si ridicule. Il venait d'inventer cette excuse en buvant sa bière, n'est-ce pas ? Il venait de l'inventer alors qu'il était dévasté et à moitié saoul. Il n'y avait pas d'autres explications.

- Erato, je t'en prie, parle. Dis quelque chose, hurle-moi dessus si tu le veux, mais réagis.

- C'est une blague ? demanda-t-elle le plus sérieusement du monde, cherchant le vrai du faux.

- Non.

- Tu veux dire que... tu as caché la mort de maman parce que t'as pas été capable de foutre une capote et que ta copine que tu connais depuis moins de trois mois veut pas gérer les deux gamins de son mec parce qu'elle est en cloque ?

Que disait-elle ? Il devait la connaître depuis bien plus longtemps. Comment aurait-elle su qu'elle était enceinte au moment de la mort de Thalye, survenue trois mois auparavant ? Erato avait laissé sa mère qui était passée à autre chose trop vite, pour rejoindre une ordure qui avait fait la même chose en cachette. Combien de temps ce lâche aurait-il attendu pour la lui présenter en face ?

Le cœur du père se serra. Sa fille parlait si méchamment, elle était si froide, si haineuse, elle le méprisait, le trouvait faible, le détestait sûrement.

- Et je peux lui parler à cette poufiasse ?

Bastien s'apprêtait à répliquer, à jouer son rôle de père, Erato dépassait les bornes, mais une autre voix s'inséra dans l'échange.

- Bien sûr, que souhaites-tu lui dire ?

La belle-mère qu'Erato rencontrait dans les pires circonstances qu'il soit se tenait derrière elle, ses yeux gris fixés sur la jeune effrontée. Elle était banale, avec des cheveux roux qui retombaient banalement sur ses épaules et des yeux gris banalement maquillés. [un peu beaucoup en fait, oups, problème de communication entre la moi qui écrit et la moi qui crée les persos] Elle n'avait pas un visage que l'on pouvait remarquer et dont l'on pouvait se souvenir, elle était comme de nombreuses autres femmes, sans distinction particulière. Elle était néanmoins mignonne, elle ne paraissait pas plus vieille qu'Erato, malgré leur quatorze ans d'écart. Elle faisait beaucoup trop jeune pour être avec Bastien.

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- De quel droit refusez-vous que mon frère et sa sœur ne soient pas au courant de la mort de ma mère ?

- Erato, je suis désolée, je ne voulais pas qu'ils n'en sachent rien, c'est inhumain, mais essaye de comprendre, tu es jeune, tu ne connais pas la grossesse, je serai bien incapable de m'occuper de tes frère et sœur s'ils étaient effondrés.

-Personne ne vous a demandé de vous en occuper, ils ont un père pour ça, vous n'avez qu'à rester allongée devant un film à la con dans votre lit et laisser les petits tranquilles, répliqua la jeune muse, cinglante.

La paranoïa semblait venir la grignoter de plus en plus. Elle se méfiait de cette femme, elle avait peur d'elle. Peur de ce qu'elle pourrait représenter pour les petits. Peur qu'elle ne prenne la place de leur mère, qu'elle la remplace, et qu'elle soit la seule à s'en rendre compte. Ça déchirerait sa famille encore plus.

- Je veux m'en occuper, Erato, ils sont comme mes enfants à mes yeux.

- Vous voulez la remplacer, c'est ça ? Vous n'avez rien dit pour qu'ils l'oublient, qu'ils s'habituent à vous, vous la détestez vous aussi, n'est-ce pas ? Quoi qu'il vous ait dit sur elle, ce ne sont que des mensonges !

- Erato ! s'exclama Sarah interloquée. Je ne souhaite pas prendre la place de ta mère, je...

- Je ne suis pas si stupide, elles disent toutes ça ! Vous avez empêché à des enfants de faire leur deuil, je vous interdis de vous en approcher !

- Erato, ça suffit, tonna son père en l'attrapant par les épaules pour lui faire entendre raison.

- Lâche-moi !

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D'un geste violent, elle se libéra et s'enfuit dehors. Elle avait besoin de courir, de s'éloigner de cette maison qui n'avait jamais été la sienne, de partir loin de cet homme qui lui était devenu inconnu aux côtés de cette femme. Elle n'arrivait pas savoir, savoir si c'était de la naïveté ou la manipulation. Elle ne savait rien de cette femme, pas plus que son père, personne ne la connaissait, elle jouait tellement bien son jeu, la jeune fille était perdue. Avait-elle dit la vérité ? Était-elle vraiment si naïve ? Était-ce vraiment possible ? N'importe quel imbécile aurait su que cacher une mort à des enfants aussi longtemps serait une mauvaise idée, mais elle semblait si inexpérimentée de la vie.

Elle arrêta sa course folle dans un parc désert et sombre, il pleuvait. Les étoiles ne brillaient pas ce soir-là dans le ciel noir. Les nuages étaient trop épais. Elle s'accouda sur le rebord du pont, pensive.  Elle devait se calmer, elle devait parler de tout ça à quelqu'un.

Elle attrapa son téléphone resté dans sa poche et quelques secondes plus tard, la voix de Dan s'éleva dans les microphones.

 

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Quand elle rentra à minuit passé, les vêtements trempés et grelottante, plus aucune lumière n'était allumée dans la maison. Tant mieux. Elle était épuisée, dormait debout et seule la volonté de dormir dans un lit la maintenant éveillée. Si elle avait pu, elle se serait allongée depuis longtemps dans l'herbe pour s'y endormir aussitôt.

Dan ne lui avait pas été d'une grande aide. Bien sûr, il l'avait calmée, comme il le faisait toujours, mais ayant vécu une situation similaire, il n'avait su la conseiller réellement. Ses parents s'étaient séparés très tôt, avant de reconstruire chacun une vie de leur côté, Dan tenant en équilibre entre ces deux vies. Erato se souvenait parfaitement de ce moment de sa vie où pour la première fois, elle avait été celle qui le consolait. Ne supportant pas son beau-père, qui réciproquement ne voulait plus le voir, il n'avait pas revu sa mère depuis des années, se forçant à vivre avec son père et sa belle-mère, qui l'avaient peu à peu délaissé pour s'occuper des enfants nés de cette nouvelle union. À peine ses dix-huit ans passés, il avait fait ses valises et pris un appartement, quittant cette vie de conflits. Alors il n'avait pas su quoi dire à sa meilleure amie. Il n'avait pas le droit de lui dire de rester chez son père et supporter sa belle-mère, il ne l'avait pas fait, il n'avait pas pu. Il lui avait simplement conseillé de rester quelques jours pour ce faire une meilleure opinion. Les choses étaient allées très vite, trop vite, elle s'était emportée, fait un faux jugement. Elle ne connaissait rien de Sarah, peut-être était-elle seulement naïve. Ou peut-être pas.

Une lumière s'alluma quand elle passa le palier de la porte d'entrée, elle se figea. Elle ne voulait pas voir son père, encore moins lui parler, plus aujourd'hui. Il lui fallait dormir avant.

- T'étais où ? demanda la voix enfantine de Maïa.

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La jeune fille souffla de soulagement. Ce n'était que sa petite sœur qui, n'ayant pas vu Erato en se réveillant, s'était inquiétée et avait veillé pour être rassurée.

- Dehors, j'avais besoin de prendre l'air, et parler tranquillement à Dan.

- Dan ? Il est là ? Il est où ?

Dan était comme un grand frère à ses yeux, le jeune homme passait tellement de temps chez les muses qu'il faisait presque partie de la famille. Erato lui avait même proposé de venir vivre chez eux une fois majeur, mais le divorce de Thalye et Bastien avait bouleversé les choses.

- Il n'est pas là, petite puce, je l'ai appelé. Il nous attend à Monte Vista.

- On va rentrer à la maison ?

Ses yeux brillèrent d'une triste joie. Ici n'était pas sa maison, sa maison était à Monte Vista, là où elle était née, où elle avait ses amis, où elle avait sa maman, pas cet endroit où elle vivait depuis six mois. En six mois, elle n'avait réussi à se faire aux montagnes, ni à la forêt, aux gens y vivant, à l'atmosphère. Elle voulait rentrer chez elle, serrer sa mère dans ses bras... Alors ses yeux brillèrent de larmes, qu'elle laissa rouler le long de ses petites joues.

- Chut, chut... Ne pleure pas, lui soufflait sa sœur à l'oreille tout en lui caressant le dos. On va rentrer à la maison, je te le promets. Mais avant, il faut aller dormir.

Sa main attrapa cette si fragile de la petite. Elle serait toujours là pour elle. Promis.


ME BUTEZ PAS, j'explique de suite le titre : comme les étoiles ne brillent pas. En gros.

Bon... peu de photos, beaucoup de blabla. Habituez vous. Les prochains chapitres sont aussi longs et ne contiennent que 5 photos en moyenne.

Z'en pensez quoi vous de la Sarah, manipulatrice ou juste naïve as fuck ?