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Erato posa enfin l’énorme valise sur le tapis, qui libéra des milliers de grains de poussière autrefois emprisonnés dans un bruit sourd, sans doute le cri de ces grains à nouveau libres. Elle leva la tête et embrassa d’un regard la pièce où elle se trouvait.

- Tadam ! hurla Dan en ouvrant les bras devant lui, un sourire barrant son visage.

- C’est moche.

- Pour le moment ! Faut décorer un peu ! C’est tout ce qu’on peut s’offrir de toute façon.

Malgré la vente de la maison qui avait énormément renfloué les caisses, il avait fallu acquérir une nouvelle maison, bien plus modeste, et payer tous les frais associés à la vente, ceux du psy de Maïa, de l’inscription à l’université… Ils avaient encore largement de quoi vivre, mais ils n’avaient pas voulu prendre une chambre ni trop grande, ni trop belle pour éviter les dépenses inutiles et superficielles.

La jeune fille se laissa tomber sur l’un des deux lits, épuisée. Il n’était pas confortable, la couette était hideuse. La pièce était vide de tout, en dehors de deux lits, un bureau, une cheminée et une armoire sans doute infestée de mites.

- C’est déprimant.

- Attends, attends ! Là on peut mettre des posters, changer le tapis et ces draps moches, et là dans le coin, j’vois bien un pouf et une bibliothèque pour tes bouquins, expliqua-t-il indiquant chaque endroit, un sourire ineffaçable sur ses lèvres.

- On n’a pas que ça à faire avec notre argent. C’est cher !

- Tu rigoles ? On est au campus, paradis des jeunes étudiants fauchés ! Personne n’a un rond ici, tout le monde bouffe des pâtes ! Allez go !

- Comment ça go ?

- On va acheter des meubles ! Ce sera fait !

Erato voulut protester, voulait se reposer avant la rentrée, lui dire qu’ils auraient à la limite le temps le week-end… Mais quand Dan avait une idée en tête, rien au monde ne pouvait lui faire changer d’avis. Il ne laissa pas le temps à son amie de dire le moindre mot et l’attrapa par le bras.

*

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- Et voilà le travail !

Ils avaient acheté beaucoup plus de choses que prévu, mais la chambre était désormais plus agréable à regarder, et sans doute à vivre. Et comme Dan l’avait dit, les prix étaient corrects. Il se laissa tomber dans son nouveau pouf, trop heureux, tandis que la jeune muse ne perdait pas de temps et rangeait déjà ses affaires dans l’armoire sommairement nettoyée.

- Bon, t’es prête ? lança-t-il soudainement en se levant d’un bond.

- Prête ? s’étrangla la jeune fille. Prête pour quoi ?

- Pour la soirée d’entrée ! Tous les nouveaux étudiants y vont !

- Pas moi. Pas mon truc.

Si Dan aimait sortir et rencontrer des gens, Erato était restée la même depuis l’enfance, solitaire et casanière. Elle préférait de loin une soirée en pyjama avec un café dans une main tout en écrivant ou regardant un film à une soirée où l’alcool coulait à flot et où la musique déchirait les tympans. Tous les week-end ou presque il essayait de la traîner chez des gens qu’elle ne connaissait même pas pour qu’elle s’y ennuie à mourir. Elle avait accepté de gré une fois, une seule, avant de comprendre que ce genre de vie n’était pas pour elle. Depuis, il lui tendait des pièges pour qu’elle vienne, l’amenant directement à la soirée sans la prévenir, ou en tournant la conversation dans son sens, chose à laquelle il excellait, malheureusement.

- Tu ne peux pas dire non à celle-là de soirée ! Tout le monde y passe, c’est là qu’on rencontre les gens

- J’ai pas besoin de rencontrer de gens, répliqua-t-elle.

- C’est adorable pour moi, mais ça peut pas te faire de mal ! Et faut que tu rencontres des garçons.

- Ah non ! s’emporta-t-elle aussitôt. Tu recommences pas avec ça ! Tu arrêtes de vouloir me caser !

- Parce que tu crois que je vais te laisser faire ? Si je te cherche personne, tu resteras seule. Tu vas pas être vieille fille quand même !

- Je trouverai bien quelqu’un un jour, arrête de forcer le destin.

- J’arrête si tu viens.

Encore une de ses manipulations… Il connaissait tellement bien sa meilleure amie qu’il savait comme l’énerver pour ensuite lui faire du chantage. Et c’était loin d’être des paroles en l’air. Si elle venait, il s’arrêterait réellement, pour une semaine ou deux cependant, mais c’était un bon répit pour la jeune fille. Sinon, il n’hésiterait pas un instant à l’embêter plus encore, jusqu’à ce qu’elle cède.

*

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La grande résidence de l’association féminine normalement si fermée et élitiste était ce soir-là grande ouverte, aux filles comme aux garçons, aux populaires comme aux ringards. Personne ne faisait de différences, ni de discriminations. Pas à la soirée d’entrée. Les conflits pourraient commencer le lendemain seulement. Ce soir-là, tout le monde pouvait et devait s’amuser, hypocrites.

Dan lança un grand sourire à la jeune muse, impatient de commencer à faire la fête. Quel idiot. Quelle idiotie de faire une soirée d’une telle envergure la veille de la rentrée informative. La plupart des étudiants ne seraient pas là, en train de cuver, ratant les informations importantes. Elle n’essayait même plus de comprendre la logique des gens de son âge, de toute manière.

Elle tritura ses doigts, voulant à tout prix faire demi-tour. Rien que devant la résidence se trouvait une foule trop importante pour elle. Elle n’osait imaginer l’intérieur. Cet endroit était décidément trop étroit pour une telle fête. D’après Dan, c’était ce qui faisait le charme de ces grosses fêtes. Erato n’était pas convaincue.

- Dément… souffla Dan, fasciné.

- Je veux déjà rentrer…

- Comment pas à être rabat-joie, toi ! Regarde ça, c’est génial !

Ils s’avancèrent, Dan avec une allure assurée, Erato beaucoup plus hésitante. Elle avait déjà mal à la tête, la musique était déjà beaucoup trop forte, les gens déjà trop saouls. La fête venait de commencer et atteignait des extrémités hallucinantes.

Les deux amis passèrent au travers d’une dizaine d’étudiants aussi différents les uns que les autres. Celle-là avait les cheveux multicolores, tandis que celle à ses côtés les portait en un chignon sévère. Celui-là avait le visage percé de toutes parts et le corps saturé de tatouages tandis que le garçon à qui il parlait abordait des lunettes carrées et noires, un bonnet trop grand et à son oreille trônait un écarteur, faisant de lui le hipster de base. L’université était peuplée de toutes sortes de personnes et aucune d’entre elles ne semblait juger les autres. À moins que comme elle l’avait pensé peu auparavant, la soirée d’entrée y était pour quelque chose. Elle s’était plutôt imaginé cet endroit comme dirigé par les filles belles et populaires et les joueurs de foot, les gens refusant de les suivre la risée du campus, reproduisant ainsi un schéma assez similaire au lycée, mais peut-être s’était-elle trompée.

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L’atmosphère à l’intérieur de la résidence était affreuse, impossible à supporter si l’on était soi-même et conscient. Comme le disait si bien et si souvent Dan, la clé pour apprécier une soirée était d’être bourré pour ne plus être conscient de rien, ce qu’elle détestait être.

Il faisait une chaleur étouffante, il était presque impossible de respirer, personne ne pouvait s’entendre tant la musique résonnait lourdement contre les murs et les gens hurlaient pour se faire comprendre un minimum, bien qu’ils n’aient pas grand-chose d’intéressant à se raconter. Il régnait une odeur d’alcool et sueur, qui ne faisait que d’empirer au fil des minutes.

- Je vais me chercher une bière, à toute ! lui lança soudainement Dan en s’éloignant.

- Non, Dan, non reste ici ! Dan !

Elle ne voulait pas être seule dans cette mer humaine, elle ne savait pas quoi faire, hormis s’asseoir et essayer d’oublier cet environnement glauque. Elle pouvait également partir, rentrer à sa résidence, mais elle ne se voyait pas faire le chemin à pieds, surtout pas avec tous ces étudiants alcoolisés qui fêtaient la rentrée et traînaient dans les rues.

Elle décida de sortir sur la terrasse, espérant échapper quelque peu à la folie des lieux qui l’oppressait, passa devant des couples qui se léchaient littéralement le visage de part en part, des gens qui dansaient sans contrôler la moindre partie de leur corps et qui buvaient à en perdre la raison. Comment Dan pouvait-il aimer participer à de telles choses ? Il n’y avait rien d’intéressant, rien d’amusant.

L’air dehors était beaucoup plus supportable, bien qu’encore écrasant. Un feu avait été allumé dans le fond du jardin et de nombreux étudiants y jetaient des fioles en tout genre, s’amusant à découvrir quelles réactions chimiques ils avaient créé là. Lorsque des étincelles bleutées s’élevèrent dans le ciel dans une explosion, des cris admiratifs furent produits. Elle devait bien l’avouer, le spectacle était beau.

Quelqu’un fut jeté à l’eau entièrement habillé par des dizaines d’autres étudiants, qui décidèrent de rejoindre leur victime sans prendre la peine d’enlever leurs vêtements. Un joueur de foot, à en croire son maillot, distribuait dans des verres en plastique rouges ce que contenait un fût. Sûrement pas de l’eau. Au fond sur la table de ping-pong se déroulait un tournoi de bière-pong, que de nombreux participants avaient été obligé d’abandonner. Intéressant.

- Et Charly, y’en a une qui n’a pas de verre par ici ! gueula un garçon derrière Erato.

Le dénommé Charly, qui n’était autre que le joueur de foot, releva la tête et dévisagea la jeune muse, qui tentait désormais de s’échapper de cette situation qui devenait trop gênante pour elle. Mais le garçon qui l’avait dénoncée l’empêchait de partir, bien trop imposant.

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- Bois un coup, ça te fera pas de mal !

- Je ne veux pas boire, répondit-elle d’un ton qui se voulait assuré.

- Allez, sois cool ! Fais pas ta vieille !

- Tu peux me laisser passer s’il-te-plaît ?

- Que si tu bois.

Quel était son problème à celui-là ? Il ne la connaissait pas, ils ne se connaissaient pas, et ils ne se reverraient jamais. Pourquoi voulait-il tant qu’elle boive ? Il pensait pouvoir la saouler pour s’en servir à sa guise ?

Charly apporta un verre, que le garçon prit et tendit à Erato, qui refusa de bouger d’un pouce.

- Allez, lève le bras, prend et bois.

- Et si je refuse ?

- Eh mec, tu laisses ma copine tranquille s’il-te-plaît ?

Dan se trouvait derrière l’autre, une bouteille de bière dans la main, le regard mauvais posé sur celui qui importunait sa « copine ». Le type, qui ne semblait plus imposant du tout ce moment-là, se décala avec une excuse, tout penaud. Il ne s’attendait pas à ce que la fille ait un copain, elle n’avait rien dit. Dan prit alors son amie par le bras et l’emmena à l’intérieur, loin de cet imbécile à moitié ivre.

- Ne me remercie pas surtout, lança-t-il d’un ton faussement indigné.

- C’est toi qui m’a mise dans cette situation en m’amenant ici. Alors tu ne mérites aucun merci.

- Ah, tu veux jouer à ça, hein ?

Elle attendit qu’il réponde, qu’il joue à leur jeu en lançant un contre-argument plus fort, impatiente de voir ce qu’il allait trouver.

- T’avais qu’à avoir un copain, comme ça j’aurais pas eu à arrêter et tu serais pas venue.

Elle le dévisagea, un sourcil levé, d’un regard qui en disait long sur ce qu’elle pensait de lui à ce moment précis : un parfait imbécile.

- Bon, ok, cet argument est le pire au monde, t’as gagné. Qu’est-ce que tu veux ?

- Qu’on rentre ?

- Erato, tu peux pas me faire ça ! Pas cette soirée !

- Elle craint ta soirée, y’en a pas un de conscient, la musique est merdique et ça pue, releva-t-elle.

- C’est une soirée.

- Je t’attends dehors. Je te laisse une heure, j’appelle les petits en attendant.

- Je te hais ! hurla Dan tandis qu’elle s’éloignait vers la sortie.

- Moi aussi !

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Bonjour l'université \o/ Ça m'avait manqué cet endroit, on va bien s'amuser là, avec Dan et Erato c:

Sinon j'ai rien à dire.

Tschüss