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Elle laissa tomber ses cheveux noirs comme la nuit, joua avec, les démêlant après une journée éreintante de voyage, avant de les rassembler de nouveau en un chignon désordonné. La personne qui lui faisait face dans le miroir avait une mine affreuse. Des cernes s’étaient creusées sur le contour de ses yeux verts fatigués qui tombaient doucement sous l’effet de l’épuisement. Ses lèvres commençaient à s’assécher à cause du froid mordant de l’hiver et son teint avait pâli.

- Qu’est-ce que tu fais ? demanda Dan qui arrivait chargé d’une valise dans la chambre.

- Je réfléchis, répondit-elle vaguement, le regard perdu sur le reflet des pores de sa peau.

- Arrête de te tracasser, tout va bien !

Elle se retourna en arquant à son égard un sourcil interrogateur. Tout allait bien ? Elle n’en était pas si sûre. Rien n’allait véritablement bien depuis le divorce de ses parents, qui lui semblait s’être déroulé une éternité auparavant, même si certains problèmes avaient été résolus et étaient derrière eux.

- Me regarde pas comme ça ! J’veux dire, on a fini par trouver un équilibre, non ? Tu as obtenu la garde des petits, tu n’as plus vraiment de problèmes avec ton père, en tout cas tu l’ignores et ça marche, Icare va bien, Maïa a presque plus besoin de voir son psy et Hestia va beaucoup mieux depuis qu’elle s’occupe d’eux ! Et on se démerde bien en cours.

Elle hocha la tête doucement, convaincue à demi. Malgré tous ces beaux arguments, elle sentait que quelque chose n’allait pas, sans pouvoir mettre le doigt dessus. Elle ne se sentait pas parfaitement bien.

- Ensuite, on va avoir notre diplôme, trouver un travail, tu vas donner naissance à la quatrième muse avec Ludovic et vivre heureuse pour toujours, fin.

- Dan, tu recommences !

- Comment ça ? s’étonna-t-il, jouant l’innocent.

- Avec Ludovic.

- Ça tombe bien que tu en parles, faut que tu te bouges ma cocotte.

Elle leva les yeux au ciel, vannée. Il n’arrêterait donc jamais.

- Arrête avec ça, c’est comme si je harcelais tous les jours pour tu te trouves une copine !

-Ok !

- Quoi ok ? répéta-t-elle.

- Je vais me trouver une copine ! Et alors tu accepteras de m’écouter à propos de Ludovic.

- C’est ridicule, t’as jamais eu de copine !

- Alors ça, ça me fait mal ! Au lycée, je suis sorti avec une fille au moins trois mois.

Elle applaudit d’une façon sarcastique, lentement, le regard lourd de sens, quel exploit.

- Je fais un effort pour rester avec une fille, tu fais un effort pour ne plus nier tes sentiments.

- Quels sentiments ? s’emballa-t-elle.

- Ceux au fond de toi, nouille ! répondit-il en pointant son cœur. Ok, parlons pas sentiments, tu acceptes un rendez-vous avec lui. Seule à seul. Histoire de commencer doucement.

Elle poussa un grognement. La seule et unique fois qu’elle s’était retrouvée seule avec Ludovic avait été lors de leur toute première rencontre. Depuis, elle avait toujours été accompagnée des petits ou de Dan, principalement.

- Hâte de rencontrer ta copine, lança-t-elle avec ironie en quittant la pièce, persuadée qu’il n’arriverait jamais à en trouver une.

 

- Un café s’il-vous-plaît.

- 1§.

Elle paya l’homme avec une pièce, comme tous les jours, avant de s’installer sur la table près de la fenêtre, comme d’habitude, sortit ses affaires et commença ses devoirs en attendant Dan.

Tous les jours, il arrivait dix minutes après elle. Pourtant le bâtiment où il avait cours n’était pas aussi loin du sien. Au fond, elle ne préférait pas savoir le pouquoi du comment de ce retard. On ne pouvait jamais savoir ce que Dan manigançait.

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Comme toujours, Dan arriva en dérangeant les feuilles gribouillées de notes et de cours de sa meilleure amie, un jeu enfantin auquel il aimait se prêter avec un sourire niais. Mais aujourd’hui, une autre personne s’installa à la table et ce n’était pas Ludovic, qui avait parfois la mauvaise habitude de venir au café avec eux.

C’était une fille, de visage assez banal, avec de petits yeux bleu-gris à moitié cachés par une frange de cheveux châtains et rehaussés de lunettes noires et carrées comme on en voyait partout. En revanche, elle puisait son originalité de son look vestimentaire, avec une robe verte et rose, des collants multicolores et atypiques, et des bottines d’une couleur totalement différente du reste. Elle était la plus colorée des filles qui lui avaient été données de voir, sans pour autant toucher à la couleur de ses cheveux.

- Salut ! dit-elle d’un ton enjoué en tirant la chaise pour s’installer.

- Bon…jour ?

- Erato, je te présente Léonie, ma copine ! lança Dan avec un sourire béat qui lui déchirait le visage.

Elle lui fit les gros yeux, à la fois impressionnée et sceptique.

- Je peux te parler deux secondes ? s’adressa-t-elle à son ami.

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Ils s’éloignèrent de la table, assez loin pour que la jeune fille qui jouait désormais avec ses cheveux pour s’occuper n’entende pas.

- T’étais sérieux ? attaqua-t-elle à l’instant même où il fut concentré.

- Évidemment, qu’est-ce que je ne ferais pas pour toi !

- Tu la connais depuis quand ?

- Une semaine, tout au plus. Elle n’en reste pas moins ma copine.

- Tu sais, pour que l’accord fonctionne, faut pas prendre la première fille venue et me la présenter comme ta copine et rester deux semaines avec.

Elle espérait ainsi qu’il abandonnerait, que l’accord serait annulé. Dan n’était pas fait pour rester avec une fille, il n’aimait pas ça, il ne l’avait jamais aimé, sans savoir pourquoi. Sans raison particulière, en vérité. Ce n’était simplement pas son truc.

- C’est pas la première fille venue, elle est très bien, mignonne, intelligente et pas chiante du tout, pas comme toi. Et je compte rester avec !

- Et ne pas aller voir ailleurs en même temps.

- Eh ! Je suis peut-être un connard, mais je suis fidèle !

Elle haussa un sourcil, plus que jamais perplexe. Dan ne s’était jamais posé dans la moindre relation « sérieuse » et flirtait à droite et à gauche, surtout lors des soirées, sans même s’en rendre compte parfois. C’était dans sa nature, il l’avait toujours fait, et elle doutait sérieusement qu’il puisse changer du jour au lendemain ses habitudes, même pour se donner raison et la forcer à accepter un rendez-vous avec Ludovic. Quoique, têtu et déterminé qu’il était, il restait une infime probabilité qu’il réussisse.

- La moindre faute et l’accord est annulé, ok ? concéda-t-elle finalement, satisfaite de son compromis.

Il lui serra la main, prêt à jouer le jeu. Pour elle, pour qu’elle accepte enfin ses sentiments, ou tout du moins de les laisser grandir, il ferait tout, même renoncer à ce qu’il était le temps de quelques mois. Pour elle, il y parviendrait. Et ce n’était pas comme si la copine qu’il s’était choisi était la pire. Elle lui semblait pas mal et supportable.

- Et si c’est elle qui me largue, ça compte quand même, hein ?

- Je dois encore réfléchir à toutes les conditions. Mais je dois avouer que ce serait assez amusant de te voir te faire larguer. Ce serait une nouveauté, conclut-elle en souriant en coin tout en regagnant sa place, tandis que son ami lui tirait la langue dans son dos.

 

Léonie se révéla être une fille intéressante, à la fois semblable et différente de Dan. Elle aimait à la fois sortir et s’amuser, tout comme elle aimait passer une soirée tranquille chez elle à lire un livre. Elle aimait à la fois batifoler à droite à gauche, tout comme elle aimait être posée.

La jeune étudiante en sciences appréciait tout particulièrement Erato, qu’elle essayait de rendre un peu plus amicale et fêtarde. À la grande contrariété de Dan, elle arrivait à l’emmener dans des soirées sans user de chantages et autres duperies tandis qu’il continuait de se faire rembarrer à chaque fois qu’il lui proposait une fête.

Ce dernier, quant à lui, vivait plutôt bien son expérience de la vie de couple. Comme il l’avait prédit, la jeune femme n’était ni jalouse, ni encombrante, et le laissait vivre sa vie sans être constamment sur son dos, ce que sa seule et unique copine du lycée avait fait durant leurs trois mois de relation. Et au fond, il n’était même pas tenté d’aller voir ailleurs. Léonie était sympa et adorable et comme lui, se fichait de pas mal de choses. Ils savaient tous deux très bien que cette relation s’arrêterait dans le meilleur des cas à la fin de leur cursus universitaire et ne se prenaient jamais la tête à propos de questions d’avenir ou de jalousie et profitaient juste l’un de l’autre au jour le jour.

Le jeune homme respectait également sa part du contrat et assumait pleinement le fait d’avoir une copine. Aux yeux d’Erato, il n’avait pas fait la moindre erreur, elle devait se l’avouer, et elle redoutait le jour où elle devrait respecter le contrat à son tour. Dan devenait de plus en plus insistant, lui faisant remarquer chaque jour que sa part était remplie.

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Un téléphone vibra, le bruit résonna dans la pièce entière. Le téléphone de Dan.

- Dan, téléphone !

Seul un gémissement lui répondit. Cet imbécile dormait, bien trop fatigué par ses récentes soirées.

Léonie. Elle décrocha à la place de son ami.

- Dan, qu’est-ce que tu fous ? hurla la jeune scientifique à l’autre bout du fil dès que la jeune muse décrocha.

Pour que Léonie s’énerve, il devait avoir fait quelque chose de grave. Mais le jeune homme dormait à poings fermés, dans l’incapacité la plus totale de s’en soucier pour le moment.

- Dan dort, répondit simplement et calmement Erato.

- Oh, c’est toi Erato ! Désolée de t’avoir gueulé dessus ! Tu me passes mon débile de copain s’il-te-plaît ?

Elle s’approcha de son ami roulé en boule sur son lit, totalement habillé, avec ses chaussures encore mises. Il s’était laissé tomber dessus à peine rentré des cours, sans même dire bonjour à sa meilleure amie qui travaillait ses cours.

- Dan… Dan, réveille-toi, Léonie te demande.

- Je dors… maugréa-t-il.

- Il dort, qu’il dit, informa Erato.

- Dis-lui qu’il est en retard à ma soirée, ça le réveillera.

- En effet… Dan, t’es en retard pour la soirée de Léonie.

- Hein ?!

Il sursauta à l’annonce de cette nouvelle, paniqua, se leva d’un saut, chercha les chaussures qu’il avait aux pieds dans toute la chambre en répétant qu’il était en retard, s’impatientait contre Erato qui restait calme au milieu de la pièce, le regardant d’un air moqueur.

- Allez, go, tu viens aussi ! lança-t-il soudainement après avoir repris ses esprits et s’être calmé.

- Oh oui, Erato, viens, ça me ferait super plaisir ! ajouta son interlocutrice restée en ligne.

Attaquée par deux fronts, impossible de refuser. Elle accepta.

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La fête battait à son plein lorsque Dan vint la voir, un des fameux gobelets rouges en main.

- Je t’en propose pas, tu trouves ça dégueulasse, dit-il en désignant le gobelet.

Elle hocha la tête en signe de dénégation et souffla. Elle en avait assez d’être là, à cette soirée. Elle avait participé à beaucoup d’entre elles ces derniers temps, trop, à cause de la copine de son meilleur ami, et elle commençait à saturer. Elle voulait rester dans sa chambre devant son ordinateur, un café en main et un bon film sur l’écran. Pas s’ennuyer à mourir dans une soirée qui n’arrivait pas à l’intéresser malgré ses efforts.

Elle voulait même être chez elle, entourée de sa famille. Elle n’aimait pas spécialement l’université, quand bien même elle avait Dan à ses côtés. Pour elle, ce n’était qu’un moyen de plus pour mettre sa famille à l’abri du besoin. Elle n’avait pas les mêmes centres d’intérêts que les autres étudiants, bien que Dan l’ait bassinée avec les différents groupes qui se réunissaient et qu’un aurait forcément le thème de l’écriture. Elle devait travailler d’arrache-pied pour obtenir son diplôme le plus vite possible, elle n’avait pas le temps de penser aux sorties. Elle voulait rentrer chez elle, voir Icare et Maïa, les savoir près d’elle, en sécurité, heureux.

- Parlons vite et bien, ça va faire presque trois mois que je suis avec Léonie, non ?

- Et alors ? demanda-t-elle en jouant celle qui ne comprenait pas.

Il posa sur elle un regard insistant, déjà agacé par son obstination désormais inutile.

- Et alors demain après les cours, Ludovic va venir te proposer d’aller boire un café, pendant que je passerai l’aprem avec Léonie pour vous laisser tranquille. Et tu as pour obligation de dire oui.

Entêtée, elle voulut répliquer, refuser, mais elle n’y parvint même pas. Elle savait qu’elle n’avait pas le choix, qu’elle ne pouvait y échapper. Elle avait passé un marché, sûre qu’il ne le tiendrait pas, mais il avait plus de volonté qu’elle ne l’aurait cru. Elle avait perdu. Maintenant elle acceptait le gage qui lui était proposé.


Non, je ne vois pas de quoi vous parlez, ma simself dites-vous ? Pff, n'importe quoi. Son design et son prénom ne sont que coïncidences, que croyez-vous ? La preuve que c'est pas moi, elle organise des soirées.

Nan mais, vous avez de ces idées vous...