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[merci le jeu pour tes splendides zzz]

Pour une fois dans sa vie, Dan avait décidé de laisser sa meilleure amie tranquille. Dans un premier temps parce qu’elle était rentrée étonnamment tard. Il n’aurait su dire l’heure exacte, il dormait déjà. Et le jeune homme était un couche-tard. Dans un deuxième temps parce qu’il avait bien remarqué le rapprochement entre elle et leur ami commun. Et il avait établi une nouvelle tactique. La laisser tranquille pour ne pas qu’elle se brusque. Il était convaincu que cela fonctionnerait.

La jeune femme dormait encore quand il se réveilla. Chose inhabituelle une nouvelle fois, Erato n’avait jamais le temps de dormir le matin, même en week-end. Elle avait bien trop de choses à faire. Et Dan lui répétait sans cesse qu’elle finirait par craquer et avoir besoin de récupérer toutes ces heures de sommeils perdues. Il avait encore eu raison.

Il était intimement persuadé qu’elle avait fait sa balade de la veille accompagnée de Ludovic. Il ne l’avait pas appelé, contrairement à ce qu’il lui avait dit, mais il savait que s’il l’avait fait, soit il n’aurait reçu aucune réponse, soit son ami aurait refusé ses propositions. Mais la question qui lui brûlait les lèvres était de savoir s’ils allaient plus loin que de chastes promenades. Il connaissait que trop bien Erato et sa capacité à mettre mal à l’aise tout le monde, refroidissant les gens par son simple regard, auquel lui seul était immunisé. Le pauvre Ludovic ne devait rien oser faire, ni même dire.

Erato émit un gémissement lorsque le jeune homme ouvrit les rideaux, laissant le soleil pénétrer dans leur chambre d’étudiants et se heurter contre les paupières closes de la jeune femme. Elle n’avait pas le temps de dormir plus ce matin-là, tous deux avaient rendez-vous au parc pour profiter de leur dernier week-end de liberté avant la plongée dans les abysses des révisions de fin d’année. Elle se leva avec difficulté en maudissant son ami, qui en riait.

- Tes promenades sont censées te rendre plus agréable, pas plus grognon.

Elle ne lui répondit que par une langue tirée, peu encline à se battre.

 

Léonie était déjà sur place quand ils arrivèrent plusieurs dizaines de minutes plus tard, les bras chargés de victuailles variées. L’un avait des snacks, sucrés ou salés, l’autre des boissons aux taux de sucre si élevés qu’il leur faudrait plusieurs heures de sport pour l’éliminer. Mais qu’importait. Le mot d’ordre de la journée était profiter. On se soucierait des calories englouties plus tard, ou jamais, selon les préoccupations de chacun. La jeune scientifique s’extasia devant la quantité de nourriture qui lui mettait l’eau à la bouche. Elle mourrait de faim, bien qu’elle eut pris un petit-déjeuner à peine deux heures auparavant.

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Le quatrième et dernier convié, à savoir Ludovic, arriva plusieurs minutes en retard, s’excusant de ne pas avoir entendu son réveil. Il n’était même pas fier d’une telle excuse, si bateau que plus personne n’y croyait. Mais Erato et lui n’avaient pas parlé de ce qu’il s’était passé la veille, les deux avaient gardé le silence, profitant simplement l’un de l’autre. Malheureusement, le jeune homme ne savait pas quelle attitude adopter à ce moment-là, mais il se doutait que la jeune femme voulait garder le secret pour le moment. Alors impossible pour lui d’expliquer qu’il n’avait su trouver le sommeil pour cette raison.

Beaucoup d’autres étudiants avaient eu la même idée que le petit groupe. Le parc fourmillait de jeunes qui profitaient du soleil qui commençait doucement à chauffer l’atmosphère, sortant de plusieurs mois de léthargie où il avait laissé l’hiver prendre ses aises. On mangeait, on discutait, on jouait, on révisait même, les plus assidus, ou stressés, avaient déjà le nez plongé dans des bouquins énormes que personne n’avait jamais lu en entier. Une nouvelle année se terminait. Pour certains était venu le temps des adieux, jamais ils ne reviendraient sur ce campus une fois leur diplôme en poche. Ils repartiraient chez eux, trouveraient un travail, quelqu’un avec qui fonder une famille et vivraient leur vie, loin de celle qu’ils avaient à l’université.

Pour les quatre amis ce n’était cependant pas le cas. Tous, à l’exception de Ludovic qui avait commencé ses études une année plus tôt, étaient en première année. Ils avaient encore le temps pour les adieux.

- File les chips, Dan ! lança une Léonie affamée à son copain qui se trouvait assis à côté des sacs.

- Hors de question, t’es trop grosse, tu auras droit à de la salade

- J’aime pas la salade, donne les chips, saloperie !

Elle s’étala sur lui, tendit les bras, essayant d’attraper ce qui devait être un trésor à ses yeux, Erato l’aida avec un rire, pour simplement contrarier Dan.

La jeune scientifique ne partagea pas son paquet, par simple vengeance. Erato releva la tête, offrit son visage au soleil tiède. Tout semblait si tranquille, si léger. Elle avait envie de rire, de sourire, de vivre. Est-ce que les évènements de la veille y étaient pour quelque chose ? Sans doute, même si elle avait encore du mal à réaliser. Il ne lui semblait pas être amoureuse, ça semblait si naturel, ancré en elle. Comme si tout avait toujours été ainsi.

Peut-être que Dan avait eu raison, que tout avait toujours été ainsi, mais ça, elle refusait de l’admettre. Ce serait une trop grosse défaite que de se l’avouer, et elle avait déjà beaucoup de points de retard dans leur jeu insensé. Si elle l’avouait… jamais elle ne pourrait remonter et gagner de nouveau. Elle serait à jamais la grande perdante. Pas question de lui laisser ce plaisir. Pas question de s’avouer vaincue.

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Elle sentait le regard de Ludovic sur elle, mais ne détourna pas son regard occupé à caresser les nuages filandreux qui peinaient à contrer le soleil et ses rayons. Elle était totalement consciente qu’il leur faudrait parler de ce qu’il s’était passé, puisqu’ils avaient décidé de profiter du calme silence de la nuit, mais elle n’avait rien à en dire. Elle n’avait aucune idée de ce que pourrait être la suite. C’était Dan qui était la personne à l’aise avec les relations amoureuses, pas elle. Et puis, comment parler seule à seul avec le jeune homme sans que Dan ne le remarque ? Ils passaient leurs journées entières ensemble, bien que l’arrivée de Léonie l’ait un peu éloigné. Il savait tout de ses moindres mouvements et décisions. Elle ne pouvait avoir aucun secret pour lui. Aucun moment à elle pour se cacher de ses yeux fouineurs. Et elle n’était pas prête à l’annoncer à son ami, ça non. Elle pouvait déjà voir sa réaction et ses remarques futiles, il allait être insupportable. Elle l’avait peut-être bien mérité, mais elle avait la chance de choisir quand ce moment arriverait. De se préparer. Et elle n’était pas prête.

- Et là je me retrouve dans mon ancien lycée d’où apparemment je suis la seule à avoir quitté, et les gens me disent que si je suis revenue pour faire comme Trucmuche, je pouvais partir.

- Et il avait fait quoi Trucmuche ?

- Il avait nettoyé les tables et effacé plein de messages auxquels les gens tenaient.

- Tes rêves sont bizarres.

- Je sais, répondit la rêveuse en enfournant une chips dans sa bouche. J’en fais des comme ça toutes les nuits, avoua-t-elle.

Bavarde comme elle était, elle aurait pu en parler pendant des heures, racontant des bribes de ses innombrables rêves qui ne possédaient aucun sens. Au lieu de ça, elle se concentra sur Erato, qui gardait les yeux fixés vers le ciel bleuâtre. Elle semblait totalement ailleurs.

- Qu’est-ce que tu regardes ? demanda-t-elle, et tous les regards convergèrent vers la jeune muse, qui revint à la réalité.

- Pas grand-chose, je rêvais, répondit-elle, évasive.

- Je suis sûre que tes rêves ne valent pas les miens ! s’écria la jeune scientifique. Bref, qui a faim ?

- Tu viens de t’enfiler un paquet de chips à toi seule, lui fit remarquer son petit-copain qui la jaugeait du regard.

- Et alors ? L’appétit vient en mangeant, j’ai mangé, maintenant j’ai faim !

Elle s’empara des sacs remplis de nourriture et piocha un sandwich à tout hasard qu’elle s’empressa de mordre.

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L’occasion de se retrouver seule avec Ludovic se présenta enfin, alors que le soleil commençait à descendre, passant sous les nuages pour éblouir les étudiants. C’est à ce moment-là que Léonie s’est levée, attrapant le bras de son petit-ami par la même occasion pour le lever lui aussi, avant d’annoncer :

- On va au ciné ! Qui nous aime nous suive !

Erato sourit. Ça ne l’étonnait pas de la jeune femme. S’enfermer dans une salle obscure pendant deux heures alors que le soleil brillait ne la dérangeait pas pour le moins du monde. Tous temps étaient parfaits pour aller au cinéma. Elle n’était pas cinéphile, loin de là, elle répétait souvent qu’elle ne s’y connaissait absolument pas en cinématographie. Elle aimait simplement regarder un film dans les conditions du cinéma, accompagnée d’un ami. Passer du temps avec quelqu’un sans avoir à parler, lançant des regards qui trahissaient ses réactions suivant les péripéties passées à l’écran. Elle adorait ça et là était sa principale dépense financière. Ses séances engloutissaient ses économies et elle se consolait souvent en se disant que l’argent dépensé au cinéma équivalait à ce que les autres filles dépensaient en vêtements et maquillage.

La jeune muse refusa son invitation, voyant enfin un moyen d’être seule avec Ludovic, prétextant vouloir profiter des rayons du soleil, tandis que Ludovic prétextait vouloir les laisser tranquilles, conscient lui aussi qu’il aurait un moment seul avec Erato.

Ainsi furent-ils laissés seuls, Erato avait de nouveau levé son visage vers le ciel. Elle se sentait quelque peu mal-à-l’aise, la conversation qu’elle s’apprêtait à avoir n’était pas à propos d’un sujet auquel elle était habituée. Elle ne pouvait s’empêcher de se sentir gênée et son cœur commença à battre plus rapidement, elle pouvait l’entendre cogner.

- Merci pour ta discrétion, lança-t-elle maladroitement, brisant le silence.

- Haha, de rien. Je me suis dit qu’on devait peut-être en parler avant de dire quoi que ce soit aux autres. Enfin, ma sœur est au courant, mais elle compte pas.

Elle arracha son regard des nuages pour le poser dans les yeux du jeune homme, incertaine.

- T’en fais pas, Aelis est encore plus asociale que toi. La seule chose qu’elle a fait a été de se moquer de moi et c’est tout ce qu’elle fera.

La jeune muse se mit à jouer avec l’herbe humide, arrachait machinalement quelques brins, les triturait, avant de les lancer au loin, totalement défigurés. Ça lui permettait de ne pas avoir à se concentrer sur Ludovic.

- Et puis… Dan finira par le savoir, tu sais ? fit-il remarquer tandis qu’elle fuyait sans cesse son regard, la tête baissée, n’osant la relever.

- Je sais… marmonna-t-elle inaudiblement. Seulement, je peux déjà voir la scène quand il l’apprendra. Il va être totalement insupportable pendant des jours.

- C’est assez inévitable. La véritable question est de savoir s’il vaut mieux qu’il l’apprenne par lui-même ou par toi.

Inévitable. C’était le mot. Quoi qu’elle fasse, elle n’échapperait pas aux sarcasmes de son meilleur ami. Elle le savait déjà, mais n’arrivait toujours pas à s’y faire. Ça ne devait pas être si insurmontable, pourquoi se mettre dans de tels états, Dan avait toujours été ainsi, il aimait quand il avait raison, ou quand elle avait tort. Il adorait le lui rappeler. Mais elle ne pouvait s’empêcher de penser que le cas présent était le pire. L’amour était un sujet plus « sérieux », qui l’amusait, surtout quand elle était impliquée, elle, l’antipathique fille coupée du monde.

Ô Zeus, il allait être infernal.

Quant à savoir de quelle façon il allait l’apprendre, elle ne voyait pas de grande différence. Il allait être tout aussi insupportable. Le mieux serait qu’il ne l’apprenne jamais. Tout bonnement inconcevable.

Ils s’accordèrent quant au fait d’attendre un peu. Vivre une relation secrète quelques temps, ça pouvait être excitant, amusant.

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Puis le soleil déclina de plus en plus à l’horizon, ses rayons se frayaient désormais un chemin entre les branches des arbres et le couple nouveau décida qu’il était temps de rentrer. Dès le lendemain commencerait la douloureuse période des révisions et il fallait s’y préparer. Seul Dan ne le ferait pas. Dan y fonçait tête baissée, incertain du résultat. Comme à son habitude.

Le jeune homme la raccompagna jusqu’à sa résidence, où il prendrait à gauche pour continuer vers les maisons de collocations où il vivait avec deux autres garçons et une fille.

Ils restèrent plantés tels des piquets l’un en face de l’autre, silencieux. Sachant Dan enfermé plusieurs centaines de mètres plus loin pendant quelques heures, Ludovic se pencha pour embrasser la jeune muse sans avoir à analyser les environs.

- Pas un mot à Dan, rappela-t-elle.

Et elle tourna les talons et disparut dans la résidence, un sourire flottant sur ses lèvres.


Tous les chapitres finiront désormais par Erato qui rentre chez elle /brique

Plus sérieusement, les résultats du nom de ship... Suspense !

...

Ils n'ont officiellement aucun nom \o/ Appelez les comme vous voulez, personne n'est d'accord de toute façon.

Tschüss