Le cœur d’Erato cognait contre sa poitrine, les pulsations irrégulières résonnaient dans tout son corps, se faisaient ressentir dans ses tempes, dans le bout de ses doigts, dans son cou. Ludovic attrapa sa main et la pressa légèrement pour la calmer.

- Ça va bien se passer. Ils sont un peu fous, mais gentils.

Malgré ces paroles qui se voulaient rassurantes, elle n’arrivait pas à apaiser les battements de son cœur affolé. Rencontrer des gens la stressait toujours et encore plus lorsque ces gens formaient sa belle-famille. Comme toujours, elle se torturait l’esprit avec des questions, refusant de laisser faire les choses par elles-mêmes. Et s’ils ne l’aimaient pas ? Et si elle n’arrivait pas à s’intégrer ? Elle se connaissait. Elle était capable d’être froide avec eux inconsciemment.

Son petit-ami s’avança alors vers le chalet, la forçant à avancer. Calmement, il sortit les clés de sa poche et fit jouer la serrure qui laissa la porte s’ouvrir et permit à une furie de se jeter sur le jeune couple.

Screenshot-21

- C’est elle, c’est elle, c’est elle ? scandait-t-elle.

- Évidemment imbécile, qui veux-tu que ce soit ? répondit Ludovic d’un ton cinglant qui ne désarma nullement la boule d’énergie qui sautillait.

- Elle est trop beeeeelle !

La jeune muse ne put en dire autant de la fille qui s’appelait d’après ses souvenirs Aelis. Elle était tellement excitée et bougeait tellement dans tous les sens qu’elle ne pouvait voir correctement son visage. Ses cheveux châtains aussi foncés que ceux de son frère barraient de toutes parts sa peau.

- Aelis, calme-toi ! finit cependant par s’impatienter le jeune homme.

Ce qu’elle fit. D’un coup, ses cheveux retombèrent platement sur ses épaules et vinrent cacher une partie de ses yeux, qu’elle avait identiques à ceux de son frère. En vérité, elle avait tout identique à son frère. La couleur de ses cheveux, les traits de son visage, la bouche aux lèvres pulpeuses… Ils n’étaient pas jumeaux pour rien.

Puis elle dévisagea ses vêtements particuliers. C’était la première fois qu’elle rencontrait quelqu’un arborant le style steampunk. Elle devait l’avouer, cette robe de style victorien d’où pendait une montre à gousset lui allait à merveille.

- Moi c’est Aelis !

- Elle le sait déjà, fit remarquer Ludovic d’un air innocent.

- Eh ! Arrête de trouver quelque chose à redire à chaque truc que je dis !

- Où sont les autres ? la coupa-t-il, peu intéressé par ses jérémiades.

- Salon !

Elle les y accompagna en sautillant, ses cheveux se soulevant à chaque bond, comme animés par la vie. Là-bas étaient assis les deux parents dans le canapé, ainsi qu’une vieille dame aux traits tirés par la vie qui s’étendait devant ses yeux dans lesquels, malgré leur âge, brillait toujours une insouciance d’enfant. Elle fut la première à remarquer d’un coin de l’œil la jeune muse et sourit malicieusement.

Screenshot-22

Ils l’attendaient. Elle allait être le centre de l’attention, ce serait à elle qu’on s’intéresserait, qu’on poserait des questions. Elle détestait ça. Elle n’aimait pas parler de sa vie. Dan et Ludovic savait le faire, le faisait pour elle parfois. Elle se contentait d’observer en silence, à la manière de sa jeune sœur.

- Papa, maman, commença Ludovic.

Ils se levèrent d’un seul homme, imposants, le sourire aux lèvres. Ils semblaient adorables, mais Erato ne pouvait calmer les battements de son cœur et son ventre qui se tordait doucement. Le père ressemblait énormément à ses enfants de visage, tandis qu’ils avaient hérité de leur mère leur couleur de cheveux si foncée.

- Bienvenue Erato ! Ludovic nous a beaucoup parlé de toi. Je peux te tutoyer ?

Elle hocha positivement la tête, ne sachant quoi dire d’autre. Ce fut Aelis qui la sauva.

- Beaucoup est un euphémisme. Il fait que ça ! Depuis qu’il t’a rencontrée !

Le jeune homme s'insurgea, rougit, il n’avait jamais avoué ça à la jeune muse qui le regardait désormais d’un air moqueur.

- Ouin, ouin, je reverrai jamais cette fille trop mignonne, je veux l’épouser et lui faire des bébés et aaaah !

La jeune insolente courait dorénavant pour sa vie, pourchassée par son frère, suivie par le regard amusé de sa grand-mère. Elle sauta sans grâce par-dessus le canapé, passa à toute vitesse devant ses parents qui paraissaient habitués à ce spectacle et alla se réfugier derrière le nouveau venu dans la pièce, le sosie parfait de Ludovic, seule la coupe de cheveux différant et permettant de les distinguer l’un de l’autre.

- Euh, bonjour, hasarda-t-il.

- C’est lâche de se planquer Ae ! fit remarquer le poursuivant en un cri.

- Il se passe quoi ? demanda le troisième des triplés.

- Elle raconte n’importe quoi, comme d’habitude, expliqua son jumeau.

Ils semblaient avoir tous oublié la pauvre Erato qui ne savait pas où se mettre dans cette querelle fraternelle quand Sasha, la mère de ces énergumènes, s’avança vers elle et posa une main amicale sur son épaule.

Screenshot-29

- Ludovic, laisse ta sœur tranquille, sermonna-t-elle gentiment. Quelle image tu montres de toi à ta copine, hein ?

- L’image d’un idiot, mais ça doit pas être la première fois, railla Aelis, provocante.

Après un regard noir, Ludovic abandonna sa chasse à contrecœur et se souvint soudainement qu’il n’avait présenté personne.

- Désolé Erato, donc voici mes parents, Sasha et Gael, présenta-t-il en les désignant l’un après l’autre. Ma grand-mère, Zélie.

La vieille sourit calmement à la jeune femme, sans dire un mot et Erato se demanda si elle n’était pas sourde-muette le temps d’un instant.

- Aelis, continua Ludovic, mais je crois que maintenant tu la connais, elle sait se faire remarquer.

- Eh !

- Et donc le dernier des tarés, Lewyn, qui rentre du labo, ou de chez sa copine, on sait jamais trop…

- Les deux, le labo est sa copine, lança toute fière la seule fille de la fratrie.

Ses frères rirent jaune, pas amusés du tout par la blague de leur sœur.

- Rabat-joie.

 

La journée se passa à merveille. Erato s’était intégrée malgré ses craintes, il lui semblait les connaître depuis des années. Elle savait désormais que les parents ne travaillaient pas, reposant sur l’immense fortune de la famille de Gael et s’occupant de leurs passions diverses et variées. Lewyn travaillait dans un laboratoire de robotique et c’était bien la seule chose qu’elle avait appris sur le jeune homme et Aelis occupait ses journées en lisant ou en confectionnant des habits dans le style qu’elle aimait, déplorant le peu de choix dans les magasins d’Hidden Springs.

Elle s’entendait par ailleurs parfaitement bien avec cette dernière. Elle aimait son caractère un peu loufoque, son style qu’elle assumait complètement et son éternelle envie d’embêter Ludovic. Elles s’entendraient bien.

Lewyn en revanche était beaucoup plus réservé que ses frère et sœur. C’était celui qui lui avait le moins parlé, et dont elle savait le moins. Mais en vérité, il était un inconnu aux yeux de sa propre famille. Personne ne savait qui était sa copine et encore moins comment elle s’appelait. Ludovic le sommait de la présenter, maintenant qu’il avait présenté Erato et Aelis avait sa propre théorie comme quoi la fameuse copine n’existait pas.

Screenshot-25

Assise sur le lit de Ludovic, Erato regardait les albums photos de son petit-ami, se moquant de temps à autres de sa tête d’enfant.

- J’aimerais bien voir tes photos enfant, tiens ! s’indigna-t-il faussement.

- Quand tu veux, répondit-elle, joueuse. Mon grand-père était photographe, mes photos sont parfaites.

- Hey les amoureux, j’espère que vous faites pas des trucs trop horribles pour mes pauvres yeux innocents parce que je rentre ! hurla Aelis en fracassant la porte contre le mur tandis qu’elle l’ouvrait.

- Ae, on peut pas avoir un peu la paix ? s’emporta son frère.

- Jamais ! Tu vas bientôt partir vivre avec Erato, je le sais, alors je profite de toi… Eh ! C’est quoi ça ? s’écria-t-elle en désignant l’album photo.

- Toi petite, répondit la jeune muse avec un sourire angélique. Regarde comme tu es choue !

- Je suis horrible, ferme ça, regarde, on me forçait à porter des robes roses et des jeans !

Elle se laissa tomber sur le lit et prit doucement l’album des mains de celle qu’elle considérait déjà comme une belle-sœur avant de le fermer violemment, si violemment qu’il fit un bruit sourd en libérant de la poussière.

- Voilà, au revoir petite moi. On va dehors ?

- Si on veut pas ?

- Alors je resterai avec vous sur ce lit et vous suivrai partout, dit-elle en lançant un regard qui se voulait psychopathe à son frère.

- Tu détestes aller dehors...

- Avec toi j'aime bien, rétorqua la jeune femme.

Ce dernier soupira, avant de céder. Il connaissait sa sœur mieux que personne, il savait qu’il devait céder car elle ne le ferait jamais.

Jusqu’alors, Erato s’était demandée en quoi Aelis était une asociale. La jeune femme ne lui semblait pas si froide qu’elle ne se l’était imaginée, et la sincérité avec laquelle elle l’avait accueillie l’avait surprise. À ce compte-là, elle était plus asociale qu’elle.

Puis elle comprit.

Screenshot-31

À peine eut-elle mis un pied dehors que le comportement de la jeune Vanek changea du tout au tout. Soudainement, elle arrêta de se déplacer par bonds guillerets pour adopter une marche banale et sans saveur, ses cheveux restaient désespérément raides, désertés de toute vie. Sa bouche se tordait en un rictus indéchiffrable et ses yeux fixaient droit devant eux, quand bien même il n’y avait rien. Un tel changement d’attitude était déstabilisant, inconfortable même. Elle n’était plus du tout la même personne et Erato se surprit à se demander si leurs rapports amicaux ne changeraient pas brusquement eux aussi. Elle lança un regard confus à son petit-ami qui lui répondit par un sourire rassurant. Rien d’anormal. Elle ne pouvait empêcher ce changement, elle tentait, parfois, en proposant d'elle-même une sortie, mais rien n'y changeait.

- Où on va ? demanda-t-il.

- J’en sais rien.

Même sa voix s’était transformée. Elle était morne, vide de cette hystérie qui la caractérisait quelques minutes plus tôt.

- C’est toi l’expert en balade, ajouta-t-elle avec un sourire, et le temps d’un instant, la Aelis d’avant était de retour, avant qu’une faible brise ne vienne la balayer de nouveau.

Ils bifurquèrent vers les montagnes, où Ludovic avait décidé de les emmener. Il voulait montrer à sa petite-amie la beauté de sa ville natale. Cependant, jamais ils ne les atteignirent. La cause à une vieille connaissance dont les blessures qu’elle avait laissées sur Aelis n’avaient guéri.

- Demi-tour, Ludovic… souffla-t-elle lorsqu’elle l’aperçut au loin.

Le jeune homme ne cilla pas. Pas question de gâcher sa journée pour une ordure qui avait décidé d’être en ville en même temps qu’eux. Le ton dans la voix de la jeune femme se fit plus pressant, presque larmoyant tandis qu’elle tirait son frère vers la maison.

- Ae, ne fais pas l’enfant, il ne peut plus rien contre toi.

- Il peut toujours, tu ne le connais pas. Je veux pas qu’il me voit, je veux pas lui parler.

Elle n’aimait pas comme son frère prenait les choses avec aussi peu de considération. Il les avait toujours vu comme une source d’amusement, de taquineries alors qu’il n’en était rien. L’individu qui s’approchait, elle ne voulait pas en rire. Elle ne voulait pas rire à propos de ce qu’il avait fait d’elle. C’était lui qui l’avait rendue ainsi. Qui avait changé son attitude au monde, qui la rendait si terne quand elle sortait de la maison. Et même s’il ne l’avait jamais menacée directement, c’était à cause de lui qu’elle aimait tant rester cloîtrée dans la sécurité de sa maison.

Elle n’était pas faible, elle n’avait pas peur de lui. Elle ne voulait tout simplement plus avoir à faire à lui. Le lycée était loin derrière eux. Il avait été un véritable connard, ce qu’il était encore à ce jour, elle le haïssait plus que toute autre chose au monde. Et personne n’aime faire face à ce qu’on haït.

- Aelis !

Screenshot-33

Elle avait réussi à le tenir éloigné assez longtemps pour avoir presque oublié le son de sa voix grave et douce qui lui faisait toujours l’effet d’une caresse malsaine dont elle ne pouvait échapper. Elle frissonna.

- Mewann…

Ce nom lui brûla la gorge.

Le jeune homme s’approcha du petit groupe, indifférent aux regards assassins de Ludovic. Malgré sa nonchalance et ses plaisanteries, il détestait Mewann pour ce qu’il avait fait à sa sœur.

- Eh, qui est cette petite nouvelle ? demanda l’indésirable en désignant Erato, qui gardait le silence. Ludovic a finalement trouvé une copine ?

- Qu’est-ce que tu veux Mewann ? cracha-t-il en retour.

Il ne répondit pas, braqua son regard sur la jeune muse pendant de longues secondes qui semblaient s’étirer en minutes, si bien qu’elle finit par se demander si elle ne le connaissait pas, pensée absurde puisqu’elle se serait souvenu d’un nom aussi peu commun que le sien. Mewann.

La tension était palpable. Aelis, égoïstement soulagée que l’attention du jeune homme ne soit pas braquée sur elle, se contentait de l’assassiner du regard, les yeux traversés de poignards.

- On se connaît ? demanda Mewann à l’égard d’Erato.

- Pas du tout, répondit-elle avec assurance, persuadée qu’il abandonnerait alors.

- Sûre ? Dis-moi comment tu t’appelles, histoire d’être vraiment sûr.

- Erato.

Impossible qu’il connaisse une quelconque Erato. Il s’en irait alors, lui et son regard incommodant.

- Un nom de muse… En effet, je ne connais aucune muse. Tu me semblais familière. Autant pour moi.

- Arrête d’être aussi poli, Mewann. Tu ne trompes personne.

- Eh bien, je suis poli avec les gens dont je ne sais rien, c’est un principe, mon cher Ludovic.

- Casse-toi.

L’autre sourit alors, comme si on pouvait être heureux d’être insulté et tourna son sourire vers la jeune Vanek, qui lui aurait jeté son poing dans sa gueule d’ange.

- À bientôt, alors, susurra-t-il d’une voix qui la fit frissonner une nouvelle fois.

Puis il s’évapora dans l’horizon, telle une illusion. Si Aelis était furieuse, Erato, elle, était bouleversée. Dans ses yeux avait brillé une vérité si forte qu’elle était désormais sûre qu’il la connaissait, même si ce n’était pas réciproque. Comme s’il la connaissait… Trop bien. Si cela pouvait faire penser à un détail, il avait dit ne pas connaître de muse, pas ne pas connaître une fille portant le nom d’une muse. Et la façon dont il l’avait dit était troublant. Comme s’il savait… C’était pourtant impossible.

Aelis décida de rentrer par la suite. Elle avait été assez longtemps en dehors de la maison et souhaita à son frère et sa petite-amie une bonne balade. Un jour, elle trouverait le courage de frapper Mewann. Peut-être même qu’elle le ferait brûler. Elle en avait les moyens.


Bonjour Mewann ♥ Ça fait tellement longtemps que je voulais enfin introduire ce personnage dans l'histoire, c'est chose faite !

Et Aeliiiiis, enfin, ma steampunk adorée ! Ça fait depuis mon bonus des trois ans chez les Vanek (soit septembre dernier) que je n'attends que le moment où elle apparaîtrait dans l'histoire elle aussi.

Et coucou les Vanek, et Zélie, qui est toujours vivante bordel, ça va faire trois ans qu'elle vit vu que j'avance pas vite, la chanceuse :')

Sinon la maison n'est pas de moi, je l'ai téléchargée je sais plus trop où sur TSR il me semble ._.

Tschüss ~