Erato révisait le jour où elle fut appelée. Les yeux braqués sur les pages noircies de lignes si peu espacées qu’elles en devenaient une masse compacte, l’esprit fiévreux, elle n’avait presque pas entendu son téléphone sonner. Ce fut au bout de trois sonneries qu’elle revint soudainement à la réalité en un sursaut.

- Allô, fit-elle d’une voix rauque et lointaine.

- Erato ?

Hestia. Elle remarqua qu’elle n’avait même pas regardé qui l’appelait. Heureusement que son cerveau épuisé reconnaissait la déesse déchue de sa simple voix.

Puis elle ne put empêcher son estomac de se tordre de panique. Hestia n’appelait jamais. Elle ne l’avait pas appelé une seule fois depuis son entrée à l’université. Dans sa vie, elle ne l’avait qu’une unique fois appelée, en vérité. Quand Thalye était aux portes de la mort. Alors elle paniquait.

- Que se passe-t-il ?

- Maïa s’est battue et…

Elle n’écouta plus, s’imaginant déjà le pire. Sa sœur à l’hôpital, blessée ou… Non. Il lui fallait écouter Hestia. Écouter. Jusqu’au bout. Concentrée.

- Excuse-moi Hestia, pourrais-tu répéter ? Désolée…

La déesse déchue dût sentir la fatigue dans la voix de la jeune femme car elle répéta sans rechigner.

- Maïa s’est battue, elle va bien, mais elle refuse de parler et reste cloîtrée dans sa chambre. Je sais qu’elle ne voudra parler qu’à toi. Désolée de te déranger ainsi.

La muse passa des doigts fébriles sur ses paupières douloureuses, plus lasse encore.

- J’arrive dans deux heures.

- Erato… souffla Hestia inquiète. Repose-toi avant, ce n’est pas bien de prendre le volant fatiguée.

- J’arrive dans deux heures, répéta-t-elle sèchement.

Elle raccrocha. Sans contrôler la moindre parcelle de son corps, elle rassembla le nécessaire, portable, clefs – maison et voiture – permis, écrivit un mot à Dan qu’elle laissa bien en vue sur son lit. Pas le temps de l’appeler, il ne répondrait sans doute pas de toute façon. Ils étaient au cinéma avec Léonie.

Elle dévala les escaliers, manqua de trébucher sur son propre pied, atteignit la voiture sur le parking, qu’elle démarra immédiatement après avoir lancé son sac presque vide sur le siège passager. Ses yeux étaient grand ouverts désormais, elle n’avait plus sommeil. Savoir Maïa mal lui suffisait à être réveillée.

Par chance la route n’était pas chargée ce soir-là, peu de gens circulaient en semaine et son désir d’arriver le plus vite possible la poussa à dépasser quelques limitations de vitesse mais elle n’obtint rien de plus grave que quelques frayeurs. Elle mit trente minutes de moins que d’habitude.

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En face de la maison, elle leva la tête vers la chambre de l’enfant. Les rideaux tirés laissaient passer la terne lumière des lampes. Au moins elle ne s’était pas enfermée dans le noir…

- Hestia…

Elle l’attendait dans le salon et lorsqu’elle entendit la jeune muse arriver, elle releva la tête auparavant plongée dans un livre, soulagée de son arrivée.

- Que s’est-il passé exactement ? la pressa Erato.

Il lui fallait les détails maintenant.

- Je n’en sais pas vraiment plus. Elle s’est battue avec une camarade mais elle n’a pas voulu s’expliquer. Elle n’a pas ouvert la bouche depuis.

- Je vais la voir. Comment va Icare ?

- Bien. Il fait un câlin à Dog dans son panier.

Elle se promit de s’en occuper plus tard. Le petit avait tendance à prendre cette habitude de se coucher avec son chien dans le panier de ce dernier et même si ce n’était pas dérangeant occasionnellement, elle ne voulait pas qu’il réitère ça chaque soir. Il serait capable de faire ses nuits dans ce panier dont on n’arrivait même plus à enlever les poils qui s’y étaient incrustés. [true story bro, mon frangin fait la même chose]

Personne ne lui répondit lorsqu’elle toqua à la porte de sa sœur. La petite s’était encore une fois murée dans le silence. Elle entra. La porte grinça quand on l’ouvrit.

- Maïa ? appela-t-elle le plus doucement possible pour ne pas brusquer l’enfant qu’elle savait fragile.

Aucune réponse. L’adulte ne pouvait être sûre de si elle l’avait entendue ou non.

- Maïa ?

La fillette leva les yeux, attrapa le regard inquiet de sa sœur un dixième de seconde avant de retourner à la contemplation de ses doigts qu’elle nouait et dénouait à la manière de son père. Elle était agitée.

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[In that smile]

Erato alla s’assoir aux côtés de l’enfant et l’enveloppa de bras maternels, espérant qu’elle se sente mieux. La petite se dégagea et les yeux de la muse s’affaissèrent. Elle soupira.

- Maïa…

Elle détestait voir sa sœur s’éloigner ainsi et refuser de se confier. De plus, elle n’en devenait pas plus indépendante. Elle avait toujours autant besoin de sa grande sœur mais repoussait son aide de l’épaule. Et elle en souffrait.

- Maïa, qu’est-ce qu’il s’est passé ?

- Tu me détestes ?

Le cœur d’Erato se serra. Pourquoi les premiers mots qu’elles prononçaient depuis des heures devaient-ils être ceux-là ? Pourquoi devait-elle penser à de telles choses ? Elle ne faisait qu’empirer son état.

- Bien sûr que non, je ne te déteste pas.

- Hestia me déteste. Parce que j’ai fait quelque chose de mal, expliqua-t-elle péniblement, ravalant ses sanglots qui lui obstruaient la gorge.

- Hestia ne te déteste pas, assura l’adulte. Elle s’inquiète, tout comme moi.

- Mais j’ai fait quelque chose de mal…

Elle ne comprenait pas. Elle avait toujours craint de commettre une erreur, qu’on l’abandonne à la suite. C’était ainsi que les choses fonctionnaient, non ?

- Tout le monde fait des erreurs. Ce n’est pas grave. J’en fais aussi, Dan aussi, même Hestia…

- Papa aussi ? fit-elle d’une petite voix, incertaine quant au fait d’amener son père dans la conversation. Elle savait à quel point sa sœur le détestait.

- Papa aussi… répondit la muse d’une voix lointaine.

- Mais tu le détestes, lui… fit remarquer l’enfant.

- Certaines erreurs sont plus graves que d’autres. Maïa, qu’est-ce qu’il s’est passé ? J’ai besoin de savoir.

- Je sais pas trop. Je me souviens pas très bien. Elise était méchante avec moi et j’étais énervée. Les gens disent que je l’ai attaquée et que je suis folle.

- Tu n’es pas folle… Viens-là.

Elle l’attira dans le creux de ses bras, dans lesquels la fillette se lova et Erato l’enlaça si fort qu’elle aurait pu l’étouffer, ne voulant plus qu’elle s’éloigne, qu’elle reste ici contre elle pour toujours, gardant ses inquiétudes pour elle. Cette petite perte de mémoire ne signifiait sans doute rien, mais elle ne pouvait s’empêcher de se faire du souci. Elle prendrait un rendez-vous chez sa psychologue. Maïa en aurait sûrement besoin, même si elle refusait de l’admettre.

- Tu veux qu’on aille regarder les étoiles ? proposa l’aînée en regardant du coin de l’œil sa benjamine.

- On verra maman ?

Elle avait cette féroce envie qui lui broyait l’estomac de la voir. Elle lui manquait terriblement et même après presque quatre longues années, elle n’avait su se faire à son absence. Elle s’attendait toujours à entendre son doux petit rire au travers d’un couloir, de voir ses yeux remplis d’une triste joie qui observaient avec amour ses enfants, puis son sourire… Son sourire, si merveilleux, si sincère et calme, un sourire contagieux, un sourire capable d’arrêter le temps, de faire durer le bonheur. Elle avait besoin de voir ce sourire, même si ne lui était pas directement adressé. Elle voulait simplement le voir.

- Oui, répondit Erato, loin de s’imaginer les sinistres pensés de sa jeune sœur.

Elle n’était pas sûre. Après tout, les étoiles changeaient et échangeaient leurs places chaque soir, espiègles.

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On ne pouvait compter les étoiles, personne ne l’avait jamais pu. Même lorsqu’elles étaient moins nombreuses et moins changeantes. Désormais, l’idée était devenue encore plus absurde. On pouvait les voir se mouvoir sans avoir à attendre des heures. Et elles semblaient être des centaines de plus chaque soir. Et comme le climat étrange de ces dernières années, personne ne s’en souciait, hormis les spécialistes. Personne n’en parlait. On trouvait ça incroyable, magnifique, ce ciel si lumineux, ces nouvelles constellations à découvrir, que la pollution lumineuse n’arrivait même plus à cacher. Les citadins étaient ravis, regardaient par leurs fenêtres la beauté nocturne du ciel.

Seule Erato paraissait s’en préoccuper. C’était anormal, elle en était persuadée. Mais comment ne pas apprécier ces étoiles lorsqu’elles apportaient sur le visage de sa jeune sœur un sourire aussi sincère que celui de leur mère, ce sourire qui leur manquait tant à toutes les deux ? Il était là, sur son visage d’enfant. Cette enfant qui ressemblait tant à Thalye. Elle était son sosie parfait jusqu’à son sourire. Quel dommage qu’elle eut hérité des yeux verts de son père.

- Il a beaucoup plus d’étoiles qu’avant, hein ? souffla-t-elle de sa petite voix.

- Oui…

- Mais maman est toujours là. Je la vois.

Erato leva la tête, examina chacune des étoiles, espérant trouver celle que Maïa observait avec ce sourire, en vain. L’étoile de leur mère était noyée par ces centaines d’autres qui l’éblouissaient de leur éclat. Comment ne pas les détester à présent ?

Peut-être lui fallait-il y croire. Croire que l’étoile était toujours là, parmi ses semblables. Mais elle n’avait plus les mêmes yeux innocents que l’enfant. Elle ne pouvait plus croire à ce qui n’était pas vrai, la réalité du monde l’avait frappée en plein cœur lors du divorce de ses parents, lui arrachant toute candeur, qu’elle n’avait jamais retrouvé depuis.

Des larmes perlèrent au coin de ses yeux, dont elle se débarrassa d’un battement de cil. Maïa n’avait pas besoin de la voir pleurer. Rester forte pour elle et Icare, voilà ce qu’elle devait faire, malgré toutes les épreuves. Ils avaient besoin d’elle.

Alors elle offrit son sourire aux étoiles indifférentes, sans remarquer qu’il était semblable à celui de sa mère, lui aussi.


Vous remarquerez que le menu a quelque peu changé. En fait j'ai remarqué y'a pas longtemps que ce fameux menu ne peut contenir que 7 parties, et vu que y'a 10 générations, ça colle pas. Alors je les ai regroupées en deux générations en une (et ça tombe bien, en général les générations mises ensemble sont liées entre elles, plus qu'avec d'autres, genre Thalye et Erato, la mort de Thalye permettant à la génération d'Erato de commencer, tu vois le genre poto (puis la bannière le montre assez bien)).

Sinon j'aurais pu changer tout ça dans trois générations, soit dans longtemps, mais gérer le menu canalblog est très très chiant, alors je prévois à l'avance son rendu final.

Et comme ça, ça me montre à quel point je suis loin de la fin, encore six générations, yeay \o/

 

Et le retour de la musique, yeay ! C'est pour ça que j'adore écrire sur internet, on peut facilement intégrer la musique adéquate pour l'ambiance, et c'est juste très classe c: D'ailleurs j'avais comme idée de faire une petite catégorie (dans le menu ou sur le côté) avec des liens de musiques, pour vous faire découvrir un peu le merveilleux style de musique qu'est l'epic et l'emotional, que j'écoute toujours pour écrire et m'inspirer. Ça vous dit ?

Putain, je parle beaucoup trop, alors tschüss !