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Ses yeux dépareillés s’illuminèrent et en un bond, Snow attrapa l’objet qu’on lui agitait sous le nez, arrachant un cri de stupeur à Maïa, qui ne s’était pas attendue à autant de réactivité de la part du chaton. En seulement quelques jours, la pauvre créature retrouvée gelée dans la neige était devenue un chaton digne de ce nom, joueuse et surexcitée. On l’avait appelée Snow, soulignant à la fois sa robe immaculée et l’endroit où Icare l’avait retrouvée. Son jeu préféré était de sauter malicieusement sur Dog lorsqu’il était tranquillement allongé, ou même endormi, mais le vieux chien n’y prêtait pas attention, laissant la petite chatte attaquer encore et encore avec patience. Puis quand elle était fatiguée de ses attaques incessantes, elle se laissait porter par le sommeil, se lovant tout contre le flanc de celui qui l’avait sauvé grâce à son flair.

Maïa avait été ravie quand elle avait appris que son jeune frère avait adopté un chaton. L’adolescente s’était émerveillée quand il avait ouvert ses petits yeux pour la première fois. Un bleu et un autre si pâle qu’il paraissait blanc. Icare avait pensé que c’était la raison pour laquelle on l’avait abandonné dans la neige. Certaines personnes pouvaient en effet trouver ces yeux trop étranges ou dérangeants. À cette hypothèse, Maïa s’était insurgée. L’abandon avait toujours été une notion effrayante pour elle, encore aujourd’hui, et qu’on abandonne ce chaton pour une raison si futile la révoltait.

Erato n’avait pas encore été prévenue de cette adoption surprise, mais après son accouchement quelque peu difficile lui ayant valu plusieurs jours à l’hôpital, personne n’avait voulu l’embêter avec ça. Elle avait bien le temps de découvrir le nouvel occupant de la maison à son retour, prévu ce jour-là. Ludovic était parti dans la matinée avec un sac de vêtements propres et Dan l’avait accompagné. Il voulait être avec elle pour son retour.

D’ailleurs, la porte s’ouvrit soudainement, laissant par la même occasion entrer le froid mordant du mois de janvier et Snow, surprise, partit se cacher derrière le fauteuil. Ses yeux vairons observaient avec crainte et méfiance cette personne qu’elle ne connaissait pas, ainsi que l’étrange paquet qui gigotait et gazouillait dans les bras du plus grand.

Époussetant sa salopette, Maïa se leva et alla à la rencontre de sa sœur aînée. Les traits de cette dernière étaient tirés, des poches noires s’étiraient sous ses yeux verts qui reflétaient sa fatigue accumulée par la grossesse et l’accouchement.

- Maïa… sourit Erato.

Même son sourire était fatigué. Son corps entier trahissait son envie de dormir pour plusieurs jours, et maintenant qu’Aeson était à la maison, entouré de sa famille prête à s’occuper de lui, la muse allait enfin pouvoir s’accorder un repos mérité.

Elle enlaça sa benjamine et, accoudée contre elle, elle faillit s’endormir ici même. Mais Dan, qui avait rendu le bébé à son père, l’attrapa par les épaules et l’accompagna jusqu’à sa chambre, d’où on pensait qu'elle ne sortirait pas jusqu’au matin suivant.

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- Salut Aeson ! Moi je suis ton oncle ! dit Icare quand Ludovic lui présenta le nouveau-né.

Un sourire déchira le visage de ce dernier, qui se mit à balbutier dans son langage de nourrisson et à tendre les bras vers le visage de l’adolescent.

- Tu veux le prendre ? demanda le jeune père.

- Euh… ouais ?

Icare n’était pas rassuré. Son petit neveu n’avait que quelques jours à peine, et semblait si petit, si fragile, il avait bien trop peur de lui faire mal, ou de le laisser tomber s’il commençait à s’agiter. Doucement, le bébé passa des bras de son père à ceux de son oncle, dans un concert de rires peu rassurés.

- Hé, elle est où Snow ? s’exclama Dan une fois revenu, bien plus intéressé par le chat que par cette touchante rencontre.

- Derrière le fauteuil, répondit Maïa.

- Ah oui ! Coucou le chaton ! Coucou !

Il s’était révélé que Dan était totalement gaga de ce petit chat. Il adorait jouer avec elle et l’embêter, ce qui était le plus souvent peu apprécié. En trois jours seulement, les bras de l’adulte s’étaient recouverts de griffures en tout genre, et de traces de crocs plus ou moins profondes. Il était une véritable preuve qu’un chat vivait désormais à la maison, mais Erato était si fatiguée qu’elle ne l’avait même pas remarqué.

- Aïe ! Arrête de mordre ! geignit Dan. Arrête, te dis-je !

Snow prit la fuite en un feulement, et alla se réfugier vers Maïa, qui l’accueillit dans ses bras. Elle continuait de darder sur Dan un regard dépareillé et empli d’animosité, sans ronronner.

- Un jour elle m’aimera, promit-il.

À cette promesse l’animal découvrit ses crocs, prêt à feuler.

- Eh Maïa, tu veux le porter ?

Les bras à demi-tendus, Icare lui présentait Aeson. L’adolescente se débarrassa du chat, qui passa à toute vitesse entre les jambes de Dan pour l’éviter. Et en effet, ce dernier n’avait même pas eu le temps de se baisser.

- Reviens petit chat, je t’aime moi !

Quand le bébé quitta les bras du jeune homme pour aller vers ceux de sa jeune tante, des pleurs se firent entendre pour la première fois. Paniquée, Maïa plaqua ses bras contre son corps et recula précipitamment. Icare sourit gentiment, continuait de lui tendre le nouveau-né, mais sa sœur refusait catégoriquement désormais.

- Allez Maïa, il va pas te manger.

- Il pleure, il a pas envie.

Elle détestait les pleurs d’un enfant. Elle n’était pas sûre d’aimer les enfants tout court, et cette antipathie était réciproque. La réticence d’Aeson face à elle en était la preuve. Elle n’était pas comme Hestia, que tous les enfants adoraient et dont l’aura les apaisait tous. Non, elle, les enfants l’évitaient, mais elle l’acceptait.

- Tiens, Icare, donne-le-moi.

- Erato ? T’es pas censée dormir ? s’étonna son frère.

- Erato, retourne au lit, hop hop ! ordonna Dan depuis le fauteuil où il cherchait le chat.

- La ferme, j’arrive pas à dormir, je suis littéralement morte, mais j’arrive pas. Viens me voir mon bébé, ajouta-t-elle en récupérant Aeson qui, dans les bras de sa mère, finit par se calmer. Dan, tu cherches quoi derrière ce foutu fauteuil ?

- Le chat ! répondit-il avec honnêteté, à moins qu’il n’ait totalement oublié qu’Erato n’était pas au courant.

- On n’a pas de chat…

- Icare en a recueilli un, il l’a trouvé dans le neige et l’a soigné, mais il m’aime pas, se lamenta-t-il.

- Ah, il a bien raison, se moqua son amie d’une voix fatiguée, ne réagissant même pas sur le fait qu’ils aient maintenant un nouvel animal à la maison.

Dan lui tira la langue, mais la muse ne regardait même plus dans sa direction. Elle se dirigeait déjà vers le canapé où elle berça avec amour son fils nouveau-né, tandis que tout le monde retournait vaquer à ses occupations. Ses yeux se fermaient en même temps que ceux de l’enfant, quand Dan se laissa lourdement tomber à ses côtés, la faisant sursauter violemment.

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- Je t’ai même pas vu arriver, avoua-t-elle.

- Tu devrais pas rester éveillée. Va te coucher, répéta-t-il pour la énième fois de la journée.

- J’arrive pas à dormir. Je crois que j’ai eu tellement envie de dormir ces derniers temps que maintenant que je peux enfin, je n’en suis plus capable.

- Crois-moi, t’en es capable, tu t’endors sur le petit, j’arrivais à peine plus tard et tu l’aurais échappé, le pauvre gosse.

Déconcertée par ce qu’il venait de dire, elle baissa les yeux sur son fils endormi. Il était pourtant si bien tenu, là, dans le creux de ses bras, jamais elle ne pourrait le lâcher, jamais elle ne le ferait.

Le petit bailla et étira ses petits bras encore si fragiles pour le moment, tandis que sous ses paupières closes, ses yeux bougeaient. Elle se souvint alors de cette question qu’elle s’était posée en observant sa petite sœur faire la même chose, quand elle avait son âge. De quoi un être qui avait vécu si peu pouvait-il rêver ?

- Erato ?

La voix de Dan la ramena à la réalité. Les paupières tenant difficilement, menaçant à tout moment de s’affaisser pour de bon, elle s’efforçait à le regarder dans les yeux.

- Hm ?

- Tu as prévenu ton père ?

Il la connaissait si bien qu’il savait déjà la réponse. Évidemment que non qu’Erato n’avait pas prévenu son père. Même pour sa grossesse, elle ne lui avait annoncé qu’à son sixième mois, repoussant l’échéance, ne voulant pas prendre le temps de l’appeler, de lui parler, de supporter ses félicitations. Elle avait même sommé son petit frère de ne pas en parler lorsqu’il allait lui rendre visite à Hidden Springs. Ludovic lui en avait parlé aussi, mais il avait bientôt arrêté, par peur de disputes inutiles. Il avait fallu que Dan se fâche pour qu’enfin elle s’empare du téléphone et compose le numéro de son père. Dan n’avait pas peur de la colère de sa meilleure amie. Il savait la gérer et avoir l’autorité nécessaire.

- Non… avoua-t-elle en baissant les yeux sur son enfant.

- Erato…

- Je l’appellerai demain.

- Et demain tu me diras que tu l’appelleras demain, et cetera, et cetera. Je te connais, t’as fait pareil pendant ta grossesse.

- Pas aujourd’hui, je suis trop fatiguée.

- Ok, ça je peux accepter. Mais demain, tu n’y couperas pas. S’il le faut, je l’appellerai moi-même et te passerai le téléphone furtivement.

- Si tu veux… concéda-t-elle d’une voix qui trahissait son épuisement.

- Maintenant, va dormir.

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Elle se leva, sa tête dodelinant, et elle tendit Aeson à Hestia qui venait de rentrer de sa balade. D’abord réticente, la déesse déchue cueillit l’enfant dans ses bras. Un nouveau membre venait d’entrer dans cette famille. Un nouvel enfant qu’elle verrait grandir, vieillir, et mourir, tandis qu’elle resterait la même. Une nouvelle personne qu’elle ne voulait pas apprendre à connaître, ni même aimer, pour ne pas vivre le deuil lorsque la vie lui serait ravie. Pourtant, son instinct, si cruel, la poussait à serrer ce nouveau-né contre elle, à caresser le duvet sombre sur son crâne. Il était un garçon, pas la muse qu’elle attendait, mais elle ne pouvait pas lui en vouloir. Elle aimait les enfants, elle ne pouvait rien y faire.

L’enfant ouvrit les yeux, se réveilla sans pleurs. L’aura d’Hestia faisait toujours autant d’effet. Les enfants étaient toujours apaisés et calmes avec elle.

La déesse rouge sourit. Aeson sourit en retour. La neige commença à tomber, dehors.


Bonjour la génération 5 *fait coucou*

Ceci était un petit chapitre pour présenter Aeson. Lançons les paris, à qui va-t-il ressembler ? Vanek ou muse ?

Sinon, les vacances touchent à leur fin, et les chapitres reprendront bientôt leur fréquence normale, soit un par semaine. Pour le prochain chapitre, il reste pour dans deux semaines, je vais profiter de la dernière semaine de vacances, et j'ai pas assez de chapitres d'avance (en fait j'en ai aucun, mais chuuut). Donc le rythme normal reprendra le 9 !

Sur ce, tschüss !