Screenshot-29

Astrid était une jeune femme venue tout droit d’Aurora Skies lorsqu’elle avait une dizaine d’années. De teint pâle, elle avait les longs cheveux blonds et raides de cette île nordique, ainsi que les yeux bleus légèrement plissés. Quand elle souriait, elle portait machinalement sa main à son petit nez retroussé, cachant ainsi son sourire qui ne lui plaisait pas.

Quand, enfant, elle quitta ses amis d’enfance et son île natale pour rejoindre la ville d’Hidden Springs dans les montagnes du continent, elle avait décidé qu’elle détesterait cet endroit cerné par les montagnes qu’elle trouvait sans charme. Pas d’océan bleu cobalt à perdre de vue, pas de port de pêche pour animer le rivage, pas de chutes d’eau spectaculaires que l’on pouvait entendre partout, pas d’aurores boréales pour illuminer les ciels d’hiver. Seulement un lac plat entouré de rochers s’élevant à plusieurs milliers de mètres. Alors elle avait détesté cette ville, pendant des années, attendant avec impatience son indépendance pour retourner à Aurora Skies. Jusqu’à ce qu’elle trouve quelque chose qui valait le coup de rester.

Le laboratoire scientifique et informatique d’Hidden Springs était l’un des plus connus du continent, et l’un des plus renommé. Lors d’une visite au lycée, l’adolescente qu’elle était à cette époque avait immédiatement eu l’envie de travailler ici, qu’importe dans quel domaine. Elle adorait les sciences, et elle trouverait bien un domaine dont elle pourrait faire son métier.

Elle s’intéressa alors aux roches. Pendant ses vacances chez ses grands-parents à Aurora Skies, elle s’était penchée sur les roches de l’île, et les avait trouvées passionnantes. Plusieurs années d’études plus tard, elle travaillait en tant que géologue dans le laboratoire d’Hidden Springs.

Ce fut là-bas qu’elle fit la connaissance d’un jeune scientifique et passionné de robotique nommé Lewyn. Si elle ne le connaissait pas personnellement, elle avait énormément entendu parler de sa famille, véritable icône de la ville, la plus vieille et la plus appréciée. La plupart de ses membres avaient été des artistes connus et renommés, des peintres, des écrivains, des chanteurs, sans jamais que la célébrité ne leur monte à la tête. Lewyn en était la preuve vivante. Véritable fantôme, il traversait les couloirs de l’institut sans que personne ne le remarque, ni même ne lui adresse la parole. Personne ne semblait le connaître, et il semblait en être satisfait. Mais pas Astrid. Elle n’était pas vraiment de nature curieuse, mais le cas de ce garçon l’intéressait. Elle aimait bien son côté détaché du monde. Il en faisait partie sans jamais participer à ce qu’il s’y passait.

Lewyn avait mis énormément de temps à la présenter à sa famille. Mais c’était son caractère hors de la réalité, et jamais elle ne s’était plaint de ça. Elle ne l’avait rencontrée que très récemment, alors qu’ils sortaient ensemble depuis plus de cinq ans. Lewyn le regrettait, parfois. Aelis n’avait jamais rencontré Astrid et pourtant, il s’était souvent demandé comme sa sœur réagirait en découvrant qu’effectivement, il avait une copine. Il s’était souvent imaginé la scène dans son esprit, mais maintenant, jamais elle ne se produirait.

Cachant ses yeux de ses mains, elle les découvrit en un cri, mais Aeson ne cilla pas. Il n’était pas impressionné par le jeu de la jeune femme qui avait immédiatement porté ses longs doigts fins à son nez, cachant son sourire de sa paume. Sasha, qui tenait son petit-fils dans ses bras, le balançait sur ses genoux pour lui arracher un sourire, un rire, mais l’enfant était trop concentré sur une chose que lui seul avait vu, bavant sur ses minuscules doigts qu’il avait mis dans sa bouche.

Screenshot-32

Non loin, sur l’un des canapés, les deux frères jumeaux discutaient. Aelis avait disparu depuis plus d’un an maintenant, et Ludovic avait bien été obligé de cesser ses querelles stupides avec Lewyn, qui avait affirmé quelques mois plus tôt que leur sœur était morte depuis longtemps. Il avait finalement accepté l’idée qu’éventuellement, elle puisse être morte, lui aussi. On ne l’avait toujours pas retrouvée, on n’avait toujours pas trouvé la moindre trace. Et quand bien même elle n’était pas morte, être en froid avec son frère n’avait aucune utilité. Cela ne permettait qu’à la famille de se scinder, et il n’avait pas le droit de faire ça à ses parents, ni même à Erato, qui avait vu sa famille se couper en deux et en souffrir.

- Et qu’est-ce que ça fait d’être papa ?

- C’est crevant plus qu’autre chose. Je l’aime, ce petit, mais il est fatigant. Surtout qu’Erato essaye toujours de récupérer de sa grossesse, alors je me sacrifie.

- Mon pauvre chou, ironisa la muse qui passait derrière le canapé et avait entendu la conversation. Comme ça on est les deux fatigués, fit-elle remarquer en passant ses bras autour de Ludovic pour lui planter un baiser sur la joue avant de repartir.

- Une femme, c’est crevant aussi, ajouta alors le jeune père. Fuis pendant qu’il en est encore temps !

Il parvint à arracher un sourire à Lewyn qui jeta un coup d’œil vers Astrid. Cette dernière n’avait pas quitté pas le bébé de la journée, jouant avec lui, le dorlotant, elle lui avait même chanté une berceuse de son île natale pour sa sieste. Désormais, elle tenait les mains du petit dans les siennes et l’incitait doucement à les claquer l’une contre l’autre, mais âgé de deux mois seulement, Aeson ne parvenait pas encore à faire ce mouvement. Elle était prête à avoir un enfant à son tour, et à ce propos…

Screenshot-34

- Bon, tout le monde, on a une annonce à vous faire, s’exclama soudainement Lewyn en se levant, surprenant chaque membre de la famille, habitué à le voir passif et ne jamais attirer l’attention vers lui.

Alors tout le monde cessa ce qu’il était en train de faire, Sasha releva la tête vers son fils, Erato se rapprocha, Gael laissa sa vaisselle en plan pour gagner le salon où sa famille était rassemblée, Astrid recouvrit son nez de sa main, abandonnant Aeson, qui lui, peu intéressé par l’annonce de son oncle, préférait continuer à jouer avec ses mains qu’il battait dans l’air à tout hasard, s’amusant à créer du vent.

- Alors voilà… commença-t-il un peu nerveux et cherchant ses mots, ainsi que le soutien de sa petite-amie qui l’observait la main en travers du visage. Astrid est enceinte !

Une explosion de joie et de cris surpris emplit la pièce, tous félicitaient le couple, Sasha prit même sa belle-fille dans ses bras, ravie. Elle qui avait perdu une fille plus d’un an auparavant, elle se retrouvait bientôt une deuxième fois grand-mère. Une maigre consolation, mais déjà, la présence de ces petits-enfants réchauffait son cœur brisé.

- Eh, vous voulez piquer la vedette à mon fils ! s’écria Ludovic dans cette cacophonie de bonheur.

- Jamais, voyons, lui répondit son frère. Ce serait indigne du fantôme de la famille que je suis.

Ludovic s’esclaffa. Il aimait cette facette de son frère, quand il se dévoilait. En temps normal, il restait à l’écart, n’attirait jamais l’attention, si bien qu’on pouvait presque oublier sa présence, et s’il rigolait aux blagues et aux remarques, il n’en faisait que rarement.

- Haha, t’es bête ! lui lança Ludovic en l’enlaçant.

Lui aussi était ravi. Il allait ensemble vivre la paternité et les enfants leur permettraient sans doute de se rapprocher. Les triplés n’avaient jamais eu de cousins ou de cousines, leurs parents étant tous deux enfants uniques, alors ils voulaient que leurs enfants en aient et qu’ils puissent se voir et s’apprécier.

- Et vous connaissez le sexe ? demanda-t-il, curieux.

- Pas encore, c’est trop tôt pour le dire.

La fin de la journée se déroula dans la joie, entre rires et larmes d’une mère à qui sa fille manquait terriblement.

 

Le lendemain fut une journée qu’Erato redoutait beaucoup plus. S’ils avaient décidé, Ludovic et elle, de venir à Hidden Springs, c’était pour présenter Aeson à ses grands-parents. Tous ses grands-parents. 

Elle se leva difficilement ce matin-là. L’idée de revoir son père après tant de temps, pour lui présenter son petit-fils, l’effrayait. Elle n’en avait pas envie. Elle n’avait pas envie qu’ils se rencontrent, elle n’avait pas envie qu’ils aient une relation grand-père/petit-fils. Elle voulait qu’ils ne soient que des inconnus, mais c’était beaucoup trop égoïste pour que ce soit possible. Elle ne pouvait pas y échapper. 

- Ton père n’est pas obligé d’être proche d’Aeson, ni de le prendre en vacances comme il le fait avec Icare, tu sais, lui avait dit Ludovic pour qu’elle arrête de se faire un sang d’encre. Mais tu ne peux pas le priver de lui non plus, il a le droit de le voir aussi. 

Elle savait ça. Elle ne le savait que trop bien. Elle ne le faisait pas pour son père cependant. Mais pour Aeson. Elle n’avait pas le droit de l’empêcher de voir son grand-père. Il devait se faire sa propre idée, faire son propre choix, comme Icare qui lui avait pardonné, comme Maïa qui lui en voulait toujours. 

Elle avançait vers ce chalet tant détesté à reculons. Il semblait si loin et pourtant, il se rapprochait beaucoup trop vite. Elle voulait faire demi-tour, rentrer chez elle, faire comme si son père n’existait pas. Mais Ludovic l’en empêcherait, il la rattraperait, l’emmènerait de force s’il le fallait. Il devenait un peu trop comme Dan à son goût. 

- Erato, arrête de stresser, lui ordonna-t-il.

- Je stresse pas, qu’est-ce qui te fait dire ça ? 

- Tes doigts. 

Elle baissa les yeux, observa ses doigts qui se nouaient et se dénouaient machinalement. Elle n’arrivait pas à les faire s’arrêter, jusqu’à ce que son compagnon ne posât sa main par-dessus. Les yeux de ce dernier quittèrent la route un instant, pour plonger dans le vert de ceux de la muse, espérant lui redonner courage. 

- Tout va bien se passer. Maintenant arrête. 

Elle ramena ses bras contre sa poitrine, souffla. Tout allait bien se passer. Tout allait bien se passer. C’était juste son père. Pas un monstre. 

Screenshot-35

La voiture s’arrêta devant le chalet, le moteur se coupa, le silence était soudainement écrasant. Tandis qu’à ses côtés Ludovic s’activait, récupérait le bébé paisiblement endormi à l’arrière, Erato restait immobile, contemplative. Depuis combien de temps n’était-elle pas venue ici ? Des années. Maintenant qu’Icare était assez grand pour faire le trajet seul, elle avait arrêté de l’accompagner, évitant de voir son père. Elle ne pouvait plus l’éviter maintenant. C’était trop tard.

De sa main libre, Ludovic attrapa celle d’Erato et la pressa légèrement. D’habitude, ce geste la calmait, mais ce jour-là, les pulsations de son cœur ne semblaient vouloir s’atténuer. 

Bastien les attendait au pas de la porte, un sourire aux lèvres. Si sa fille ne voulait plus l’aimer, lui, lui portait toujours autant d’amour. Ne pas la voir pendant si longtemps avait laissé un vide dans son cœur et sa vie, et même s’ils devaient se disputer, comme à chacune de leur rencontre, cela valait la peine.

- Erato, l’accueillit-il sobrement, le visage déformé par une joie qu’il essayait de contenir. Erato n’aimerait sans doute pas qu’il exprime son amour pour elle.

Cependant, il se permit de la prendre dans ses bras pendant une fraction de seconde, si bien qu’elle n’eut à peine le temps de se dégager qu’il l’avait déjà lâchée.

- Alors c’est lui, le petit Aeson ! s’exclama-t-il en apercevant le bébé dans son couffin, porté par Ludovic. Oh, mais entrez d’abord, on s’occupera des présentations après, entrez !

Encore temps, encore temps, il était encore temps de faire demi-tour, ils n’avaient toujours pas passé la porte d’entrée, elle n’était qu’à une dizaine de centimètres, il était encore temps de s’enfuir.

Screenshot-39

La porte se referma derrière eux. Bastien les invita à s’asseoir, tandis qu’il partait préparer du café. Ludovic posa Aeson sur le canapé, à ses côtés, regardant avec détail la pièce. C’était la première fois qu’il entrait réellement dans cette maison. La seule fois où il était venu remontait à ce Noël où Maïa avait frappé son petit frère, et les choses s’étaient déroulées si vite et imprévues qu’il n’avait pas vraiment fait attention à l’endroit. Erato, elle, ne contrôlait plus ses mouvements. Elle avançait, perdue dans ses pensées. Si son corps était présent, son esprit, lui, s’était échappé.

- Tenez les jeunes, dit Bastien en apportant deux tasses de café fumant. Ludovic, je sais pas combien de sucres tu veux, alors je te laisse faire.

Il savait toujours combien Erato en prenait. Un seul. Des années après, semblable à une éternité, et pourtant il savait toujours. Le genre de détails inutiles que l’on oubliait facilement. Il ne l’avait pas oublié.

- Bonjour toi !

Elle détestait ça. Elle détestait le voir si près d’Aeson. Elle détestait le voir tout court. Pourquoi ne pouvait-elle pas le rayer définitivement de sa vie ? Cesser de jouer l’hypocrite. Pourquoi n’avait-elle pas le droit d’être égoïste, pour une fois ?

- Il te ressemble… souffla-t-il, fasciné et nostalgique.

Non. Elle ne voulait qu’il lui ressemble. Car dans ce cas, il ressemblerait à Bastien. Erato était le portrait craché de son père. Et elle ne voulait pas qu’il ressemble à Bastien. Elle ne supporterait pas d’avoir son père en miniature chez elle.

- Je me souviens quand c’était toi, le nouveau-né.

- Papa, pitié, pas le classique coup de la nostalgie.

- Désolé. C’est juste que… être grand-père… ça me fait quelque chose.

- T’as presque soixante ans. Et vu que je dois forcément avoir une fille dans ma vie, ça allait bien finir par arriver, fit-elle remarquer avec une froideur cruelle.

Elle s’empara de la tasse brûlante et la porta à ses lèvres, ignorant la réaction de son père et le regard accusateur de son compagnon.

- Est-ce que je peux le prendre dans mes bras ? demanda hasardeusement le grand-père.

- Bien sûr !

Ludovic prenait les devants maintenant, il avait compris qu’aucun effort ne serait fait de la part d’Erato. Avec un sourire confus, il sortit son fils de son couffin, et le déposa dans le creux que formaient les bras de Bastien.

Erato ne regardait que du coin de l’œil, se concentrant sur tout et n’importe quoi. Là, sur la fenêtre, une mouche remontait lentement, essayant vainement d’aller dehors, emprisonnée ici. Elle essaya les autres fenêtres, mais aucune n’était ouverte, il faisait encore trop froid, ce n’était pas encore mars. Puis elle partit dans la salle à manger, et la muse perdit le contact.

Elle prit une nouvelle fois une gorgée de café. Il avait refroidi. Dégoûtée, elle le posa sur la table basse et se cala dans le canapé, attendant le moment où enfin ils quitteraient cette maison.


Allez, c'est reparti, un chapitre par semaine \o/ J'ai pas tant d'avance que ça, mais gardons la foi.

Introduction d'Astrid, la cutie nordique. Finalement, le labo n'était pas la copine de Lewyn, mais c'est là-bas qu'il l'a rencontrée, c'était pas loin :3

Et puis nouveau baby chez les Vanek bientôt, huhu c:

 

Sinon, est-ce que Calliste vous manque ? Eh bien, vous pourrez le retrouver dans les derniers chapitres chez Olivia c: D'ailleurs, je vous invite à aller lire son legacy, il est très cool 

 

Oh, et sinon, edit de dernière minute, on a dépassé la barre des 10 000 visiteurs, ce qui est très très classe, merci à vous qui me lisez, vous gérez ♥