Avant de commencer ce chapitre, je souhaite un joyeux anniversaire à ma wife, que j'aime fort ♥


Pourquoi ? Pourquoi lui ? Pourquoi est-ce que sa sœur lui avait-elle demandé à lui de venir, alors qu’elle avait Dan, ou même Ludovic, pour l’aider dans ce genre de situation ?

- Je suis désolée de t’avoir appelé toi, Icare, mais Dan ne répond pas et Ludovic travaille… Alors je… j’ai paniqué, et je t’ai appelé, pardonne-moi… avait-elle dit à son arrivée dans l’appartement que sa seconde sœur partageait avec son petit-ami.

Elle lui avait alors enjoint de partir, de rentrer à la maison, de ne pas se mêler de l’affaire. Elle avait fait une erreur en lui demandant de venir chez Maïa, mais il était encore temps pour lui de faire comme si elle ne l’avait jamais appelé.

Mais cette fois-ci, ce ne fut pas la légendaire curiosité qui avait poussé Icare à passer le pas de la porte, trouvant là le point de non-retour. C’était l’inquiétude.

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- Maïa n’a rien, je te le promets, elle va parfaitement bien, tu n’as pas à t’inquiéter, lui avait répété des dizaines de fois sa sœur.

Mais l’inquiétude avait été trop forte. Si elle n’avait rien, pourquoi cette panique ? Pourquoi cet appel, pourquoi cette terreur dans les yeux verts de la muse ? Ils avaient vu quelque chose qu’ils n’auraient pas dû voir, qu’ils n’auraient jamais voulu voir s’ils avaient eu le choix. Et pourtant Icare avait voulu voir ce quelque chose de ses propres yeux, quitte à ce que la terreur vînt s’y installer. Rien ne pouvait être pire la vision de son chien mourant.

Mais peut-être que ce qui se trouvait à ce moment-là dans l’appartement de Maïa pouvait effectivement l’être. Même s’il ne le voyait plus, l’image s’affichait devant lui, qu’il ait les yeux ouverts ou fermés. Impossible de se concentrer sur autre chose, pas même sur la fille qu'il venait de rencontrer. Il lui semblait qu’elle venait d’un autre monde, qu’elle n’était qu’un rêve.

Ou ce n’était que le reste qui n’était qu’un cauchemar. Ou les deux.

- Merde, il répond pas !

Erato frappa son téléphone sur ses cuisses, désespérée. Dan ne répondait pas, et l’adolescent était presque sûr que la raison était un problème de batterie. Dan avait toujours eu des problèmes à garder sa batterie suffisamment élevée pour tenir la journée. Il s’en était toujours amusé, mais ce jour-là, il devait l’avouer, il aurait bien aimé que sa batterie ne soit pas à plat.

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Du coin de l’œil, il pouvait voir les doigts de sa sœur se nouer et se dénouer. Elle ne savait plus quoi faire, il pouvait le deviner assez facilement. Elle n’avait jamais su quoi faire, en vérité. C’était pourquoi elle paniquait face au manque de réponse de Dan. Elle avait besoin de lui pour la guider dans sa décision. Mais Icare pouvait l’aider, lui aussi. Il savait quoi faire. C’était la seule solution.

- Erato… appela-t-il.

Fébrile, l’adulte releva soudainement la tête. Dans ses yeux luisaient des larmes prêtes à rouler le long de ses joues. Elle était au bord de la crise de nerf, et ce qu’il allait lui dire n’allait pas arranger son cas.

- Il faut qu’on appelle la police.

- Non !

Elle avait hurlé ce « non » si fort que les larmes avaient finalement quitté leur abri fait de paupières. D’autres suivirent, et bientôt, la muse pleurait sans contrôle, parce qu’elle était parfaitement consciente que son jeune frère avait raison. Il leur fallait appeler la police.

- On ne peut pas faire ça, je… non ! se débattait-elle avec sa conscience. Icare, c’est notre sœur, on ne peut pas, on pourrait arranger les choses, on pourrait…

Elle n’arrivait même pas à se convaincre elle-même. Icare acheva son tourment.

- Et que veux-tu faire ? Le cacher ? Devenir une complice ? Tu es la tête de notre famille, Erato, ne prends pas de mauvaise décision, pour le bien de tous. Je les appelle si tu ne veux pas le faire.

Il se leva, sans attendre de réponse. Erato le regarda s’éloigner, en état de choc. Depuis quand était-il devenu si mature ?

 

La voix d’Icare résonnait dans la cuisine. Elle était si proche, et pourtant si lointaine. Elle se répercutait partout dans l’appartement, rebondissait sur les murs sombres et sales, pour finir par se perdre dans sa propre course. La muse ne l’entendait qu’à peine. Tout lui paraissait irréel. Elle espérait encore que tout n’ait été qu’un simple rêve. Que c’était la raison pour laquelle la voix de son frère résonnait tel l’écho dans une bulle.

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Elle se réveillerait. Un jour, elle se réveillerait de ce cauchemar qui durait depuis douze ans. Rien n’avait été vrai. Ses parents n’avaient jamais divorcé, elle n’avait jamais abandonné sa mère, la laissant se détruire jusqu’à la mort, elle n’avait jamais enlevé les petits de leur père, Maïa ne s’était jamais éloignée jusqu’à quitter la maison avec ce copain, qu’elle venait d’assassiner. Rien de tout ça n’était vrai. Elle se réveillerait, de nouveau âgée de dix-sept ans, elle descendrait à la cuisine, y verrait son père prêt à aller travailler dans son atelier, sa mère, plus heureuse que jamais, en train de s’occuper du petit dernier et Maïa pouffant devant son frère qui refuserait d’avaler sa cuillère de bouillie. Elle sourirait, entourée de sa famille réunie, elle…

Maïa frissonna à ses côtés, la tirant sa triste illusion. Rien n’avait été rêvé. Elle se trouvait réellement là, orpheline et détruite, sur ce lit miteux, à attendre la police. Sa sœur, sa petite sœur, venait d’étouffer son petit-ami jusqu’à la mort, elle l’avait tué. Sa sœur. Un assassin. Pourquoi ? Pourquoi, une question simple qui résonnait dans sa tête. Comment en était-elle arrivée là ? Qu’avait-elle raté, en tant que sœur ? Elle lui avait sûrement envoyé des signes, mais elle n’avait rien vu. Et l’horreur avait été commise.

Elle entendit Icare raccrocher. La police arrivait. Comment, lui qui n’avait que quinze ans, arrivait-il à être si calme, si posé, si rationnel quant à la situation ? Comment pouvait-il avoir choisi la voie de l’honnêteté, la voie de la loi, alors qu’il s’agissait de sa grande sœur dont il était question ? Ils auraient pu cacher le corps, s’enfuir, loin de ce monde, mais être ensemble. Mais il avait réussi à lui faire entendre raison. Ce n’était la bonne solution en aucun cas. Comment avait-il pu être si mature, alors qu’elle ne pensait qu’à briser toute loi pour garder sa sœur ? Elle ne voulait pas la voir partir. Elle ne voulait pas que la police l’emmène. Qui sait de quelle sentence elle écoperait ? On ne la laisserait pas en liberté dans tous les cas. Elle serait emmenée loin d’eux, seule, emprisonnée. Elle ne pouvait pas les laisser faire. Et pourquoi ne bougeait-elle pas ? Pourquoi acceptait-elle qu’Icare appelle la police, pourquoi n’essayait-elle pas de s’enfuir, de le raisonner, de le supplier, pourquoi avait-elle ce visage si neutre et indéchiffrable, pourquoi ne semblait-elle pas ressentir la moindre chose ? Pourquoi Maïa, pourquoi ?

Il était trop tard. Elle ne pourrait rien faire pour sa petite sœur. Elle avait échoué. Elle aussi, elle l’avait perdue.

 

La police arriva une dizaine de minutes plus tard, trop vite au goût d’Erato. Ses mains tremblaient, son cœur battait, comme si elle était l’auteure du crime. Elle ne pouvait se résoudre à réaliser. Pas Maïa. Pas sa petite sœur si fragile et innocente. Elle était toujours une enfant à ses yeux, comment avait-elle pu tuer quelqu’un ?

Un policier se détacha du groupe et s’avança vers les deux sœurs, tandis que les autres se dirigèrent vers le corps asphyxié et sans vie de la victime. Le chef, sûrement.

La muse voulait s’interposer, hurler, frapper, s’enfuir, ils n’avaient pas le droit de la lui prendre, tout simplement pas le droit, elle avait besoin d’elle ! Mais une voix intérieure lui soufflait de rester à sa place. Elle avait un fils, ce n’était qu’un bambin, ce n’était pas le moment de jouer les imbéciles. Ce serait sauver un membre de sa famille pour en perdre un autre.

Son jeune frère posa une main sur son bras, l’incitant à se calmer. Il sentait la douleur et la terreur dont elle faisait preuve. Elle devait être forte, même si elle en avait assez de l’être. Elle s’était forcée à l’être pour le bien-être de sa famille depuis douze ans maintenant. Quand sa mère était morte, quand elle avait élevé les petits après la trahison de leur père, quand Aelis avait disparu. Elle avait toujours pris sur elle, se forçant à aller de l’avant, encouragée par Dan, mais elle ne s’en sentait plus capable. Il lui semblait avoir atteint le point de non-retour.

- C’est vous qui avez découvert le corps ? demanda le policier d’un ton bourru à Erato, qui sursauta, telle une enfant prise sur le fait.

Elle hocha la tête de haut en bas, terrifiée. Le corps… Elle n’en revenait toujours pas, il était là, dans sa tête, il la hantait depuis des heures maintenant, paraissant si vivant mais étant si mort. Elle n’avait jamais aimé ce jeune homme arrogant, violent et irrespectueux envers sa sœur, mais sa mort ne l’avait pas réjouie. Car sa sœur était la meurtrière.

- C’est elle ?

Il désigna d’un coup de menton la jeune Maïa, comme s’il lui répugnait de devoir lui adresser la parole, comme s’il la jugeait. Erato détestait ça. Elle détestait cet homme sans le connaître.

Son frère acquiesça et répondit à sa place, ayant parfaitement compris qu’elle ne le pouvait pas, qu’elle ne le pourrait jamais. Elle l’entendit expliquer la situation de sa sœur, de ses problèmes, personnels et de couple. Il était évident qu’elle n’allait pas bien. Au fond elle n’avait jamais réussi à se remettre de la mort de sa mère et du silence de son père, malgré les apparences, elle n’avait jamais réussi à être heureuse. Elle n’avait jamais voulu arriver à cette extrémité, jamais voulu le tuer, elle n’avait pas prémédité ce meurtre, il l’avait poussé à bout, comme il l’avait fait si souvent, trop souvent ! Il l’avait poussée à le tuer.

Elle serra les poings, en colère contre elle-même. Elle était tout sauf objective. Maïa était sa sœur et elle voulait croire en son innocence, mais les faits étaient là, elle avait tué quelqu’un et elle devait répondre de ses actes.

- Puis-je parler à votre sœur ? interrogea la voix qui lui venait de si loin alors qu’il était devant elle.

Non.

- Bien sûr.

Elle aurait pu détester son frère pour ce qu’il venait de dire. Mais c’était démesuré. Ils ne pouvaient refuser aux policiers de lui parler. Elle devait se rendre à l’évidence, aussi difficile fut-elle à accepter.

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Elle s’éloigna, incapable de supporter plus longtemps cette atmosphère. L’appartement était étouffant, les rayons de soleil perçaient les fenêtres et malgré l’heure qui avançait, ils étaient encore brûlants.

La muse détestait cet endroit. Il était insalubre, petit, jamais rangé. Des vêtements, propres ou sales, elle n’aurait su le dire, jonchaient le sol, accompagnés de chaussures à qui ils manquaient une partenaire, de courses qu’on rangerait plus tard, ou jamais, et de poussière jamais aspirée, qui s’accumulait, encore et encore, jusqu’à ce qu’on en avale à la moindre respiration. Les murs étaient gris, mais on ne pouvait savoir si c’était leur couleur naturel ou si cela résultait d’années sans nettoyage. Et l’appartement entier était ainsi. C’était à se demander comment Maïa pouvait continuer à être en bonne santé.

Elle ne l’était pas, en réalité. Si sa santé physique allait bien, sa santé mentale, quant à elle, présentait des troubles. Depuis son enfance, elle n’était pas en bonne santé mentale. Ses crises de violence qu’elle oubliait en étaient des signes, des signes que sa sœur n’avait su déceler. Des signes qui s’étaient empirés, des coups de poing devenus meurtre. Et elle n’avait rien vu. Personne n’avait rien vu, pas même sa psychologue. Un traumatisme après la mort de leur mère, rien de grave, avait-elle assuré.

Rien de grave.

Bordel, quand pourrait-elle enfin vivre tranquillement sa vie ?

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Joiiiiie \o/

Alors oui, Maïa a des problèmes psychologiques, c'était assez prévisible et il me semble que quelqu'un l'avait deviné, je ne sais plus qui, mais voilà :') Je ne pense pas m'étendre trop sur le sujet non plus, vu que je ne le maîtrise pas trop, je n'ai pas envie de raconter n'importe quoi.

Ça faisait longtemps qu'il ne s'était pas passé quelque chose de grave chez les muses, ça me manquait, héhéhé /shot

*s'enfuit*

*revient*

Je m'excuse de ne pas avoir sorti ce chapitre la semaine dernière, mais disons que je n'ai pas du tout eu le temps d'avancer ces derniers temps, avec les soirées avec les potes, le coloc très encombrant (mais j'l'aime quand même), les premiers partiels, tout ça, tout ça ~ Et ce n'est pas pour aller en s'arrangeant car arrive le mois de novembre, et qu'est-ce qu'il y a en novembre ? Mon anniversaire, le 20, n'oubliez pas Le Nanowrimo ! Un mois, 50 000 mots, 1 667 par jour, allez o/ Et comme l'an dernier, je vais m'avancer, c'est-à-dire écrire la génération 5 (huhu, j'ai hâte). Donc, long story short, le chapitre 79 sortira comme prévu le 4 novembre, puis plus rien jusqu'en décembre car pas de temps à consacrer à la fin de la génération 4 (parce que oui, on arrive doucement à la fin).

Vous voilà prévenus !

Sur ce, tchau (je dis au revoir en portugais maintenant ~) !