- Papa ? appela-t-elle tandis qu’elle lançait son sac à main sur le canapé, et qu’elle se débattait avec ses bottines pour en défaire les lacets.

Aucune réponse. Aucun bruit ne se faisait entendre dans l’appartement, d’ailleurs, ni de la part de son père, ni de la part de l’enfant. Partis se promener, sans doute. Ludovic avait un amour inconditionné pour la montagne et les balades qu’elle offrait, et tout comme il l’avait fait avec elle durant son enfance, sans doute partageait-il cet amour avec la petite.

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Euterpe se laissa tomber à côté de son sac sur le canapé et soupira bruyamment, passant ses mains sur son visage fatigué. Elle aperçut du coin de l’œil son violon, qu’elle avait précipitamment posé contre le mur quand cette fille l’avait observée. Elle sourit. Elle avait trouvé belle son improvisation, même si elle ne l’avait pas du tout été. Muse de la musique, qu’elle était, voilà ce qu’on lui avait dit quand elle était petite, descendante de Zeus, et cette femme rouge qui vivait là, une déesse déchue, Hestia. Quelle ironie était-elle donc ? Une muse de la musique sans inspiration, incapable d’aligner des notes correctement. Elle avait vainement espéré que la montagne l’inspire, elle l’avait toujours inspirée, avec ses paysages enneigés et sa beauté, mais cette fois-ci, la magie ne fonctionnait pas. Était-ce parce qu’elle n’était pas à Hidden Springs, contrairement à d’habitude, ou parce que rien dans sa vie n’allait dernièrement ? La deuxième option, sans aucun doute.

Elle soupira une nouvelle fois et détacha son regard de son instrument pour le concentrer sur le plafond. Elle détailla les rainures et les nœuds que formait le bois des planches, les larmes au bord des yeux.

Cette fille. Ellie. Elle était si pleine de vie, si ouverte, si différente d’elle. Peut-être que le temps d’une semaine, elle pouvait lui faire oublier sa vie et lui partager un peu de son envie de vivre. Elle lui avait proposé de venir à l’escalade avec elle, cet après-midi. Elle irait, quand bien même elle n’avait jamais fait d’escalade.

Elle sursauta quand la clé tourna dans la serrure, laissant apparaître son père, poussant la poussette dans laquelle se trouvait la petite.

- Euterpe ? Tu es là ? demanda-t-il sans prendre le temps de vérifier dans l’appartement.

- Oui !

Ludovic se débarrassa de son manteau, débarrassa l’enfant du sien, et il l’emmena vers le salon, où se trouvait sa mère.

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- Tu étais où ce matin ? demanda-t-il d’un ton qu’elle ne connaissait que trop bien.

C’était le ton qu’il prenait quand il jugeait ce qu’elle faisait. Elle savait qu’elle faisait de nombreuses erreurs avec sa fille, mais elle détestait qu'on les lui reproche. Elle n’avait pas besoin de ça.

- En ville, j’ai rencontré une fille d’ici super sympa.

Ludovic soupira, ne sachant plus vraiment que faire, ni que dire.

- Tu as un enfant, Euterpe, tu dois t’en occuper avant de penser aux sorties. Je te l’ai déjà dit hier soir, mais tu ne m’as pas écouté.

- Elle dormait, hier soir, lui rappela-t-elle.

- Et si elle s’était réveillée ? Elle ne fait pas encore ses nuits, tu sais ?

- Tu étais là. Ce matin aussi, tu étais là. Elle n’a pas besoin de moi.

Euterpe se retourna, refusant de regarder l’enfant que son père lui tendait.

- Euterpe ! s’emporta son père, chose assez inhabituelle connaissant le caractère laxiste de ce dernier.

La jeune femme refoula ses larmes, pinça ses lèvres, et accepta de prendre la petite dans ses bras. Ce n’était pas si horrible que ça que de la prendre, mais elle n’en avait tout simplement pas envie. Quatre mois qu’elle évitait cette petite chose, depuis qu’elle était née.

Polymnie reconnut sa mère et gazouilla gaiement en tendit son petit bras potelé vers son visage, attrapa au passage une mèche de ses cheveux avec un sourire amusé.

Euterpe, elle, ne souriait pas, nullement touchée par cet acte de tendresse, quand bien même elle essayait. Elle n’avait pas envie d’aimer cette enfant, pas par cruauté, mais par manque de temps. Elle savait parfaitement que sa vie actuelle ne lui permettait pas d’élever convenablement un enfant, et elle ne voulait pas faire souffrir la petite. Si elle ne l’aimait pas, la petite ne l’aimerait pas en retour, et ne serait pas affectée par le peu de temps que mère avait à lui accorder.

Elle avait essayé d’en parler à son père, mais il ne voulait comprendre. Polymnie avait besoin d’elle, lui répétait-il sans arrêt. Mais elle n’avait pas besoin de Polymnie.

 

Dans le magasin résonnait la dernière chanson d’un groupe totalement inconnu du monde entier, sauf peut-être de Lukas. Mais Ellie devait l’avouer, ce n’était pas de la mauvaise musique. À moitié entre de l’instrumental et du rap, ce n’était vraiment pas désagréable à écouter, même si le chant de la montagne qu’avait composé Euterpe était bien plus beau.

- Eh, Ellie, t’en penses quoi de cette veste ?

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Gustave se présenta devant elle, noyé sous une veste de ski orange fluo. Dehors, le temps était horrible, loin de celui magnifique de la veille. La vallée entière était prise dans un nuage qui n’arrivait à se libérer des montagnes qui l’avait fait prisonnier, la neige tombait à gros flocons, de façon si intense qu’on ne pouvait voir que du blanc, noyé dans une couche de brume. Impossible d’aller se promener par ce temps, c’était beaucoup trop dangereux, de même pour le ski. Alors Ellie et Gustave avaient convenu d’une sortie en ville, pour éviter que la journée ne finisse à l’intérieur, sous une couette à regarder des séries, comme celle de Léane. Romain, lui, entretenait sa forme physique à la salle de sport.

Le magasin de ski que tenait Lukas était le magasin préféré de Gus. Lukas, jeune rider d’à peine trente et un ans, l’avait ouvert quelques années plus tôt et proposait, contrairement aux grands magasins de ski plus loin dans la rue, des produits plus originaux, qui plaisaient beaucoup plus aux jeunes riders comme Gustave. La veste orange fluo était l’un de ces produits, par ailleurs.

- C’est… fluo ? tenta Ellie, qui ne pouvait avoir de réel avis quant à cette couleur.

- Merci Ellie, j’avais pas vu. Elle est cool, non ?

- Elle te va nickel, mon gars ! lui hurla Lukas depuis son atelier où il fixait les skis d’un client venu plus tôt dans la journée.

- Tu lui dis ça parce qu’elle coûte deux cents cinquante simflouzes, hein ? railla Ellie.

- Un peu, avoua le gérant. Mais pas que, elle lui va vraiment bien !

Un large sourire apparut sur le visage de Gustave, un sourire que son amie connaissait bien. Après un tel sourire, il hurlait toujours « je prends ! », avant de sortir son porte-monnaie et payer. La famille du jeune homme avait beaucoup d’argent, et il savait en profiter. Chez lui, il avait plusieurs paires de skis, toutes hors de prix, toutes pour différentes utilisations. L’une pour le ski de poudreuse, l’une pour la randonnée, et d’autres encore. Quant aux tenues de skis, il en avait pour tous les temps.

- Je la prends !

Ellie se retint de peu de se taper la paume contre son front.

- Tu n’avais pas acheté une veste en novembre pour la saison ? lui fit-elle remarquer.

- Je vois pas de quoi tu parles… l’ignora Gustave en enlevant la veste et la posant sur le comptoir, avant de se diriger vers d’autres vêtements qui l’intéressaient.

La jeune fille soupira, et appuya son menton contre sa paume, commençant à ressentir l’ennui. Elle détestait accompagner Gustave dans son shopping. Surtout si c’était pour du ski. Il aimait beaucoup trop dépenser pour le ski. C’en était presque une addiction.

- Hé Gus, commença Lukas en sortant de son atelier en arrière-boutique. On a reçu les derniers skis de poudre de 2K, et j’ai pas le temps d’aller les essayer, vu que c’est les vacances et qu’il faut quelqu’un pour garder la boutique. Ça te dit de les essayer pour moi et de me dire ce que t’en penses ?

Les yeux du garçon s’illuminèrent, comme ceux d’un enfant devant la pile de cadeaux à Noël. Son amie s’esclaffa devant cette scène hilarante et ridicule, mais il n’y tint pas compte. Lukas venait de lui proposer de tester des skis et c’était tout ce qui importait à ce moment-là. Il avait hâte que le nuage quitte Bearwell, laissant derrière lui une poudreuse fraîche qu’il pourrait parcourir sur ses nouveaux skis prêtés gratuitement.

 

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- Hihi, j’ai des supers skis à essayer demain, chantait Gustave en sortant du magasin, la paire de skis en équilibre sur ses épaules. [ceci est impossible à faire dans les sims, pas avec mon niveau en graphisme, alors imaginez, je vous en supplie ~]

- T’as vraiment l’air d’un gosse.

- Mais j’en suis un, répliqua-t-il, un sourire lui déchirant le visage de part en part.

Le froid dehors était terrible. Ce devait être la pire journée depuis le début de l’hiver. On ne pouvait se repérer que grâce aux lampadaires qui luttaient contre le blizzard de leur lumière blafarde et encore. Il fallait être fou pour sortir affronter un tel temps, mais c’est ce qu’Ellie et Gustave étaient. Des fous. Des fous ne supportant pas l’enfermement forcé.

- Comment tu vas rentrer chez toi ? demanda le jeune homme.

- Comment ça ?

- Pour te repérer ? Y’a pas de lampadaires vers chez toi, et on voit pas à un mètre.

- Je vais suivre la route. Comme d’hab, répondit la jeune fille avec un haussement d’épaules.

- Quoi, tu fais vraiment ça ? Mais t’es folle ? Tu vas te perdre, et mourir, dans ce froid ! s’exclama son ami.

- Je l’ai fait des centaines de fois, et je suis toujours là ! répliqua-t-elle, déjà agacée, car elle connaissait la suite des évènements.

- Hors de question que je te laisse aller seule par ce temps, tu rentres chez moi.

Bingo. Parfois, elle détestait Gustave et son envie aiguë de jouer les héros sauvant une damoiselle faussement en détresse. Dans ces cas-là, elle avait beau essayer toutes les argumentations, il se bornait, et elle ne gagnait jamais. Même Léane se faisait parfois avoir et pourtant, Léane n’avait pas sa langue dans sa poche, et ne se laissait jamais vraiment faire.

Ce fut ainsi qu’Ellie se retrouva à regarder les ténèbres depuis sa place de bus, en direction de la maison de Gustave.


Woooo, deux muses pour le prix d'une ? Serions-nous déjà à la génération 6 ? Oui, mes amis, c'était la surprise de cette génération !

Mais Mae, qui est le père, on l'a jamais vu, et on a pas vu l'histoire d'amour d'Euterpe, et... chuuut, mes braves bouquetins égarés. Vous aurez toutes les réponses, tôt au tard.

Par contre, on n'a pas vu le visage de la petite, parce que comme pour Aeson, le stade bambin est trop grand pour son âge (elle n'a que quatre mois), mais je peux rien faire avec les bébés, c'est vraiment pas un super stade pour faire des photos (et j'ai aucune pose avec des bébés, ça bugue chez moi).

Au revoir, je vous aime *flies away*