- Chocolat chaud ?

- Tu me connais bien, répondit-elle avec un sourire malicieux.

Ellie se défit de ses innombrables couches qu’elle portait pour affronter le froid. Tout était trempé, son bonnet, son écharpe, ses gants, son manteau, ses bottes, même son pantalon était humide, alors qu’elle n’avait été que très peu de temps en contact avec le blizzard. Elle posa le tout sur le porte-manteau qui croulait déjà sous les vêtements de son ami, qui s’était découvert juste avant elle.

- Y’a personne chez toi ?

- Partis en vacances au soleil, répondit-il nonchalamment depuis la cuisine où il préparait deux tasses de chocolat chaud.

- Laisse-moi deviner, tu es resté ici parce que tu ne voulais pas rater la moindre journée de ski ?

- Tu me connais bien, lui fit-il écho avec le même sourire.

La maison était étrangement calme, sans les pénibles petits frères jumeaux de Gustave. À vrai dire, c’était mieux ainsi. Ellie était certes hyperactive, elle aimait néanmoins le silence et le calme, parfois.

Elle se laissa tomber sur le spacieux canapé couleur crème du salon en poussant un long soupir de fatigue et elle se concentra sur le plafond.

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- Et qu’est-ce qu’on fait si… merci, s’interrompit-elle en récupérant la tasse brûlante de chocolat que Gus lui tendait. Qu’est-ce qu’on fait si le temps ne s’améliore pas ? Tu me gardes prisonnière ici ?

Elle trempa ses lèvres dans le breuvage, mais il était bien trop chaud. Surprise, elle éloigna la tasse de sa bouche et la posa sur la table de salon en verre qui trônait entre le canapé et l’immense télé à écran plat.

- Quoi, c’est si horrible que ça de devoir rester ici avec moi, plutôt que d’être chez toi avec ta mère et ton frère ?

Elle considéra cette idée, et avec un hochement de tête, concéda qu’il n’avait pas tort. Elle n’était pas si mal ici, avec lui. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas passé la nuit chez un ami. Et ne pas voir sa mère pendant une journée ne pouvait pas lui faire de mal.

- Le problème, c’est que j’ai aucune fringue propre, remarqua-t-elle en observant ses vêtements tout de même humides.

- Sers-toi dans l’armoire d’Ambre. Elle revient pas avant une semaine, t’auras le temps de me les rendre avant qu’elle ne le remarque.

Ambre était la sœur aînée de Gustave. Véritable bimbo, Ellie doutait qu’elle trouverait le moindre vêtement à son goût dans la garde-robe d’une telle fille, mais c’était le seul choix qu’elle avait. Elle se leva alors, abandonnant son chocolat chaud beaucoup trop chaud de toute manière et se dirigea vers l’arrière de l’immense chalet moderne qu’habitait la famille de son ami.

Ce n’était pas le plus grand chalet que l’on pouvait trouver à Bearwell. Les millionnaires qui habitaient tous dans l’allée de millionnaires comme on l’appelait, en avaient des deux à trois fois plus gros, mais la famille de Gus n’avait pas à se plaindre. Son chalet, entièrement de pierres grises et de bois, s’élevait sur un étage sous combles, et ne possédait comme fenêtre que d’immenses baies vitrées qui donnaient sur la montagne et la forêt qui commençait là, quand le temps daignait nous laisser la voir. Ce n’était pas le genre de chalet qu’Ellie appréciait particulièrement, elle préférait de loin les petits chalets comme le sien, entièrement faits de bois et de vieilles pierres, qui semblaient s’empiler hasardeusement. Ces chalets-là, pensait-elle, se fondaient beaucoup mieux dans la montagne et étaient plus chaleureux. Elle trouvait rarement le moderne chaleureux.

La chambre d’Ambre était sans doute la plus grande de toutes les chambres que ce chalet pouvait offrir. Gustave avait raconté que ça avait été sa condition première quand ils avaient emménagé ici : qu’elle ait la plus grande chambre. Ça n’avait même pas étonné Ellie. Si l’argent de ses parents n’était jamais monté à la tête de Gus, sa sœur, elle, s’en était enivrée. Elle pensait que tout lui était dû.

Sa garde-robe était composée de vêtements tous plus chers les uns que les autres, et rarement beaux, remarqua Ellie. Elle parvint néanmoins à trouver un T-shirt uni et un jean, dans lequel elle aurait sans doute du mal à entrer.

- Je peux squatter ta salle de bains pour prendre une douche ? demanda-t-elle en réapparaissant dans le salon.

- Mais… Et ton chocolat chaud ? s’étrangla Gus.

- Trop chaud. Il sera parfait à mon retour.

Quand elle revint une dizaine de minutes plus tard, un feu s’élevait dans l’âtre de la cheminée ronde qui se trouvait au centre de la pièce principale.

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- Gus, tu gères, lâcha-t-elle en se posant sur le canapé, récupérant sa tasse de chocolat qui avait refroidi.

- J’ai proposé aux autres de venir. Romain vient après son sport, mais Léane a la flemme de sortir par ce temps.

- Prévisible, dit Ellie. Et compréhensible. Elle n’est pas aussi folle que nous. Et puis sa série doit être beaucoup plus intéressante qu’une soirée avec toi et Romain.

- Tu es si méchante, tu mériterais que je te foute dehors.

- Et que je rentre chez moi par ce temps et aucun lampadaire pour me guider ? se moqua-t-elle.

Il grinça des dents.

- Ok, je t’autorise à rester, mais ne va pas croire que c’est parce que je tiens à toi.

- Promis !

Elle le prit dans ses bras et eut à peine le temps de lui planter un baiser sur la joue qu’il la repoussa.

- Roh, tu es dégoûtée des filles à ce point ? plaisanta la jeune fille en retombant lourdement sur le canapé.

- Haha…

Gustave n’aimait pas qu’on se moque de son homosexualité, même gentiment. On l’avait tellement brimé pour cette raison auparavant qu’il ne pouvait pas le supporter, même venant de ses amis qu’il savait pourtant compréhensifs et qui l’avaient soutenu.

- Allez, fais pas la tête, je suis désolée, s’excusa sincèrement Ellie en faisant la moue.

- Bois ton chocolat au lieu de raconter des bêtises, dit-il finalement avec un sourire malin.

Elle s’exécuta avec plaisir, un sourire sur les lèvres.

Ils discutèrent pendant un long moment ensuite, de tout et de rien, des cours, du bac qui approchait, du ski, de l’escalade, ou encore de Simon. Ellie n’avait pas vu son petit-ami depuis plus de trois semaines maintenant, et il lui manquait, alors elle prévoyait de lui faire une visite surprise pendant les vacances.

Ils furent interrompus par un tambourinement à la porte.

- Romain, devinèrent-ils en chœur.

- C’est pas trop tôt ! J’ai cru geler sur place ! exagéra ce dernier quand on lui ouvrit la porte quelques secondes plus tard.

- Les îles t’ont rendu petite nature, dis-moi, ricana la rousse.

Romain lui fit la grimace tandis qu’il se débarrassait de ses vêtements pour les ajouter à ceux de Gus et Ellie. Le porte-manteau accusa le coup, supportant de ses frêles bras le poids qu’on le forçait à porter.

- Vu le temps, je me suis dit que je me doucherais chez toi, mon petit Gus, sauf si tu veux supporter mon odeur d’après-sport.

- Non merci, tu pues. File à la douche, lui ordonna son hôte.

Il s’exécuta sans se faire prier, lui-même bien content d’aller se débarrasser de sa propre odeur corporelle.

Quand il revint, les cheveux totalement trempés, et habillé de vêtements décents et propres, il trouva une tasse de chocolat chaud qui l’attendait sur la table du salon.

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- Gus, ma fée du logis préférée, plaisanta-t-il en s’en emparant. Bon les gars, qu’est-ce qu’on a de prévu pendant cette pyjama party ?

- J’ai pas de pyjama, dit Ellie. Désolée de briser tes rêves.

- Trop cruelle… Plus sérieusement, qui est chaud pour un film ?

- Quelle originalité, persifla la jeune fille.

- T’as une meilleure idée, madame originalité ? 

- Non.

- Alors la ferme.

Il se dirigea sur ce vers la colonne de DVD qu’il parcourut du regard, peu convaincu. Puis il s’exclama et piocha l’une des boîtes. Ellie, toujours assise sur le canapé, se tortillait dans tous les sens pour essayer de voir ce qu’il avait choisi, en vain. Elle espérait qu’une seule chose, que ce ne soit pas…

- 128 heures ! s’écria-t-il fièrement en brandissant tout haut le disque.

Ellie gémit. Elle aurait dû s’en douter, s’il y avait bien un film que Romain adorait et les forçait à regarder à chaque fois, c’était celui-là. Elle n’avait jamais compris pourquoi il l’aimait tant, il était certes sympa la première fois, il ne se passait rien et ne valait pas la peine de le regarder plus de deux fois. Or là, elle avait perdu le compte.

- Hors de question, je rentre chez moi si on regarde ça.

- Nooon, non, non non, Ellie ne rentre pas chez elle, non ! hurla Gustave qui revenait des toilettes, arrachant un sourire victorieux à la jeune fille. Si elle menaçait de partir, Gustave ne l’accepterait jamais et Romain serait obligé de changer de film. Le plan parfait.

À contrecœur, le jeune cycliste reposa la boîte où il l’avait prise, et dû choisir autre chose. Ils finirent par regarder Gladiateur, film qu’ils avaient tous vus plusieurs fois, mais dont Ellie n’était pas dégoûtée, au moins.

 

Le lendemain matin, le nuage était passé. Par quelconque moyen, il avait réussi à se faufiler entre les cols et les gorges qui l’avaient retenu prisonnier avec un rire persiffleur et maintenant, il devait sans doute nager dans un ciel d’un bleu parfait plus loin, ou alors s’était-il coincé dans une autre vallée, agaçant d’autres gens.

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Ellie fut la première à se lever et à découvrir, totalement hagarde, qu’elle avait dormi sur le canapé, la tête posée contre les cuisses de Gustave, lui-même ayant la tête sur l’épaule de Romain. Dans le lecteur dvd tournait le troisième film qu’il avait entamé, et de toute évidence pas fini, endormis bien avant la fin. Elle s’étira dans un gémissement, et fit craquer ses doigts transis de froid. Le feu était mort dans la nuit, ne laissant qu’un tas de cendres froides. La couverture que Gus avait ramenée de sa chambre et qu’ils avaient partagé à trois avait été totalement volée pendant la nuit par Romain, qui était maintenant enroulé dedans.

Le parquet était lui aussi glacé, et quand Ellie posa ses pieds nus dessus, elle frissonna, arrachant un geignement d’un Gus à demi-endormi.

- Hein, que, quoi ?

- Rien, dors.

Elle se frictionna les bras tandis qu’elle se dirigeait vers la cuisine avec un bâillement. Elle connaissait la maison de son ami par cœur, et par conséquent pu préparer le petit-déjeuner pour tout le monde.

- Debout ! hurla-t-elle quand elle eut fini.

- Ah, Ellie, ta gueule ! cracha Romain en se cachant sous sa couverture.

Elle rit.

Ce jour-là, elle revit Euterpe.


Je suis bientôt en vacances, enfiiiin, j'en peux plus ! Une bi-licence franco-allemande, c'est sympa, mais c'est crevant.

Sinon, un chapitre du déséquilibre est sorti la semaine dernière, et j'ai oublié de vous dire, oups. C'est par ici : http://maeleo39.wixsite.com/ledesequilibre/d-chapitre-5

Sur ce, je m'en vais en partiels, et après, montaaaaagne *^*