- Pourquoi avoir voulu le cacher à tout prix ?

Ellie ne comprenait pas. Euterpe n’avait jamais évoqué sa fille, depuis le début de son séjour, elle n’avait mentionné que son père, omettant consciemment de parler de la petite, comme si elle avait voulu la cacher. Et cette panique dans ses yeux noirs quand elle avait vu Ellie s’approcher d’elle et comprendre. Comme si sa vie avait été en danger.

- Parce que je pensais qu’être avec quelqu’un qui n’était pas au courant me ferait oublier cette vie. Mais j’avais tort. La vie ne nous oublie jamais, elle, avoua-t-elle, la tête baissée de honte.

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Elle était la pire mère au monde. Elle avait honte, mais ne voyait pas comment faire autrement. Polymnie lui était une totale étrangère, elle ne l’avait prise dans ses bras que quelques fois depuis sa naissance, et elle avait détesté la sentir dans le creux qu’ils avaient formé. Elle n’arrivait pas à la voir comme sa fille, n’arrivait pas à l’aimer. Et elle était prête à subir toutes les remarques, tous les reproches à ce propos. Elle ne voulait pas se forcer.

- Est-ce que… je peux la prendre dans mes bras ? demanda timidement Ellie, s’étonnant elle-même. Elle n’était jamais timide, et elle n’aimait pas spécialement les enfants, encore moins les bébés, mais elle avait envie de donner un peu d’amour à cette enfant non-désirée.

Euterpe la lui tendit avec plaisir, heureuse qu’on s’en occupe à sa place. La jeune rousse planta ses yeux dans ceux de la petite, et ce qu’elle découvrit lui arracha un cri de surprise. Elle ne l’avait pas remarqué, mais l’enfant avait les yeux vairons. Un vert pâle et un marron si foncé qu’il paraissait noir. Paule gazouilla gaiement en essayant de planter sa petite main dans la bouche entrouverte de la jeune fille.

- Elle a de beaux yeux.

- Oui.

Elle avait les yeux de son grand-père et de sa grand-mère. Peut-être qu’il y avait encore un espoir, un espoir de croire qu’elle n’était pas son enfant, mais celle de ses parents, qu’elle n’en était que la sœur. Mais c’était tout bonnement impossible. Personne ne pourrait le croire.

Polymnie semblait tellement plus heureuse dans les bras de quelqu’un d’autre, avait-elle déjà remarqué. Peut-être que malgré ses quatre mois, elle avait compris qu’elle ne devait pas trop attendre de sa mère, qu’elle devrait chercher amour et affection ailleurs. Peut-être qu’elle l’avait compris inconsciemment. Et elle avait bien raison. Car Euterpe ne serait jamais la mère dont elle avait besoin.

- Tu devrais essayer de l’aimer, lâcha soudainement Ellie.

Elle n’arrivait pas à savoir ce qu’elle pensait de toute cette situation. Elle avait l’impression qu’elle n’avait pas le droit de juger la jeune mère, car elle avait traversé beaucoup d’épreuves. Qu’elle n’avait pas le droit de lui en vouloir de ne pas aimer son enfant parce qu’elle n’était qu’une inconnue et que son avis ne comptait pas. Mais cette enfant, elle avait besoin de sa mère.

- Pourquoi ? demanda l’autre après une pause.

- Parce qu’elle t’aimera.

- Non.

Elle était catégorique. Elle était persuadée que ne pas l’aimer était la solution pour ne pas être aimée en retour.

- Tu es sa mère. Tu es la personne la plus importante pour elle. Quoi que tu fasses, elle t’aimera. Tu n’arriveras pas à l’en empêcher, lui fit remarquer Ellie, une image de sa propre mère en tête.

 

Euterpe, son père et sa fille partirent le lendemain. La semaine était passée à une vitesse folle pour Ellie qui avait revu ses amis et s’en était fait une nouvelle, aussi admirable et mystérieuse que la montagne. Elle avait rencontré la musique même, capable de lui composer le chant de la montagne qui lui manquait tant en hiver, un chant que la brune lui avait promis de travailler jusqu’à sa prochaine visite, prévue pour cet été. La jeune rousse était déjà impatiente d’entendre une nouvelle fois la musique d’Euterpe. Et d’en apprendre plus sur elle. Elle n’avait encore jamais parlé de sa famille, ni de son passé, hormis sa mésaventure avec Hector.

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Il était onze heures du matin quand leur voiture disparut dans les lacets qui redescendaient dans la vallée. Ellie soupira, peu certaine de ce qui venait de se passer. Sa rencontre avec Euterpe lui semblait encore si irréaliste, et à la fois si naturelle, elle ne savait rien d’elle et pourtant, c’était comme si elle la connaissait depuis des années.

Confuse, elle se détourna de la route qui surplombait la vallée, ignora la ville et s’enfonça dans la montagne qui lui tendait les bras, l’invitant à se promener dans ses chemins couverts de neiges, mais elle les connaissait tellement qu’elle n’avait pas besoin de les voir. Tout était de nouveau si silencieux. L’hiver avait repris ses droits dès lors qu’Euterpe avait quitté son territoire. Elle n’était plus là avec sa voix mélodieuse et ses mouvements chantants, elle n’était plus là avec sa présence qui à elle seule créait un chant.

De son perchoir, elle put apercevoir les nuages lourds de neige s’élever de la vallée en contre-bas et se diriger vers Bearwell. On aurait bientôt une journée comme celle de lundi. Elle devait profiter des randonnées tant qu’il était encore tant. Et surtout éviter Gus ces jours-là, si elle voulait avoir le droit de rentrer chez elle sans lampadaires pour la guider.

 

Crash l’avait appelée alors qu’elle redescendait vers la civilisation, aux alentours de midi. Il l’avait invitée à venir assister à l’entraînement de hockey précédant le match du lendemain soir, lui assurant qu’il avait une surprise pour elle.

Il commença à neiger alors qu’elle passa devant le bowling pour s’avancer vers les vestiaires. La nuit, quand l’entrée à la patinoire était fermée, c’était le seul moyen d’y accéder. Parfois, elle croisait deux ou trois hockeyeurs sans pudeur qui se baladaient presque nus d’un vestiaire à un autre, la saluant nonchalamment comme si de rien était. Ce soir-là cependant, personne ne vagabondait dans les couloirs de la patinoire. Tous assistaient attentivement à l’entraînement. Les ours de Bearwell affrontaient les bouquetins d’Hidden Springs, sans nul doute la plus grande ville se trouvant dans ces montagnes et ils se devaient de gagner pour leur prouver que leur petit village valait mieux que n’importe quelle grande ville connue.

La chaleur des vestiaires laissa place au froid généré par la glace de la patinoire et Ellie frissonna. Elle passa devant les joueurs de l’équipe, les salua, demanda rapidement des nouvelles. Elle ne les connaissait pas tous, mais beaucoup étaient de bonnes connaissances cependant.

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Crash était sur la glace. Il était si rapide et si fluide quand il patinait que ses patins semblaient faire partie de lui. Il en était presque arrivé au stade où il patinait mieux qu’il ne marchait. Sa crosse en main, il s’avançait à travers la glace, contrôlant à la perfection le palet qui ne s’échappait pas. Il leva la crosse, l’amena derrière son dos, et le palet fila à toute allure dans les airs, pour atterrir violemment au fond des cages, sans que le gardien ne pût y faire quoi que ce soit. Ellie applaudit en hurlant pour attirer son attention.

- Ellie !

Il glissa vers elle avec grâce, malgré son imposante carrure, et heurta brutalement le bord de la patinoire. Il était haletant, ses gouttes de sueur perlaient sur l’ensemble de son visage, ses cheveux étaient trempés. Il puait la transpiration, mais à en croire son sourire béat, il n’en avait rien à faire.

- Alors ? C’est quoi ma surprise ? demanda-t-elle avec impatience.

Elle avait attendu toute la journée, imaginant tout et n’importe quoi, mais elle n’était pas douée en devinettes.

- Tu verras dans cinq minutes ! lui répondit-il avec ce cheveu sur la langue qui lui était si caractéristique.

Elle soupira bruyamment. Il fallait toujours attendre.

- Prêt à te crasher contre les bords ? le taquina-t-elle alors pour faire passer ces cinq minutes.

- Très drôle Ellie, tu n’étais même pas là ce jour-là, et pourtant, tu es celle qui me fait le plus chier avec ça ! se lamenta Crash avec un sourire.

Ce à quoi Ellie faisait référence était intimement lié au surnom de Charles. Il lui venait de son tout premier match de hockey, quand, tout fougueux gamin de douze ans qu’il était à l’époque, il était allé tellement vite pour récupérer le palet qu’il n’avait pu contrôler son freinage et avait durement heurté le bord. Ce « crash » lui avait laissé le poignet cassé et pendant très longtemps, il n’avait pas été autorisé à rejouer. Depuis, ses coéquipiers s’amusaient à l’appeler Crash, même si désormais, la tendance commençait à passer. Sauf pour Ellie, qui adorait rappeler à son ami ce premier match cuisant, sûrement parce qu’elle n’avait pas été présente pour admirer le spectacle, et qu’elle le regrettait grandement.

- Au lieu de m’embêter, tu devrais te retourner, ta surprise est là.

Elle fit ce qu’il lui dit et lâcha un cri de surprise, qui se répercuta dans toute la patinoire, mais aucun n’y prêta attention, tous trop occupés à s’entraîner dur.

- Simon ! hurla-t-elle en se jetant dans les bras de son petit-ami, qui lui planta un baiser sur la joue.

Elle entendit Crash rire derrière elle, amusé par sa réaction et sa surprise. Elle devait l’avouer, elle ne s’était pas attendu à ça.

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- Depuis quand tu es là ? demanda-t-elle en s’arrachant à son éteinte et levant la tête pour plonger ses yeux dans les siens.

- Cet après-midi.

- Et tu ne m’as pas prévenue ?! s’offusqua-t-elle. 

- Sinon ça n’aurait pas été une surprise, lui rappela-t-il en levant le menton de la jeune fille pour s’emparer de ses lèvres.

- Oh, prenez une chambre ! gueula un des joueurs en quittant la glace pour rejoindre les bancs de touche.

- Ton humour est toujours aussi fin, Nathan, constata Simon.

Pour seule réponse, Nathan lui fit un clin d’œil tandis qu’il saisissait sa bouteille d’eau avant de la boire grossièrement. L’eau lui coula sur le menton, atterrit sur son T-shirt déjà trempé de transpiration nauséabonde et il sourit. Les hockeyeurs en plein jeu étaient sans nul doute les hommes les moins regardants sur leur hygiène. Ellie était habituée. Ça ne la dégoûtait même plus, quand bien même elle n’en avait jamais vraiment été dégoûtée.

Simon et elle assistèrent à l’entraînement, discutant de leur vie éloignés l’un de l’autre, constamment coupés par les anciens coéquipiers du jeune homme qui venaient tous pour prendre de ses nouvelles. Tous le regrettaient, lui disaient que l’équipe sans lui n’était plus la même, et qu’ils avaient perdu l’un de leurs meilleurs éléments. Il était vrai que Simon était un excellent joueur, quoi que pas aussi bon que Crash. Mais être meilleur que Crash relevait de l’impossible.

Quand vingt heures arrivèrent, beaucoup de joueurs étaient déjà rentrés chez eux. Peu restaient pendant les deux heures entières que formaient leur entraînement. De plus, ils avaient tous besoin de sommeil s’ils voulaient une chance de battre les bouquetins d’Hidden Springs. Ellie et Simon aidèrent Crash à ranger le matériel utilisé. Simon resta sur la terre ferme, récupérant les palets qu’on lui lançait pour les ranger dans l’énorme jerrican coupé en deux qu’on utilisait depuis toujours pour les stocker. Ellie, elle, s’était élancée sur la glace avec ses bottines, une crosse dans les mains, essayant tant bien que mal d’amener les palets à bon port, mais elle n’était de toute évidence pas faite pour le hockey.

Les enfants de la montagne étaient tous, dès l’âge de quatre ans, confrontés à la glace. Il n’y avait là aucune règle, mais c’était devenu une sorte de tradition. La plupart des filles s’essayaient au patinage artistique tandis que les garçons tentaient le hockey. Ellie, elle, faisait partie des exceptions qui se lançait dans l’autre sport. Mais si elle aimait patiner, une crosse à la main, à essayer de marquer un but, elle s’était révélée totalement incompétente. Alors elle avait arrêté et s’était principalement concentrée sur l’escalade que son père lui enseignait.

- Merci beaucoup les gars, vous n’étiez pas obligés de m’aider. Normalement, c’est à ces lâcheurs de le faire, dit-il, irrité que les autres soient tous partis, le laissant seul au rangement.

- Pas de soucis vieux frère, ça faisait longtemps que je n’avais pas rangé, ça me manquait, se moqua Simon avec un sourire malin et charmeur en travers du visage. Dis, on va aller manger au bowling, tu veux venir avec nous ?

- Carrément ! Laissez-moi juste le temps de prendre une douche, et je vous rejoins.

La douche semblait effectivement plus que nécessaire. En l’attendant, le jeune couple prit les devants et alla s’installer au bowling à l’étage du dessus. Ce soir, de la vieille musique disco s’échappait des haut-parleurs.

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- Vincent a toujours un problème avec la musique ! s’esclaffa Simon. Faudrait lui dire !

- Tu viens de le faire. Pourtant, je fais des efforts, se lamenta le gérant qui venait d’apparaître derrière eux. Bon, vous êtes venus pour critiquer ma musique, ou pour boire un coup ?

- Manger ! Mais on attend Charles, alors en attendant, je vais prendre une bière et Ellie prendra un chocolat chaud, si je la connais toujours aussi bien.

Elle sourit. Il la connaissait toujours aussi bien, en effet. C’était comme s’il n’était jamais parti vivre ailleurs.

Tout du moins, c’était ce qu’elle pensait.


Je m'excuse pour la qualité daubée des photos, c'est juste que ce que je décris dans ce chapitre, en sims, à moins d'être blindée de cc (ce que je ne suis pas et ne veux pas être), c'est impossible, donc je me débrouille comme je peux :')

Finalement, nous rencontrons le fameux Simon \o/ Et on sait enfin pourquoi Crash s'appelle comme ça.

Sur ce, je retourne à mes dms et mes révisions, vivement les vacances les gens.

Tschüss