Le train ralentit et Ellie releva la tête de son livre. Elle lisait très rarement, dans sa vie entière, elle n’avait peut-être lu qu’une dizaine de livres, tout au plus, mais c’était une activité pour laquelle elle n’avait pas le temps, et c’était bien trop calme pour son hyperactivité. Rester assise des heures pour parcourir des pages noircies de lignes et s’imaginer une histoire. Elle préférait créer ces histoires elle-même, dehors. La vie était si vaste, il y avait tant de choses à faire, là, dehors, que les inventer dans un livre lui semblait bien futile. Mais elle ne disait pas non à un livre quand elle n’avait rien d’autre à faire, comme ce jour-là, dans le train qui l’emmenait en ville.

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Ce n’était clairement pas la destination, ni même une gare. Le train était au beau milieu de nulle part, dans une vallée. Au loin, on pouvait apercevoir les montagnes de Bearwell qui s’élevaient vers le ciel, leurs sommets encore enneigés.

- Chers passagers, notre train est momentanément arrêté à cause d’un tronc d’arbre sur la voie. Veuillez rester à bord, nous vous tiendrons informés.

La jeune fille soupira. Elle n’avait jamais compris pourquoi, mais un simple arbre sur la voie faisait perdre presque deux heures à un train, alors que le retirer ne devait pas durer si longtemps, si ? Elle abandonna son livre, qu’elle posa sur la tablette devant elle, et s’empara de son téléphone. Si elle devait avoir du retard, Simon devait en être averti.

- Rah, combien de retard ? maugréa le jeune homme à l’autre bout du combiné.

- Je sais pas… Madame ? aborda-t-elle une contrôleuse. Combien de retard environ ?

- Entre une et deux heures, répondit-elle, avant d’aller répondre aux questions des autres passagers.

- Entre une et deux heures, répéta alors Ellie dans son téléphone.

- Sors du train, je viens de chercher.

- Non, je suis en plein milieu de nulle part, Simon. Y’a même pas de route aux alentours, et la dernière gare était y’a plus de dix minutes.

Ils attendraient. Ils ne s’étaient pas revus depuis des semaines, ils pourraient attendre quelques heures de plus. Ils n’étaient plus à ça près, après tout.

 

Le train reprit sa route deux longues heures plus tard, avec une promesse de dédommagement pour le temps perdu. Ellie n’en avait que faire. Elle ne prenait jamais le train, hormis pour aller voir Simon en de très rares occasions. Depuis le début de l’année scolaire, elle n’y était allée qu’une fois, pendant les vacances d’automne. Là, elle y allait pour fêter son anniversaire qui tombait ce dimanche.

Elle n’aimait pas aller en ville. C’était bien trop urbain, les immeubles étaient si hauts qu’ils pouvaient se vanter de gratter le ciel, les parcs puaient le faux avec leur herbe trop parfaite et leurs arbres parfaitement alignés, les gens trop individualistes. À Bearwell, la jeune fille connaissait presque tout le monde, elle entrait dans les magasins en tutoyant le gérant, qui lui demandait comment elle allait, comment se passait le lycée. Quand elle croisait quelqu’un dans la rue, elle le saluait avec un grand sourire en travers du visage. En ville, les gens étaient concentrés sur leurs propres pas, comme s’ils n’osaient pas relever la tête pour voir les autres. Un bonjour, et ils vous dévisageaient comme si vous les aviez insultés, et dans les magasins, c’était à peine si les vendeurs saluaient leurs clients. Certains se contentaient de sourire, d’autres carrément pas. Elle détestait cette austérité de la vie.

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La seule chose qui la réjouissait dans ce week-end était de voir Simon. Il l’attendait au bout du quai, un sourire sur les lèvres et un bouquet de fleurs dans les mains.

- Elles sont magnifiques, lui dit-elle contre ses lèvres en les prenant.

Il la débarrassa de son baluchon et tous deux se dirigèrent vers la voiture du jeune homme, détenteur du permis de conduire depuis un an désormais.

- Alors, toi aussi tu pourras bientôt conduire sans un moniteur à côté de toi. Contente ?

- Très ! s’écria-t-elle.

Elle avait répondu ça par convenance. Au fond, elle n’en avait rien à faire. Elle n’aimait pas conduire, mais ne détestait pas non plus. Elle préférait simplement marcher. Mais avoir le permis pouvait être un plus, en cas de réel soucis, et elle pourrait rentrer chez elle les jours de grand brouillard, sans être forcée de passer la nuit chez Gustave parce que ce dernier avait trop peur qu’elle se perde. Quoique, le connaissant, il serait capable d’avoir plus peur pour elle en voiture.

Au-delà de la vitre, la ville ne défilait presque pas. La circulation ici était une véritable horreur, la ville étant faite de petites rues à sens unique et multiples feux tricolores, voies qui se réduisaient, et d’autres joyeusetés encore. À cause du retard de son train, elle était arrivée à l’heure où les employés sortaient du travail, et les rues étaient par conséquent encore plus engorgées. Elle pouvait voir que les cyclistes, et même les piétons, étaient plus rapides qu’eux.

Trois longs quarts d’heures plus tard, ils arrivèrent enfin aux abords du centre-ville, où l’appartement que Simon partageait avec son meilleur ami et colocataire se trouvait. Cela faisait tellement longtemps qu’elle n’était pas venue qu’elle ne reconnaissait plus où elle était. Elle qui avait pourtant un bon sens de l’orientation, elle était perdue. Ce n’était pas aussi simple de se repérer en ville qu’en pleine nature.

L’appartement avait beaucoup changé depuis la dernière fois. La dernière fois, tous les meubles n’avaient pas été encore apportés, des cartons attendaient dans un coin le moment où on les déballerait enfin, des objets n’avaient pas trouvé leur place et se trouvait là, un peu au hasard. Désormais, le 60m² était encombré de tous les côtés, là où il y avait eu une grande place, on avait mis une table, évitant ainsi de prendre tous ses repas sur la table du salon. Là, on avait enfin amené l’imposant lave-vaisselle. Le grand carton rempli de vaisselle avait été déballé et attendait maintenant sur le palier qu’on s’en débarrasse enfin. Les aliments dans le placard étaient enfin plus ou moins rangés, tout du moins, on pouvait s’y retrouver.

En revanche, si de façon globale, l’appartement était mieux rangé, il ne le semblait vraiment pas. Des restes de nourriture pourrissaient sur le comptoir, les casseroles utilisées pour faire à manger la veille n’avaient même pas été posées dans l’évier et se tenaient encore sur les plaques de cuisson, on n’avait même pas pris la peine de jeter les paquets de chips et de snacks à la poubelle.

- Putain, j’avais demandé à Oscar de ranger, mais apparemment, il avait mieux à faire, désolé… s’excusa le jeune homme, gêné que sa copine soit témoin d’un tel désordre.

- Ça ne m’étonne pas de lui, répondit la jeune fille d’un ton glacial.

Elle n’appréciait pas Oscar, le meilleur ami de Simon, et elle ne s’en cachait pas. Peut-être que la franchise de Léane déteignait sur elle, et c’était fort probable. Léane, au moins, grâce à sa grande gueule, n’était jamais embêtée. Elle disait ce qu’elle pensait des gens, et n’avait pas besoin de porter de masque et faire semblant.

Sans accorder le moindre regard au bazar présent dans la pièce, qui sentait par ailleurs le renfermé, mais avec aussi peu de nature aux alentours, ce n’était pas surprenant, elle entra dans la chambre de son petit-ami, savourant l’air frais qui arrivait par la fenêtre grande ouverte. Simon avait prévu l’arrivée d’Ellie en rangeant au moins sa chambre.

- Qu’est-ce que tu chantes ? demanda la jeune fille en l’entendant chantonner dans sa barbe.

- La dernière chanson de thirty one pilots.

- Connais pas.

- C’est normal, perdue en haut de ta montagne, tu es coupée du monde moderne, plaisanta-t-il en s’emparant de sa taille et la projetant sur le lit en riant, avant de l’attaquer de chatouilles.

- Arrête, arrête ! s’étouffait Ellie, morte de rire, le visage rouge tant il lui était difficile de respirer correctement. Hahaha, arrête, je t’en supplie !

Ce fut la clé qui tournait dans la serrure qui le fit stopper. Reprenant leur calme, les deux amoureux reprirent leurs occupations. Ellie s’occupait de sa valise, tandis que Simon allait commencer à ranger ce que son coloc aurait dû faire.

-Yo ! hurla ce dernier en claquant la porte. T’es là, gros ?

Oscar était un jeune homme de vingt et un ans, qui avait redoublé une fois, ou deux, il n’en avait tellement rien à faire qu’il lui arrivait d’oublier. Ce qui était sûr, c’était qu’il redoublerait une fois encore, avec un premier semestre tel que le sien. Mais ce qui l’intéressait le plus, c’était de savoir si ses cheveux noirs étaient bien coiffés, car d’après lui, les filles n’aimaient pas les garçons avec une coiffure horrible. L’année suivante, il quitterait la fac avec son joli minois pur devenir mannequin, et malgré tous ses défauts sur le plan caractériel, il fallait avouer qu’il avait ses chances. Un teint mat, de longs cheveux de jais, des yeux gris-vert si pâles qu’ils en paraissaient blancs et qui hypnotisaient toutes les filles… Même Ellie qui le détestait ne pouvait nier sa beauté.

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- Oui, et toi tu ne l’étais pas. Je t’avais demandé de ranger, tu te souviens ? lui rappela son meilleur ami d’un ton cassant.

- Ah merde, désolé, j’ai de un, totalement oublié, et j’ai pas eu le temps, Camille m’a appelé pour qu’on se voit, et je dis jamais non aux beaux yeux de Camille.

- Tu dis jamais non à ses seins, tu veux dire.

Oscar claqua sa langue contre son palais.

- Toi seul sait déchiffrer mon langage, s’exclama-t-il avec un rire gras.

Personne ne savait réellement pourquoi Oscar et Simon étaient meilleurs amis. Après tout, ils étaient le total opposé l’un de l’autre, ou presque. Oscar se fichant de tout, se basant sur son faciès, Simon sur sa réussite scolaire, Oscar aimait profiter des filles qui lui tournaient autour, Simon préférait se poser dans une relation sérieuse. En réalité, ces deux-là se connaissaient depuis leur plus tendre enfance, leurs parents étant de grands amis, et ils avaient grandi ensemble, étaient parti à chaque vacances ensemble, avaient passé leurs week-ends chez l’un et chez l’autre. Ils étaient comme deux frères, et malgré les différences de caractère qui s’étaient développées à l’adolescence, ils restaient toujours aussi proches.

- Salut.

Ellie fit apparaître sa tête dans l’embrasure de la porte, et le sourire d’Oscar s’effaça aussitôt. Ce que la jeune fille ressentait vis-à-vis d’Oscar était totalement réciproque. Il n’aimait pas Ellie. Pour différentes raisons. Elle n’était intéressante ni physiquement, ni moralement. Juste une fille plate dans tous les sens du terme qui ne faisait que râler. Heureusement qu’il avait raté son arrivée, il était quasiment certain qu’elle avait hurlé en voyant l’état de l’appartement, qui, on devait se l’avouer, n’était pas si horrible que ça. Quel appartement d’étudiants n’avait pas un peu de vaisselle sale attendant d’être lavée, ou de paquets de chips éventrés sur la table du salon ? Aucun. Cette petite sotte n’était pas étudiante, juste une gamine encore au lycée, elle ne pouvait pas s’imaginer la vie ici, avec la fac, les filles et les soirées. Ils n’avaient pas le temps pour le ménage. Et encore moins pour lui faire plaisir, à elle.

- Ah, c’est vrai que t’es là, toi… soupira-t-il, s’attirant le regard noir de la jeune fille.

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Elle était ridicule quand elle se mettait en colère. Semblable à une enfant à qui on aurait volé son jouet préféré. Juste bonne à se faire pincer les joues en se foutant de sa gueule, comme on le faisait avec les gamines de son genre.

- Hey, l’un comme l’autre, vous cohabitez, ok ? prévint Simon, qui ne voulait pas que des histoires inutiles se créent.

- J’ai rien dit, moi, se défendit Ellie sans lâcher Oscar du regard, un regard qui voulait tout dire de ce qu’elle pensait de lui.

- Pour l’instant, ajouta son petit-ami. Je te connais, t’es capable d’être pire que lui. Me regarde pas comme ça, c’est vrai !

Vexée, elle retourna dans la chambre en s’offusquant bruyamment. Oscar, lui, lança un regard lourd de son sens à son meilleur ami, un regard qu’il lui lançait à chaque fois que la jeune fille s’énervait, un regard qui l’implorait de la quitter. Mais ce qu’Oscar ne comprenait pas, c’était que Simon était amoureux. Un sentiment peu connu par son ami, qui préférait les aventures d’un soir, ou les plans cul. Quitter Ellie était une lourde décision, une lourde décision qu’il n’espérait jamais faire.

Une décision qu’elle ferait à sa place.


Je suis en grandes vacaaaances \o/ Sorry not sorry, mais c'est la fac, on fout rien (c'est faux)

Bref, sur ce, je vais enfin pouvoir rien foutre et me reposer, et faire pleiiin d'autres choses, du genre aller voir des gens, voyager, bosser aussi, etc. Donc il se peut que pour les sorties de chapitres je fasse comme l'an dernier, c'est à dire un toutes les deux semaines. Je verrai suivant l'avance que j'ai :')