Des rires et des discussions joyeuses.

Des litres d’alcool qui s’entassaient dans des bouteilles sur la table du salon, et par terre également, faute de place. Un air enfumé par la cigarette qui montait à la tête.

Un rire gras. Celui d’Oscar.

Il n’aurait même pas dû être là. Que faisait-il là, à l’anniversaire de celle qu’il n’aimait pas ? L’alcool. Et les filles.

Le décapsuleur fit sauter un nouvel opercule et la bière qu’il avait retenue prisonnière dévala la gorge de l’une des filles. Elle ne se souvenait même plus de leurs noms. À quoi bon, elle ne les reverrait jamais.

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Un cri de surprise. De quoi parlait-on déjà ? Ellie ne sentait pas à la place ici, elle étouffait sur le canapé qui ne pouvait accueillir au maximum trois personnes, et sur lequel on venait d’en entasser quatre. Sa gorge lui brûlait à cause de la fumée de cigarette, un poignard s’enfonçait dans sa tête à mesure que l’alcool faisait hurler les amis de Simon de plus en plus forts, de moins en moins conscients d’eux-mêmes.

- C’est vrai Ellie ?!

La fille d’un blond si parfait qu’il était faux qui se tenait à ses côtés se pencha vers la jeune rousse, attendant une réponse qu’Ellie n’avait pas. De quoi parlait-on déjà ? Son esprit s’était échappé de l’appartement, de la ville, était reparti dans les montagnes, là où elle aurait préféré être. Elle était venue pour passer son anniversaire avec Simon, alors qu’elle aurait pu être avec ses amis, même si Romain manquait à l’appel, reparti dans les îles pour ses entraînements.

- De quoi ? fit-elle.

- Que t’as un ami gay ? C’est vrai ?

Confuse, elle hocha positivement la tête. D’après ses souvenirs, la conversation n’était pas à ce propos. Elle n’osait imaginer comment cette dernière avait tourné et pourquoi.

- J’aimerais trop avoir un ami gay, on irait faire les magasins ensemble, vous allez faire les magasins ensemble ?

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Ellie pensa à Gus et ses après-midi passées au magasin de Lukas, dans lesquelles il l’embarquait toujours, car il n’aimait pas être seul, aimait présenter ses dernières trouvailles et qu’il était hors de question pour Léane de faire les magasins. Mais ce n’était pas la même chose que faire les magasins avec lui. Elle savait parfaitement ce à quoi faisait allusion la blonde. À ce meilleur ami homosexuel cliché et maniéré, qui aimait faire les magasins avec sa meilleure amie pour être à la mode, qui portait ses sacs tel une bimbo, et voulait devenir coiffeur. Mais Gustave était loin d’être comme ça. Et cette fille n’était qu’une imbécile. Pourquoi Simon n’était-il entouré que d’imbéciles, depuis qu’il était à la fac ? N’était-ce pas censé être un endroit rempli de gens cultivés qui voulaient apprendre, se former à un métier, un domaine ? Ne fallait-il pas être un minimum intelligent pour se lancer dans des études supérieures ?

- Non, lâcha-t-elle sèchement, mais l’autre était tellement saoule qu’elle ne fit pas attention à son ton.

- Et tu lui as déjà prêté des robes ? continua-t-elle en riant. Est-ce qu’il aime le rose ?

- C’est homophobe ce que tu dis, lui dit remarquer la rousse.

- Mais non, je suis pas homophobe, je les aime bien, la preuve, mon rêve est d’avoir un meilleur ami gay ! Comment je peux être homophobe et vouloir un ami gay, c’est ridicule !

Dans le fond, Ellie espérait pour cette pauvre fille qu’elle ne tenait de tels propos que sous l’effet de l’alcool, et qu’elle n’était pas aussi stupide dans la vraie vie. Elle savait que l’alcool à forte dose altérait ce que disaient et faisaient les gens.

- Laisse tomber. Tu as sans doute raison, abandonna la jeune rousse en se levant pour prendre l’air.

Simon, se sentant concerné et mal pour sa petite-amie, décida de la suivre alors qu’elle quittait l’appartement pour aller se balader un peu, et vider son esprit.

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- Ellie ! lui hurla-t-il à travers la cage d’escalier.

- T’es pas obligé de venir avec moi, lui dit-elle sans se retourner. Retourne avec eux, je vais prendre un peu l’air, je reviens très vite.

- Ellie, je te laisserai pas partir seule.

- Je suis plus une gamine. J’ai dix-huit ans maintenant, lui rappela-t-elle sèchement.

- Ellie, je suis désolé, je sais que c’était pas ce que tu espérais pour ton anniversaire, mais je pensais… Comme tu aimes rencontrer de nouvelles personnes… que tu apprécierais mes amis d’ici. Que ça t’intéresserait de les rencontrer…

Elle s’arrêta, et Simon la rattrapa alors. Elle le laissa lui prendre le bras, mais il ne fit rien de plus. Il n’osait plus bouger, il n’essaya même pas de la ramener à l’appartement.

- Tu croyais vraiment, commença-t-elle d’une voix basse et grave, que rencontrer ce genre de personnes m’intéresserait ? Vraiment ? Tes potes sont tous aussi teubés les uns que les autres, je suis désolée de te l’apprendre.

- Écoute…

Il ne s’énervait même pas. Elle venait d’insulter ses amis, et il ne s’énervait même pas. Depuis quand était-il devenu aussi passif ? Depuis quand n’osait-il plus lui répondre sur le même ton qu’elle, depuis quand redoutait-il à ce point les disputes ? Depuis qu’ils ne se voyaient plus aussi souvent ? Avait-il peur que, à cause de cette distance, une seule dispute leur serait fatale ?

- Je sais qu’ils ne sont pas parfaits, et qu’on fait beaucoup plus intelligent, mais je n’ai pas la chance d’avoir tes amis. Ils sont très gentils, et là, ils sont un peu bourrés.

Elle ne répondit rien, s’emmurant dans son silence, rendant Simon extrêmement mal-à-l’aise. Il ne parvenait pas à savoir s’il partait dans la bonne voie, ou non. Il priait pour qu’elle lui envoie un signe, n’importe lequel.

- Pourquoi… commença-t-elle. On n’est pas allé au cinéma, comme on le faisait avant ?

- Tu… tu voulais un cinéma pour tes dix-huit ans ? Je pensais que… que tu voudrais une vraie fête…

- C’est ça le problème, Simon, tu penses trop. Je n’ai pas changé depuis la dernière fois, je ne suis pas devenue une étudiante accro aux soirées avec des inconnus entre temps. Je voulais juste passer un week-end tranquille, avec toi. Je croyais que tu me connaissais mieux, que tu savais que je n’en ai rien à foutre d’une soirée pour mes dix-huit ans ou pas. On dirait qu’être ici t’as fait oublier beaucoup de choses…

Puis elle tourna les talons et continua sa descente, laissant Simon planté en plein milieu des escaliers, incapable de bouger, trop choqué par ses paroles. La porte d’entrée claqua lourdement, et le jeune homme reprit enfin ses esprits, ne réalisant pas ce qu’il venait de se passer. Il avait tout raté.

Dépité, il retourna à l’intérieur, où la discussion se poursuivait sans faille, comme si Ellie ne venait pas subitement de quitter la pièce alors qu’on lui avait posé une question. On avait même allumé les néons verts et bleus pour mettre un peu plus d’ambiance.

- Elle est partie l’autre ? demanda Oscar en le voyant revenir seul.

- Prendre l’air, elle supporte pas la cigarette.

Ce n’était qu’un demi-mensonge, après tout. Ellie détestait vraiment cette odeur. Mais ce soir, ce n’était pas la raison pour laquelle elle était partie. Il s’en voulait tellement de ne plus la connaître aussi bien qu’avant, de s’être laissé éloigner d’elle pendant ses études, malgré toutes les promesses que jamais la distance ne pourrait leur faire de mal. Utopie. Impossible. Mensonge.

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- Pff, quelle petite nature celle-là. Elle veut même pas boire ! Soi-disant qu’elle est une sportive et que boire nuirait à ses performances, bla bla bla. Elle se prend pour qui, c’est juste une gamine qui fait du sport. Je te le répète, mon pote, je sais pas ce que tu fous avec une rabat-joie pareil.

- Je l’aime, répondit-il simplement, et toutes les filles présentes lâchèrent un soupir, touchées par sa mignonne franchise.

- Elle est pas intéressante, pas amusante, sérieux, regarde l’ambiance de merde qu’elle fout parce que madame ne veut pas s’amuser. Je te le répète, mais un jour il sera trop tard : quitte-la.

Puis sur ces mots, il descendit une bouteille de bière.

- Ta gueule Oscar… maugréa Simon en se levant.

- Tu vas où ? demanda la blonde.

- Me coucher.

- Tu vois ? s’écria brutalement son meilleur ami. Elle est en train de te rendre tout aussi rabat-joie qu’elle !

La seule réponse qu’il eut fut le claquement de la porte.

 

Elle se perdit très rapidement. Après avoir tourné plusieurs fois au hasard dans des rues perpendiculaires, Ellie devait l’admettre, elle ne savait plus vraiment où elle était, ni comment elle pouvait rentrer à l’appartement. Elle n’avait pas non plus envie de rentrer, mais si elle voulait dormir au chaud, c’était sa seule solution.

Elle profita du temps qu’il lui était donné à elle seule pour réfléchir à ce week-end. Elle aurait dû se douter, qu’avec Oscar, il allait mal tourner. Mais elle n’aurait pas cru que ce serait Simon qui gâcherait tout au final. Avant, il l’aurait emmenée au cinéma, ou même au restaurant, même si elle s’en fichait un peu. Il aurait fait en sorte de passer du temps seul avec elle, pour son anniversaire. Maintenant, la ville l’avait changé, vivre avec Oscar l’avait changé, il pensait que pour s’amuser, et passer du bon temps, il fallait forcément plusieurs amis, des litres d’alcool et de la musique.

Elle n’aurait peut-être pas dû venir. Elle pensa à Gustave et Léane, qui avait voulu lui faire une soirée, et leurs mines dépitées quand elle leur avait annoncé qu’elle allait chez Simon. Une erreur, peut-être.

Elle prit sa tête entre ses mains, perdue. Le sang tambourinait contre son crâne, la musique et la fumée lui étaient monté à la tête.

Elle ne savait plus où elle était, ni où elle en était.


Alors oui, les néons verts et bleus, c'est clairement pour expliquer la putain de lumière dégueue de la pleine lune, mais j'ai eu la flemme d'attendre une journée entière dans le jeu. Voilà. Et puis les néons, c'est cool.

Et juste une petite annonce parce qu'il faut bien se faire un peu de pub dans ce monde, parfois, j'écris des petits textes un peu random qui n'ont de place nulle part, alors j'ai décidé de les foutre et . Si ça vous intéresse de lire un peu autre chose de moi, n'hésitez pas c:

Tschüss