Le lac se trouvait à une vingtaine de minutes de marche du parking le plus proche. Les quatre amis se flanquèrent chacun d’un sac, l’un contenait de la nourriture, un autre des boissons, un autre encore des serviettes de bain et le dernier contenait le matériel photographique de Léane.

- T’étais vraiment obligée de prendre ton appareil, toi ? soupira Romain en sortant ledit sac du coffre de la voiture de la jeune femme.

- Évidemment, je m’amuse pas à aller au lac tous les jours, alors quand j’y vais, j’en profite, petit génie ! rétorqua-t-elle en arrachant le sac des mains du jeune homme.

- Vous allez pas commencer à vous foutre sur la gueule, les deux, hein ? se lamenta Gus en commençant à marcher en direction du lac.

- C’est lui qui a commencé, moi j’ai rien dit, pour une fois ! fit remarquer Léane en fermant le coffre et verrouillant la voiture, avant de prendre les devants.

Ellie ne disait pas un mot. Elle lança un regard derrière elle, vers le sommet où la lumière vivait, et soupira. Demain, elle irait, et saurait enfin ce qui ou qui se cachait derrière ce mystère qui lui occupait l’esprit depuis des jours.

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Elle fut la première à arriver au lac. Elle était une grande habituée de la randonnée et savait marcher efficacement, sans provoquer des points de côté ou être fatiguée, contrairement aux autres qui, bien que sportifs eux aussi, n’avaient pas la bonne technique de marche.

Léane arriva totalement essoufflée, pestant contre le dénivelé, les mains contre ses cuisses, essayant vainement de retrouver son souffle perdu. Romain, lui, avait un terrible point de côté et se tenait le ventre en se plaignant bruyamment.

- Si t’avais arrêté de chanter comme un gros débile aussi, ça ne serait pas arrivé ! haleta Léane.

- Vous êtes sérieux, vous vivez dans les montagnes depuis votre naissance et vous supportez pas vingt minutes de rando ? ricana Ellie qui, elle, allait parfaitement bien.

Ces vingt minutes de marche ne représentaient absolument rien pour elle, elle aurait été capable de les faire dès l’âge de trois ans, avec son père. Bien partie, elle pouvait marcher pendant des heures. Mais elle devait l’accorder à ses amis, le chemin qui menait au lac était dur et le dénivelé était fort. Mais ce n’était rien qu’ils n’avaient jamais fait.

- Où est Gus ? demanda-t-elle en remarquant l’absence du deuxième garçon du groupe.

Les deux autres semblèrent alors eux aussi remarquer son absence. Ils tournèrent vivement la tête vers la droite, puis vers la gauche, à la recherche de leur ami.

- Je croyais qu’il nous suivait, ce débile ? Il s’est pas encore perdu, si ?

Il était de notoriété publique que Gustave avait un très mauvais sens de l’orientation, défaut qui pouvait se révéler dangereux quand il partait faire du hors-piste. Un jour, il n’était pas rentré de sa journée de ski, il s’était tellement éloigné qu’il était descendu jusqu’au village plus bas, et sa batterie de téléphone ayant été à plat, il avait dû dormir là-bas avant de pouvoir prendre les télécabines qui reliaient le petit village de Cubs et Bearwell le lendemain. Et si aujourd’hui il avait perdu de vue Léane et Romain, il était fort probable qu’il se soit trompé de chemin arrivé à l’embranchement, bien qu’on lui eût répété des centaines de fois qu’il fallait prendre à droite, que le chemin de gauche montait plus haut dans la montagne. Et par ici, il n’y avait pas de réseau, alors l’appeler était impossible.

- Qui est chaud pour le laisser aller jusqu’au sommet parce que ça lui apprendra ? s’exclama Léane en levant brusquement la main en réponse à sa propre question.

Romain leva également la main, avec un regard complice vers Ellie.

- Vous êtes cons… soupira cette dernière avec un demi-sourire.

- Majorité, adieu Gus, nous t’aimions ! Ou pas.

Suivant au mot ce qu’elle avait dit, Léane sortit son trépied et plaça son appareil photo au sommet, et commença à préparer ses paramètres. Ellie et Romain la regardèrent quelques secondes, avant de s’entreregarder. Les deux avaient maintenant compris quel était le véritable problème quant à la disparition de Gustave, et ils attendaient avec un sourire malin que Léane s’en rende compte à son tour.

- Oh putain, faut qu’on aille chercher Gus, c’est lui qui a la bouffe ! s’écria-t-elle soudainement en sursautant.

Maintenant que le problème l’atteignait, elle était beaucoup plus investie dans les recherches. Elle remballa ses affaires, car il était hors de question qu’elle les laisse sans surveillance, quand bien même il n’y avait pas âme qui vive dans les alentours, puisque les touristes n’étaient pas encore arrivés, et se dirigea vers les bois où Gus s’était perdu en hurlant son nom.

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Ils le trouvèrent rapidement, errant près de l’embranchement, sans vraiment oser prendre une décision, commençant vers la droite, pour revenir sur la gauche.

- C’est bon, je l’ai trouvé, il est là, ce con ! hurla Léane vers l’arrière pour prévenir les deux autres.

- Ah, Léane, tu es venue à mon secours !

- Non, je suis venue au secours de la bouffe. Amène-toi maintenant, et suis-nous cette fois-ci, on a déjà assez perdu de temps.

- C’est le week-end, tu sais… ?

Le regard qu’elle lui lança le fit taire immédiatement, et ce pour plusieurs minutes.

De nouveau arrivés au lac, et au complet cette fois, les quatre amis purent enfin préparer le terrain pour passer une bonne après-midi. Le soleil était haut dans le ciel, il venait seulement de dépasser son zénith, et ses rayons se reflétaient contre la surface plane du lac, rendant la cuvette dans laquelle ils se trouvaient auréolée de magie. Ellie avait toujours aimé cet endroit, le lac se trouvait dans un renfoncement de la montagne, alimenté par une rivière qui se terminait en une cascade bruyante. Les conifères s’élevaient, sombres et imposants, sur le flanc des montagnes, et leur odeur était omniprésente. On pouvait sentir la présence des animaux qui nous observaient sans qu’on puisse les voir en retour, les poissons s’amusaient à se rapprocher de la surface pour claquer leurs corps écailleux contre, créant des clapotis sans rythme, qui venaient s’ajouter au chant de la montagne.

Ils étendirent une grande nappe empruntée à la mère de Gus dans l’herbe fraîche et Léane plaça son appareil photo sur son trépied un peu plus loin. Ils sortirent quelques snacks qu’ils grignotèrent tout en se changeant. Bientôt, tous étaient prêt pour faire le grand saut.

- Le dernier à l’eau… euh…

Romain, lui qui pourtant avait toujours des idées pour ce genre de gages, venait de perdre toute inspiration.

- Me donne sa part de gâteau ! hurla Léane en se ruant dans l’eau en hurlant de rire.

- Noooon, c’est mon gâteau ! protesta Romain en entrant à toute vitesse dans l’eau.

- Mais les gars, on n’a pas de gâteau… rappela Gustave, mais tous étaient tellement surexcité que personne ne lui prêta la moindre attention.

Ce jour-là, la montagne était emplie des rires des quatre jeunes. Ellie aimait se dire que c’était un élément du chant de la montagne et qu’elle en faisait partie elle aussi.

~*~

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Bien loin de cette joie qu’un groupe d’amis partageait, Euterpe regardait longuement la maison de son enfance, avec nostalgie. Elle avait vécu tellement de choses ici. Elle avait été joyeuse dans cette maison, triste aussi, déprimée parfois, rebelle, quand était venu le temps de l’adolescence, elle y avait vécu son premier baiser, lors d’une de ses soirées d’anniversaire, son premier deuil, cette maison avait entendu ses premiers essais timides au violon, elle l’avait vue grandir et se perfectionner dans son art. La muse en était presque heureuse qu’elle n’ait pas été témoin de son effroyable déclin.

Un petit garçon blond comme les blés sortit de la maison en hurlant de rire, poursuivit par son père, et accompagné par un minuscule chiot amusé par tout ça. Euterpe soupira. Ce n’était plus sa maison, désormais. C’était celle d’un autre enfant, qui y vivrait tout un tas de premières fois, comme elle l’avait fait. Elle vivait dans une maison beaucoup plus modeste, à l’écart de la ville, une maison qu’elle n’aimait pas, dans laquelle elle ne se sentait pas chez elle. Elle détestait le mois de juin pour cette raison. En juin, les examens étaient tous passés. L’année de fac était terminée, il était temps de rentrer passer les grandes vacances à Monte Vista, auprès de sa famille. Et elle détestait encore plus cette année. Car à la maison l’attendait Polymnie. Elle n’avait plus aucune excuse, plus aucune échappatoire, plus de cours auxquels assister. Elle ne pourrait pas échapper à sa vie de mère célibataire.

Comme elle détestait juin, depuis ce mois de juin, quatre ans auparavant.

~*~

- Les gars… commença Léane.

Après avoir passé presque une heure dans l’eau, les quatre jeunes adultes étaient revenus sur la terre ferme et s’étaient allongés sur les serviettes, attendant que le soleil les sèche. Puis ils avaient entamé un premier paquet de chips et ouvert une première bouteille de soda.

Romain se releva, attrapa une chips dans le paquet, avant de lancer :

- Quoi ?

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Léane se releva à son tour, s’asseyant en tailleur. Machinalement, elle arrachait de l’herbe à ses côtés et s’amusait avec, les défigurant totalement, avant de les lancer au loin et de refaire la même chose avec d’autres.

- J’ai été acceptée dans une école de photographie.

- Sérieux ? s’exclama alors Gus. C’est trop cool !

- C’est pas en ville, lâcha-t-elle rapidement, avec une moue.

Ellie comprit immédiatement. La ville, c’était la première grande ville, en bas, dans la vallée. Si ce n’était pas en ville, ce devait être plus loin. Dans une ville encore plus grande, peut-être.

- C’est où ? demanda Ellie.

- Starlight Shores…

- Sur la côte ?

La photographe hocha la tête lentement. C’était encore plus loin qu’elle ne l’avait imaginé. La mer se trouvait à plusieurs centaines de kilomètres de là. Léane allait devenir une seconde Charlotte. Une seconde Charlotte qui, malgré toutes les promesses qu’elle pourrait faire, ne reviendrait peut-être jamais, ou dans très longtemps.

Ellie réalisa alors qu’elle n’avait rien de prévu, pour l’année prochaine.


Wouhouuu, j'ai réussi à sortir ce chapitre o/ D'ailleurs, je m'excuse qu'il ne soit pas sorti la semaine dernière, mais disons que je n'ai pas eu la foi de faire quoi que ce soit...

Enfin bref, ça va mieux maintenant, donc joie !

Tschüss !