Octobre

C’était le premier mois d’octobre qu’elle passait depuis la naissance. C’était le premier anniversaire de Polymnie qu’elle allait souhaiter. Elle était un peu stressée. La petite ne s’en souviendrait peut-être jamais, mais Ludovic, lui, oui. Elle ne voulait pas décevoir son père une fois de plus. Elle ne voulait pas voir son regard de jugement une nouvelle fois porté sur elle.

Elle était perdue dans ses pensées depuis plusieurs minutes déjà quand Emilie, une amie de la fac, la ramena à la réalité.

- Oh, Rowan, tu m’écoutes ?

Euterpe cligna des yeux, reprit conscience de son environnement. Autour d’elle des dizaines d’étudiants se dirigeaient vers la sortie, enfin en week-end. Certains groupes restaient dans la cour intérieure, discutaient un peu avant de se séparer, pour mieux se retrouver le soir-même en soirée. D’autres malchanceux n’en avaient pas encore fini avec les cours et prenaient leur pause clope avant d’y retourner.

Euterpe était dans la deuxième catégorie. Son groupe d’amis se retrouvait toujours quelques minutes pour fumer et se dire au revoir, après les cours. La musicienne se joignait toujours à eux, pour essayer de rester intégrée, mais elle était rarement impliquée dans les conversations. Elle préférait les observer, un peu distante et perdue dans son propre esprit. Généralement, ça fonctionnait et elle pouvait tenir jusqu’à la dissolution du groupe tranquillement, mais cette fois-ci, tous les visages s’étaient tournés vers elle. Elle respira profondément, cachant son malaise.

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- Désolée, je pensais à autre chose, répondit-elle.

- Je disais, qu’est-ce que tu fais ce week-end ? On fait une grosse soirée avant le début des exams de mi-semestre, faut que tu viennes, pour une fois !

Euterpe avait pour habitude de toujours trouver une excuse pour ne pas sortir. De temps en temps, elle se forçait quand même, pour ne pas trop éveiller les soupçons, et elle s’amusait, mais elle préférait ne pas le faire trop régulièrement. Mais cette fois, elle avait une véritable excuse.

- Je… je vais pas pouvoir… Je rentre à Monte Vista ce week-end.

- Oh non, Rowan, pourquoi ? Dis à ton père que tu rentres que le week-end prochain, allez !

- Je peux pas, c’est…

Elle hésita.

- C’est l’anniversaire de Paule.

Si elle avait hésité, c’était parce qu’elle aurait voulu éviter toutes les réactions qui allaient s’ensuivre. Tout le monde s’extasia, demanda des nouvelles de la petite, lui assura à quel point elle était courageuse d’encore venir à la fac alors que son bébé était si loin d’elle, assuma qu’elle devait se sentir triste de ne pas voir son enfant grandir, alors qu’au fond, il en était tout autre. Elle avait essayé, à son retour de Bearwell, de se rapprocher de l’enfant, de ne plus en être dégoûtée, mais c’était toujours aussi dur.

- Tu lui souhaiteras un joyeux anniversaire de notre part ! Un an, c’est trop chou à cet âge, faudrait que je vienne la voir, la petite, ajouta même Emilie.

Euterpe se força à sourire, à acquiescer, quand bien même elle se sentait oppressée par tant de réactions et d’engouement autour d’elle et son enfant qu’elle n’arrivait pas à aimer et qu’elle devait faire semblant d’aimer.

Puis le groupe commença à se séparer, on souhaita un bon week-end à la seule qui ne viendrait pas à la soirée. Le moment vint à Euterpe de partir également, afin qu’elle ne rate pas son train.

- Bon week-end Rowan !

Elle n’était pas Rowan. Cette dernière passerait peut-être un bon week-end, mais pas Euterpe.

 

Son père l’attendait à la sortie de la gare, comme à son habitude. Elle l’embrassa sur la joue et il tendit la main pour lui prendre sa valise, puis ils se dirigèrent tous les deux vers la voiture. Ludovic savait très bien que sa fille détestait ce moyen de transport, mais maintenant qu’ils avaient déménagé dans une maison plus petite, ils se trouvaient bien trop loin de la gare pour faire le voyage à pied. La jeune muse prenait sur elle et acceptait ce court trajet en voiture, durant lequel le père tentait toujours de parler au maximum pour rassurer sa fille.

- Tout va bien, en ce moment ?

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Il savait pertinemment qu’Euterpe n’allait pas bien depuis longtemps, il était conscient de la dépression qu’elle traversait, mais il y avait des phases où elle allait mieux, comme quand elle était rentrée de son voyage de Bearwell. Il avait été un peu déçu qu’elle parte malgré tout ce qu’il lui avait dit, mais elle était revenue plus sereine. C’était quelque chose qu’il ne pouvait pas négliger.

- Ca va.

- Les cours, tu t’en sors ?

- Pour l’instant oui, je pense réussir mon année sans aller aux rattrapages.

- Euterpe, c’est pas ce que je voulais dire…

- Je sais.

Le silence s’installa. Ludovic détestait le silence.

- Elle est où la petite ?

La question déconcentra Ludovic de la route un instant, tandis qu’il posait son regard sur sa fille, qui elle, regardait en face d’elle. Ce n’était vraiment pas courant qu’elle s’inquiète de savoir où était sa fille. En temps normal, moins elle la voyait, mieux elle se sentait, et quand la petite n’était pas là, faisait comme si elle n’avait jamais existé.

- Chez Icare et Théa. Ils ont proposé de faire son anniversaire chez eux, pour nous épargner les préparatifs, et j’étais un peu fatigué, alors elle est chez eux depuis quelques jours. On la récupérera demain.

La muse ne répondit rien. Elle avait honte. Honte d’imposer sa fille à son père qui se fatiguait de jour en jour, honte de laisser à d’autres les préparatifs du tout premier anniversaire de son enfant. Elle était vraiment la pire des mères, et elle n’arrivait pas à faire la moindre chose pour améliorer la situation. Elle s’en contentait très bien, et elle en avait cependant honte.

Les minutes dans la voiture se faisaient excessivement longues. Euterpe posa sa tête contre la vitre, malgré l’inconfort des vibrations, se demandant comment elle allait pouvoir survivre à deux jours entiers ici. Elle n’avait qu’une envie, c’était de retourner dans son appartement, à une centaine de kilomètres d’ici, de s’enfermer dans sa chambre, et d’ignorer tout le monde. Mais c’était l’anniversaire de Polymnie. Elle ne pouvait pas.

Quand ils arrivèrent dans la petite maison qu’ils avaient achetée à la mort de Dan et Erato, l’autre étant devenue soudainement trop grande pour eux, et trop chargée de souvenirs, la jeune muse alla directement dans sa chambre, d’où elle ne sortirait pas.

Sur le chemin, elle passa devant la chambre grande ouverte d’Hestia. Cette dernière était là, assise sur son lit, le regard absent, perdu dans le vide. Il n’y avait plus aucune flamme dans ses yeux. Tout s’était éteint depuis bien longtemps.

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Euterpe avait toujours eu du mal avec la déesse déchue qui vivait chez eux. Elle était tel un fantôme qui errait de pièce en pièce. Elle ne parlait pas, ne prenait pas part aux évènements, restait pour la plupart du temps à attendre que le temps passe, à rien faire. Quand elle était petite, elle en avait toujours eu peur, de cette étrange dame rouge. Elle ne comprenait pas pourquoi elle était là, chez eux. Aujourd’hui, elle comprenait, elle avait grandi et appris son histoire, mais elle se sentait tout autant gênée quand elle était dans les parages. Il n’y avait plus aucune vie dans ce corps, elle n’était qu’une coquille vide, et cette idée donnait toujours froid dans le dos à la jeune muse.

Et puis elle était étrange. Son envie de mourir était telle que quand Euterpe avait annoncé sa grossesse et la séparation avec Hector qui s’en était suivie, la déesse avait été la seule ravie de cette nouvelle. La fin de son calvaire approchait, avait-elle dit. Euterpe n’en avait que plus pleuré.

Néanmoins, malgré la gêne, la muse la saluait toujours quand elle la voyait. Par politesse. C’était tout de même une déesse. Déchue, certes, mais une déesse.

- Oh, bonjour Euterpe.

Même quand elle parlait finalement avec quelqu’un, son regard ne s’allumait pas. Il restait désespérément morne et glauque.

- Déjà rentrée ?

D’habitude, la jeune femme ne rentrait que pour les vacances. Jamais les week-ends.

- C’est l’anniversaire de Polymnie.

Une étincelle tenta de mettre feu aux yeux de la déesse rouge, mais n’y parvint pas. Il n’y avait plus eu de feu depuis trop longtemps.

- Oh, ça lui fait quel âge ?

La muse se surprit à se demander depuis quand Hestia avait à ce point perdu l’esprit. A se demander comment elle avait pu être, avant de vivre beaucoup trop de décennies sans jamais pouvoir vieillir.

- Un an.

- Oh, je… je pensais que… c’était plus… je…

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Son regard jusqu’alors porté sur Euterpe se perdit à nouveau dans le vide tandis qu’elle recula, doucement, sans se heurter au mur, pour rejoindre sa position initiale, sur son lit. La muse, quant à elle, reprit son chemin jusqu’à sa chambre, la bouche tordue en un rictus de dégoût.


Hellooo ! J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle, c'est que j'ai fini le nano (oui, j'étais chaud), et j'ai donc très exactement 20 chapitres d'avance. La mauvaise nouvelle, c'est que je voulais commencer à reprendre un rythme hebdomadaire, grâce à cette avance, mais j'ai énormément de travail en ce moment, quand je dis énormément, c'est 3 éxposés, 5 dms, et 7 cours à resumer en fiches, et tout ça en trois semaines. Donc impossible de préparer le moindre chapitre. Je disparais donc jusqu'au 15, où sortira le chapitre 113. Désolée pour ce mois de rien pas prévu, mais je compte pas foirer mon semestre :')

Sur ce, je retourne immédiatement travailler, tschüss !