Bonjour, bonjour, c'est Mae ! Avant de commencer, je voudrais juste prévenir que durant toute la durée de la génération, on traitera de sujets assez durs et qui peuvent heurter ou déranger. Je mettrai les tw et cw à chaque début de chapitre, mais en gros, il y aura principalement mention de dépression, anxiété sévère et de suicide.

Il se peut que j'oublie certains tw, si c'est le cas, n'hésitez pas à me prévenir, je les rajouterai.

Voilà, prenez soin de vous surtout et bonne lecture !


[alcool ; drogue ; attouchement]

 

Le plus incroyable avec le phénomène qui me touche, c’est que je les vois avant même de les entendre. Des taches rouges, vertes, violettes, qui traversent mon champ de vision de part en part, suivant ce qu’elles représentent. Certaines dansent, d’autres restent statiques, gênant le coin, là, en haut à droite, putain de tache bleue. Je déteste celles qui restent immobiles. Les autres sont plus sympathiques, elles ont au moins la décence de bouger, pour me permettre de voir ce qu’il y a derrière. Je me bouche les oreilles. Enfin, un peu de répit.

- Oh, Pol !

Je soupire, enlève les doigts de mes oreilles et de nouveau, les taches reviennent. D’aucun dirait que c’est joli. Moi je dis que c’est chiant.

- T’es sérieuse Nell ? Une putain de boîte de nuit ? je l’attaque.

On pourrait dire que je suis trop agressive, et c’est sans doute ce que je suis, mais elle abuse aussi, une putain de boîte de nuit. Elle est au courant que je blaire pas ça.

- Bah ouais, ce soir on danse ! me répond-elle toute fière en plus.

Je peux dire qu’elle est toute fière parce qu’il y a ce sourire collé en travers son visage. Nelly, elle a un sourire immonde, fait de dents qui se chevauchent et de lèvres qui se retroussent. C’est pas sa faute, elle ne l’a pas choisi, et elle a la malchance d’être très souriante, mais je préfère détourner les yeux quand elle fait ça. Je suis moins mal-à-l’aise.

- Mais t’es au courant de ce que je suis, idiote, pourquoi tu m’emmènes à un endroit avec de la musique ?

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Sa bouche se déforme, forme un o, tandis qu’elle comprend son erreur. Putain, elle a réussi à oublier. Je me demande vraiment ce que je fous avec elle parfois.

- J’ai pas oublié, Pol, promis, mais y’a du bon, là-dedans, crois-moi, le gars ne vient qu’ici pour la vendre.

- Meuf, même le meilleur shit ne me fera pas supporter de la musique. Je peux la voir d’ici, j’ose pas imaginer à l’intérieur.

- Allez, Pol, s’il-te-plaît, on rentre, on lui en achète et on ressort, promis.

- Vas-y toute seule alors. Je t’attends.

La tache bleue n’est toujours pas partie. À l’intérieur du bâtiment, une note est constamment répétée. Musique de merde. Au moins, la musique de ma mère, aussi nulle soit-elle, change toujours, et les couleurs de mon champ de vision se modifient tout le temps. Ça fait un peu de diversité.

Nell se plante devant moi, et fait ses yeux. Ses yeux, c’est ceux où elle fait trembloter sa lèvre inférieure en même temps et me regarde d’un air de pitié. Et effectivement, j’ai pitié d’elle quand je la vois comme ça. Elle peut être d’un pathétique parfois.

- Tu me les brises, je lui dis.

- Je sais, tu viens ? insiste-t-elle.

- Va te faire foutre.

- Je prends ça pour un oui.

Mauvaise réponse, elle aurait dû prendre ça pour un non. Elle me prend par le bras et m’entraîne à sa suite. À moitié réticente, je me laisse traîner en soupirant. Les taches se font de plus en plus foncées, signe que la musique s’intensifie à mesure qu’on approche. Je n’ai jamais testé les boîtes de nuit où la musique est omniprésente, mais j’imagine que je n’y verrai rien. On va bien s’amuser, ce soir, je sens.

Nell se présente devant le videur, que je ne daigne même pas regarder. Mais je le vois tout de même, là, à m’observer de haut, analysant quel genre de punk je suis et quelle merde je vais bien pouvoir foutre dans son établissement moisi. Parce que c’est ce que tout le monde s’est toujours en dit en me voyant débarquer : qu’est-ce qu’elle veut, celle-là ? Généralement, je ne veux rien, hormis qu’on me laisse en paix. Ce que les gens font rarement, d’ailleurs. Je ne sais pas pourquoi. On dirait que plus j’ai envie d’être laissée tranquille, plus on vient me faire chier. Mais à cause de ce à quoi je ressemble, on pense toujours que je suis la pire des saloperies. Je l’accorde, je ne suis pas bien gentille et j’ai une tendance à vouloir condamner le monde à sa perte, mais je ne le fais même pas exprès, dans le fond.

- Toi, dit-il en me désignant du doigt.

Je me retiens de lui faire une remarque. Je me demande ce qui le dérange le plus chez moi entre mes cheveux verts et roses rasés sur le côté, mes piercings, mes tatouages et mes vêtements. Peut-être tout à la fois. C’est simple d’avoir des aprioris.

- Tu viens faire quoi ici ? me demande-t-il.

- J’sais pas, je réponds nonchalamment. Faut demander à ma pote, moi je la suis.

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Je fais en sorte de le fixer un maximum dans les yeux en répondant. C’est typiquement le genre de truc qui déstabilise les gens, mes yeux. Ils voient deux couleurs et ils paniquent. Il leur en faut peu, aux gens, tout de même.

Évidemment, ça n’a pas loupé avec lui non plus. Après une seconde d’hésitation, à regarder mon œil droit, puis mon œil gauche, puis de nouveau le droit, il a hoché la tête bêtement et nous a laissé entrer. Super. Au fond, j’avais secrètement espéré qu’il nous refuse l’entrée, bloqué par ses préjugés. Ça fonctionnait jamais quand il fallait, ces merdes.

À l’intérieur, la musique est pire que tout. Trop forte, trop répétitive, trop. Elle est partout, il n’y a aucun endroit où s’en cacher, pas même dans les toilettes. Je la sens qui m’opprime, se presse contre ma peau, s’introduit dans mes oreilles de force, vient titiller mes yeux. Il y a de la couleur partout, je bouscule des gens qui se cachent derrière, m’excuse, on me demande si je suis aveugle ou conne. Je réponds aveugle. J’en suis pas loin.

Je demande à Nell où est son putain de vendeur, je veux me barrer le plus vite possible, mais elle n’est même pas en train de le chercher. Elle se dirige au bar en jouant des coudes, utilisant sa petite taille pour passer sous les gens et sinon, utilise ses seins pour faire s’écarter la foule. Les mecs prennent toujours du recul pour observer ces trucs. Je pourrais en vomir. On dirait que j’exagère, que je fais sans doute ça, moi aussi, mais ça me dégoûte réellement. Je supporte à peine la vue de mes propres seins, c’est pas pour supporter celle d’autres.

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- Pol ! me hurle-t-elle depuis le bar en sautillant stupidement pour se faire voir par-dessus la foule. Pol, viens chercher ton verre !

Je lève les yeux au ciel et la rejoins. Elle était toute heureuse, avec son verre dans la main. Elle est vraiment moche quand elle sourit.

Elle m’a pris un shot, dont j’ignore totalement la composition. Je le fais descendre d’un coup. Pas le temps pour les questions dans cette vie. Je pose le verre sur le comptoir d’un geste brusque, la gorge brûlante. Elle ne m’a vraiment pas pris de la merde, la petite, je dirais qu’elle commence presque à me connaître.

- Bon, maintenant qu’on a bu, on se casse ? je gueule pour que ma voix couvre la musique.

- Attends, faut qu’on aille voir le gars, je te jure, Pol, c’est de la bonne, on peut pas passer à côté !

- Tu l’as déjà goûtée ?

- En soirée, un pote en avait ramené.

Je ne vais que rarement en soirée, voire jamais, sauf quand on m'assure qu’on ne mettra pas de musique. Mais une soirée n’est pas une soirée sans musique, alors je me trouve mes propres soirées dehors, à boire dans les parcs avec des potes plus qu’infréquentables. Au moins eux n’ont pas l’indécence de mettre de la musique à tout bout de champ.

- Tu pètes les couilles, Nell, magne-toi, je lui dis finalement pour donner mon accord.

Elle sautille en souriant et je me retiens de la claquer. Puis elle se met en route vers les tables, où un groupe de quatre personnes se trouve. Au centre, tel un grand prince, est posé un gars, que je devine tout de suite être le gars. On les reconnaît vite, ceux-là. Leur comportement les trahit au premier regard.

- Salut ! chantonne Nell en s’approchant.

Le gars, qui était d’abord affalé contre le dossier de sa banquette, se relève un peu, baisse ses lunettes, pour mieux voir la fille qui lui fait face. Il se demande sans doute ce qu’une gamine fait là, toute mignonne, toute innocente. Je le comprendrais, honnêtement. Je ne comprends toujours pas ce que fait Nelly dans ce monde.

- Tu t’es perdue ? il lui demande, railleur.

Franchement, ça n’a pas l’air de le mécontenter, qu’elle se soit perdue. Il la reluque de la tête aux pieds, observant avec insistance ses formes généreuses qu’elle met en avant. Il passe sa langue sur ses lèvres. Dégoûtant. J’en frissonne. Je sens l’un de ses hommes faire la même chose avec moi et je détourne le regard, gênée. Pourquoi donnent-ils autant d’importance à ces deux boules qui dépassent du torse ?

Nelly est en train de marchander quand je suis assise de force à côté de ce gars. Je manque de hurler. Sa main sur ma cuisse me met dans un malaise quasiment insupportable, mais je me tais. Autant je n’ai pas peur des altercations, autant je sais éviter celles qui pourrait se révéler dangereuse. 

- T’as de jolis yeux, qu’il me dit en penchant son visage pour observer le mien, que je garde détourné.

- Ouais, tout le monde me le dit, ce compliment me fait plus rien, je lui réponds le plus sèchement possible pour le décourager.

- Tu vois de deux couleurs différentes, avec ?

Il est défoncé ou quoi ? Un coup d’œil vers ses yeux. Ouais, il est défoncé.

- Je vois la musique, je réplique sérieusement et le gars éclate de rire.

- T’es vraiment une marrante, toi.

Il passe son bras autour de mes épaules et me rapproche de lui. Mon cœur bat trop vite dans ma poitrine, mon souffle commence à s’agiter, des gouttes de sueur perlent à mon front. J’essaye de me concentrer sur autre chose, la tache bleue, qu’elle me serve à quelque chose, pour une fois, cette connasse.

Je suis sauvée par Nelly, qui revient enfin avec ce qu’elle est venue chercher. Elle m’attrape par la main et me libère de l’emprise de ce gars que je ne veux d’ores et déjà plus jamais revoir de ma vie.

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- Bah alors Pol, t’en as marre de dormir seule le soir ? se moque-t-elle en me poussant du coude.

- Ta gueule, Nell. On se casse.

Cinq minutes plus tard, enfin, ma vue redevient complètement normale. C’est pas trop tôt. Adieu, tache bleue. Pourris bien en enfer.


DITES BONJOUR A MON BEBE

Aaah, je suis tellement heureuse de commencer cette génération, vous n'imaginez même pas ! (même si elle n'est pas du tout prête, en vrai je suis un peu dans la merde, mais osef, on va se débrouiller). Et puis ça me change beaucoup, parce que je n'avais pas fait de narration à la première personne depuis très longtemps, et encore moins au présent. Du coup, il se peut que certains verbes au passé traînent, parce que par réflexe parfois, je les fous au passé, par habitude, et vu que je suis une quiche en relecture...

Alors, alors, alors, sinon, que dites-vous du design de Pol ? J'avais tellement hâte de vous la montrer parce qu'elle est trop classe, je l'aime. Au départ, je voulais qu'elle ait un piercing à l'arcade, mais j'en ai pas trouvé, donc tant pis...Et que pensez-vous du design du blog ? J'ai voulu faire très simple et soft.

Bref, je vous aime et je suis contente d'être de retour, vous m'aviez manqués ♥

Et pendant la grosse ellipse qui a fait grandir bébé Pol, un chapitre est sorti chez Aelis, et c'est par ici : http://maeleo39.wixsite.com/ledesequilibre/d-chapitre-10