HEY

 

Je suis pas morte, enfin, sur le MDS peut-être un peu, ça me manque un peu, d'ailleurs, donc me voici de retour, chaque premier mercredi du mois avec des bonuuuus, parce que je suis gentille et je veux vous garder hypé.e.s.

 

Tout d'abord, quelques nouvelles, l'écriture du chant de la montagne avance bien, je viens de boucler le mois de mai, et j'attaque juin/juillet/aout avec objectif de les finir à la fin du mois ! Et si tout va bien, j'aurai fini le bouquin entier en juillet, wish me luck !

Au départ, le scénario et les scènes devaient rester globalement les mêmes, mais au fur et à mesure de l'écriture, j'ai fini par changer quasiment tout. Le scénario est le même, on retrouve les mêmes éléments au même moments, mais toutes les scènes ou presques sont modifiées, rajoutées, ou enlevées. Donc en relisant, vous lirez une toute nouvelle histoire et vous ne pourrez pas vous ennuyer !

 

Ce mois-ci, bonus lecture, je vous présente le prologue et le premier chapitre, enjoy !


 

avant

tu entends, ellie ?

 

- Tu entends, Ellie ?

L’enfant ferma les yeux, se concentra sur les sons qui résonnaient dans la montagne. Elle entendait le vent qui sifflait entre les conifères, elle entendait le bruit lointain de la ville qui s’éveillait en contrebas, les insectes qui se hâtaient dans les fourrées, la rivière qui coulait non loin de là, nourrie par la fonte des neiges. C’était ce qu’elle entendait toujours quand elle venait ici. Il n’y avait rien de particulier. Elle ouvrit les yeux.

- Qu’est-ce que je dois entendre, papa ?

Elle avait cette petite voix remplie de curiosité et ces yeux remplis de questions.

- Tout, et rien. Qu’est-ce que tu entends ?

- Beaucoup de choses.

Au-dessus d’elle, un oiseau prit son envol en un cri strident et elle sursauta. Son père rit doucement, amusé de sa surprise.

- C’est la montagne que tu entends, lui dit-il. Son chant.

- Son chant ?

Elle avait relevé la tête vers l’adulte, elle fronçait les sourcils, elle n’était pas sûre de comprendre.

Elle n’entendait aucune musique. Aucun chant. Seulement la nature qui faisait du bruit.

- Ce n’est pas seulement des bruits, expliqua-t-il comme s’il avait lu ses pensées. Tout mis ensemble, ils forment le chant de la montagne. Tu entends comme il est beau ?

Elle ferma ses petits yeux à nouveau, tandis que son père s’accroupissait à ses côtés, passant son bras autour de ses frêles épaules, il ferma les yeux à tour et ils écoutèrent le chant de la montagne, perdus dans son immensité, et dans la vallée le soleil se levait.

 

 

février

et soudain, la montagne chantait

 

La prise se trouvait à quelques dizaines de centimètres de son visage, elle pouvait l’observer aussi longtemps qu’elle le souhaitait, cette foutue prise et son inaccessibilité, cette foutue prise et ses bords si lisses, ses bords si glissants, malgré la tonne de magnésie qui l’entourait désormais, qu’on avait laissée là à force d’y passer inlassablement.

Elle se concentra longuement. Elle ne pouvait pas tomber d’où elle était, elle avait ses bras tendus, elle évitait l’épuisement. Elle connaissait cet endroit par cœur, elle ne pouvait pas tomber. Ce qui lui faisait défaut, c’était la suite. La suite dont le début commençait à cette prise et elle l’observait.

Elle souffla, transféra sa concentration sur ses inspirations, ses expirations, elle oublia où elle était, elle s’isola du bruit ambiant et des autres grimpeurs de la salle. Elle l’aurait, cette-fois-ci. Cette fois-ci, ses doigts attraperaient la prise, ils s’y agripperaient, peut-être avec difficulté, mais elle y parviendrait, puis elle remonterait son pied, s’élancerait, elle attraperait l’autre prise, celle un peu plus haut et elle laisserait derrière elle celle qui lui faisait obstacle. Là, elle cliperait sa dégaine dans le point, elle y passerait sa corde, hurlerait « sec », elle serait à bout de souffle, et elle aurait enfin réussi.

Elle pouvait le faire.

- J’y vais ! hurla-t-elle au garçon en bas.

Ce dernier se prépara. Il avait l’habitude, la jeune fille s’essayait dans cette voie à chaque séance, il savait comme son ascension se terminait toujours. Elle chutait. Il était prêt à la retenir.

Assurée, elle amena son genou droit le plus haut possible, à hauteur de sa poitrine, elle souffla, se concentra une dernière fois, préparant sa main droite, la plongeant une nouvelle fois dans le sac qui pendait à ses hanches, puis elle poussa sur sa jambe, et soudainement, elle s’éleva.

Sa main toucha la prise, ses doigts se resserrèrent, ils étaient déterminés à ne pas lâcher, mais la prise était plus forte, elle repoussa la jeune fille et cette dernière chuta de plusieurs mètres, avant d’être violemment retenue et elle se balançait à quatre mètres du sol, dépitée.

- Merde ! hurla-t-elle alors qu’elle descendait lentement.

- C’est pas grave, Ellie, tu retenteras demain.

Encore. Mais il se retint de le dire, parce qu’Ellie, elle ne se laisserait pas faire, alors ça ne servait à rien. Cette voie, c’était la seule qui s’opposait encore à son niveau presque parfait.

- Tu veux l’essayer ? demanda-t-elle en tendant le bout de la corde au garçon.

- Sans façon, c’est beaucoup trop dur pour moi, tu le sais.

- Ok, alors fais la voie à côté, faut qu’on récupère les dégaines, dit-elle en tirant sur la corde pour la faire tomber, et elle prévint en hurlant : Corde !

Cette dernière tomba au sol avec fracas, et elle en tendit le bout à son partenaire de grimpe, qui s’empressa de faire son nœud de huit. Il s’encorda, il faisait toujours cette voie, pas par envie, mais parce qu’il devait toujours récupérer les dégaines, mais il n’avait pas le choix, alors il commença à grimper.

 

La sonnerie retentit et tous se levèrent d’un seul homme dans un capharnaüm infernal. Les pieds des chaises crissaient sur le lino de la salle, les cahiers et les livres étaient jetés dans les sacs, la voix du professeur essayait de couvrir le raffut pour donner les devoirs, mais on n’écoutait pas. On était en vacances. On n’aurait pas fait les devoirs, de toute façon, même si on les avait notés. Alors on ne les notait pas.

Ellie souriait. Elle souriait toujours, Ellie, mais il semblait qu’elle souriait un peu plus, ce soir. Elle aimait bien les vacances, parce qu’elle n’aimait pas le lycée, ou peut-être parce qu’elle était une banale lycéenne. Il y avait quelque chose de très lycéen à aimer les vacances.

Tout le monde se dirigeait vers la sortie en hurlant inutilement, et Ellie aussi hurlait, pour se faire entendre. Elle disait ce qu’elle disait à chaque vacances, elle les passerait à la salle d’escalade, ou elle irait faire des randonnées, parce que c’était ce qu’elle faisait tout le temps, et c’était ce que son père avait fait avant elle. C’était dans son sang. Judy aussi disait ce qu’elle disait à chaque fois, elle passerait ses vacances à s’occuper des chevaux du centre équestre que ses parents possédaient. Ellie n’était pas sûre de bien aimer les chevaux. Elle s’en fichait un peu, sans doute. Elle sourit.

Judy, ce n’était qu’une camarade de classe, une fille qu’elle avait connue en seconde, quand elle s’était retrouvée avec elle à une séance de travaux dirigés, une fille qui se retrouvait dans sa classe cette année. Mais Judy n’était pas son amie. Pas vraiment. Elles ne connaissaient rien l’une de l’autre. Ou peut-être que Judy connaissait plus d’Ellie que l’inverse. Ellie parlait beaucoup.

Ellie, elle avait d’autres amis. Ellie, elle avait Gustave.

Gustave qui arriva à toute vitesse vers elle, qui passa un bras autour de ses épaules, sans prêter attention à Judy. Il n’était pas impoli. Judy était très discrète.

- Ellie ! s’écria-t-il.

- Gus ! s’écria-t-elle en retour.

Comme s’ils ne savaient pas comment ils s’appelaient.

- Bowling, demain soir, 18h ? demanda-t-il.

Ce n’était pas une question.

- 18h30, tu veux dire.

Elle souriait. Lui savait qu’elle se moquait.

- Oh.

- Oh, quoi ? C’est l’heure à laquelle tu vas arriver, assura-t-elle.

- Je pourrais te surprendre.

- Je te connais trop pour que tu me surprennes.

- Y’aura Romain, annonça-t-il, et le sujet changea.

- Ah ouais ?

Il était doué pour changer de sujet.

- Il est revenu pour nous, parce qu’il nous aime.

Ellie arqua un sourcil.

- Non, en fait lui aussi a droit à des vacances. Quoi qu’il en soit, demain soir, sans faute, à 18h.

- Si tu es en retard, tu me payes mon verre.

Il sembla réfléchir.

- Ok, finit-il par dire.

Puis ils arrivèrent à la grille et il partit alors vers l’arrêt de bus, qui l’emmènerait chez lui, là où Ellie ne pouvait que rêver d’habiter. Elle, elle vivait de l’autre côté de la ville, près de la route qui menait vers la vallée. Elle devait prendre à gauche à la grille. Judy prenait à droite.

- Amuse-toi bien demain soir, lui lança cette dernière, cachant sa jalousie du mieux qu’elle le pouvait.

Elle aurait aimé être amie avec quelqu’un comme Ellie était amie avec Gustave.

- Merci !

Ellie n’avait rien remarqué. Elle aimait les gens, Ellie, mais elle les lisait mal.

Puis elle se dirent au revoir.

Ellie habitait Bearwell. C’était une petite ville, à peine plus grande qu’un village, en vérité, encerclée par les montagnes. C’était un nom étrange, pour une ville des alpes françaises, mais Bearwell, c’était comme un monde à part. On n’y accédait par une unique route qui venait de la vallée et on ne pouvait pas aller plus loin. Il n’y avait rien au-delà de Bearwell.

En réalité, la première pierre du premier bâtiment de Bearwell avait été posée par un riche entrepreneur américain, à cette époque où les riches entrepreneurs étrangers se mettaient à créer de nouvelles villes pour les transformer en station de ski. Mais à l’inverse d’autres grandes stations qu’on pouvaient trouver dans d’autres vallées, Bearwell était restée simple, et discrète. Les gens qui y vivaient y vivaient à l’année, comme dans une banale ville, et on y accueillait peu de touristes. Bearwell, elle ne ressemblait à aucune autre. C’était un monde à part.

Elle n’habitait pas en ville, Ellie, elle habitait un peu plus loin, dans ce coin qui rappelait que Bearwell était tout de même reliée au reste du monde avec sa route qui descendait, là, en bas, vers ce qu’on appelait la ville. La ville, c’était autre chose que en ville. En ville, c’était Bearwell. La ville, c’était la ville.

Bientôt, elle se retrouva à suivre cette unique route. Il avait beaucoup neigé, ces derniers jours, et le niveau de neige qui se trouvait là depuis décembre s’était élevé un petit plus. On avait oublié de saler les trottoirs, on oubliait toujours de saler ces trottoirs-là, parce qu’ils étaient éloignés et personne n’habitait par ici. Ellie aurait pu marcher sur la route déneigée, mais marcher dans la neige qui lui arrivait au mollet, ça l’amusait, Ellie. Elle montait son genou si haut qu’il touchait son menton, et elle recommençait avec un sourire et elle manquait à chaque fois d’y laisser une botte.

Devant elle, il finit par y avoir ce petit chalet, il était accroché au flanc de la montagne, perdus entre quelques sapins. Elle soupira. Entra. Elle avait perdu son sourire.