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Le legacy des Muses
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1 juillet 2016

Chapitre 69 : Fruit du passé

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L’annonce de la grossesse d’Erato n’avait soulagé Hestia que trop peu de temps. Savoir que la future muse allait sans doute naître dans quelques mois ne l’avait rendue qu’heureuse, mais bien vite les choses lui rappelèrent que l’enfant à venir, s’il était une fille, ne serait que la quatrième muse. Il en faudrait cinq autres si elle voulait retourner dans son monde. Ils n’en étaient même pas arrivés à la moitié. Il lui restait encore tant d’années à vivre, à regarder passer d’un œil morne et décédé. Car si son corps vivait toujours, ce n’était pas le cas de son âme. Elle se sentait si vide, si morte, ses mouvements n’étaient devenus que simples automatismes lents et parfois dénués de sens. Ses années de répit où elle s’était occupée des deux petits étaient maintenant révolues, ces derniers étant devenus bien assez grands pour se débrouiller seuls. Tellement que Maïa ne vivait presque plus à la maison, bien qu’elle soit toujours mineure. Sa grande sœur n’arrivait malheureusement pas à asseoir une autorité nécessaire.

Au fond d’elle-même, la déesse déchue espérait que ce bébé ramènerait un peu de joie dans sa vie et dans la maison, dont l’atmosphère transpirait la monotonie et la morosité.

Puis un deuxième évènement rendit la déesse rouge plus déprimée encore. L’enfant serait un garçon. Erato était revenue de son rendez-vous chez son médecin, tenant ce bout de papier plastifié et noir avec un sourire sur les lèvres. Un garçon, s’était-elle écrié et Dan l’avait prise dans ses bras. Tous avaient été comblés par cette annonce, même Maïa avait esquissé un demi-sourire. Mais Hestia était restée de marbre. Elle aurait tant voulu partager la joie des autres, mais elle ne le pouvait plus. Elle n’en pouvait plus, chaque journée, chaque heure, chaque minute était une torture. Un garçon rallongeait encore plus son temps dans ce monde dont elle ne pouvait s’échapper.

Bientôt le couple s’arrêta finalement sur un prénom, Aeson. Amusé par cette tradition malgré elle qu’était de donner des prénoms de la mythologie grecque, Ludovic avait tenu à l’honorer. Et après plusieurs recherches, il tomba sur ce nom, commençant comme celui de sa sœur disparue et même si le Aeson de la mythologie était très peu connu, ils s’étaient accordé sur ce prénom.

La grossesse épuisait énormément Erato qui devait continuer de s’occuper du bon fonctionnement de la maison, bien qu’Hestia se surpassait pour aider. Mais les fugues incessantes de Maïa la tourmentaient, elles ne duraient qu’une journée ou deux généralement, et elle revenait toujours en vie, elle allait sans doute toujours au même endroit, mais la muse ne pouvait s’empêcher de s’en préoccuper. L’adolescente n’avait que seize ans et ne vivait déjà presque plus à la maison. Si elle n’était pas attachée à sa grande sœur, elle aurait été capable de demander l’émancipation.

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Certains jours cependant, la future mère était obligée de rester allongée, ou tout du moins assise dans le canapé sans y bouger, trop fatiguée pour laisser ses jambes la porter. Et si elle avait été réticente au début, ces journées de repos lui faisaient le plus grand bien, et lui offraient enfin un peu de temps libre. Elle avait même eu l’occasion pour se replonger dans la lecture d’un roman.

- Eh Erato, ça te dit de lire ce livre à ma place ? l’aborda son jeune frère, un livre à la couverture sobre et peu attrayante en main. Faut juste m’en faire un résumé après.

- Icare, je t’ai déjà dit, je ne fais pas tes devoirs à ta place.

- Oh allez, c’est un livre, t’adores les livres !

- Les livres à lire à l’école sont terriblement ennuyants.

- Pas celui-là, tu verras ! mentit Icare pour la faire céder.

- Alors lis-le, rétorqua-t-elle avec un petit sourire victorieux.

Elle venait de l’avoir à son propre jeu. Vingt ans à jouer avec Dan l’avait rendue plus ou moins douée. Dépité, le jeune garçon quitta la pièce son livre sous le bras, suivi de près par son chien qui battait la queue gaiement, loin de la lassitude déjà présente chez son maître, alors qu’il n’avait toujours pas lu une seule page.

Après son départ, elle ramena ses jambes vers elle, se repositionna pour être installée le plus confortablement possible et laissa ses yeux se poser sur les pages noircies de lignes, recherchant celle qu’ils avaient perdu, et qu’ils perdirent à nouveau quand Dan entra dans la pièce, la mine déconfite.

- Dan ? Qu’est-ce qu’il se passe ? s’inquiéta immédiatement son amie en refermant son livre, qu’elle posa à ses côtés.

Il releva un regard perdu entre la joie et la tristesse, un mélange peu commun et frustrant, qui le déchirait de l’intérieur. Non, ce jour-là, il ne savait réellement pas quoi ressentir, il ne savait s’il devait rire ou pleurer, ou même hurler de joie. N’avait-il pas attendu ce moment depuis sa naissance ?

Perdu entre ses émotions, il se laissa tomber sur le canapé, nauséeux, inquiétant son amie plus encore.

- Dan ? Dis-moi ce qu’il y a !

- C’est mon père… commença-t-il d’un ton brisé. Il est mort.

 

Assis, regroupé sur lui-même dans un coin de la pièce, les mains essayant vainement de boucher ses petites oreilles, l’enfant attendait que passe la tempête. À travers ses doigts, il pouvait entendre les hurlements violents des deux adultes. Le garçonnet de cinq ans avait toujours été habitué à ces disputes horriblement dures à supporter pour son âge, mais depuis quelques temps, elles devenaient de plus en plus fréquentes et intenses. Au fond de lui, il n’espérait qu’une seule chose, qu’ils se séparent enfin et que stoppent ces cris, qui finissaient souvent par se reporter sur lui.

Il aurait préféré être caché dans sa chambre, loin du regard rempli de colère de son père, mais quand les disputes se déclenchaient, l’enfant ne parvenait plus à bouger, son seul réflexe était de devenir une chose silencieuse dans un coin de la pièce, les oreilles plus ou moins bouchées pour préserver ses tympans et son innocence, les yeux fermés, essayant de visualiser quelque chose d’amusant, comme les dessins animés qui passaient le matin avant qu’il aille à l’école.

Cette fois-ci, la dispute se termina d’une toute autre façon. Sa petite main fut attrapée par une autre, celle de sa mère, qui l’emmena loin de son père pendant plusieurs jours, dans un hôtel misérable, mais qui lui convenait, plus que la maison. Ici, pas de disputes, seulement sa mère qui râlait parfois, contre lui, mais c’était d’une façon tellement moins violente que son père qu’il en venait presque à apprécier. Il aurait pu continuer à vivre ainsi, s’il avait pu. Même si sa mère ne lui offrait que peu d’affection, c’était toujours mieux que les coups de son père.

Mais bientôt vint Robb, Robb et son charme, qui opérait sur tout le monde, excepté le jeune Daniel. Ce dernier haïssait Robb et Robb le haïssait. L’enfant pouvait voir son regard mauvais se poser sur lui quand il entrait dans la même pièce, ce regard si gênant et intimidant pour un garçonnet de huit ans. Dans la vie de Robb, il n’était qu’un nuisible dont il n’avait pas envie de s’occuper. Il n’était que l’enfant d’un autre, comme sa mère le lui répétait si souvent.

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- Maman… Maman, je n’aime pas Robb… lui dit-il un soir, espérant faire changer d’avis sa mère à propos de cet homme.

- Daniel, tu n’as pas ton mot à dire, tu sais ? lui répondit-elle calmement sans lever les yeux de son magazine féminin.

- Mais je veux pas qu’il vive là…

L’enfant n’était pas rassuré. Depuis quelque temps, le compagnon de sa mère faisait des allers et retours avec des cartons remplis à ras bord, qu’il entassait dans leur appartement, en rangeant la moitié de leur contenu, avant d’en ramener d’autres, qui lui semblaient encore plus remplis. Bientôt, il aurait toutes ses affaires ici et resterait pour toujours, toute la journée, toute la nuit, sans jamais partir. Le jeune garçon ne pourrait plus l’éviter, il devrait vivre avec, et il ne le voulait pas.

Sa mère soupira, souffla même, déjà exaspérée. À contrecœur, elle se détacha de sa lecture et posa même son magazine sur la table basse, prête à écouter son fils.

- Mais moi, Daniel, je le veux, lui dit-elle en plongeant son regard dans le sien, pour l’impressionner, en espérant qu’il la laisse ainsi tranquille. Ce n’est pas toi qui choisis, d’accord ?

- Tu veux pas trouver quelqu’un d’autre ? tenta-t-il tout de même.

- Qu’est-ce qu’il te faut pour que tu comprennes ? Daniel, chéri, je suis enfin heureuse avec Robb, tu vois ? Je ne l’ai jamais été avec ton père, et maintenant je le suis, donc ne sois pas égoïste, c’est ma vie, je décide. Qu’est-ce que tu dirais si je te disais d’arrêter de voir ton amie, euh…

- Erato ? l’aida-t-il timidement pour éviter qu’elle ne s’énerve à trouver le nom.

- Oui, voilà, Erato, quelle idée d’appeler son gosse comme ça... Bref, tu serais pas content si je te disais de ne plus la voir, si ?

Vaincu par tant de mauvaise foi et d'ironie, l’enfant ne put que secouer la tête, la mine défaite, au bord des larmes. Certaines s’échappèrent de ses yeux quand sa mère lui tapota la tête d’une façon qui se voulait gentille.

- Tu vois ? Alors maintenant je ne veux plus t’entendre parler de ça, ok ?

Il ravala un sanglot silencieusement, il ne voulait pas qu’elle le voit pleurer.

- Ok Dan ?

- Ok… réussit-il à articuler péniblement.

- Super, va jouer ailleurs maintenant.

À l’arrivée de Robb, l’enfant fut vite obligé d’envisager l’inenvisageable. Il ne pouvait vivre sous le même toit que cet homme qui, lorsqu’il n’ignorait pas son beau-fils, se moquait de lui ou le rabaissait, mais toujours de façon doucereuse, afin qu’il ne soit pas le fautif de l’histoire. Les choses se dégradèrent quand sa mère tomba enceinte et qu’elle perdit alors tout intérêt pour son premier né, se concentrant sur cette nouvelle famille qu’elle construisait. Dan n’était que le passé, le fruit d’une relation antérieure et haïe.

Alors il partit vivre chez son père, avec une appréhension qui lui tordait le ventre. Et sa nouvelle meilleure amie avait beau le rassurer et lui promettre que quoi qu’il arrive, il serait toujours le bienvenu chez elle, il angoissait. Ce n’était pas une bonne période pour vivre avec son père, en pleine instance de divorce avec sa nouvelle ex-femme. S’il n’y avait pas eu son jeune demi-frère Jimmy, seulement âgé de deux ans, à protéger de la violence des adultes, il se serait réfugié chez Erato pendant de longs mois.

Quand Jimmy fut emmené loin de son père et de son demi-frère, Dan se retrouva seul avec son père, affecté moralement et financièrement par ce nouveau divorce. Lorsqu’il se mettait à boire beaucoup trop, l’enfant s’éclipsait, voulait retourner chez sa mère, puis se rappelait que Robb l’y attendait, alors il se dirigeait toujours vers l’immense maison vers les collines qui sentait les cookies trop cuits. Il adorait cette famille si parfaite à ses yeux. Si le père était très pris par son travail, au moins il n’était pas violent, et la mère avait constamment un sourire qui flottait allègrement sur ses lèvres, même quand elle ratait continuellement ses cookies. Il n’était pas né dans cette famille, il l’aurait voulu, et ils l’avaient plus ou moins adopté. Dans la chambre de son amie, il y avait toujours un matelas prêt pour lui, il avait même laissé quelques affaires propres dans l’armoire, il avait une seconde brosse à dent qui restait dans cette maison. S’il n’était pas né dans cette famille, il vivait parmi elle, loin de son père, qui retrouva vite une nouvelle femme, qui lui donna deux nouveaux enfants et qui, par Dan ne savait quel miracle, ne divorça jamais. Et c’était parfait pour lui. Tout comme pour sa mère, il était pour son père un fantôme du passé, fruit d’une ancienne relation qu’il pouvait laisser derrière et oublier pour se consacrer à sa nouvelle famille, ses nouveaux enfants. Son père et sa mère l’ignoraient, il pouvait vivre sa vie avec sa propre nouvelle famille et sa nouvelle « sœur ».


On en apprend finalement un peu plus sur la famille de Dan et son enfance \o/ Sinon, le nom de Robb provint d'un manque total d'inspi et un épisode de la saison 2 de GoT visionné l'heure précédant l'écriture.

Et bravo à ceux qui avaient deviné, ce sera un petit gars, la prochaine muse attendra encore un peu c: D'ailleurs, son nom se prononce Éson, et non pas A-é-son, j'ai choisi cette orthographe parce que ça commençait comme Aelis

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Commentaires
O
GARCON!!!! J'ai gagné :D :D<br /> <br /> Aeson, ça me fait penser à Aelys! D'ailleurs, faudra que j'aille prendre de ses nouvelle, à elle aussi, bientot ^^<br /> <br /> <br /> <br /> Oh bah mince alors, ils ont pas de bol, dans cette famille, faut croire<br /> <br /> <br /> <br /> Ahah, Robb est un bon choix de prénom.... A moins que ça ne porte la poisse pour les mariages.... Bref, on s'en tape vu que Robb est un abruti! Pauvre petit Dan, il me fait tellement de peine!
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M
C'est triste quand même comment tout le monde a une vie ... triste XD <br /> <br /> Hestia qui en a marre de sa vie (d'ailleurs COUCOU HESTIA ça faisait longtemps), Dan qui vient de perdre son papa (mais c'est très intéressant d'en apprendre vraiment plus sur son passé, triste aussi ;w; ), Maïa qui reste fidèle à elle-même et Erato qui (malgré le fait qu'elle soit enceinte COUCOU FUTUR PETIT GARS) ... comme d'hab est au milieu de tout ça ! <br /> <br /> En tout cas mae tu mènes vraiment bieeen ton challenge, j'en décroche plus XD ♥
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W
Ahahhhh un petit monsieur c: bienvenue Aeson ! Enfin, bientôt bienvenue. Pauvre Hestia tho...<br /> <br /> Putain sérieux j'ai cru qu'Erato allait enfin avoir la paix et baaaaaam coucou Dan...Nan sérieux c'est horrible, le pauvre, cette vie bien merdique sérieux. <br /> <br /> TU ES CRUELLE.<br /> <br /> Autrement.<br /> <br /> Autremennnnnt.<br /> <br /> Robb, je me disais aussi c: j'aime bien tes choix de prénoms tout de même :') <br /> <br /> J'ai tellement envie d'offrir à Erato, je sais pas, des jokers pour fuir les problèmes tellement tu lui en mets plein la tête à la petite
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