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Comme d’habitude, Clio était assise au fond de la salle, esseulée, pour ne pas risquer de blesser quiconque lors d’une éventuelle crise. Elle était plongée dans son exercice de mathématiques quand on toqua à la porte. 

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Ce fut un garçon qui entra. Ses yeux étaient aussi gris que ceux du roi déchu des dieux et ses cheveux blonds vénitiens lui barraient le front.

Sans transition, le professeur de maths (vi y'a pas de prof mais immaginez) le présenta rapidement comme étant un nouvel élève venant de Lucky Palms.

- Présentez-vous, jeune homme.

- Je m’appelle Andreïs Mecker, j’ai 15 ans, j’aime les maths, le sport et je fais un peu de batterie, voilà.

Il avait vite expédié sa présentation, peu désireux que la classe entière le dévisage encore. Le prof lui indiqua alors une place, la seule de libre, à côté d’une jeune fille. Il alla s’asseoir. 

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- Salut…

Clio regarda le nouveau venu tristement. S’il savait… Il venait lui parler, il la prenait sans doute pour une fille normale, une fille comme les autres, une fille qui allait répondre à son salut et lancer la conversation, devenir son ami, seulement… Elle craignit alors de faire une crise. Que se passerait-il s’il était à ses côtés ? Que risquerait-il ? Elle décida de ne plus y penser. Il était probable que la voix la laisse tranquille aujourd’hui.

- Salut, répondit-elle sèchement, consciente qu’elle ne devait se lier d’amitié et être agréable avec personne.

Elle sentit son nouveau camarade de classe se renfermer devant le peu d’attention qu’elle lui accordait. Elle savait très bien qu’elle pouvait faire ce qu’elle voulait des mots, faire du mal, parfois, comme du bien. Elle ne savait vraiment pourquoi, ni comment, mais elle y parvenait, c’était tout.

Elle se sentait observée. En effet, le jeune homme semblait détailler chaque millimètre d’existence de sa voisine. Il voulait lui demander son nom, mais il avait peur qu’elle ne lui réponde pas. Mais s’il avait demandé, Clio aurait répondu, pour qu’il cesse de l’observer. Cela la rendait mal à l’aise. Oh, elle avait l’habitude du regard des autres, mais le fait que quelqu’un la regarde alors qu’elle n’était pas dans une crise était rare. Plus Andreïs la regardait, plus elle redouta que son malaise ne se transforme en crise, comme c’était souvent le cas. Pour une fois que quelqu’un lui parlait, pour une fois que quelqu’un ne savait pas, elle ne voulait pas lui montrer son vrai visage. 

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- Je suis Clio, dit-elle finalement, espérant ainsi que son malaise disparaisse.

- Moi c’est Andreïs. Enfin quelqu’un avec un prénom aussi peu commun que le mien, plaisanta-t-il.

Mais devant l’air neutre et froid de la jeune fille, il arrêta de rire et demanda avec un sourire maladroit :

- Je viens d’arriver, tu pourras me présenter les lieux ?

Clio hésita, ne sachant que faire. Ce garçon la prenait pour une fille normale. Mais si quelqu’un le voyait avec elle, c’en serait fini de la réputation de ce garçon.

- Tu devrais demander à quelqu’un d’autre, si tu ne veux pas d’une mauvaise réputation dès ton arrivée, répondit-elle tristement.

- Pourquoi donc ? Enfin… Je peux aussi me débrouiller tout seul, mais… après tout, je n’ai jamais eu une bonne réputation. Et je ne sais pas combien de temps je resterais ici, je vis avec mon père qui est toujours en déplacement, alors… Tu es sûre de ne pas accepter ?

Il ne savait pas pourquoi il insistait autant. Après tout, quelle importance ? Il avait toujours fait seul. Mais il sentait quelque chose, en elle. En cette fille, Clio. Il la sentait différente.

La jeune fille, quant à elle, hésita encore plus. S’il se fichait de sa réputation, peut-être qu’il pourrait devenir son ami ? Peut-être… Non. Il suffira d’une crise, une seule pour qu’il ait peur d’elle, comme les autres.

- C’est compliqué… Mais tu ne devrais tarder à comprendre pourquoi.

En effet, Clio se sentait affreusement mal, comme lorsqu’une crise se présentait.

- Excuse-moi.

Elle se leva et courut se réfugier dans le couloir.

- Clio ? appela le jeune homme. C’est de ma faute ? 

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Et il courut la rejoindre dans le couloir, sans prêter la moindre attention aux gens qui le regardaient comme si tout cela était parfaitement normal. Il apparut dans le couloir alors que la voix s’insinuait une fois de plus dans l’esprit de Clio.

- Va-t’en ! lui hurla-t-elle. Va-t’en, je… Aaaaaaah !

La voix. Pourquoi elle, pourquoi maintenant alors qu’elle était en train de se faire enfin un ami ? Pourquoi l’empêchait-elle d’avoir des amis ?

Inconscient du danger, Andreïs s’approcha de Clio. Il ne se rendit compte que quelque chose n’allait pas chez elle que trop tard. Totalement emprise à la folie, elle le griffa au visage, incapable de se contrôler. Il effleura sa joue de sa main doit et sentit que la griffure était plus ou moins profonde. Du sang commença à couler lentement. 

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- Tu devrais retourner en cours, lui dit une voix de fille derrière lui. Clio est folle et dangereuse, laisse tomber.

- Mais on ne peut pas la laisser comme ça, tu es folle !

- Tout le monde la laisse comme ça.

Puis la crise cessa brusquement, comme si la voix avait seulement voulu blesser Andreïs. Clio redevint elle-même, aperçut le jeune homme et sa griffure. Effrayée par elle-même, elle alla s’enfermer dans les toilettes.

- Une vraie folle, répéta la rouquine avant de retourner en cours.

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Après un rapide passage à l’infirmerie, Andreïs rejoint la cour où il aperçut Clio près d’un arbre. Il s’approcha doucement.

- Clio, je peux te parler ?

La jeune fille releva les yeux vers lui.

- Oui, si tu veux, répondit-elle.

- Pourquoi tu m’as griffé ? Dans le couloir, tu étais super bizarre, comme possédée par un démon ! Et tout le monde semblait trouver ça normal.

Clio baissa la tête, honteuse.

- Je… J’ai toujours été comme ça… Il m’arrive d’avoir des crises, depuis toute petite. Je ne peux pas les contrôler. S’il-te-plaît, pardonne-moi et va-t’en avant que je ne te fasse encore du mal. Personne ne doit être mon ami.

Andreïs la contempla. Toute personne normale aurait décampé à ces mots. Mais il sentait quelque chose en Clio. Un peu de… familiarité ?

- Non, je reste ! lança-t-il le sourire aux lèvres.

Clio le regarda et leurs regards se croisèrent. Pourquoi était-il si gentil, pourquoi voulait-il absolument rester ?

- Pourquoi ? Tu as vu qui je suis, tu as vu que je suis folle, pourquoi te ne fais pas comme les autres ?

Il fut surpris et rougit légèrement. Il ne savait pas lui-même.

- Disons que… tu sembles différente des autres, plus…

Il s’emmêla dans ses explications, se mit à bafouiller. Clio rougit à son tour. Ce garçon était si étrange. Et beau.

Quoi, elle avait vraiment pensé ça ?! 

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- J’ai juste besoin de savoir que tu ne veux pas être mon ami juste pour te moquer de moi ensuite. Beaucoup l’ont fait, m’ont donné de faux espoir pour m’abandonner et rire de moi.

Mais pourtant, elle n’arrivait pas à penser ça d’Andreïs. Il n’était pas comme les autres, c’était évident.

- Oh, c’était donc ça ? Eh bien tu as ma parole, Clio, que je te protégerai contre ces crétins !

Il tenta d’exécuter une révérence, mais perdit l’équilibre et tomba, en éclatant de rire. Clio sourit, pour la première fois depuis longtemps.

- Il n’y a pas que ça, je ne voulais pas te blesser et que tu me voies dans une crise. Mais c’est trop tard. Encore désolée de t’avoir… griffé.

- C’est déjà oublié ! Je ne dois pas être rancunier.

- T’es au courant que ça risque de se reproduire ? Qu’une crise peut arriver d’un moment à l’autre ?

- Par vraiment. Tu veux bien me parler de tes crises, justement ?

- Il n’y a pas grand-chose à en dire. J’ai ça depuis que je suis petite. Quelque chose entre dans ma tête et me fait mal, je hurle, je suis agressive. Je me suis déjà battue avec un enfant, il y a des années. Et ça m’arrive souvent, sans que je puisse en faire quoi que ce soit.

- C’est étrange – la sonnerie retentit – En cours, princesse ! SVT !

Princesse ? Il l’avait appelée… princesse ? Ne sachant quoi dire, elle ne put que le suivre en SVT. Elle souriait intérieurement.

Elle avait enfin trouvé un ami.

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En SVT, Clio n’était pas assise à côté de son nouvel ami et celui-ci lui envoyait de touts petits messages, pliés. La jeune fille était surprise. Jamais personne ne s’était autant intéressé à elle autrement que pour ses crises. Elle lisait les messages d’Andreïs et les mettait dans sa trousse. Elle n’y répondait pas. Elle ne savait pas quoi répondre. 

- Andreïs ? Quels sont ces papiers que vous faites voler ?

Silence.

- Très bien, conclut le prof. Dehors !

Et il jeta le papier sans considération. 

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Andreïs soupira. Allait-il assister à un cours entier pour son premier jour ? Il se balada alors dans les couloirs, ne tenant pas en place.

Une unique chose emplissait son esprit : Clio, Clio, Clio. Belle, sympathique et toujours cette sensation de familiarité, grandissante. 


 

Ce chapitre a été écrit en collaboration avec Azie, qui a créé le personnage d'Andreïs et qui l'a rp... Merci Aziechouw ♥