Ludovic était habitué à vivre seul. Depuis le départ d’Erato, quatre ans auparavant, il s’était tout d’abord habitué à vivre avec une fille quasi muette, hormis quand elle se munissait de son instrument et qu’elle mettait dans sa musique toutes les émotions qu’elle ressentait. Puis il s’était habitué au vide complet quand elle était partie étudier à l’université. Ça avait été dur, au début. De ne plus entendre son violon. La maison était devenue encore plus silencieuse. C’était quelque chose qu’il ne supportait plus, le silence. Il ne l’avait jamais vraiment trop supporté. Il avait grandi entouré d’un frère taciturne et d’une sœur bruyante qui faisait du bruit pour deux, il avait rejoint un groupe d’amis à l’université qui plus tard allait partager sa vie, il était arrivé dans une famille brisée et avait partagé leur maison, dans laquelle vivaient sa copine, son meilleur ami, ses deux frère et sœur et sa lointaine tante, avant de fonder sa propre famille. Il y avait toujours du bruit dans sa vie, toujours eu du monde à ses côtés, puis sa sœur avait disparu, Maïa s’était éloignée, Icare était parti vivre sa propre vie, Erato et Dan s’étaient envolés, Aeson également, Hestia, Hestia n’avait jamais réellement fait le moindre bruit, elle n’était plus que le fantôme d’elle-même et maintenant, Euterpe prenait peu à peu ses distances. Elle ne jouait même plus de son violon quand elle était à la maison. C’était désespérément silencieux. On entendait seulement les complaintes et les pleurs d’une enfant abandonnée par sa mère. Ce n’était pas vraiment ce dont Ludovic aurait rêvé. 

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Il s’en contentait, cependant. D’abord déçu par cette grossesse inattendue, il avait appris à accepter la présence de cette nouvelle petite muse qu’était sa petite-fille. Il en avait été bien obligé, quand la mère décida de ne prendre aucune de ses responsabilités et de lui en laisser la charge. Il éduquait la petite Paule du mieux qu’il le pouvait, tentant maladroitement de la préserver de l’apathie de sa mère, chose qui pouvait se révéler terrible pour une petite fille. Mais elle était intelligente, elle comprenait bien que quelque chose n’allait pas, mais son innocence d’enfant ne lui permettait pas de se douter de la vérité.

Du haut de ses dix mois, Polymnie fixait son regard dépareillé sur la moindre curiosité. Tout commençait à l’intéresser, et même si elle ne comprenait pas toujours les réponses qu’on lui donnait, elle pointait toujours son petit doigt potelé vers ce qui l’intriguait pour que son grand-père lui explique ce que c’était. Et ce qu’elle aimait par-dessus tout, c’était la chambre de sa mère. Quand cette dernière était là, elle empêchait toujours la petite d’entrer, alors elle restait devant la porte, s’amusant avec ses jouets dans le couloir. Sinon, elle passait ses journées dans cette pièce où l’aura de sa mère résidait. C’était un peu comme si elle passait du temps avec elle. Ca l’apaisait. Et ça brisait le cœur de Ludovic. Comme s’il n’était pas assez brisé comme ça.

Ce matin, Polymnie dessinait tranquillement dans cette même chambre des traits qui n’avaient un sens que pour elle quand Ludovic entra.

- Paule, on va voir grand-mamie et grand-papy, ça te dit ?

La petite releva la tête, observa de ses yeux dépareillés son grand-père et battit ses deux mains l’une contre l’autre.

Ça lui disait.

 

Loin de se douter que son père et sa fille se trouvaient désormais à seulement quelques vallées plus loin, Euterpe se préparait pour sa première randonnée de son séjour. Ellie lui avait promis que ce serait loin d’être la dernière, et elle avait commencé à un peu regretter d’être venue. La randonnée n’était pas vraiment quelque chose faite pour la jeune muse. Elle était loin d’être sportive, elle avait passé la plus grande partie de sa vie assise devant un piano, ou debout, un violon en main, un archet dans l’autre, ces deux activités se produisant généralement dans sa chambre. Elle était déjà allée randonner, bien sûr, quand son père était un tel amoureux de la montagne que l’était Ludovic, on ne pouvait pas réellement y couper, mais c’était quand elle était enfant, à l’adolescence, elle avait vite fait comprendre que ça ne l’intéressait que peu, et quand toute la famille se retrouvait pour marcher, elle restait à la maison de ses grands-parents et jouaient, parfois seule, parfois pour eux. Ils avaient toujours aimé l’écouter jouer et elle avait toujours aimé jouer sur le magnifique piano à queue qu’ils possédaient, quand bien même le piano ne l’intéressait plus tant que ça. 

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Elle retrouva Ellie devant le camping. Elle était rayonnante, on pouvait immédiatement voir sur son visage radieux qu’elle aimait être là et que partir en randonnée était sa plus grande joie. La jeune muse aurait aimé être animée par une telle passion. Tout du moins, elle aurait aimé l’être de nouveau.

- Ne t’inquiète pas, j’ai prévu une petite rando tranquille, c’est presque tout plat.

Euterpe hocha la tête et réajusta son sac à dos.

 

- Ca va, tu suis ?

Elles avaient commencé à marcher depuis dix minutes seulement qu’Euterpe se retrouvait déjà à l’arrière, totalement devancée par la pratique d’Ellie. Elle se demandait même comment quelqu’un pouvait marcher aussi vite.

La jeune rousse s’arrêta et attendit qu’une Euterpe haletante la rejoigne.

- Je suis désolée, c’est l’habitude. Je vais essayer de marcher à ton rythme.

Ce qui allait à l’encontre de ce que son père lui avait toujours dit. En montagne, il faut marcher à son propre rythme, au risque de ne pas marcher côte à côte. Mais c’était pour ceux qui voulaient faire de la vraie rando. Elle et la musicienne étaient là pour passer du bon temps. Elle ne devait pas la dégouter de la marche dès le premier jour.

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Elles reprirent leur route plus tranquillement après quelques minutes de pause. Ellie n’avait pas menti, la piste qu’elles suivaient était facile, elle suivait le cours de la rivière qui traversait Bearwell et les montagnes en amont, passait entre les arbres qui avaient élu domicile ici, son sol fait d’humus et de petits cailloux. Ca avait l’une des premières randonnées qu’Ellie avait fait dans sa vie, quand elle savait à peine marcher. Elle ne venait pas souvent la faire, à cause de la facilité trop grande, mais elle devait se l’avouer, c’était sympa, de remonter ainsi la rivière, tranquillement. Les alentours étaient magnifiques, et le chant de la montagne avait pour élément principal le cours de l’eau tumultueuse et grondante.

- Tu entends Ellie ?

Elle s’arrêta, tourna la tête. Observa quelques secondes Euterpe. Elle ne souriait pas. Elle semblait concentrée sur le chemin qu’elle prenait.

- Qu’est-ce qu’il y a ? demanda la jeune muse en remarquant que son amie ne suivait plus.

- Rien, j’écoutais le chant de la montagne. 

Euterpe releva les yeux, la tête, cherchant le chant dans les airs.

- C’est quelque chose que mon père m’a appris, quand j’étais petite. La montagne chante, avec le ruissellement des rivières, les cris des animaux, le bourdonnement des insectes, le bruissement des arbres. Et euh… L’hiver, il n’y a plus rien de tout ça, c’est silencieux. C’est pour ça que je t’ai demandé de composer un morceau pour moi, parce que… quand j’ai entendu ton violon, c’était… comment dire… ? La montagne chantait, c’était ce qu’il manquait à l’hiver, tu vois ? C’était le chant de l’hiver.

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Un sourire déchira finalement le visage de la musicienne.

- Je suis touchée, que tu me laisses une telle responsabilité. Mais je ne pense pas être de taille pour créer le chant de l’hiver.

Son sourire s’effaça.

- Bien sûr que si, lui dit Ellie en posant sa main sur son épaule. Tu es la musique même !

Elle n’osait pas vraiment lui dire, car c’était gênant, mais elle trouvait sa voix mélodieuse, ses mouvements gracieux et dansants. Même la cadence de ses pas semblait créer un rythme parfait.

- Eh regarde ! s’écria la rousse en s’accroupissant.

Surprise, Euterpe l’observait s’agiter.

- Regarde toutes ces fourmis, leur fourmilière doit être tout près !

En effet, sur le sol s’agitaient des dizaines et des dizaines de fourmis. A première vue, on pourrait croire qu’elles allaient sans but, errant tout simplement dans le sous-bois, mais son père lui avait appris, longtemps auparavant, qu’il n’en était rien. Les fourmis étaient des animaux extrêmement organisés.

- Trouvée ! s’exclama soudainement Ellie.

Devant elle se dressait un immense amas de brindilles, de débris végétaux et d’aiguilles de sapin, spécifique aux fourmilières en dôme qu’on pouvait trouver dans les forêts en montagne. Des fourmilières comme celle-là, il y en avait tous les cent mètres. Et Ellie s’amusait toujours à les traquer, dès lors qu’elle apercevait une colonne de fourmis.

Le rire d’Euterpe fendit l’air.

Ellie se retourna.

Euterpe riait.

- Tu me rappelles mon père, expliqua-t-elle simplement.

Oh, comme le chemin s’élargissait. 

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A quelques vallées de là, Ludovic montrait une fourmilière similaire à sa petite-fille intriguée.

Polymnie ressemblait tellement à Euterpe.


Oui, non, y'a pas de fourmilière sur la dernière photo, mais imaginons o/ 

Bon, sinon j'ai pas masse de chapitres en avance, contrairement à ce que j'aurais voulu, mais j'arrivais pas à taffer correctement chez mes parents, mais maintenant que je suis enfin chez moi, ça devrait aller mieux ! 

A dans deux semaines, en espérant pouvoir d'ici là reprendre un rythme hebdomadaire.