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Après l’incident chez Bastien, Maïa ne retourna jamais à Hidden Springs, alors qu’Icare y passait de nombreuses vacances avec son jeune demi-frère qu’il appréciait de plus en plus. Et s'il n’en aimait pas moins sa sœur, cette dernière se sentait trahie. Lui aussi l’avait abandonnée, abandonnée pour ce demi-frère.

Maïa ne se rebattit pas, ou tout du moins, Erato n’en fut jamais informée, ni importunée. Mais la jeune fille s’était incroyablement éloignée. Une fois entrée dans l’adolescence, elle passa plus de temps en dehors de la maison que dedans. Et on avait beau l’interdire de sortie, lui imposer des couvre-feux, elle trouvait toujours un moyen de faire le mur. Erato ne comprenait pas. Maïa n’avait jamais eu d’amis, vivait totalement en dehors de toute réalité, que faisait-elle donc lorsqu’elle fuyait la maison ?

Elle avait d’abord craint qu’elle ne fût partie d’un groupe peu recommandable, qu’elle s’y batte ou s’y drogue, mais la santé de sa sœur était parfaite, si l’on ne comptait pas ses insomnies et ses yeux cernés de poches de fatigue. Lorsqu’elle interrogeait l’intéressée sur ses sorties nocturnes, l’adolescente répétait qu’elle partait seulement se balader et observer les étoiles, et Erato avait fini par y croire, même si elle continuait de se méfier.

La jeune fille avait totalement abandonné ses séances chez sa psychologue, tout d’abord en ratant quelques séances, avant de ne plus jamais y retourner, malgré les protestations de sa grande sœur. Mais personne n’avait réussi à l’obliger, personne n’avait réellement osé. Si l’on commençait à parler du sujet, elle se mettait très rapidement en colère ou hurlait, aggravant son état.

Dan avait essayé de lui parler, de jouer le grand frère, mais elle n’avait rien voulu dire, elle avait même avec sa petite force envoyé un poing dans son estomac, lui coupant le souffle quelques secondes néanmoins.

Même Icare était victime de ses accès de colère. Si elle n’allait pas jusqu’à le frapper, elle s’énervait souvent contre son petit frère qui ne comprenait pas ce qu’il avait fait de mal. Lui qui avait toujours tout fait pour rendre sa sœur heureuse, la faire rire et sourire, pourquoi était-elle devenue aussi méchante ?

La musique beaucoup trop forte faisait trembler les murs de sa chambre, mais qu’importait, elle faisait également trembler son corps et c’était tout ce dont elle avait besoin pour s’inspirer. Le corps penché sur sa table à dessin, elle était si concentrée qu’elle sentait le sang tambouriner dans son crâne, douloureusement.

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Le dessin s’était révélé être son échappatoire, la seule chose à laquelle elle était douée, la seule chose qu’elle aimait faire. Tout le monde avait été étonné quand elle avait enfin trouvé une passion. La jeune fille était connue pour ne s’intéresser à rien, elle ne pratiquait aucun sport, ne jouait aucun instrument, ne se passionnait de rien. Puis un jour elle avait pris un crayon et avait commencé à dessiner. Elle aimait cette activité, c’était tranquille et solitaire. Elle pouvait rester des heures seule dans sa chambre sans qu’on ne vienne la déranger. Parfait.

Ainsi concentrée, elle n’entendait presque plus rien, pas même sa musique. C’était la raison pour laquelle elle mettait toujours le son très fort.

Mais ce jour-là, on s’agitait beaucoup au rez-de-chaussée. Elle entendait le bruit des pas pressants sur le parquet, elle entendait les autres membres de la famille parler fort, hurlant presque, paniqués, la porte d’entrée se claquer, le moteur de la voiture s’éveiller, crachant sa fumée fatale dans l’atmosphère frais et humide de l’automne, puis partir en trombe. Une dispute qui aurait mal tourné ? Ludovic était parti, furieux ? Peu probable, depuis qu’il avait emménagé trois ans auparavant, la jeune fille l’avait très peu entendu se disputer avec Erato, ou quand il le faisait, Dan arrivait toujours entre les deux et les réconciliait. Entretenir une relation amoureuse lui paraissait presque simple avec cet exemple sous les yeux, mais elle savait qu’il en était tout autre.

Son intérêt pour les évènements s’estompa rapidement et elle se replongea dans son monde coloré aux crayons, duquel elle fut arrachée très vite, la cause à Icare qui venait d’entrer sans frapper.

- Icare, je t’ai déjà dit, tu frappes avant d’entrer ! s’énerva-t-elle immédiatement.

- Désolé… C’était juste pour te prévenir qu’Erato et Ludovic seront pas là pendant plusieurs jours.

Elle avait envie de dire que cela l’importait peu, qu’ils l’abandonnent eux aussi, ça n’en ferait que deux de plus après tout, mais sa curiosité était piquée.

- Pourquoi ça ?

Le garçon de douze ans releva des yeux interrogateurs sur sa sœur, surpris. Ce n’était pas l’habitude de Maïa de se soucier des détails. Peut-être commençait-elle à changer, peut-être redeviendrait-elle la sœur qu’il avait connue, celle qui lui manquait tant !

- C’est la sœur de Ludovic apparemment. Elle a disparu.

Disparu ? Comme si Erato avait besoin d'un nouvel incident dans sa vie…

 

Un silence de mort régnait dans la voiture. Ni Ludovic, ni Erato n’avait décroché un mot depuis qu’ils avaient quitté la maison. Sur le siège passager, le jeune homme regardait avec angoisse les paysages défiler au dehors de la carcasse de métal, se rongeant les ongles au point d’en arriver au sang. Il n’avait voulu y croire, il ne voulait y croire, il ne pourrait y croire, Aelis disparue, impossible. Comme il détestait son frère à ce moment-même pour lui avoir annoncé une telle nouvelle. Leur sœur était sans doute partie se balader en montagne et s’était retrouvée piégée des eaux, la pluie s’était abattue des jours entiers, engorgeant les rivières, qui avaient roulé hors de leurs lits, serpentant entre les arbres, découvrant de nouveaux chemins à emprunter.

Impossible. Si personne n’était derrière pour l’obliger, Aelis ne sortait jamais. Alors comment avait-elle pu disparaître ? Comment était-ce seulement possible ? Il l’avait eu au téléphone quelques jours auparavant et…

Erato tapotait le volant des doigts, à défaut de pouvoir les nouer et les dénouer pour évacuer son stress. Tap tap tap, constamment, Ludovic était concentré sur ces bruits insupportables, si insupportables…

- Arrête ça ! s’écria-t-il soudainement et la jeune femme sursauta, arrêtant immédiatement. Désolé, ajouta-t-il alors.

Elle ne lui en tint pas rigueur. Il était tendu, les nerfs à vif, à deux doigts d’exploser, le voyage était trop long à son goût, il n’en pouvait plus. Et elle n’avait fait que d’augmenter son stress avec ce tapotement.

Et le voyage dura une heure encore, avant que les montagnes d’Hidden Springs n’apparaissent enfin au loin. Le jeune homme était plus agité encore, ne tenait plus en place. Paradoxalement, il semblait être un petit garçon totalement excité d’aller au parc d’attraction. Alors qu’il craignait par-dessus tout que ce qu’avait annoncé Lewyn ne soit vrai.

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Ce dernier les attendait à l’abri de la pluie sous le perron et s’empressa de les faire entrer à l’intérieur. Malgré leur vitesse, ces quelques secondes sans protection les avaient trempés jusqu’aux os, mais Ludovic ne s’en souciait guère.

- Qu’est-ce que tu veux dire par Aelis a disparu, Lewyn ? attaqua immédiatement le dernier des triplés sans prendre la peine de s’installer.

- Ça fait deux jours qu’on n’a pas eu de nouvelles en fait…

- Deux jours ? Et tu ne me le dis que maintenant ?! s’emporta-t-il.

Erato posa une main apaisante sur l’épaule de son compagnon, essayant en vain de le calmer. Une dispute avec son frère n’était pas la meilleure solution à leur situation.

- Ça ne m’a pas réellement inquiété avant, elle a bien le droit de sortir, je n’allais pas t’appeler à chaque fois que je ne le voyais pas pendant deux heures non plus ! Elle a vingt-huit ans, c’est plus une gamine.

Son ton était dur, cassant, chose imprévue de la part de Lewyn qui n’élevait jamais la voix, mais c’était nécessaire pour que Ludovic comprenne et qu’il se calme.

Lentement, ce dernier se laissa choir sur le canapé où il enfouit son visage dans ses mains, bercé par les allers et retours de la paume de main d’Erato dans son dos.

- Elle n’a pas son portable sur elle, j’ai appelé et l’ai retrouvé sur son lit. Personne ne l’a vue non plus, expliqua Lewyn.

- C’est Mewann, déclara son frère.

- Quoi ?

Mewann, d’après tous ses souvenirs, était un garçon de leur âge, qu’Aelis détestait plus que tout au monde, sans qu’il ne sache jamais pourquoi. Ce n’était pas à lui qu’elle s’était confiée, mais à Ludovic. Il ne savait rien de cette histoire.

- C’est Mewann, je me souviens de ce qu’elle m’avait dit au téléphone, il traînait devant la maison et elle est sortie lui demander de partir.

Voilà donc comment et pourquoi sa sœur avait quitté la maison. Cela faisait sens, elle ne serait jamais sortie pour une autre raison. Mewann était forcément derrière tout ça, mais que lui avait-il fait ? Que lui ferait-il ? Comment une simple histoire d’humiliation au lycée avait-elle pu arriver à un enlèvement, ça n’avait aucun sens !

- Papa et maman sont au courant ? demanda-t-il alors.

Il faudrait les prévenir. Il n’osait l’imaginer.

- Pas encore. Je n’ai pas voulu gâcher leurs vacances…

Gâcher leur retour serait sans doute mieux.

 

De sa fourchette, Dan chipotait la nourriture dans son assiette, sans en avaler une seule bouchée. Il n’avait pas faim, totalement choqué par ce qu’il avait appris dans l’après-midi. Même s’il n’avait jamais été très proche d’Aelis, qui l’avait toujours splendidement ignoré, savoir qu’elle avait disparu lui faisait quelque chose. Il se sentait mal pour Ludovic, très proche de sa sœur et pour Erato également, qui aimait bien sa belle-sœur. Cet évènement n’allait rien arranger dans leur vie, et tant qu’ils ne la retrouveraient pas, le stress serait palpable. Peut-être était-elle morte à cette heure-là, mais il n’osait accepter de telles pensées.

Personne ne trouva rien à dire quand Maïa quitta la table. Tous étaient plongés dans le silence. Elle s’approcha lentement de la porte d’entrée, qu’elle ouvrit le plus délicatement possible. Elle commençait à être vieille maintenant, et grinçait comme une vieille porte se devait de grincer. Si personne ne semblait se soucier qu’elle sorte ce soir-là, elle avait pris cette habitude d’ouvrir cette porte d’une lenteur extrême.

Mais avant qu’elle ne pût la refermer, la tête d’Icare apparut dans l’encadrement, ses grands yeux gris l’observant comme s’il venait de la rencontrer à l’instant.

- Qu’est-ce qu’il y a ? lâcha-t-elle finalement le plus froidement possible.

- Tu vas où ?

Bien qu’il ait douze ans, sa voix restait aussi innocente que lorsqu’il était un enfant.

- Observer les étoiles, répondit-elle automatiquement.

- Je peux venir ?

- Non.

Elle lui claqua la porte au nez, se sentant honteuse d’être aussi ignoble avec son petit frère. Il ne l’avait pas mérité, il ne l’avait pas réellement abandonnée après tout, mais il ne pouvait pas venir et elle ne pouvait pas lui expliquer où elle allait vraiment.

Elle s’enfonça dans la noirceur compacte, ignorant les étoiles et l’œil réprobateur de sa mère.  

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Et voici Maïa ado, en gros c'est Thalye avec des yeux verts. C'est hallucinant, Icare est le portrait craché de Calliste et Maïa de Thalye. Y'a qu'Erato qui a un tant soit peu hérité de leur père.