Cela faisait plus de dix minutes qu'ils marchaient côte à côte et déjà les petites jambes d'Icare commençaient à fatiguer et l'enfant se retrouva vite derrière ses sœurs.

- Erato, attends-moi ! supplia-t-il d'une voix tremblante.

Il faisait nuit noire désormais, et il ne voulait pas rester ainsi en arrière. Il avait bien trop peur de ce que la nuit pouvait dissimuler derrière ses voiles opaques.

La grande sœur s'arrêta un instant, laissant le temps au petit de la rejoindre en courant et lui attrapa la main, prenant par la même occasion celle de sa petite sœur, qui tressaillit au contact de sa main glacée.

- Maintenant je veux que vous fermiez les yeux, leur ordonna-t-elle doucement.

- Hein ? Mais pourquoi ? On va plus rien voir ! s'affola le petit dernier qui ne voulait pas ajouter du noir dans sa vision, terrifié par la nuit qui le menaçait déjà.

- C'est pour ça que je vous tiens la main, répondit-elle avec un sourire.

Hésitant, le petit garçon finit par fermer ses yeux. Ses paupières sursautèrent, voulaient s'ouvrir, voir ce qu'il se passait. Marcher sans regarder le terrorisait. Mais la chaleur de sa main dans celle de sa sœur le rassura. Elle ne le laisserait jamais avancer seul. Il pouvait lui faire confiance.

Le chemin qu'ils empruntaient commença à s'élever doucement, ils gravissaient une colline, ce qui épuisa plus vite encore le bambin, qui luttait contre l'envie d'ouvrir les yeux. Puis quelques minutes plus tard, le sol redevint plat et Erato s'arrêta, suivie de prêt par son frère et sa sœur.

- On peut ouvrir les yeux maintenant ?

- Allez-y.

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Lentement, les paupières des deux enfants s’ouvrirent. Lorsqu’ils furent habitués à l’obscurité de la nuit, ils purent discerner au loin la lumière du grand phare qui disparaissait dans l’immensité de l’océan par intermittences.

- Levez la tête, leur souffla Erato en s’accroupissant entre eux deux et levant la tête elle aussi en signe d’exemple.

Les étoiles brillaient de mille feux entre les nuages brumeux. Elles étaient des dizaines de milliers, des sœurs se côtoyant pour former des constellations scintillantes, imposantes. Les regards des trois spectateurs se perdirent vite dans cet océan de lumières.

La colline. L’endroit préféré de leur mère. Elle y allait souvent, seule, la nuit, pour observer les étoiles, les laisser lui faire oublier sa vie, vivre celle qu’elle avait eu avec son frère, le temps d’un regard. Elle le temps d’un regard, Erato oubliait sa vie, ne pensait plus à rien sinon sa vie perdue, celle qu’elle avait eu avec sa mère. D’une génération à l’autre, les étoiles avaient le même effet apaisant. Elle aurait pu passer des heures, des jours, sa vie entière à observer la beauté des étoiles.

- Erato… lâcha soudainement Maïa, faisant sursauter la jeune femme qui revint à la réalité. Est-ce que maman est là, quelque part ? demanda-t-elle avec toute l’innocence d’un enfant en pointant du doigt le ciel étoilé.

- J’en suis sûre.

- Est-ce que c’est elle ? lança Icare en désignant l’étoile qui lui semblait la plus brillante de toutes.

Leurs regards convergèrent vers l’endroit désigné. Regardaient-ils tous la même étoile, Erato n’en était pas sûre. Mais la simple symbolique était suffisante.

Elle se rappelait parfaitement sa mère parlant de son frère décédé, qu’à sa mort, elle irait le rejoindre dans le ciel pour qu’ils forment enfin une seule et même étoile. Cette étoile. Ils étaient là, heureux. Elle en était persuadée.

- Je crois bien, dit Erato, un soupçon de sanglot dans la voix.

- C’est la plus belle de toutes les étoiles.

Les petits se réfugièrent dans les bras de l’aînée, et ils restèrent ainsi, enlacés à regarder l’étoile qu’était devenue leur mère.

 *

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[Dan est un putain d'inconscient de laisser un gosse de quatre ans devant cette série]

- Eh Dan, on mange quoi ce soir ? demanda Icare avec insistance et pour la troisième fois de la soirée.

- Je te l’ai déjà dit, demande à Hestia, ce n’est pas moi qui fais à manger, andouille ! lui répondit le grand avec un sourire en lui ébouriffant les cheveux.

Nullement déçu de cette réponse, l’enfant se plongea de nouveau dans son coloriage, au lieu d’aller voir Hestia pour lui poser la question comme Dan lui avait dit de faire, tandis que ce dernier tenta de se reconcentrer sur l’ultime épisode de sa série.

Erato arriva quelques minutes plus tard et s’écroula sur le canapé aux côtés de son meilleur ami, bouleversant les coussins bien rangés et la poussière qui y séjournait. Elle poussa un grognement de fatigue et passa ses mains sur ses yeux en gémissant.

- Eh l’animal, j’essaye de regarde un truc là, lui fit remarquer Dan avec sarcasme.

- L’animal a bossé toute la journée. Pas comme certains.

- La personne que je suis ne travaille pas le mardi, ce qui arrange l’animal car je peux m’occuper des petits et laisser une journée de repos à Hestia. T’as perdu !

Elle grogna. Personne ne gagnait réellement dans leur jeu qui durait depuis l’enfance et qui consistait à avoir le dernier mot. Même si au fond, elle avait perdu bien plus qu’elle n’avait gagné. Dans était très fort à ce jeu, en partie grâce à son sens de la répartie développé.

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- Elle est quoi comme animal Erato ? demanda avec candeur le bambin qui s’efforçait à ne pas dépasser, un feutre plus gros que sa main entre les doigts. [imaginez un peu nom d'un pompon]

- Un buffle je dirais. Ou une vache. Une grosse vache.

La victime de ces mots ne put même pas riposter car le petit se mettait déjà à rire. Et quand quelqu’un faisait rire les petits, elle ne pouvait pas se mettre en colère. Ces derniers mois de retour à la maison n’avaient pas été de tout repos, beaucoup de souvenirs de leur mère se trouvaient un peu partout, des photos accrochées aux murs que l’on avait pu se résoudre à décrocher, sa tasse à chocolat chaud favorite, posée comme à son habitude dans un coin du comptoir, son livre de recettes de cookies, qu’elle avait affectionné tout particulièrement, même si elle n’avait jamais réussi une seule des recettes, jusqu’à ses clés et ses divers porte-clés colorés qu’elle avait laissé sur un des crochets dans l’entrée. Le manque était terrible. Par chance, leur père, qui sans le vouloir les avait habitués à son absence, ne leur manquait pas, les brefs appels qu’ils échangeaient via Skype et auxquels Erato ne participait pas leur suffisaient amplement. Ils aimaient être ici avec leur sœur, Dan et Hestia, même si cette dernière s’éloignait de plus en plus et se contentait de les surveiller de loin. Pour rien au monde ils ne voudraient retourner à Hidden Springs.

- Où est Maïa ? s’inquiéta finalement la jeune muse.

- Dans sa chambre, comme d’habitude, répondit Dan d’une voix lointaine, de nouveau absorbé par sa série.

Elle se leva non sans oublier de donner un coup de coude dans les côtes de son ami en guise de représailles qui cria à l’abus de violence.

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- Maïa, je peux entrer ? demanda Erato en tapant doucement trois coups de son poing.

Un faible « oui » lui fit écho et elle abattit la poignée pour découvrir sa jeune sœur recroquevillée sur son lit, ne faisant rien. Elle ne lisait pas, ne faisait pas ses devoirs, ne jouait pas, n’écoutait pas de musique. Elle était simplement prostrée sur son lit, les yeux perdus dans le vide.

Des trois enfants, elle était celle qui se remettait le moins de la mort de Thalye. Erato avait eu Dan à ses côtés et, plus âgée, elle avait su trouver la force de se battre pour s’occuper convenablement de ses petits frère et sœur. Icare, quant à lui, n’avait que peu connu sa mère et peu à peu, plus aucun nouveau souvenir n’avait refait surface, certains s’étaient même déjà effacés de sa petite mémoire. De tous, il était celui qui avait été le moins affecté. Après le choc, il avait vite su recréer une routine sans sa mère, même s’il pleurait parfois. Il avait accepté le fait qu'elle ne reviendrait pas, mais il ne comprenait pas pourquoi elle ne le pouvait pas. La mort n’était qu’une notion floue pour lui.

Mais Maïa, elle, passait encore certaines de ses journées à pleurer seule dans sa chambre. Comme Erato l’avait prévu, elle n’avait réalisé la mort de sa mère qu’une fois plusieurs jours sans elle passés dans la maison. Très vite, elle avait voulu retrouver ses habitudes, s’était attendue à voir venir sa mère l’embrasser le matin, lui lire une histoire le soir, elle la cherchait parfois, désireuse de lui parler, de trouver du réconfort auprès d’elle. Mais il n’y avait plus personne, seulement un souvenir brumeux qui s’éloignait jour après jour. Il lui semblait avec vécu tellement de temps auprès d’elle et à la fois si peu. Elle aurait voulu qu’elle soit encore là, avec elle, elle aurait voulu lui parler, la serrer dans ses bras. Contrairement à Icare, elle se souvenait de la dernière fois qu’elle l’avait vu, et avait la maturité suffisante pour vouloir s’en souvenir. Un dernier souvenir, un dernier mot.

Au revoir maman, je t’aime.

Puis elle était montée dans la voiture, et n’avait même pas lancé un dernier regard sans sa direction, distraite par son petit frère qui lui montrait sa dernière trouvaille, un caillou en forme de cœur, qu’il avait prévu d’offrir à sa maman le jour de son anniversaire. Il ne s’en souvenait même pas.

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- Maman me manque… lâcha enfin l’enfant en jouant nerveusement avec le petit caillou en forme de cœur qu’elle avait récupéré.

Une larme s’échappa de ses yeux et vint s’écraser sur la texture à la fois lisse et rugueuse du caillou, qui s’assombrit alors au contact de l’eau. La fillette le lâcha et se réfugia violemment dans les bras de sa grande sœur, secouée de sanglots incontrôlables.

Elles restèrent de longues minutes collées l’une contre l’autre, ne disant pas un mot, laissant la présence de l’autre les rassurer et les réconforter.

- Il faut descendre maintenant, Hestia à bientôt fini de faire à manger, déclara alors Erato en se détachant légèrement de sa sœur de façon à voir son visage et lui sourire.

- J’ai pas faim, lui répondit une petite voix.

La grande sœur soupira, inquiète. Cela faisait plusieurs jours que l’enfant refusait d’avaler quoi que ce soit, ou alors par petites bouchées qui devaient à peine la nourrir. Elle supportait mal l’anniversaire de sa mère qui aurait dû avoir lieu une semaine auparavant. Cet évènement n’arrangeait pas son cas. Pourtant Erato devait trouver une solution pour sa sœur, qui ne pouvait pas continuer ainsi. Dan avait déjà proposé l’idée d’un psy, qui lui semblait être la meilleure solution.

- Maïa…

- Ne me force pas, s’il-te-plaît, supplia-t-elle en levant des yeux abattus vers sa grande sœur.

Elle soupira une dernière fois et se dirigea vers la porte, laissant la fillette seule dans sa chambre.


Avouez le, vous aimez mes titres en allemand :3

En français, ça veut dire : sous la mer étoilée. Puis allez apprendre l'allemand, au lieu de faire de l'espagnol, namého /brique