- Aeson !

Le geignement apeuré de l’enfant résonna dans toute la maison. Hestia soupira. Ils essayaient une nouvelle fois de donner son bain au petit. Depuis qu’il était revenu de son séjour à Hidden Springs une semaine auparavant, le bambin refusait violemment d’entrer dans l’eau, et il fallait déployer une énergie folle pour réussir à le rendre finalement propre. Une fois, on l’avait légèrement mouillé depuis le lavabo, pour le savonner partiellement. Il avait fallu encore plus de temps pour le rincer. Mais ce n’était en aucun cas une solution à long terme. Il faudrait qu’il accepte de rentrer dans le bain, un jour ou l’autre, avant que sa mère ne perde totalement la raison. Elle ne pouvait pas avoir un second enfant dans ces conditions, la naissance de la prochaine muse était sans cesse retardée, et Hestia perdait et espoir, et patience.

- Aeson, arrête, s’il-te-plaît ! gémit sa mère. Je t’en supplie…

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Elle se laissa tomber au sol lourdement, laissant s’échapper le petit, qui, bien que complètement nu, n’eut aucune honte à arpenter la maison dans son plus simple appareil. Elle était épuisée. La peur d’Aeson, c’était la dernière chose dont elle avait besoin. Devoir se battre à chaque fois avec son fils pour qu’il puisse approcher de l’eau, elle n’en pouvait plus. Elle était prête à abandonner. Tout abandonner, par la même occasion. Laisser la vie qui l’avait déjà brisée la détruire totalement.

- Hé, bonhomme, on se balade pas tout nu dans la maison, elle est où maman ?

À bout de nerfs, la muse s’effondra en larmes en entendant la voix si enjouée et libre de tous soucis de Dan. La vie était si simple pour lui, il n’avait pas de couple à entretenir, pas d’enfant à s’occuper, pas de famille à voir, pas de sœur malade. Il vivait, errait dans la maison avec son sourire constamment collé aux lèvres, jouait avec Aeson quand il le croisait, discutait avec Ludovic, s’amusait à agacer sa meilleure amie comme au bon vieux temps. Dan n’avait pas changé depuis leur adolescence. Il restait inexorablement le même, et Erato l’enviait tellement pour ça.

- Maman, où es-tu maman ? chantonna-t-il en entrant dans la salle de bains. Erato ?!

Il posa l’enfant à terre, et ce dernier s’enfuit de nouveau, loin du bain et de son eau. Dan, lui, s’accroupit aux côtés de son amie, inquiet de la voir dans un tel état. Elle n’avait pas été ainsi depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois, et il avait cru à une amélioration, mais de toute évidence, il s’était trompé.

- Erato, qu’est-ce qu’il se passe ? Hé, parle-moi, s’il-te-plaît, ajouta-t-il alors qu’elle ne répondait pas.

Elle releva un visage trempé de larmes vers lui. Le vert de ses yeux était délavé, noyé sous les multiples gouttelettes salées, sa bouche tremblait tellement que sa respiration en était affectée, saccadée. Dan voulut reculer, apeuré par ce qu’était devenue sa meilleure amie, un pâle et triste reflet d’elle-même, un simple fantôme, mais dans cet état, elle avait besoin de lui. Elle ne pourrait jamais se relever seule. Elle n’était plus assez forte pour ça. Elle l’avait fait trop de fois auparavant.

Sans dire un mot car aucun mot ne pourrait la consoler arrivée à ce point-là, il enroula ses bras autour d’elle et, ne formant plus qu’un, ils attendirent en silence que les sanglots s’espacent, puis s’estompent. Aeson avait été récupéré par Hestia, qui n’avait pas voulu les déranger, et qui avait emmené le petit garçon à l’écart, en lui promettant sévèrement qu’il n’échapperait pas au bain de cette façon.

Erato soupira bruyamment, et commença à se mouvoir. Dan se dégagea, et l’observa. Ses yeux avaient repris quelques couleurs, mais restaient néanmoins ternes et sans vie. Ils leur manquaient leur lueur.

- Je suis si fatiguée, Dan…

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En réponse à ça, il se leva et la prit dans ses bras. Depuis tous les récents problèmes, elle avait perdu énormément de poids, incapable de manger. Elle était aussi légère qu’une plume, et c’était inquiétant.

- Non, Dan.

Elle savait où il l’emmenait. Dans son lit, pour qu’elle dorme. Elle n’avait pas envie. Elle avait tant d’autres choses à faire. Elle devait aller voir Maïa aujourd’hui.

- Ne remets pas en cause mon premier degré. Tu sais que j’y tiens, essaya-t-il se plaisanter, mais ça sonnait faux, si faux que pas même un rictus ne déforma leurs visages.

Malgré sa légèreté, la porter dans les escaliers fut laborieux. Dan n’était pas quelqu’un de très sportif, il n’avait que très peu de muscles, malgré les apparences, mais après un dur effort, il arriva finalement à la chambre que la muse partageait avec son compagnon.

Autrefois, pour rire, il l’aurait lancée sur le lit violemment, mais ce jour-là, il n’avait pas envie de plaisanter. Erato était dans un grave état, même si elle refusait de l’admettre. Elle n’avait plus la force d’être forte, et ça, elle devait le comprendre, pour son propre bien. Sinon, elle pourrait malheureusement mal finir. Et ça, Dan ne pouvait le tolérer. Quoi qu’il en coûte, il la remettrait sur pieds, et lui redonnerait le goût à la vie, comme il l’avait fait à la mort de Thalye.

Malgré les protestations de la jeune femme, cette dernière s’endormit presque aussitôt. Dan ne savait pas précisément combien d’heures elle dormait par nuit, il lui faudrait demander à Ludovic, mais il était persuadé que ce chiffre ne dépassait pas cinq.

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Il trouva Hestia et Aeson, qui s’était rapidement rhabillé, dans le salon, en train de paisiblement lire un livre d’images que le bambin affectionnait. Le salon semblait désormais vide sans les affaires de Dog qu’Icare, une fois devenues obsolètes, avait rangé dans le grenier. En vérité, ce n’était pas que le salon qui était devenu vide, mais la maison entière. Maïa ne reviendrait pas avant plusieurs longues années, Icare passait ses journées chez Théa, devenue entre-temps sa petite-amie, Hestia jouait parfaitement le rôle de spectatrice et semblait être un fantôme tant elle était discrète ; Dog n’était plus de ce monde et Snow s’était enfuie, tout du moins, on ne l’avait pas retrouvée dans l’appartement de Maïa. Même Ludovic, qui pourtant habitait là, passait plus de temps au travail qu’à la maison, sûrement pour ne pas avoir à être confronté aux problèmes.

Quand elle aperçut Dan, Hestia abandonna le livre d’images et se leva, avant de quitter la pièce. La déesse déchue ne parlait presque plus, ces derniers temps, c’était à peine si elle disait bonjour. Elle s’éloignait de plus en plus, comme tous les autres. Si ça continuait, il ne resterait plus que lui et Erato, comme avant.

- Allez bonhomme, c’est l’heure du bain, annonça-t-il à l’enfant en le prenant dans ses bras.

Ce dernier gémit. Il ne voulait pas aller dans l’eau, il en avait tellement peur, elle avait essayé de l’avaler chez ses grands-parents, pourquoi les adultes ne voyaient-ils pas ce que c’était un monstre ? Qu’elle voulait le tuer ? Ne devaient-ils pas le protéger ?

Il se débattit pendant le trajet, mais Dan était plus fort que lui, et peu enclin à céder à ses caprices. Quand il aperçut l’eau du bain, il cria.

- Chut ! Maman dort ! Tu arrêtes tes caprices, d’accord ?

Surpris que l’adulte utilisât un ton aussi sec et autoritaire, Aeson se tut immédiatement, tout en continuant de jeter des coups d’œil inquiets au bain, dont l'eau devait être froide à présent.

- Tu ne veux pas aller là-dedans, n’est-ce pas ? demanda le grand en désignant la baignoire.

L’enfant secoua vivement la tête de gauche à droite, ses larmes plein les yeux.

- On va essayer la douche alors. T’en dis quoi ? Tu ne risques pas de te noyer, promis.

Mais Aeson avait déjà essayé la douche, et c’était tout aussi horrible. L’eau n’essayait pas de l’envelopper de ses bras fluides, mais lui tombait violemment dessus, coulait le long de son corps, essayait d’entrer dans sa bouche, ses yeux, son nez, ses oreilles, essayait de s’introduire par n’importe quel moyen en lui. C’était encore plus terrifiant.

- Aeson, arrête de pleurnicher, je suis là, je vais te protéger. Tu te souviens quand j’ai tué le monstre sous ton lit ? Je vais faire la même chose.

Des larmes avaient déjà commencé leur descente le long des joues du petit, cependant, ce dernier hocha timidement la tête. Hoquetant, tremblant de tous ses membres, il se défit de ses vêtements et entra dans la cabine de douche à reculons, comme s’il devait entrer dans une cage d’où il ne sortirait jamais.

Dan s’empara du pommeau de douche, et, avec de lents et calmes gestes, il tourna le bouton légèrement, pour faire en sorte que peu d’eau ne s’écoule.

Terrorisé, le bambin ferma les yeux au point de s’en faire mal aux paupières, comme quand il avait peur qu’un monstre se trouve à côté de lui, sa respiration se fit plus rapide, puis l’eau le toucha finalement. Il poussa un cri de surprise, mais ne bougea pas. Il faisait confiance à Dan.

Tout allait bien, à partir du moment que l’eau ne s’approchait pas du visage. Mais il fallait laver ses cheveux. Et là, l’enfant s’agita.

- Aeson ! Calme-toi ! Ça ne touchera pas ton visage, promis.

Et il tint cette promesse. Il plaqua ses cheveux bruns contre son crâne, fit une barrière sur le front du petit de sa large main, et l’eau ne s’écoula que sur ses cheveux, avant de longer son dos.

Une heure plus tard, Aeson était enfin propre, et Dan était exténué. Il comprenait la fatigue et la détresse de son amie, qui dormait toujours à poings fermés à l’étage.

- Tu vois, ce n’était pas si terrible ? dit-il doucement au garçon.

Il hocha la tête, fier de lui. Mais l’adulte, lui, redoutait les fois suivantes. S’il fallait plus d’une heure pour lui faire prendre une douche, Erato ne le supporterait peut-être pas. Il espérait sincèrement qu’il s’habituerait au fur et à mesure des douches, et que très vite, sa peur de l’eau s’envolerait.

Pour le bien d’Erato, il l’espérait.

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Quand Ludovic rentra ce soir-là, Erato dormait toujours. Elle n’avait pas bougé depuis que Dan l’avait mise au lit, plusieurs heures auparavant. Il l’embrassa sur le front, avant d’aller lui aussi se coucher.

Le lendemain matin, lorsqu’il partit au travail, elle dormait toujours.


Héhéhé, moi, quand je dis que je suis en hiatus pendant le mois de novembre, j'ai tellement envie de màjer, que j'arrive pas à tenir jusqu'au bout x) En fait, c'est juste que j'ai utilisé le Nano de façon intelligente, c'est-à-dire que j'en ai profité pour écrire la fin de la génération 4, vu qu'on y arrive. Du coup, vu que mon chapitre était écrit et que j'ai eu le temps de passer dans le jeu (quand je dois réviser mes partiels, je procrastine tellement que j'ai le temps d'aller faire des photos), bah j'ai pas pu résister à l'envie de vous le sortir c:

Bref, maintenant que j'ai pas mal d'avance, je vais essayer de repartir sur un chapitre par semaine jusqu'à la fin de la G4, avant de faire une petite pause avant la G5 pour tout préparer, parce que je vais aérer mon jeu qui lague tellement que c'est insupportable, faire une nouvelle bannière, créer certains personnages et décors, etc...