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La jeune fille releva ses cheveux en un chignon désordonné et s’affala sur le canapé aux côtés de son ami, exténuée. Dehors, le soleil et sa douce chaleur commençaient à se coucher derrière les plaines de nouveau vertes et recouvertes de fleurs multicolores. L’année était bien avancée déjà et la nature se préparait à l’été qui ne tarderait pas.

- Erato, je peux te parler d’un truc ? commença hasardeusement Dan.

- J’sais pas… Bonne ou mauvaise nouvelle ?

- Mauvaise.

Elle maugréa en passant ses mains sur son visage. Elle détestait les mauvaises nouvelles, elles semblaient s’être accumulées ces derniers mois. Entre la procédure difficile autant d’un point de vue légal que moral pour récupérer la garde des petits et les problèmes de Maïa, qui cependant s’amélioraient grâce à une psychologue, la vie n’avait pas été de tout repos. D’autant que son travail lui grignotait une grande partie de son temps, et qu’elle consacrait le reste à sa famille.

- Je suis obligée d’être au courant ou je peux passer à côté ? s’enquit-elle, ayant encore un vague espoir d’échapper à un énième problème.

- Je dirais la première option, malheureusement.

Elle ferma les yeux quelques secondes, inspira longuement, se préparant mentalement à quelconque nouvelle. Les choses ne pouvaient pas être pires qu’elles ne l’étaient déjà, si ?

- Vas-y, lâcha-t-elle finalement, plus ou moins prête.

- Ta belle-mère a accouché y’a quelques jours.

- Pauvre gosse… Et alors ?

C’était une mauvaise nouvelle pour le nouveau-né que d’être tombé sur de tels parents, mais qu’est-ce qu’elle pourrait y faire après tout ? En prendre la garde aussi ? À ses yeux il n’était même pas son frère, ou sa sœur. Elle n’avait que faire de son sexe et son nom.

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- Et alors ton père est fauché. Tout comme nous, maintenant.

- T’es fier de ta transition ? Pourquoi tu m’as annoncé la naissance de son gosse ? demanda-t-elle exaspérée.

- Il n’a plus d’argent, il ne peut plus payer la pension alimentaire des petits, ou même nous venir en aide, et on commence à ne plus rien avoir non plus. L’avocat, le psy, la maison, nos boulots ne suffisent pas, on sera bientôt endettés… Tu m’écoutes ? s’écria-t-il en lui donnant une tape sur l’épaule.

- Oui, oui, je t’écoute, on est dans la merde, super, que veux-tu que j’y fasse ? Hestia ne travaille plus, ni ne peint, elle n’arrive plus à rien, fut un temps où elle gagnait beaucoup d’argent. On doit subvenir à tout avec nos boulots de merde, mais qu’est-ce que tu veux ? On pourra jamais avoir mieux, on n’a pas de diplôme !

- Justement, je pensais à ça. On devrait partir pour l’université.

Mais à quoi pensait-il ? L’université avait un coût, un coût qu’ils ne pouvaient se permettre de payer, surtout s’ils étaient fauchés. Et ils avaient beaucoup trop à faire ici pour partir.

- Réfléchis ! Avec un diplôme, on pourra trouver un travail mieux payé, et subvenir aux moyens de tout le monde !

- Mais Dan, si on va à l’université, on y restera au moins trois ans, nous n’avons pas de quoi tenir trois ans… s’apitoya Erato qui essayait de le ramener à la raison.

- Il faut vendre la maison.

- Il en est hors de question ! s’insurgea la jeune muse. Cette maison est celle des muses, ma famille a toujours vécu là depuis sa construction !

- Tu vois une autre solution ? Cette maison finira vendue, quoi qu’il arrive. Soit pour payer l’université et vivre plus confortablement après, soit pour éviter l’endettement et vivre dans une maison au prix plus abordable. Erato, reviens ! hurla-t-il à la suite de son amie qui quittait déjà la pièce, bouleversée.

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Sa maison. La maison de ses ancêtres, la maison que le plus grand dieu en personne avait fait construire, la maison qui avait vu naître sa mère, qui avait entendu ses rires se faire écho sur ses murs, qui l’avait vue grandir et mourir, dans laquelle elle-même avait vécu sa vie entière, pourrait-elle vraiment s’en aller ? La vendre ? Tous les souvenirs de plusieurs générations y étaient entreposés, cette maison appartenait à leur famille et à personne d’autre, elle était en quelque sorte personnalisée pour eux. Des dizaines de photos de famille étaient accrochées aux murs, des centaines de bibelots s’entassaient un peu partout dans la maison, certains avaient été oubliés, on en redécouvrait tous les jours.

- Erato ?

La jeune fille se cacha sous ses couvertures, comme elle le faisait à chaque fois qu’elle apprenait une mauvaise nouvelle et que Dan venait lui parler. C’était puéril, mais elle en avait besoin.

- Arrête de faire ça, s’il-te-plaît…

- Tu me demandes de vendre ma maison, désolée de mal le prendre, lâcha-t-elle, acerbe.

- J’aimerais trouver une autre solution, crois-moi. Je te laisse y réfléchir, appelle-moi quand tu auras trouvé mieux, répliqua-t-il avec cynisme en se dirigeant vers la porte.

Erato aurait voulu le laisser partir, ne pas le laisser gagner cette fois-ci, être convaincue par ses propos, être énervée, mais elle avait besoin de lui, elle ne pouvait pas s’énerver contre lui, il avait raison, et elle avait tort, comme à chaque fois, mais elle aurait aimé, tellement aimé avoir raison une seule fois dans sa vie.

- Reste, s’il-te-plaît, supplia-t-elle d’une voix cassée, trahissant son envie de pleurer. Reste, s’il-te-plaît…

Elle s’effondra en larmes quand il la prit dans ses bras.

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Assise dans son canapé, elle attendait. Elle attendait que le temps passe, comme d’habitude. Elle n’arrivait même pas à dormir, pour que ça passe plus vite. Les surdoses de somnifères ne fonctionnaient pas. Tout était contre elle pour qu’elle vive chaque seconde de sa vie mortelle.

La porte de sa chambre s’ouvrit doucement et entrèrent Dan et Erato. Dimanche. Aucun des deux ne travaillaient. D’ordinaire ils la laissaient tranquille, s’occupant des petits, la laissant se reposer, mais ils avaient quelque chose à lui dire ce jour-là.

- Hestia, on peut te parler ?

Elle les autorisa d’un mouvement de tête silencieux. Ils allèrent alors s’asseoir sur le lit de la déesse déchue, tandis que cette dernière restait inerte.

- Voilà, je sais pas si ça va te plaire, mais… commença Erato d’un ton hésitant. Nous sommes arrivés à la conclusion qu’il fallait vendre la maison.

La déesse rouge encaissa le coup, son visage resta impassible. Personne ne pouvait savoir ce qu’elle pensait à ce moment même.

Au fond, elle était un peu heureuse. Cette chambre l’agaçait, elle la connaissait par cœur, tout comme cette maison dans laquelle elle avait erré des heures, des jours, des semaines. Un peu de changement, aussi minime soit-il, lui ferait le plus grand bien et serait le bienvenu.

- Pourquoi ? se surprit-elle néanmoins à demander.

- L’entretien de la maison et ses factures sont beaucoup trop importantes pour ce que Dan et moi gagnons.

Logique. Ce jour allait arriver, elle l’avait su. Zeus avait été trop ambitieux avec cette maison et ses descendants s’étaient trop reposés sur sa fortune. Au fur et à mesure, elle avait vu les dépenses augmenter et les revenus diminuer, jusqu’à ce qu’un point de rencontre se produise. S’ils restaient ici, les choses dégénéreraient. Ils avaient réussi à tenir sept mois depuis le retour des petits. Un exploit.

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- Vous avez quelque chose d’autre à me dire, vous.

Les deux jeunes se regardèrent, gênés. Elle avait vu juste. Ils avaient quelque chose d’autre à dire, sans qu’ils n’osent en parler.

- Eh bien… Je sais que tu nous évites et que tu ne veux pas t’attacher à nous, mais on voudrait te demander une faveur… En fait, on voudrait aller à l’université, Dan et moi, et… Les petits… euh… bah… faut quelqu’un pour les surveiller, et… je veux pas qu’ils retournent chez leur père. Tu vois ?

Maligne. Elle n’avait pas directement demandé ce qu’elle avait à demander, mais amener la conversation dans le bon sens pour que la déesse déchue puisse comprendre parfaitement de quoi il en retournait.

Cette dernière hésita, longtemps. Erato nouait et dénouait ses doigts nerveusement, tic qu’elle avait hérité de son père, bien qu’elle ne voulait l’admettre. Dan, lui, restait immobile.

- C’est d’accord, lâcha finalement Hestia. Mais ! ajouta-t-elle alors avant qu’Erato n’explose de joie. Tu dois savoir que je ne pourrais leur donner l’amour dont ils ont réellement besoin. Tu le sais, ça ?

- Je m’en doutais. Je leur en ai parlé. Ils sont prêts. Oh, Hestia, merci !

Elle voulut se jeter dans ses bras, mais se retint. La déesse n’aimait pas ce genre de contacts devenus trop pour elle. Elle se contenta de lui sourire d’un grand sourire sincère, qu’elle lui rendit.


Ce chapitre est un peu court, je sais, gomen, découpage de chapitre foireux ;_; Et chapitre un peu nul aussi, d'ailleurs...

Et sinon, dans une réalité réelle, se barrer à l'unif avec deux gosses en charge, c'est une idée un peu nulle, mais je voulais les envoyer à l'unif et je trouvais que les éléments collaient bien c:

Tschüss ♥