[dépression ; suicide ; alcool ; drogue]

Putain, c’est long la vie.

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J’ai quoi ? À peine vingt-six ans. Et j’en ai déjà assez. Ce fut déjà trop long. Je peux vivre jusqu’à quatre-vingt-dix ans encore. Mais j’ai pris trop de merdes déjà pour ça. Allez, soixante alors, c’est pas mal. Si je meurs pas d’une overdose ou une connerie du genre en chemin.

Mais soixante, ça veut dire refaire presque deux fois ça. C’est putain de long, quand on y pense. Je veux pas refaire deux fois ce que j’ai déjà fait, c’est pas possible. Comment ils font les gens qui vivent jusqu’à cent ans tranquille ? Ceux qui veulent devenir immortel ? Vingt-six c’est déjà trop long et certains voudraient ne jamais mourir. Moi, je suis prête. Je pars quand je veux, y’a rien pour moi ici. Que dalle. Trois fois que j’essaye de partir, mais même là-dedans, je me foire. Faut dire qu’Hestia me surveille. Enfin, plus maintenant que je vis seule dans mon propre appart, mais c’est elle qui m’a gardée en vie les trois fois, quand j’étais encore qu’au lycée. Et j’ai pas envie de la voir rappliquer dans ma vie huit ans après mon départ parce que je me serais retrouvée à l’hôpital après un énième échec. Après, elle me lâcherait plus. Mais vie est déjà bien misérable, j’ai la décence de ne pas la rendre pire.

Si elle me surveille comme ça, c’est pas qu’elle a peur pour moi. Je crois qu’elle s’en fout des autres. Mon grand-père me disait qu’avant, elle n’était pas comme ça et qu’elle tenait aux gens, mais la Hestia que j’ai toujours connue est un déchet ambulant, une vivante déjà morte. Tu m’étonnes que j’ai grandi en étant dérangée. J’avais ce truc chez moi depuis ma naissance. Mais s’il y a bien un truc qui l’empêche de basculer dans la pure folie, la Hestia, c’est nous, les muses. De ce que j’ai compris, une par génération devra naître, et quand ce sera fait, pas un quelconque moyen, la chose nommée équilibre sera rétablie et elle pourra retourner dans son monde. De ce fait, elle fait vraiment gaffe à nous, même si elle s’en fout. Je me souviens que ma première tentative de suicide avait failli lui coûter la raison quand elle m’avait trouvée bourrée de médocs sur mon lit. Heureusement pour elle, je me suis lamentablement foirée. Il m’en manquait quelques-uns de plus pour que ce soit vraiment la fin. Je dois pas mourir, qu’elle m’a répété des dizaines et des dizaines de fois. Elle me l'a tellement dit que je peux encore l’entendre. Je dois avoir une fille avant de mourir, a-t-elle ajouté. Je m’attendais à ce qu’elle me dise ensuite qu’après, si je le voulais vraiment, je pouvais me tailler les veines, mais même si elle le pensait sans doute, elle a eu le respect de ne pas le faire remarquer. Folle, mais pas irrespectueuse.

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Le truc, c’est qu’un enfant, je n’en veux pas. C’est pour l’humanité, qu’elle dit, mais je m’en fous, tant pis, si le monde doit mourir. Je ne veux et ne peux pas avoir de gosses. J’ai envie et je n’ai pas le choix de détruire le monde, apparemment. Désolée. L’idée d’être la cause de la fin du monde est terriblement tentante, aussi.

Puis j’en fais quoi de la gosse, après ? Je la laisse à Hestia, incapable de s’occuper d’elle-même ? À Euterpe, qui n’a même pas su élever sa propre fille ? Non, je me fais avoir après, je suis obligée de rester, pour m’en occuper. J’suis égoïste, mais pas cruelle.

Puis si c’est un mec ? Je veux déjà pas d’un enfant, si en plus il n’est pas du bon sexe… Je veux pas laisser un gamin dans ce monde s’il sert à rien. Moi je sers à quelque chose, paraît-il, pourtant ce monde s’en branle. Il m’en fait baver, me montre tous les jours à quel point il me déteste. Pourtant, je vais servir dans son sauvetage. Putain d’ingrat. 

Peut-être qu’un petit inutile est mieux aimé qu’un utile. Regarde Elia. Tout le monde l’aime. Alors qu’elle fait rien de plus que moi. Les gens ont juste décidé qu’elle, ils l’aimeraient. C’est sûr, elle prend soin d’elle, elle est jolie, parle bien, fréquente des gens fréquentables, a des activités acceptables. Mais elle n’est pas née comme ça. Elle est née comme moi, elle n’était rien. Rien comme le nourrisson braillard et laid que tout le monde a été. J’étais là quand elle n’avait même pas une semaine. Elle gigotait, débile, ne sachant que faire des ses quatre membres, se sachant pas les contrôler correctement. Elle braillait, balbutiait, sa tête était grosse et rouge, sa langue pendait, baveuse. Elle était hideuse, comme je l’ai été. Sauf que je le suis toujours et pas elle. Parce que j’ai appris à me tenir contre les normes. On m’a dit d’être belle, j’ai fait le contraire, pour les faire un peu plus chier. On lui a dit d’être belle, elle l’a fait, comme la petite soumise qu’elle est. Et on l’aime pour ça. Je suis trop insoumise pour qu’on m’aime. On n’aime pas les gens qui se rebellent ici. Tant pis.

Et putain, que c’est long, la vie. Je ne sais pas ce qui est le pire entre les jours de travail où je trime comme une esclave à mettre des étiquettes sur des pots à la chaine, ou les jours où je suis chez moi avec rien à faire hormis penser à l’échec qu’est ma vie. Les deux sont merdiques. Ça fait que je n’ai aucun jour de répit. Tous les jours sont merdiques. Haut les cœurs.

Je décide qu’il est finalement l’heure de me lever de ce lit dans lequel je suis couchée depuis la veille. À vrai dire, le joint que Nell a fait avec ce qu’elle avait acheté m’a vraiment mis dans le mal. Elle avait eu raison. C’en était vraiment de la bonne. Peut-être pour ça que je bade, à penser à ma vie qui ne va nulle part depuis mon réveil.

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Il ne doit pas être loin de quinze heures, et je suis toujours dans mon vieux pyjama des soirées déprimantes. Autant dire que je le mets tous les soirs. Il n’y a rien à manger dans le frigo, rien dans les placards, à part des nouilles instantanées. Vendu. Pas comme si j’avais le choix, en fait. Je ne sais même pas si j’ai du sel pour les assaisonner. Il me semble tomber de plus en plus bas dans l’échec de jour en jour. Je ne soupire même plus.

L’heure étant à la fête, je m’autorise un petit quelque chose et part manger sur le rebord de la fenêtre parce que ma fenêtre, c’est un peu le cliché des fenêtres qu’on voit dans les films avec un rebord intérieur et un coussin, là où les filles vont après s’être fait larguées, enroulées dans une couette, avec un pot de glace. On dirait que c’est cosy, mais en réalité, c’est terriblement inconfortable. Le cinéma nous ment.

Mais j’aime bien, parfois, je profite du soleil, assise là-dessus, à me casser le cul. Je regarde la ville qui s’étend, six étages sans ascenseur plus bas. C’est peut-être pour ça que je paye cet appartement à un prix dérisoire. Je n’y avais jamais pensé, tiens. Bon, ce n’est pas un grand appartement non plus, ce n’est qu’un studio sous les combles d’un vieil immeuble pas isolé. Tiens, l’isolation, ça joue peut-être dans les prix aussi. Le fait de mourir de chaud l’été et geler l’hiver. Deux réalisations en une journée. Ça c’est productif. Je suis soudainement fière de moi-même. Mes nouilles instantanées ont pris le goût de la victoire. Putain, à moi aussi il m’en faut peu. Je suis comme tout le monde, faut croire. Je hausse les épaules et plante ma fourchette dans le bol, à défaut de savoir utiliser ces foutues baguettes.

Là, le chat, que je surnomme « le chat » fait son apparition à la fenêtre. Le chat, c’est un chat, qui appartient sans aucun doute à l’un des voisins. C’est un animal miteux, boiteux, stupide et méchant. Mais moi, il m’aime bien, alors je l’aime bien aussi. Et puis il a les yeux vairons, alors ça rapproche.

- Yo connard, je lui dis en lui ouvrant la fenêtre.

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Il me répond d’un feulement. Il a le droit. Je l’ai insulté la première. Je devrais essayer de lui apprendre le second degré.

Il s’approche de mon bol de soupe bouillant, lève sa tête, en plonge la moitié dedans.

- T’aimeras pas abruti, je l’avertis en enlevant le bol de sous son nez.

Il relève la tête vers moi, apparemment contrarié. S’il ne comprend pas qu’il n’aime pas les nouilles, je doute lui apprendre le second degré. C’est chiant, un chat.

- Quoi ?

Il miaule.

Je miaule en retour.

Il la ferme. 

- Gagné, t’as vraiment pas de conviction mon pauvre.

Puis il s’en va. Vraiment, quel susceptible.

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J’en viens presque à apprécier ces moments, quand j’y pense. Je suis au calme, personne ne peut venir m’embêter, et le silence règne en maître. Enfin, pas vraiment, mon appartement est sans doute le moins silencieux du monde. Malgré les six étages qui me séparent de la route, j’entends les voitures comme si j’étais en plein milieu du trafic, j’entends les gens qui gueulent sur tout et n’importe quoi, les voisins qui se gueulent dessus surtout, le chat qui court après les pigeons sur le toit. Mais le bruit ne me dérange pas.

Tant que ce n’est pas de la musique.


On en apprend un peu plus sur notre petite Pol et son appartement (que je surkiffe). Et pourquoi j'ai prévenu à propos des tw et cw aussi, haha, c'est que ce n'est pas mon personnage le plus heureux, Pol.

Sinon, les Vanek et leur legacy reviendront le 2 mai, quand j'en aurai fini avec mes partiels (et la f*cking L2 au passage).

Voilà, tschüss !