- Tu crois qu'on va le revoir, le garçon rigolo qu'on a vu à la gare ? demanda Icare avec un grand sourire, sautillant autour de sa grande sœur tel un ressort.

- Oh oui, je l'aime bien moi ! ajouta Maïa qui souriait elle aussi.

Erato tenta de les calmer, perdue, essayant de gérer à la fois trois valises remplies à ras bord et deux enfants surexcités. Elle était heureuse de les voir ainsi, tout sourire et plein d'énergie, mais le train pour Monte Vista avait été annulé, ils s'étaient retrouvés coincés dans une gare intermédiaire, dans un village perdu de la campagne, et aucun autre train n'était prévu. Alors elle aurait aimé les voir calmes à ce moment-là.

- Chut, calmez-vous, je dois appeler Dan !

Elle tenta tant bien que mal d'expliquer à son meilleur ami où ils se trouvaient, avant de lui conseiller, à demi énervée, de prendre un GPS et de se débrouiller seul, ce qui était de la mauvaise foi de sa part. Le jeune homme faisait l'effort de venir les chercher elle et ses frère et sœur, et voilà qu'elle passait ses nerfs sur lui. La situation avec son père l'affectait réellement et se faisait ressentir, sans qu'elle ne puisse rien contrôler.

- Il arrive Dan ?

- Dans une heure, apparemment.

- D'accord !

Le bambin s'amusa alors à tenir en équilibre sur une seule jambe pour faire passer le temps. Erato sourit en observant ce spectacle si amusant. Il semblait avoir totalement oublié sa tristesse et ne pensait qu'à revoir le gentil garçon qui n'avait seulement fait que de lui raconter une histoire. Une histoire courte, pas forcément facile à comprendre pour un enfant de son âge, mais qu'il avait apprécié. Après tout, le héros avait le même prénom que lui.

Elle avait envie de revoir le jeune homme, elle aussi, simplement pour le remercier, avant de lui dire au revoir et ne plus jamais le revoir de sa vie. Mais il avait su faire passer la douleur des petits qu'il avait maladroitement ravivé et cela même si elle restait présente, même si elle ressortirait dans une heure, deux, ou plusieurs jours. Pour deux enfants aussi jeunes, quelques heures étaient déjà un grand répit.

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- Dan ! Dan est là ! s'écria Maïa en pointant du doigt l'entrée de la gare.

Elle s'y précipita et bondit dans les bras de celui qu'elle considérait comme un grand frère et ils rirent tous les deux, sous le regard attentionné d'Erato qui souriait, d'un sourire semblable à celui d'une mère.

- Tu m'as manqué, dit l'enfant en l'étouffant. 

- Toi aussi petite puce. Comment tu vas ?

- Bien !

C'était comme si rien ne s'était passé. Comme si elle n'avait jamais appris la mort de sa mère. Elle était entourée d'Erato et Dan, qu'elle n'avait pas revus depuis si longtemps et en était heureuse. Elle ne réalisait pas. Elle ne réalisait pas encore qu'elle ne reverrait plus jamais sa mère. Elle ne le réaliserait qu'en passant le pas de la porte, en vivant à la maison plusieurs jours, sans voir sa mère essayer de cuisiner, sans la voir en train d'aider Bastien au jardin, sans la voir souriante et patiente lorsqu'un des petits lui présentait un caillou ramassé dans le jardin, pareil à un trésor à ses yeux, lui racontait une histoire sans queue ni tête ou lui expliquait pendant des heures ce que son dessin représentait.

Sans la voir. Là elle réaliserait. Là son deuil serait dur à vivre.

- J'ai pas le droit à un câlin ?

La voix de Dan l'arracha à ses pensées funestes et il la prit dans ses bras, comme ils aimaient le faire lorsque les choses allaient mal.

- On y va ? Pas la peine de traîner encore plus longtemps ici, déclara-t-il.

Une fois les valises entassées dans le coffre et les petits installés dans la voiture, ceux-ci, épuisés, s'endormirent presque aussitôt.

- Ils dorment ? demanda Dan, quittant des yeux la route le temps d'une seconde pour jeter un coup d'œil à la banquette arrière.

- Oui. Ils sont crevés, tout comme moi d'ailleurs. J'aurais cru ce séjour chez mon père plus reposant... Mais il ne leur a rien dit.

- Tu es sûre que tu veux en parler tout de suite ? s'inquiéta le jeune homme. On sera mieux à la maison au calme, et ils risquent de se réveiller. Je pense pas qu'ils aient besoin d'entendre toute la vérité pour le moment.

La jeune muse se frotta les yeux en acquiesçant d'un grognement fatigué.

- Tu peux dormir si tu veux, la rassura-t-il. On parlera après.

- Merci...

Elle s'endormit aussitôt.

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- Quoi ?!

Il avait parfaitement entendu. Le lendemain, elle, Maïa et Icare quitteraient la maison pour rejoindre Dan et Hestia à Monte Vista. Il était hors de question qu'elle reparte sans eux.

- Mais Erato, tu ne peux pas faire ça, tu ne peux pas les prendre, tu n'en as pas la charge !

Et quoi ? Il la poursuivrait en justice, elle, sa propre fille ? Qu'il le fasse, elle n'avait pas peur. Pour le moment, elle ne faisait que d'amener les enfants dans leur seconde maison le temps de vacances. rien d'illégal aux yeux de la loi. Il lui faudrait simplement demander la garde plus tard. Elle était majeure et apparentée à eux. La justice de ce monde l'autorisait.

- Erato, ne fais pas ça, ne me les prend pas, je t'en supplie, ils ont besoin de moi.

- Ce dont ils ont besoin, c'est d'une personne responsable, ce que ni toi, ni Sarah n'êtes.

Et de la présence d'un père. Il était fauché. Le divorce et l'avocat pour obtenir la garde des enfants l'avaient ruiné, malgré les aparences et le chalet qu'il s'était offert était au dessus de ses moyens. Il travaillait tous les jours, refusant les jours de congés, travaillant des heures supplémentaires pour quelques simflouz de plus. Il ne voyait jamais les petits. Jamais. Il partait trop tôt le matin et rentrait trop tard le soir. Parfois, il venait les embrasser dans leur sommeil, mais jamais ils ne le voyaient, ni ne lui parlaient. Il était déjà un véritable inconnu à leurs yeux.

- Erato, ce sont mes enfants, tu ne peux pas les prendre avec toi.

- Ce sont mon frère et ma sœur, et je ne peux pas vivre sans eux. Il est hors de question que je rentre en les laissant ici. Pas en sachant que tu les laisses aux "bons" soins de ta copine, ajouta-t-elle d'un ton acerbe.

Cette femme... Elle n'était absolument pas manipulatrice. Erato avait eu tort de l'accuser de vouloir prendre la place de sa mère. Elle ne devait sans doute même pas savoir ce que manipulation signifiait. Elle était juste stupide, inexpérimentée de la vie réelle et naïve. Elle avait réellement cru que ne pas leur annoncer la mort de leur mère ne les blesserait pas, comme s'ils n'allaient rien remarquer. Elle avait vraiment voulu essayer de s'en occuper comme une mère, mais elle n'avait pas la trempe pour en être une. Ce qu'elle savait des enfants lui venait d'elle-même, naïve qu'elle était, elle ne connaissait pas les enfants d'un point de vue adulte. Elle ne savait pas s'en occuper. elle les aimait car ils étaient comme elle. Innocents et candides. Un enfant ne pouvait pas s'occuper d'un autre enfant.

- Tu n'as pas les moyens de t'en occuper, tenta-t-il encore une fois de la raisonner.

- Dan et Hestia sont là pour m'aider, je trouverai un travail, on vendra la maison s'il le faut. Tu n'as pas plus les moyens que moi. C'est décidé, tu sais. Demain on rentre. Tu ne pourrais rien y changer.

Elle se leva, laissant sans remords son père pantois et effondré fixer le vide.

 *

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Erato prit son visage entre ses mains, frotta ses yeux puis massa ses tempes. Elle détestait se remémorer ses récentes et nombreuses disputes avec son père. Mais elle devait en parler à Dan.

- Je ne pouvais pas les laisser là-bas,Dan, répéta-t-elle pour la énième fois, cherchant à se justifier.

Elle n'avait pas voulu aller jusque-là, jusqu'à les emmener contre la volonté de Bastien, elle n'avait pas voulu les arracher à leur père, pas vraiment. Ils n'avaient plus de mère, elle ne pouvait pas les priver de leur père. Mais elle ne avait été obligée. Elle n'avait pas pu faire autrement...

 - Je ne pouvais pas, il ne les voyait pas, elle ne sait pas s’en occuper, savoir qu’ils sont restés si longtemps avec elle me terrifie... 

- T’inquiète pas, ça va aller, la rassura-t-il en lui caressant le dos. Ça va aller.

Elle se calma le temps d’un instant, bercée par les caresses dans son dos. Mais elle reprit vite son argumentation, essayant de nourrir sa conscience de bonnes excuses.

- Il est fauché, si je les avais laissés là-bas, il n’aurait pas pu s’en occuper, et avec son nouvel enfant, tout l’argent y serait passé, il aurait fini par les délaisser au profit de sa nouvelle famille, comme ton père l’a fait avec toi, et je veux pas de ça pour eux, Dan, je veux pas !

- Calme toi Erato !

Il força la voix, inquiet et agacé. Son amie ne savait définitivement pas si elle avait pris la bonne décision ou non, et ça la déchirait. Les deux solutions qui s’étaient offertes à elle avaient toutes deux de bonnes et de mauvaises choses, et encore après sa décision, elle hésitait.

- Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise décision, Erato. Tu as fait un choix, il aura des conséquences, autant que l’autre si tu l’avais pris. Maintenant arrête de te tracasser pour rien, ok ?

Elle hocha doucement de la tête, peu convaincue. Elle détestait son père, elle le détestait désormais, pour ce qu’il avait fait, pour la naïveté que sa copine lui avait refilé comme on refile une mauvaise grippe. Rien ne pourrait lui pardonner, alors pourquoi s’en voulait-elle ? Pourquoi doutait-elle de son choix ? N’était-ce pas le bon choix que d’éloigner les petits de cet homme incapable de prendre soin d’eux ? N’était-ce pas le bon choix que de s’en occuper elle-même, entourée de gens que les petits aimaient, dans la maison qu’ils considéraient comme la leur ?

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Elle avait peur. Peur qu’ils se posent des questions, peur qu’ils demandent leur père, qu’il leur manque, qu’ils le réclament, car alors là elle devrait les lui ramener. Elle ne pouvait les empêcher de le voir. Ce serait elle le monstre dans l’histoire. Ce dont elle avait le plus peur étaient les réactions des petits.

- Désolée… Et toi ? Tu as repris toutes tes affaires ?

- Ouai ! L’appart est totalement vide ! Je rends les clés demain.

- Parfait. Tu m’en voudras pas si je monte pas voir si tu es bien installé. Je veux pas aller dans cette chambre, pas maintenant.

Dan avait réinvesti la dernière chambre de la maison, celle qui avait appartenue à Thalye et Bastien. La jeune fille avait finalement réussi à se faire à cette idée, pour le bien de tout le monde. Avoir Dan à la maison serait d’une grande aide, autant financièrement que moralement. Tout le monde avait besoin de sa bonne humeur dans la maison. Cependant, Erato ne pouvait toujours pas entrer dans cette chambre. Telle Thalye qui n’avait jamais pu ni voulu ouvrir la porte de la chambre de son frère décédé. Elle n’avait d’ailleurs jamais autorisé ses enfants à y aller, ni même de l’ouvrir. Pour son bien, elle avait fait comme si cette chambre n’existait pas. Et Erato était en train de faire la même chose avec la chambre de sa mère.


Joyeux Noweeeel \o/ Bon, joyeux Nowel sur du pas happy, mais joyeux Nowel quand même :3 Ceci est un cadeau pour vous mes petits bouquetins lecteurs, un chapitre le matin de Nowel ! Je répète beaucoup trop de fois Nowel.

Nowel.

Le prochain chapitre est écrit, mais sur word et j'ai pas de co internet sur l'ordi avant le 3, so dimanche prochain. Donc pas de chapitre vendredi prochain :3