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Erato indiqua un banc libre sur le quai de la gare et les petits s'y précipitèrent, jouant à qui y arriverait le premier. Mais la jeune fille n'était même pas amusée de ce spectacle pourtant adorable. Tout ce qu'elle réussit à dire fut "Attention !", trop inquiète de les voir glisser et tomber.

Finie, envolée son insouciance d'enfant. Partie en même temps que sa mère. Tout, du moment que Maïa et Icare étaient impliqués, l'inquiétait. Elle les sermonna doucement en arrivant vers eux.

- Icare, ferme bien ton sac, ça va tout tomber, dit-elle en vérifiant l'heure du train.

Le bambin s'affaira alors tandis que sa seconde sœur regardait avec mélancolie le ciel.

- Pourquoi y'a pas d'étoiles le jour ? demanda-t-elle avec toute sa candeur d'enfant.

- Il y en a, mais la lumière du Soleil les cache.

- Donc elles sont quand même là ? s'exclama la fillette, peinant à tout comprendre.

Un pâle sourire s'étira sur son visage enfantin lorsque sa grande sœur lui répondit par l'affirmative. Cela faisait mal à Erato de voir leurs sourires disparus. Ils ne méritaient pas une telle tristesse, pas si jeunes.

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Les minutes passèrent, les enfants commencèrent à s'impatienter. Un train passa.

- C'est le nôtre ? questionna Icare, impatient de retourner à sa maison.

- Pas encore.

Le bambin se leva, sautilla, il en avait assez d'être assis.

- Icare, viens t'asseoir.

- Attends, y'a un oiseau là ! s'écria-t-il en se lançant à la poursuite du pauvre animal.

Le petit, du haut de ses quatre ans, adorait déjà les animaux. Cet amour avait commencé à son arrivée à Hidden Springs quand il avait découvert la flopée de petits animaux grouillant dans les forêts. Il aimait sortir avec son père dans la montagne derrière le chalet. Depuis, il était passionné et chaque animal retenait sa curiosité d'enfant, au grand dam de l'aînée.

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- Icare !

- Bonjour.

La jeune fille se figea. Elle connaissait cette voix agaçante et pourtant, elle ne l'avait entendue qu'une unique fois, trois mois auparavant.

 

Elle courait ce jour-là, trop vite, c'était sa faute. Elle avait coupé à travers bois, dans l'espoir d'arriver plus tôt à la gare, attraper le train le plus tôt, arriver le plus tôt à Monte Vista, voir le plus tôt Thalye. Elle n'allait pas bien du tout, elle était à l'hôpital, Hestia l'avait retrouvée agonisante, appelé Erato, qu'elle vienne le plus tôt possible. Le train, Monte Vite, vite, elle...

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Tomba lourdement sur le sol terreux du chemin. Avait-elle percuté un rocher, une racine ? Ce fut un garçon qu'elle découvrit. Cheveux châtains très foncés, yeux noisette vifs, nez aquilin et mâchoire carrée hébergeant une barbe de trois jours négligée, il devait avoir dans les vingt ans, au minimum dix-neuf. Il était en plein milieu de la forêt, accroupi, et regardait avec étonnement Erato.

- Bonjour, lâcha-t-il alors que la jeune fille se relevait, massant son genou écorché. Vous vous êtes fait mal ? s'inquiéta-t-il ensuite en voyant la grimace de la jeune muse.

- Non, ça va, répondit-elle avec énervement.

Qu'est-ce qu'il faisait, en plein milieu du chemin, celui-là ? Elle était déjà bien assez pressée.

- Je suis désolé, normalement il n'y a personne sur ce chemin, s'excusa l'autre en grattant nerveusement son crâne, gêné.

- Qu'est-ce que vous faites accroupi en pleine forêt ? s'impatienta Erato.

- Les fourmis ! Regardez là, les dizaines et dizaines de fourmis qui fourmillent, c'est le cas de le dire. Ça veut dire que pas loin se trouve la fourmilière. Il suffit de les suivre et...

- Je ne veux pas paraître impolie, mais je m'en fous des fourmis. Je suis pressée. Au revoir.

- Attendez ! cria-t-il alors qu'elle s'apprêtait à partir. J'oublie trop souvent que les fourmis n'intéressent que moi...

Il rit. Erato le fusilla du regard, lui intimant de continuer. Il déglutit.

- Bref. Ce que je voulais dire, c'est que j'ai ma voiture, juste au bout du chemin, vous irez plus vite qu'à pied. Vous allez où ?

- À la gare.

- Effectivement, vous irez beaucoup plus vite en voiture. En route ! 

Il délaissa ses fourmis à contre cœur, mais il voulait s'excuser d'avoir fait perdre son temps à la jeune fille.

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- Et au fait, comment vous vous appelez ? demanda le garçon une fois la voiture démarrée.

- Erato.

- C'est original ça ! Très grec, souligna-t-il sans se douter à quel point il avait raison. Moi c'est Ludovic, ajouta-t-il sans qu'on le lui demande. Et vous pouvez me tutoyer, évidemment.

Elle ne répondit pas. Elle n'avait rien à lui dire et surtout pas la tête occupée à faire de nouvelles rencontres. Déjà que la socialisation n'était pas son fort... Thalye, sa mère, était à l'hôpital. Elle le remercierait de lui avoir fait gagner de précieuses secondes et ne le verrait plus jamais.

- Et... vous avez quel âge ? questionna Ludovic pour briser le silence gênant qui s'était installé.

N'ayant eu aucune indication de la part de la jeune fille, il continuait poliment de la vouvoyer.

- Dix-huit ans.

- Ah, une petite jeune ! s'exclama-t-il. Nan, je plaisante, j'ai à peine deux ans de plus, haha ! Et vous prenez le train pour où ?

- Monte Vista.

Elle répondait machinalement, sans vraiment s'en rendre compte, ni complétant ses réponses, allant au plus simple possible.

- C'est sympa Monte Vista, il paraît ! Faudrait que j'y aille un jour, si je me décide à quitter Hidden Springs. Je suis jamais allé ailleurs, pas même en vacances, les montagnes, c'est ma vie !

Ne se taisait-il donc jamais ? Il ne cessait de parler, même lorsqu'on ne l'écoutait pas. Il était pire que Dan !

- Haha, pardon, je parle trop, remarqua-t-il enfin. Vous aimez Hidden Springs ? Vous y étiez en vacances, non ? Je connais tous les jeunes d'ici et je ne vous ai jamais vue.

- Mon père habite là maintenant, s'entendit-elle dire d'une voix lointaine.

Son père habitait là désormais. Son frère et sa sœur aussi, sa famille était scindée en deux, déchirée, elle entre les deux, perdue et incroyablement seule.

- Je vois... Et votre mère est à Monte Vista. Pourquoi êtes-vous si pressée alors ? Il y a un train toutes les deux heures pour Monte Vista, votre mère saura vous attendre, pas la peine de percuter un pauvre observateur de fourmis, plaisanta le jeune homme.

Erato, elle, n'était pas d'humeur pour la plaisanterie.

- Non, elle ne saurait attendre, explosa-t-elle, surprenant le pauvre Ludovic pris de court. Maintenant arrêtez avec vos questions idiotes et conduisez-moi à la gare, je ne fois pas rater le prochain train !

Elle se recala dans son siège, n'adressant plus un regard pour son conducteur, les yeux fixés sur le paysage qui défilait au dehors. Elle l'avait sans doute vexé, mais qu'importait. Elle ne le reverrait jamais.

 

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- Ludovic, tu te souviens ? Je te tutoie, on a le même âge, ce sera plus sympa que la formalité.

Erato ne lui accordait pas un regard. Si elle le regardait, il deviendrait réel.

- Je me souviens... souffla-t-elle finalement, sachant que nier ne le ferait pas disparaître.

- Encore à Hidden Springs ? On ne résiste pas au charme de la montagne !

Qu'il se taise, qu'il se taise avant de dire n'importe quoi, comme la première fois. Qu'il se taise, lui qui ne savait rien. Elle détestait ces montagnes où de si terribles nouvelles lui étaient tombées dessus. Elle détestait le petit chalet là-haut, où celui qui avait été son père vivait, avec sa nouvelle famille, abandonnant l’ancienne. Et par-dessus tout, elle détestait ce garçon trop curieux qui s’était assis à côté d’elle alors que trois bancs libres se trouvaient plus loin.

- Tu retournes de nouveau à Monde Vista ?

- Oui.

Autant lui répondre, avant qu’il ne dise quelque chose d’inconvenant.

- Moi je pars pour l’université ! Je quitte pour la première fois ma ville, première fois que je prends le train ! Je suis tout excité !

Si seulement il pouvait faire la démonstration de son excitation ailleurs. La petite fratrie était en deuil et peu encline à être dérangée.

- Et toi, l’université ? Tu as dix-huit ans, la vie devant toi ! Tu devrais venir, ça doit être une super expérience.

- J’y pensais, avec mon meilleur ami.

- Meilleur ami ? releva-t-il avec malice. Ou petit-ami ?

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Mais qui était-il donc pour lui poser de telles questions ? Elle ne le connaissait pas, il n’était pas son ami, elle l’avait seulement vu l’espace de dix minutes, pendant ne jamais le revoir. Pourquoi le destin était-il cruel au point que leurs trains aient des horaires proches ? La gare d’Hidden Springs était petite, seulement deux voies et peu de trains y passaient. Seulement, celui pour l’université était ce jour-là, le jour même où, sortie de sa dépression, Erato avait décidé de ramener les petits à la maison.

- Haha, pardon, moi et ma foutue curiosité ! s’exclama-t-il suite au silence de la jeune muse.

Elle n’avait osé le dire.

- J’aurais le plaisir de te retrouver à l’université ou pas ?

- Je ne peux pas, je dois m’occuper de mes frère et sœur, coupa-t-elle court la conversation.

Le jeune homme se pencha, semblant découvrir l’enfant et le bambin qui suivaient la conversation de leur grande sœur avec attention.

- Salut les petits loups ! s’écria-t-il avec un signe de main amical et chaleureux.

Les petits, trop intimidés, ne répondirent pas, ne lâchant même pas un sourire.

- Eh bien, c’est de famille la joie, lâcha Ludovic avant de s’excuser, effrayé par le regard glacé d’Erato. Comment vous vous appelez ?

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Ils s’interrogèrent du regard, se demandant s’ils pouvaient vraiment le lui dire. Puis Maïa, prenant son courage à deux mains et voulant, comme Erato, montrer l’exemple à son benjamin, se lança enfin, non sans une hésitation.

- Maïa.

- Icare, dit alors à son tour le benjamin, qui à son âge, faisait confiance en l’avis de sa sœur.

- C’est sympa Icare ! Vous aimez les grecs chez vous. Fais attention à ne pas brûler tes ailes, bonhomme.

- Mes ailes ? souleva le petit garçon, intrigué. Mais j’ai pas d’ailes…

- Tu ne connais pas Icare ? Celui qui a voulu trop s’approcher du soleil ! Ta maman a forcément dû te raconter cette histoire d’où vient ton nom.

À l’évocation de sa maman, les yeux du petit se remplirent doucement de larmes et tandis qu’Erato le prenait dans ses bras, elle fusilla du regard Ludovic. Il l’avait finalement dite, sa bêtise.

- Désolé, dit-il, confus. Je ne voulais pas te faire pleurer. Tu veux que je te raconte cette histoire ?

Séchant tant bien que mal ses larmes, le petit acquiesça.

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- C’est l’histoire d’Icare, qui, avec Dédale, son père, fut enfermé dans un labyrinthe que Dédale avait créé lui-même et qu’il savait infaisable. Personne ne pouvait s’y repérer et en sortir. Alors Dédale eut l’idée de créer des ailes faites de cire et de plumes pour s’échapper par la voie des airs, en mettant Icare en garde contre le Soleil, qui pourrait faire fondre la cire de ses ailes.

Le petit Icare était fasciné, pendu aux lèvres de l’inconnu. Personne ne lui avait encore raconté cette histoire, il se souvenait très bien que sa mère le lui avait promis, mais elle n’en avait jamais eu le temps.

- Cependant, Icare avait très envie d’aller plus haut dans son vol, fasciné par le Soleil, qui le trahit et fit fondre ses ailes. Icare n’avait pas écouté son père et cru qu’il pouvait aller toujours plus loin, ce qui le mena à la mort. Alors ne fait pas comme lui bonhomme, ne t’approches pas trop du soleil.

- Mais j’ai pas d’ailes moi, alors je peux pas les brûler ! Et le soleil est trop haut pour que je l’atteigne ! répliqua avec malice le petit, trop heureux d’avoir trouvé la faille de l’histoire.

- Évidemment bonhomme, assura le jeune homme en ébouriffant les cheveux du bambin. Ce n’est qu’une histoire, tu sais.

Le petit sourit, et pour la première depuis qu’il avait appris la mort de sa mère, d’un sourire qui n’était pas triste, ni nostalgique. Juste un sourire. Un simple sourire joyeux. Ludovic releva la tête vers Erato, fier de lui. Elle ne l’aimait pas, mais elle devait lui accorder ce point : il avait réussi à faire sourire un enfant en deuil. Il avait réussi à faire sourire son frère, et elle lui en était reconnaissante. Elle articula un « merci » silencieux tandis qu’un train arrivait à quai, cachant par intermittence le soleil. Le temps sembla durer une éternité alors que leurs yeux se croisèrent. Puis il brisa le contact visuel tout en prenant sa valise à ses pieds.

- Mon train est arrivé ! Content de t’avoir revue Erato ! J’espère te voir bientôt à l’unif ! Tchou les p’tits loups ! claironna-t-il en faisant de grands signes de la main, avant de monter dans la voiture, traînant une valise qui devait sans aucun doute faire le double de son poids derrière lui.

Puis le train partit, emmenant avec lui ce garçon dont elle ne savait plus que penser.


AH QUE COUCOU LUDOVIC 8)

Ou l'art de faire une collab avec soi-même et mélanger ses deux familles.

 

Et être dans le caca jusque très haut parce qu'il va falloir que je garde une continuité temporelle entre les deux maintenant.

D'ailleurs, pour ceux qui se souviennent du bonus des 3 ans des Vanek, j'avais placé des petites références au moment de leur rencontre et à la fille qu'il avait rencontré, qui n'était autre qu'Erato, wouaiii, clap clap (ça veut dire que ça fait des mois que c'est prévu le machin, ça avance pas vite du tout) ~

Prochain chapitre le 25 à 9h pour le matin de Nowel :3 (je préviens parce que j'aurais pas interneeet)