Les examens approchaient. Et Erato avait du retard.

La petite bagarre de sa sœur l’avait tenue éloignée de sa vie universitaire plusieurs jours, le temps de s’assurer que la petite allait parfaitement bien et qu’elle pouvait la laisser seule de nouveau. Et d’également parler avec les représentants de l’école, espérant vainement que le problème serait réglé. Mais peu de choses pouvaient être faites. Après tout, c’était Maïa qui avait frappé la première.

Néanmoins, l’enfant s’était correctement tenue et avait fait la promesse de ne jamais recommencer et la jeune muse avait décidé de lui faire totalement confiance. C’était ce dont la fillette avait besoin. La confiance. Si elle ne pouvait avoir confiance en elle-même, alors il faudrait lui en fournir.

C’était le cœur serré et rempli d’appréhension qu’elle quitta une nouvelle fois Monte Vista. Cependant, une pensée vint la soulager. C’était la dernière fois qu’elle s’en allait. La prochaine fois qu’elle rentrerait, ses examens et toute sa vie universitaire seraient derrière elle et elle rentrerait définitivement, pour ne plus jamais repartir. Elle pourrait rester auprès de sa petite sœur et elle irait mieux, sans cette irrationnelle peur d’être abandonnée.

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Mais désormais, elle avait du retard dans ses révisions. Et elle devait redoubler d’effort. Elle ne parlait presque pas à Dan, se contentant de le saluer le matin lorsqu’il se levait enfin, le nez déjà plongé dans un livre et ses notes, et de lui souhaiter une bonne nuit quand il allait se coucher, n’ayant à peine bougé de toute la journée.

Le jeune homme s’inquiétait. Elle était en train de s’épuiser à la tâche et ce n’était bénéfique ni pour elle, ni pour ses examens, qu’elle raterait si elle continuait. Mais toute tentative de communication se soldait par un échec cuisant qui le rendait encore plus soucieux pour son amie. Si elle n’avait jamais été raisonnable, là elle dépassait ses limites.

- Erato ? tenta-t-il un soir en s’approchant du bureau au-dessus duquel elle était penchée.

Elle ne répondit rien, trop concentrée sur ce qu’elle essayait désespérément de retenir. Mais elle n’y parvenait pas. Son cerveau débordait de révisions, n’arrivait plus à assimiler la moindre information. Elle avait sans cesse des migraines que les médicaments ne parvenaient plus à calmer. Bientôt, elle imploserait littéralement.

D’un geste agacé, il retira les feuilles gribouillées de l’écriture de la jeune femme, l’arrachant à sa concentration. Elle se retourna vivement, revenant à la réalité, le regard mauvais fusillant Dan.

- Rends moi ça, Dan !

- Hors de question. C’est en train de te rendre folle. Tu devrais prendre une journée de repos. Regarde-toi.

Ses yeux étaient fiévreux, creusés de cernes inquiétantes, ses lèvres tremblaient et ce que le jeune homme ne savait pas, c’était que ses paupières menaçaient à chaque instant de se fermer, épuisées.

- Les exams commencent la semaine prochaine et j’ai encore deux chapitres à bosser, pas le temps, rends-moi mes feuilles, Dan.

Son ton se fit plus pressant, plus dur. Elle n’avait pas envie de plaisanter. Ça tombait bien, lui non plus.

- Il est de mon devoir de te confisquer ces feuilles, pour ton bien. Te les rendre serait de l’irresponsabilité.

Elle était comme une gosse, pensa-t-il. Une gosse dont il fallait s’occuper et qu’il fallait raisonner, au risque qu’elle ne fasse une bêtise, incapable de trouver ses propres limites. Quelle ironie, au vu de la maturité dont elle faisait trop souvent preuve.

Lui qui ne se voyait être jamais père, le voilà qu’il avait en charge une enfant adulte, plus bornée qu’autre chose.

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Cependant, quelque chose qu’il n’avait pas prévu se produisit : elle éclata en sanglots. Libérant toute la pression qui s’était accumulée ces derniers jours, ainsi que la fatigue et la frustration. Le jeune homme se précipita immédiatement vers elle et lui offrit ses bras réconfortants, dans lesquels elle se lova, tel un refuge pour elle, comme toutes ces fois elle avait pleuré. Infatigable, Dan continuait de prendre soin de la jeune muse et de la soutenir, la consoler et l’aider à se relever. Sans lui, elle ne serait rien. Tellement rien.

- Eh, Erato, ça va aller, tu sais ? lui murmura-t-il doucement dans le creux de l’oreille en lui caressant les cheveux.

Que lui prenait-il ? Pourquoi pleurait-elle, quelle idiote ! Il avait raison, tout allait bien, c’était juste cet épuisement et cette peur d’échouer. Elle avait tant travaillé pour arriver là, ces examens étaient la dernière ligne droite et enfin, enfin, elle pourrait retourner auprès de ses frère et sœur. Elle ne pouvait pas échouer, Maïa ne le supporterait pas, elle avait promis. Elle n’avait pas le droit d’échouer, mais elle avait cette peur si irrationnelle qui lui tordait le ventre.

Et sans s’en rendre compte, elle s’endormit dans les bras de son ami.

*

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Ils se regardaient, leurs regards ancrés dans les yeux de l’autre, sans pouvoir s’en détacher. Le moment était venu. Lorsque leurs regards se délieraient, ce serait pour toujours. Tous deux en étaient conscients. Ils en avaient été conscients dès le début, mais ce moment précis leur semblait si lointain à l’époque. Ils n’en revenaient pas comme le temps était passé vite.

Dan s’éclaircit la gorge, prêt à parler, à lancer son discours d’adieu, qu’il s’était répété si souvent dans sa tête, il avait imaginé sa réaction, ce qu’elle allait dire, ce qu’il répondrait, mais il n’en était rien. Il n’arrivait pas à suivre son plan. Alors sa voix resta à l’abri dans sa gorge, incapable d’aller plus loin.

Léonie, quant à elle, était prête à parler. Seulement, elle ne le voulait pas. Car une fois la conversation lancée, elle durerait quelques minutes, pour se finir à jamais. Et même si elle savait ce moment venir depuis le début, elle n’avait jamais vraiment réalisé et elle ne s’était pas préparée. Quelle idiote. Le stress des examens et des résultats l’avait totalement gardée hors de toute réalité.

Par politesse, Erato attendait derrière la voiture, pianotant sur son téléphone portable, prévenant Hestia de son retour imminent, ainsi que son petit-ami, à qui elle donnait des nouvelles.

- Bon, finit cependant par lâcher Dan dans un souffle à peine audible.

Il se sentait tel un adolescent timide qui contemplait avec angoisse son premier baiser qui se trouvait à portée de lèvres, trop anxieux pour se pencher. Ne sachant que dire, ne sachant que faire, sans expérience.

À vrai dire, il n’en avait pas dans ce domaine. Il n’avait jamais eu de copine, hormis cette fille exécrable au lycée dont il s’était séparé avec grande joie. Mais là, il ne partait pas de gaieté de cœur. Il ne s’était jamais imaginé que toute cette histoire durerait aussi longtemps. Il avait pensé qu’une fois l’accord rempli et Erato avec Ludovic, tout s’arrêterait, après tout, c’était pour cette unique raison à la base pour laquelle il s’était mis avec la jeune fille. Mais sans être tombé amoureux, il s’était pris d’affection pour elle. Et l’idée de ne plus jamais la revoir lui brisait le cœur.

- Ouai… répondit-elle avec un sourire presque gêné.

Deux adolescents timides. Voilà ce qu’ils étaient devenus ce soir-là. Timides et ridicules.

- Merci beaucoup, lâcha-t-elle. Pour… Pour tout, c’était cool de passer l’université avec toi, et d’avoir rencontré Erato en même temps, et Ludovic. Je te souhaite une vie cool avec eux, à Monte Vista.

- Tu pourras toujours passer nous voir, quand tu veux, tu sais ?

- J’y penserai.

- Je peux garder ton numéro ? Pas comme les deux derniers étés où tu me l’as enlevé de force.

- Il me semble que ça sera plus simple si tu le gardes cette fois-ci, en effet, répondit-elle malicieusement.

Il sourit, et elle le lui rendit. Puis le silence reprit le dessus, les enveloppa, sadique. Il était retombé, mais la conversation n’était pas finie. Ils ne s’étaient pas tout dit.

Erato se retourna furtivement, pour observer l’avancement des adieux. Les deux gardaient le silence, se regardaient dans le blanc des yeux, incapables de bouger ou de parler. Qu’ils prennent leur temps. Il n’y avait plus aucun horaire. La vie s’étendait, infinie, devant eux. Et même si elle avait hâte de rentrer définitivement chez elle, elle ne pouvait en vouloir à Dan. Elle pouvait bien faire un effort pour lui, il en avait tellement fait pour elle.

- J’aimerais que le temps s’arrête, souffla-t-elle comme une confession. Comme ça je n’aurais pas besoin de m’en aller.

- Malheureusement le temps ne s’arrête jamais vraiment.

Parfois, il en donnait l’impression. Mais secrètement et silencieusement, il continuait de s’écouler lentement, faisant tourner le soleil à l’horizon, changeant les arbres et leurs feuilles au gré des saisons, modifiant la terre au fil des décennies.

Et le temps s’écoulait en ce moment-même, bientôt, il faudrait se quitter, peut-être pas pour toujours, mais les choses ne seraient jamais les mêmes ensuite. Ce temps était révolu.

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- J’aurais voulu te dire tellement de trucs, mais finalement, j’arrive à ne rien dire.

Alors elle aussi s’était répété encore et encore une sorte de discours qui lui semblait bien futile désormais. Il se sentait moins stupide, mais ça ne changeait pas la situation.

- Du coup, je te souhaite tout le bonheur du monde, Dan. Tu le mérites, bla bla et bla. Ça sonne super faux.

Il s’empara de ses lèvres pour la dernière fois.

- Au revoir, murmura-t-elle.

Puis sans se retourner, car elle savait que si elle se retournait, elle ne pourrait plus s’en aller, elle s’éloigna, un sourire triste éclairant faiblement son visage. Dan ne la quitta pas des yeux, jusqu’à ce qu’elle finisse par être trop loin pour qu’il ne la distingue. C’était fini. Au revoir.

La main d’Erato se posa sur son épaule. Elle devait s’impatienter, sûrement.

- Dan ? appela-t-elle doucement, inquiète.

- Ça va.

Pas vraiment, avait-elle envie de répliquer. Elle ne l’avait jamais vu aussi abattu depuis des années, depuis qu’il avait compris qu’il n’avait plus sa place dans sa propre famille, se souvint-elle. Et encore.

Mais elle n’insista pas. Il fallait qu’il tourne la page à son rythme. Elle le connaissait. Il ne resterait pas attristé bien longtemps, le temps qu’une jolie fille passe par là ou qu’il s’épanouisse dans un métier qui lui plairait. Le sourire finissait toujours par se forcer un chemin entre ses joues.

- On y va ? demanda-t-il d’un ton déjà un peu plus enjoué, un sourire de nouveau posé sur ses lèvres.

Elle approuva d’un signe de tête, brûlante d’impatience. La vie pouvait enfin reprendre son cours normal. Et elle était confiante quant à leur avenir, à tous. 


Putain, c'est beau, ils finissent l'univ le jour où je finis mon année en Allemagne (officiellement ; officieusement, ça fait trois jours que je vais plus en cours). Et sérieusement, champaaaaaagne, je me barre enfin de cette école nulle, des mois que j'en peux plus et que je déprime en comptant les jours. À moi les vacances maintenant \o/ (et accessoirement les heures de conduite).

Bref, joie, happiness, je suis très très heureuse, et je vous fais à tous un câlin pour l'occasion.

C'est marrant, parce que j'ai des émotions contraires, je suis happy d'en avoir fini avec l'Allemagne, mais c'est la fin du Dannie ;_; au revoir simself, je t'aimais bien.