[We are stars]

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Le vent chassa les nuages qui s’amoncelaient devant le manteau chatoyant de la nuit, et Erato put enfin observer ces choses qui la fascinaient depuis toujours. Chaque nouvelle fois qu’elle levait les yeux vers le ciel, la nuit, il lui semblait redécouvrir la magie de ce paysage. Chaque soir, il était différent tant les étoiles étaient nombreuses, et pourtant… Cette étoile, la plus importante de toutes, elle savait la reconnaître, et la trouver, malgré toutes les autres qui essayaient de la noyer dans leur luminosité. Mais elle, elle les surpassait. Sans doute parce qu’elle souriait. Sans doute parce qu’en son cœur se trouvaient un frère et une sœur dont l’amour était le plus brillant de tous.

Thalye. Et Calliste.

Ensemble pour l’éternité, ils chatoyaient là, chaque nuit et Erato aimait les espionner, indiscrète et fascinée par cet amour.

- Il est pas un peu tard pour une balade ? s’éleva une voix derrière elle.

- Je te retourne la question, rétorqua-t-elle avec un sourire malin aux lèvres.

Dan ne répondit pas et vint se placer aux côtés de celle qu’il connaissait depuis si longtemps. Lui non plus ne se lassait pas du spectacle que leur offraient généreusement les étoiles.

- Tu es venue lui annoncer la nouvelle ? demanda-t-il en levant la tête vers Thalye.

- On peut dire ça, répondit-elle, évasive.

Elle posa sa main sur son ventre qui commençait peu à peu à grossir. Finalement, deux ans et demi après Aeson, elle se retrouvait enceinte à nouveau, d’un enfant que tous espéraient être la prochaine muse. Hestia n’avait pas voulu s’enthousiasmer trop vite, de peur d’une déception. Erato, elle, aimait cet enfant à venir plus que tout au monde déjà, qu’il soit un garçon ou une fille.

- Si c’est une muse, comment allez-vous l’appeler ?

Elle avait déjà réfléchi à la question. Ludovic et elle en avaient parlé, puisque c’était ce qui semblait être une énorme décision. Car, sans que personne ne comprît pourquoi, le nom qu’il lui était donné à la naissance influençait leurs vies. Clio avait adoré l’histoire et l’archéologie toute sa vie, Thalye avait été, pendant un temps, la comédie même, et si la vie n’avait pas laissé le temps à Erato de développer sa passion pour l’écriture, il était indéniable qu’elle portait bien son nom.

- Euterpe, lâcha-t-elle, et le vent s’empara de ce nom, en sortit la musique qui s’y trouvait et s’éleva en chantant vers les étoiles.

 Elle n’aimait pas que l’écriture. Elle aimait aussi la musique, et avait toujours rêvé de jouer d’un instrument. Alors elle allait offrir ce rêve à sa fille, lui laissait la lourde tâche d’apporter de la vie dans la maison par sa musique. La musique était le meilleur des remèdes, pour tout.

- Hâte d’entendre sa musique, alors.

Elle tourna la tête vers lui.

- Oui, moi aussi.

Les nuages revinrent, agaçants. Thalye disparut. Les deux amis rentrèrent en silence, profitant du calme que la vie leur accordait enfin.

 

Malgré tout ce qu’elle essayait de faire paraître, quand bien même elle voulût passer pour quelqu’un de fort, insensible, supportant sa situation, alors qu’elle ne dupait personne, Hestia pleura quand on lui annonça que l’enfant qu’Erato portait était une muse. Ses nerfs lâchèrent, et elle pleura toutes les larmes que son corps refoulait depuis tant d’années. Une muse. Une muse, une de moins, la quatrième, presque la moitié, son calvaire approchait certes lentement, très lentement, trop lentement, de la fin, mais il s’en approchait tout de même.

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Erato avait été gênée par tant de pleurs. Depuis sa naissance, elle n’avait jamais vu Hestia pleurer, pas une seule fois, hormis ces jours où ses lentilles de contact douloureuses en étaient la cause. Là, c’étaient de véritables larmes, des larmes de joie, de frustration, de détresse, des larmes de tant d’émotions à la fois que la muse se demanda comment la déesse déchue pouvait vivre avec tout ça. Elle ne le pouvait pas, mais elle ne pouvait pas mourir non plus.

Alors, ne sachant trop quoi faire, la jeune mère l’avait prise dans ses bras, peu sûre que la déesse accepterait ce geste d’affection. À sa grande surprise, elle l’enlaça en retour. La nouvelle la bouleversait réellement.

Ce fut une grossesse beaucoup plus tranquille pour Erato. Elle était beaucoup moins fatiguée que la première fois, et pourtant, elle avait maintenant un enfant en bas âge à s’occuper et une sœur à aller voir régulièrement pour la féliciter de ses progrès. Mais aucun drame ne survint. Pas de père d’un ami qui n’avait pas revu sa famille ces dix dernières années à aller enterrer.

Aeson était ravi à l’idée d’avoir une petite sœur, même s’il ne comprenait pas vraiment où elle était pour le moment. Ses parents lui assuraient qu’elle grandissait au chaud et à l’abri dans le ventre de sa mère, comme lui auparavant, mais il ne se souvenait pas d’avoir fait une telle chose. Mais le ventre de sa mère grossissait à vue d’œil, et le petit devait bien l’admettre, il y avait quelque chose à l’intérieur. Il l’avait senti, un jour, quand il avait posé son oreille tout contre. La chose avait osé lui donner un coup de pied à travers la peau. Sa sœur était déjà si méchante, s’était-il plaint, provoquant l’hilarité générale.

Mais la plus ravie de cette grossesse, en dehors d’Hestia, fut sans doute Sasha. Elle allait pour la troisième fois se retrouver grand-mère, et cette l’idée l’enchantait plus que tout. Trois petits-enfants à gâter et dont il fallait s’occuper pour arranger les parents qui n’avaient pas le temps. Ça lui rappellerait sans doute de bons souvenirs, quand elle devait garder ses trois enfants, ses triplés, ses trois monstres. Elle n’avait plus que deux enfants désormais, et elle avait su faire le deuil de sa seule et unique fille. Désormais, elle avait retrouvé la joie de vivre et la communiquait à ses petits-enfants.

Euterpe naquit en janvier de l’année suivante, peu de temps après l’anniversaire de son grand frère, qui la considéra comme son cadeau d’anniversaire. Le petit était constamment béat face à sa petite sœur qu’il ne trouvait pourtant pas belle, avec toutes ses rides et ce visage tout rouge. De plus, elle n’avait presque pas de cheveux. Non, elle n’était pas belle, mais il aimait la regarder dormir et venir l’embêter quand elle se trouvait tranquillement dans les bras de leur mère. Elle était tellement amusante quand elle se mettait à brailler en agitant au hasard ses petits bras ridicules.

- Au lieu de l’embêter, pourquoi tu ne la prendrais pas dans tes bras, hein ? suggéra un jour sa mère.

Le bambin sursauta, ses yeux s’agrandirent soudainement, illuminés d’une lueur trahissant son excitation. La porter ? Lui ? Le pouvait-il vraiment ? Dans les bras de sa mère, elle paraissait si petite, mais par rapport à lui, seulement âgé de trois ans, elle était énorme.

Erato l’incita à venir s’asseoir à côté d’elle, bien au fond du canapé pour ne pas risquer de tomber, car un bébé était fragile, on lui avait dit. Puis elle déposa le nouveau-né dans ses bras grands ouverts. Elle y tenait à peine.

- Attention, je la lâche, le prévint sa mère.

Tremblant de peur et d’excitation, il hocha fébrilement la tête. Il sentit les mains de l’adulte s’enlever, et tout le poids du bébé se retrouva dans ses bras. Il sursauta avec un cri surpris, avant de relever un sourire rempli de fierté vers Erato.

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Ce fut à ce moment-là qu’Icare rentra, les cheveux dégoulinants de neige fondue.

- Icare, tes cheveux ! Va vite te laver ! s’écria sa sœur, inquiète pour le parquet.

- Oui, maman, ironisa-t-il avec un sourire. Tiens, le courrier.

Il lui tendit le paquet d’enveloppes avant de s’enfuir à l’étage pour aller y prendre une douche.

Vérifiant qu’Euterpe allait toujours bien, blottie dans les bras de son grand frère fier de lui, elle commença à trier le courrier. Elle balança sur la table du salon les magazines publicitaires qu’on continuait à leur fournir bien qu’ils eussent demandé à ce qu’on ne le fît plus. Le reste n’était pas plus intéressant, entre les factures et les formalités. Une seule lettre sortait du lot. Une lettre de Lewyn, adressée à toute la famille.

Intriguée, elle déchira du mieux qu’elle put l’enveloppe, espérant ne pas abîmer le contenu.

- Maman, tu peux la reprendre s’il-te-plaît ? geignit son fils derrière elle, qui commençait à sentir ses bras devenir endoloris.

- Oh, bien sûr mon chéri, désolée.

Il devenait si grand qu’elle pouvait lui faire confiance avec Euterpe. Elle était tellement fière de lui, et si triste de le voir grandir si vite. Le temps où il n’était qu’un bébé qui ne pouvait s’endormir sans une personne à ses côtés semblait si loin désormais.

Une fois Euterpe récupérée, et Aeson partir vaquer à ses occupations de petit garçon, elle la plaça dans son parc qu’elle adorait, car il jouait un air de musique. Elle portait déjà son prénom à la perfection. Erato pouvait passer des heures à la regarder s’émerveiller à l’entente des notes.

La lettre était une invitation pour le printemps prochain. Lewyn et Astrid allaient se marier. La muse laissa s’échapper un cri de surprise, et Euterpe se tourna vers elle, inquiète. Il fallait qu’elle annonce la nouvelle à Ludovic.

Elle le trouva devant la fourmilière d’intérieur qu’il avait et observait depuis des années. Désormais, des centaines de fourmis se mouvaient méticuleusement et d’après lui selon une hiérarchie et un ordre très précis, mais pour la muse, les insectes ne faisaient qu'errer sans but.

- Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-il en fronçant les sourcils quand elle lui tendit l’enveloppe déchirée.

- Lis, tu verras.

- Lewyn va se marier ? s’écria-il, ébahi. Il faut que je l’appelle !

Il quitta la pièce en trombes. Dehors, la neige cessa de tomber.


Eh bah, j'ai cru que ce chapitre ne sortirait jamais, avec la blinde de partiels ces derniers jours... D'ailleurs, j'en ai deux aujourd'hui et deux lundi, avant d'être finalement en vacances, souhaitez moi bonne chance o/

J'aurais aimé faire une photo avec bébé Euterpe et son frère, mais mon ordi veut vraiment plus coopérer, vivement Noël que ma bête de course arrive ♥

Et sinon, on approche vraiment de la fin, je suis très triste ;_; sur ce, à la semaine prochaine, tschüss !