C’était la première fois de sa vie qu’elle fêtait Noël sans sa mère, ni son frère. Tout semblait si calme, si paisible, alors que rien ne l’était. Sa mère et son frère n’étaient plus là. Ils étaient partis, quelques mois auparavant. Les choses avaient été bouleversées, terriblement bouleversées, sa vie avait totalement changé, et pourtant, en ce soir de réveillon, tout lui semblait comme si rien n’avait changé. Comme s’ils étaient toujours là.

Elle s’attendait à les voir arriver sur le pas de la porte sa mère les bras remplis de cadeaux achetés à la dernière minute, son frère revenant de chez l’un de ses amis. Mais ils n’arriveraient pas. Parce qu’ils ne pouvaient pas revenir de là où ils étaient.

C’était la première fois de sa vie qu’elle fêtait Noël sans eux.

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Ils ne lui manquaient pas. Elle avait pensé que le départ de sa mère l’affecterait, à force, que malgré leurs nombreuses disputes qu’elles avaient pu avoir chaque jour, elle découvrirait que finalement, elle aimait sa mère et qu’elle voulait être à ses côtés.

Mais rien. Pour le moment, elle se plaisait dans sa nouvelle vie, et ni sa mère, ni son frère ne lui manquaient. Depuis qu’ils étaient partis, la vie avait été un peu dure, mais elle n’avait pas haussé le ton une seule fois. Elle n’avait entendu personne râler, ou hurler. Tout était paisible. Pour une fois, Noël se déroulait tranquillement, sans qu’un incident stupide ne vienne tout gâcher, comme ça avait été trop souvent le cas les années précédentes.

Sa mère l’avait appelée, cependant, lui demandant si elle voulait venir fêter Noël avec elle et Corentin, en ville, qu’elle voit leur nouvelle maison. Elle avait refusé. Sa mère ne lui manquait pas assez et Corentin encore moins. Et elle n’avait pas voulu se gâcher ses fêtes de fin d’année. Elle avait préféré rester avec Crash.

Ils avaient commencé à décorer leur appartement deux semaines auparavant. À la porte, ils avaient accroché une guirlande d’où pendaient deux clochettes, qui sonnaient à chaque fois que quelqu’un passait. À l’entrée, ils avaient disposé un tapis de coton pour imiter la neige, des flocons du même matériau pendaient du plafond et les plus grands se faisaient chatouiller. Dans le salon, un petit sapin se dressait fièrement, décoré de blanc, avec en son sommet, une étoile resplendissante. Tout semblait parfaitement prêt pour passer un Noël simple, mais agréable.

Ellie et Crash avaient décidé que le repas n’était pas la chose la plus importante, le soir de Noël. Alors ils s’étaient préparé un simple repas, qu’ils avaient englouti rapidement. L’important était ce qui venait ensuite.

- Crash, dépêche ! se hâtait Ellie tout en enfilant son manteau dans l’entrée.

- J’arrive, j’arrive, je cherche mes gants.

- Ils sont là, imbécile, répliqua-t-elle en secouant les dits-gants.

Il cessa ses recherches et rejoignit l’entrée d’un pas lourd, arracha les gants des mains de la jeune fille.

- Merci.

- De rien, répondit-elle avec un sourire.

Une fois prêts à affronter le froid mordant qui en ce moment attaquait dès que l’on mettait un pied dehors, Ellie fit jouer la clé dans la serrure, et les clochettes tintèrent faiblement au mouvement de la porte. Elle se tourna vers Crash, qui lui sourit. Ils étaient prêts à passer un Noël inhabituel.

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Il n’y avait personne dehors. À cette heure, ils étaient tous en train de profiter d’un copieux repas de réveillon, les festivités dehors étaient terminées. Et puis, même lors de festivités au « centre-ville » plus tôt dans la soirée, peu de personnes s’y étaient trouvées. La tempête de neige était trop forte depuis bien trop de jours, on ne voyait rien à plus de deux mètres, voire moins, le vent chargé de flocons agressifs venait fouetter chaque visage qui se détachait dans la brume, la neige était tellement omniprésente que le noir de la nuit s’était transformé en blanc. Il y avait du blanc partout, oui. Au sol, il s’élevait sur plusieurs centimètres, sur les toits aussi, sur les tables, les bancs, les voitures, sur tout ce qui se trouvait à sa portée. Il polluait même l’air. Les illuminations de Noël accrochées entre deux immeubles essayaient tant bien que mal de se faire voir, mais le rideau de neige était bien trop dense. On ne les voyait presque pas.

Quelle idée insensée leur avait pris pour qu’ils sortent dans un temps pareil, alors qu’ils auraient très bien pu rester chaudement chez eux, ils ne sauraient dire. Ils avaient voulu la ville à eux seuls. Et la ville à eux seuls ils avaient. Ils avançaient, contre le vent, le brouillard et la neige, le bonnet enfoncé jusqu’au cou, l’écharpe remontée jusqu’aux oreilles, les yeux plissés, et ils riaient.

Ils riaient de se voir ainsi, peinant comme jamais ils n’avaient peiné, à affronter la tempête. Ils riaient de leur propre stupidité de sortir par une telle météo. Mais ils avaient prévu de faire Noël en extérieur depuis le début du mois. Ils n’avaient pas voulu changer leurs plans au dernier moment à cause d’un peu de neige.

Ils atteignirent bientôt la place au centre, où avaient été installé des animations. Ellie se mit à courir quand elle les aperçut. D’une main, elle s’empara d’une baguette géante et commença à taper sur les touches de l’énorme xylophone qui lui faisait face. Elle essaya de recréer la mélodie d’une des chansons de Noël, mais certaines notes ne sonnaient décidément pas juste. Elle était loin d'être Euterpe. Pour s’ajouter à cette horreur musicale, Crash se mit à chanter, et Ellie l’accompagna rapidement. Les deux compères chantaient à tue-tête, sans se soucier d’être entendus. Il n’y avait personne à part eux, et le vent soufflait si fort qu’ils ne s’entendaient à peine eux-mêmes.

Puis ils passèrent aux animations suivantes, jouant avec d’immenses jeux en bois dont ils ne connaissaient même pas véritablement les règles. La neige s’était calmée, à présent, elle tombait régulièrement, sans troubler la vue, et on pouvait à nouveau voir au loin. C’est ainsi qu’ils les virent. Un groupe de jeunes, leur âge sans doute, qui sortaient d’un des chalets et qui se dirigeaient vers le pied des pistes, les bras chargés. D’un regard entendu, Crash et Ellie décidèrent de les suivre. Il semblerait qu’ils n’étaient pas les seuls à avoir décidé de passer le réveillon de Noël dehors.

Le groupe s’était arrêté en plein milieu de l’immense plaine enneigée qu’on appelait le pied des pistes, là d’où toutes les remontées mécaniques partaient. Ils avaient déversé ce que leurs bras avaient porté sur le sol, et Ellie reconnut bien des feux d’artifices.

- Salut les gars ! les aborda Crash.

L’un d’entre eux gloussa, amusé par le handicap du jeune homme, mais ce dernier n’en tint pas compte. Il était bien trop habitué pour être blessé par ce comportement.

- Salut, vous venez lancer des feux d’artifices, vous aussi ? demanda celui qui semblait être le leader de leur petit groupe.

Crash remarqua alors à son tour les bâtons de feux d’artifices qui gisaient au sol.

- Ah non, on avait juste envie de passer Noël dehors. Ça vous dérange si on se joint à vous ?

Le leader se tourna vers les autres et accorda ensuite un signe de tête aux deux colocataires en signe d’accord. Là, ils s’emparèrent d’un des feux d’artifices et le plantèrent dans la neige épaisse. Puis le leader hurla qu’on lui apporte un briquet. Ce fut une fille, plus jeune que les autres, la petite sœur de l’un d’entre eux, sûrement, qui le lui apporta.

- Reculez-vous, avertit-il.

Puis il alluma la mèche, avant de faire un bond en arrière, par sécurité.

Le bâton s’élança dans le ciel tout d’un coup, et chacun releva la tête pour le suivre du regard. Il se passa plusieurs secondes où il n’y avait rien d’autre dans le ciel hormis des flocons voletant paisiblement. Puis soudainement, le bâton explosa en des milliers d’étincelles blanches qui tentaient sans doute d’imiter le soleil, avec leur forme ronde, imitation qui ne dura que très peu de temps. Les étincelles commencèrent à tomber peu à peu, rejoignant les flocons dans leur chute, se mêlant tellement à eux qu’ils disparurent.

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Tout le monde applaudit et hurla de satisfaction. Il ne restait qu’un bâton du même type. Les feux d’artifices étaient chers, expliqua le leader. C’était la raison pour laquelle ils n’en avaient acheté que deux, avec quelques cierges magiques, qu’ils prévoyaient de faire brûler ensuite.

- On peut vous en prendre un ? demanda Ellie en les désignant.

- Si vous voulez, vous partez ?

Elle hocha la tête en réponse, et prit un cierge. Puis elle et Crash quittèrent le pied des pistes pour aller un peu plus haut dans la montagne. De là où ils étaient, ils pouvaient apercevoir la montagne où le père de la jeune fille avait disparu. Elle alluma le cierge, qui commença à projeter dans tous les sens des étincelles dorées. Le silence était empli de légers crépitements. Depuis sa courte rencontre avec Ophélia, Ellie avait de nombreuses essayé d’écouter le silence, essayant de deviner un murmure dans la chute des flocons, mais la seule chose qu’elle parvenait à entendre était le vent, lors des tempêtes. Ce n’était pas assez pour être le chant de l’hiver.

- Joyeux Noël, Ellie, dit Crash.

- Joyeux Noël, souffla-t-elle, le regard concentré sur le cierge qui brûlait lentement.

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Bientôt, il fut éteint, et le silence s’abattit sur eux de nouveau.


J'ai tenté des trucs avec la première image, c'est moche, mais c'est à l'image de mes talents de retouche photo x)

Et Joyeux Noël ! *porte*