Les journées passèrent, mais aucune n'étaient semblables. Clio se sentait revivre avec Andreïs à ses côtés. Elle souriait, riait parfois. Cela ne lui était jamais arrivé avant. Elle était heureuse. Oui. Heureuse, avec son ami. Les gens les regardaient, se demandant pourquoi le jeune homme passait-il tout son temps avec cette fille si étrange. Clio préférait se dire qu'ils étaient jaloux.

Les crises étaient de plus en plus fréquentes, comme si la voix voulait l'empêcher d'être avec Andreïs, mais celui l'aidait à les supporter. Il était vraiment l'ami idéal. 

Cependant, depuis quelques temps, son cœur battait plus vite quand il était là, elle souriait quand elle le voyait. Elle ne savait pas ce que signifiait un tel changement.

Un jour, on sonna à la porte. C'était l'une de ces journées où Zeus organisait des collectes de fond. Mais dans ces cas là, personne ne sonnait à la porte. Ce fut donc Clio qui alla ouvrir.

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- Andreïs ? s'exclama la jeune muse. Qu'est-ce que tu fais ici ? 

- J'ai vraiment besoin d'une excuse pour voir ma meilleure amie ? répondit-il innocemment.

Il aurait voulu dire "celle que j'aime", mais il n'y arrivait pas. Depuis le premier jour, il savait que Clio était bien plus pour lui, mais jamais il n'avait osé le lui dire. Que dirait la jeune fille ? Elle le repousserait sans doute. Elle ne le voyait que comme un ami. 

Clio sourit. Il lui sourit en retour. 

Il restèrent là, sous la neige les recouvrant de ses doux flocons, se souriant et se regardant dans les yeux. 

- Oh, on ne va pas rester là toute la journée, finit par dire Clio. Entre ! 

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Les deux amis entrèrent alors dans la cuisine. Il y avait beaucoup de monde, Zeus avait énormément besoin de fonds pour sa campagne. Il était le dirigeant du monde libre, seulement, quelqu'un pourrait lui prendre sa place. 

Le dieu déchu regarda sa fille entrer avec ce jeune homme. Il ne savait qui il était, il ne savait même pas que sa fille avait des amis. il décida de ne pas s'en occuper. Après tout, il ne s'était intéressé à aucune affaire de Clio, pourquoi le serait-il aujourd'hui ? 

Les deux jeunes, eux, ne se souciaient guère du monde présent dans la pièce. Il continuèrent de parler, comme ils le faisaient au lycée.

- C'est beau chez toi, dit Andreïs. 

- C'est petit. Zeus gagne beaucoup d'argent, mais on a pas encore eu le temps d'aggrandir.

- Zeus ? 

- Mon père. 

- Ton père s'appelle Zeus ? Comme... Dans la mythologie grecque ? 

- Peut-être, je ne me suis jamais intéressée à la mythologie grecque.

- Tu devrais, c'est très intéressant. J'ai un livre sur la mythologie grecque, je pourrais te le prêter ! 

Zeus lança à Andreïs un regard noir. Si Clio ne s'était jamais intéressée à la mythologie grecque, c'est parce qu'il ne l'avait pas voulu. Jamais elle ne devait savoir, jamais elle ne devait connaître. Elle comprendrait alors que Zeus, le dieu des Dieux, c'était lui, et elle comprendrait encore plus vite pour Hestia. Et elle n'avait pas besoin de savoir, savoir leurs origines, savoir qu'elle était une muse, non. Elle n'avait pas besoin. Ses pouvoirs se développeraient sans qu'elle n'en prenne conscience, avant de les transmettre à sa fille, et ainsi de suite. Personne n'avait besoin de savoir. 

Puis sa collecte de fond se finit. Il raccompagna ses invités, laissant Andreïs et Clio seuls.

- Clio, je... Je voulais te dire, euh...

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Il se lança sans réfléchir et embrassa celle qui aimait. il attendait cela depuis des semaines, et il en avait assez de réfléchir. Il lui fallait agir. 

Ses lèvres étaient douces et froides. Leur baiser sembla leur durer des heures, tout s'évanouit autour d'eux, plus rien ne comptait à part eux. Pourtant, il ne dura que quelques secondes. Les plus belles secondes de leur vie.

Clio regarda Andreïs. Alors c'était ça ce qu'elle ressentait ? De l'amour ? Qu'il ressentait lui aussi ? Elle n'osait y croire, tout cela n'était qu'un rêve.

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- Clio, je t'aime, et je regrette de ne pas te l'avoir dit plus tôt.

- Je... Moi aussi, bafouilla-t-elle. 

- Et je voulais aussi te demander... commença Andreïs après un silence de cinq minutes pesant et gênant. Est-ce que tu voudrais être ma cavalière pour le bal ?

Clio hésita. Le bal ? Elle n'avait pas prévu d'y aller, tout d'abord parce qu'elle allait être seule et ensuite parce qu'elle était loin d'être populaire et les autres allaient se moquer d'elle. Mais si elle était avec Andreïs... Pourquoi pas ?

- D'accord... Je viendrais, sourit-elle.

- Merci, répondit-il en l'embrassant tendrement. À demain soir alors.

- Oui, à demain. 

Une fois Andreïs parti, ce fut le sourire qui refusa de s'en aller. Elle était heureuse comme jamais. Andreïs l'aimait. Et elle l'aimait. Elle allait aller au bal avec lui, passer la plus belle soirée de sa vie. 

Une robe... Elle n'avait pas de robe ! Elle n'avait pas prévu ! Quelle idiote !

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Elle eut du mal à s'endormir cette nuit-là. Elle ne cessait de repenser à Andreïs, et elle avait peur que ce ne soit qu'un rêve et qu'en se réveillant le lendemain, tout ait disparu. Mais le sommeil finit par avoir raison d'elle. 

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Ce jour-là, le printemps s'éveillait enfin après un long et glacial hiver. Le blanc laissait peu à peu place au vert , les oiseaux revenaient chanter l'appel du printemps, l'air se réchauffait lentement. Monte Vista semblait renaître.

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- Hestia ! 

- Clio ? s'inquiéta la déesse déchue. Que se passe-t-il ? 

- Rien de grave, ce soir c'est le bal du lycée, mais je n'ai rien à me mettre ! Tu aurais une robe à me prêter, s'il-te-plaît ?

- Le bal du lycée ? Tu y vas finalement ? 

- Oui... Je...

La jeune fille ne savait quoi répondre. Hestia ne savait pas pour elle et Andreïs, elle lui avait beaucoup parlé de lui, évidemment, mais jamais elle ne l'avait présenté comme plus qu'un ami.

- Oui, avec Andreïs, répondit-elle si faiblement qu'elle n'était pas sûre qu'Hestia ait entendu.

Mais Hestia avait très bien entendu. Elle sourit, heureuse que sa petite protégée soit enfin heureuse. 

- Je n'ai pas de robe pour toi, mais j'ai gardé toutes les affaires de ta mère, tu trouveras peut-être quelque chose.

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Clio avait cherché longtemps avant de trouver une vieille robe à sa taille. Elle était gênée au départ de porter une robe de sa défunte mère, mais elle se dit finalement que ce serait un bel hommage pour elle que de porter cette robe bleue ciel au bal. Comme ça, elle serait un peu à ses côtés, en quelque sorte. 

- Tu es magnifique, ma petite muse, souffla Hestia.

- Merci, répondit timidement Clio. 

Elle retourna alors mettre ses vêtements quotidiens. Le bal était dans plusieurs heures, autant ne pas user cette si vieille robe. La jeune fille s'enferma alors dans sa chambre pour se préparer correctement. Ce soir, elle allait pour une fois se faire belle.

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La soirée arriva. Hestia n'avait pas revu Clio, mais elle ne préférait pas lui mettre la pression. Ce soir était un grand soir pour elle. Alors la déesse rouge rejoignit Zeus dans le salon.

- Où est Clio ? demanda-t-il.

- Depuis quand tu te soucies d'où elle est ? répliqua froidement Hestia.

- Ne sois pas si hostile, Hestia, bien sûr que je me préoccupe d'elle, elle est...

- Une muse et ton seul espoir de reprendre l'Olympe, le coupa-t-elle sèchement.

Zeus sursauta. Il allait dire que Clio était sa fille, mais Hestia n'était pas dupe. Elle savait parfaitement à quoi Clio pouvait servir.

- Pas si fort, Hestia, elle pourrait t'entendre !

- On devrait lui dire, Zeus... Elle ne peut pas vivre toute sa vie dans le mensonge. Cela ne l'a que trop affectée, regarde dans quel état elle est depuis son enfance ! Si nous ne connaissions pas l'existence des dieux et des pouvoirs occultes, nous l'aurions prise pour une folle ! 

- Tu ne lui diras rien !! s'emporta-t-il.

Hestia se leva de son siège, pour faire face au dieu déchu. Elle le défia du regard durant de longue minute, avant que celui-ci ne dise : 

- Il est l'heure. 

- L'heure de quoi ? 

- Vieillir.

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 En effet, les années avaient passé, longues et monotones, sans qu'une ombre ne se glisse dans le tableau, sans que le moindre indice concernant le traître ne tombe, sans qu'une quelconque amélioration dans la quête de la reprise de l'Olympe ne s'annonce. Aujourd'hui, il était temps de vieillir. Encore... Les dieux ne vieillissaient pas. Il n'aimait pas cela. Savoir que le jour de sa mort s'approchait lui était une idée quasi insoutenable. Qu'allait-il lui arriver en Enfer ? Qu'allait-il arriver devant... Hadès ? Était-ce lui le traître ? Ce fut la tête remplie de questions qu'il souffla ses bougies, pour devenir un homme sénile. 

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Hestia, quant à elle, peignait paisiblement, sans prêter attention à Zeus. Pourquoi prêter attention à cet homme si inhumain ? Comment le roi des dieux pouvait-il être aussi différent des humains qui le vénéraient ? 

Elle peignait alors. Mais elle fut interrompue par un pressentiment, un pincement au cœur. Il se passait quelque chose de maléfique quelque part dehors, elle le sentait, elle en était sûre. Elle laissa tomber son pinceau qui dispersa des gouttes de peinture sur le sol et s'enfuit à l'extérieur de la maisonnée.

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- Hestia ? 

Zeus avait entendu la jeune femme lâcher un cri de désespoir avant de partir en trombe, mais le temps pour lui de se retourner, elle était déjà partie. Il ramassa le pinceau tombé à terre et tourna la tête vers la porte d'entrée. Il se passait quelque chose de grave. Il ne s'était jamais rien passé de spécial hormis les crises de Clio, mais elles étaient si fréquentes que cela était devenu le quotidien du foyer. 

Mais là... Ce soir... Une chose horrible se tramait, sans qu'il ne puisse savoir ce que c'était. 

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Son corps vieux le força à s'asseoir, impuissant face au danger. Malgré les apparences, Zeus n'était pas un lâche. Si le traître était à l'œuvre ce soir, il voulait le battre en face. Seulement les hommes vieillissaient et devenaient aussi faibles qu'un nourrisson, et il n'avait pas fait exception. Le traître le savait, le traître avait tout prévu. Il allait frapper ce soir, là où Zeus ne pouvait le contrer.

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Pendant ce temps, à l'autre bout de la ville, dans la nuit plus sombre que jamais, un jeune homme attendait sa cavalière du bal qui se faisait de plus en plus attendre.

Il dut se rendre à l'évidence. 

Elle ne viendrait pas.