- Debout !

Le poids entier de Dan écrasa la jeune muse désormais réveillée qui s’étouffait, le thorax compressé.

- Dan, mais t’es taré, qu’est-ce qui t’arrive, espèce de demeuré !

- Ça fait beaucoup d’insultes en une seule phrase ça… je suis blessé.

- M’en fous, tu me fais mal, t’es lourd, vire un peu de là, répliqua-t-elle, passablement agacée.

La voilà qui se réveillait de mauvaise humeur pour la journée informative de l’université. Déjà qu’elle avait mal dormi à cause de la piètre qualité du matelas et des étudiants saouls qui étaient rentrés tard et avaient fait un boucan d’enfer.

- C’est ma revanche pour hier, saleté.

Il avait moyennement aimé le fait de devoir rentrer aussi tôt de la soirée et pour se consoler, il avait dû passer le reste de la nuit à jouer au bière-pong dans leur jardin avec les asociaux qui n’avaient pas voulu se mélanger aux autres.

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Elle se leva avec difficultés, lançant en même temps un regard mauvais à son meilleur ami qui ne s’en préoccupa pas, se contentant de lever la tête innocemment en sifflant. Il savait parfaitement qu’elle n’aurait ni la force, ni l’envie de lui en vouloir longtemps. Elle fouilla l’armoire à la recherche de ses vêtements et alla se changer derrière le paravent acheté pour avoir un semblant d’intimité dans cette chambre mixte.

- Bon madame la fille, tu te dépêches ? On est à la bourre, tu sais ?

- Comment ça ? s’étrangla-t-elle, ayant oublié de vérifier l’heure.

- Revanche… se contente de souffler Dan avec un sourire narquois.

- T’es vraiment qu’un gamin Dan, je ne sais même pas pourquoi je continue de traîner avec toi, espèce d’imbécile !

-Ta bave n’atteint pas la blanche colombe que je suis, répliqua-t-il ironiquement.

- Tu vas voir ce que je vais lui faire à la blanche colombe !

Elle déboula du paravent telle une furie, une chaussure en main, prête à taper la première personne qui se trouvait là, à savoir son meilleur ami, qui la suppliant de lui laisser la vie sauve, faisant remarquer au passage et comme unique argument pour sa survie qu’ils étaient déjà bien assez en retard.

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Erato n’avait encore jamais visité le campus, s’étant contentée la veille de sa résidence, celle de l’association féminine et le magasin de meubles bons marchés. C’était un endroit magnifique, un parc pour le moment désert entouré de vieux bâtiments en pierre grise et d’arbres qui commençait à se colorer pour l’automne qui approchait. Ce jour-là, un seul de ces imposants bâtiments intéressait les nouveaux étudiants, celui de l’association étudiante Conners où se trouvaient toutes les informations importantes et surtout les emplois du temps, que tous espéraient légers et bien organisés.

Une fois les emplois du temps récupérés et les plaintes faites par Dan quant au fait de se remettre à étudier après un an passé dans le monde du travail, les deux jeunes adultes se retrouvèrent à passer leur après-midi libre comme ils le pouvaient. Le jeune homme ragea contre les distributeurs qui ne fonctionnaient plus tandis qu’Erato se moquait ouvertement de lui.

- Haha, très drôle, essaye pour voir ! s’emporta-t-il, vexé.

- Pour me ridiculiser ? Non merci, tu le fais très bien tout seul !

Le jeune homme donna un dernier coup de pied dans la machine, furieux d’avoir perdu deux simflouz pour ne finalement pas avoir sa barre chocolatée.

- Je meurs de faim maintenant, se lamenta-t-il. On va au café ?

La jeune muse haussa les épaules, indifférente. Du moment qu’ils n’allaient pas faire la fête ou voir d’autres personnes, tout lui allait.

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Quand ils sortirent du bâtiment, la vie semblait s’être réveillée dans le campus. Le parc central était animé comme jamais, des dizaines et des dizaines d’étudiants profitaient du pâle soleil automnal et de sa chaleur de différentes manières. Certains jouaient au foot-bag tandis que d’autres travaillaient déjà ou jouaient sur leur ordinateur à même le sol. D’autres encore qui étudiaient la communication parlaient de la pluie et du beau temps, ou donnaient des interviews sur la radio de l’université, créant une cacophonie monstre. Il y en avait même un qui menait une petite manifestation contre les emplois du temps trop chargés.

Ils évitèrent cependant de se mêler à cette joyeuse foule, faisant ce qu’ils avaient prévu de faire, soit aller manger au café, Dan était trop affamé. Ils trouvèrent le café non loin de bâtiments de cours, et personne n’avait eu l’envie de s’enfermer prendre un café par ce temps. Parfait. Au moins ils seraient tranquilles.

Ils commandèrent tous deux un café et un beignet et allèrent s’asseoir à la seule place chauffée par le pâle soleil qui s’infiltrait à travers la vitre. Les deux amis parlèrent de longues minutes de tout et de rien, de leurs peurs et craintes quant à cette année à l’université, au diplôme. Erato redoutait de ne pas l’avoir. Si elle ne l’obtenait pas, ces années n’auraient servi à rien. Dan, lui, était plutôt confiant et prévoyait plutôt de sortir et profiter de sa jeunesse qu’il avait mis de côté en acceptant d’aider son amie avec les petits en trouvant un travail.

- Erato ?

Comme la seconde fois où elle avait entendu cette voix, la jeune muse se figea. Pas lui. Tout mais pas lui, pourquoi lui, pourquoi le premier jour ici, pourquoi déjà ? Elle avait espéré, tant espéré, pouvoir passer son séjour à l’université sans le rencontrer, après tout, le campus était immense, retrouver quelqu’un était comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Mais il avait fallu que le destin s’amuse d’elle une nouvelle fois avec une nouvelle coïncidence. Il fréquentait le même café. Et cette fois-ci, elle était accompagnée de Dan. Elle n’osait s’imaginer la suite. Pas avec Dan, non… Par pitié, que quelqu’un l’appelle au loin, qu’il aille le rejoindre, qu’elle puisse s’enfuir de l’autre côté, abandonnant café, beignet et sucrette, et ne plus jamais le revoir, qu’il…

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- Salut ! Je pensais pas te voir aussi vite ici ! s’exclama-t-il, ravi, contrairement à la jeune fille.

Il attrapa une chaise appartenant à une autre table et la glissa sous la table où étaient attablés Dan et Erato. Il appuya sa tête sur ses mains, tout sourire. La jeune fille essaya en vain d’échapper à son regard rieur, ainsi qu’au regard dubitatif de Dan.

- Je, tu… tu la connais ? demanda ce dernier à l’inconnu en gesticulant, incapable de réagir calmement.

Il voulait éclater de rire tant la situation était ridicule. Erato, un garçon, rencontrer. Ces trois mots, dans la même phrase. Improbable. Ce gars-là devait faire erreur, même si peu de filles au nom d’Erato existaient et qu’il était alors impossible de faire la moindre erreur.

- On s’est rencontré une ou deux fois à Hidden Springs, répondit l’autre en souriant.

-Oh…

Le jeune homme comprit alors immédiatement la réaction de son amie, qui refusait d’admettre qu’elle connaissait ce garçon. Elle détestait Hidden Springs, les deux seules fois où elle y était allée s’étaient mal terminées, très mal terminées. Entre sa mère à l’hôpital et sa violente dispute avec son père… Elle qui n’aimait pas rencontrer de nouvelles personnes, ces deux moments-là pour le faire était sans doute les pires. Et malheureusement pour lui, il l’avait rencontrée à ces moments-là. Cependant, Dan décida de tourmenter la jeune muse. Pour une fois qu’elle rencontrait un garçon qui se souvenait d’elle et qui semblait tout heureux de la revoir, il n’allait pas laisser l’occasion lui passer sous le nez. De toute façon, la promesse qu’il avait faite quant au fait d’arrêter de l’embêter au sujet d’avoir un copain avait été brisée lorsqu’elle avait demandé à rentrer plus tôt de la soirée.

- Tu ne m’avais pas dit ça, Erato ! Cachottière, c’est pour ça que tu veux que j’arrête de t’embêter pour avoir un copain !

Elle releva la pique lancée par son ami à la seconde même.

- Ta gueule Dan.

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Elle refusait toujours de regarder Ludovic. Elle lui était reconnaissante pour avoir apporté le sourire sur les lèvres d’Icare et Maïa, mais elle n’arrivait tout de même pas à l’apprécier. Il était trop insouciant, trop spontané, trop curieux, il se mêlait des affaires des autres, et finissait toujours par dire une gaffe, et elle détestait ça. Il était capable de lui ramener de mauvais souvenirs.

- Dan ? Salut, Ludovic, se présenta sommairement l’inconnu en tendant la main.

- Daniel en vérité, mais on m’appelle Dan, rectifia le jeune homme en serrant en retour la main qu’on lui tendait. Alors comme ça tu connais Erato ?

- Connaître est un bien grand mot, elle m’a foncé dessus alors que je regardais paisiblement les fourmis et je l’ai recroisée avec deux petits bouts à la gare.

- Foncé dessus ? releva-t-il avec un sourire.

-Hestia venait de m’appeler, s’expliqua-t-elle simplement, sachant qu’il comprendrait parfaitement.

Décidément, il n’avait vraiment pas eu de chance. Il l’avait rencontrée dans les deux pires moments de sa vie. Il avait encore eu un espoir qu’il l’ait rencontrée pendant les trois mois qu’elle avait passé là-bas, mais il avait fallu qu’il tombe sur elle alors qu’elle venait d’apprendre que sa mère était à l’hôpital.

- Bref, lança Ludovic voyant qu’un malaise se créait. Vous êtes ici depuis combien de temps ?

- Hier.

- Hier ? Et je vous trouve aujourd’hui ? Ça pour une coïncidence !

- Le Destin ! plaisanta Dan en jetant un regard pressant à son amie, qui bouillonnait de plus en plus. Il avait décidé de lui gâcher sa journée cet imbécile.

Les deux garçons discutèrent alors pendant une heure, apprenant à se connaître, tandis qu’Erato n’écoutait que d’une oreille, concentrée sur les nuages cotonneux qui se mouvaient au gré de leurs envies, se formant et déformant en formes plus aléatoires les unes que les autres. Finalement, la rencontre avec Ludovic se passait plutôt bien, grâce à Dan qui le monopolisait. Mais elle n’osait toujours pas imaginer quand elle se retrouverait de nouveau seule avec ce dernier. Elle savait pourquoi il s’intéressait tant à lui, lui parlait autant. Il l’embêterait plus encore.

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Et ce moment ne tarda pas à arriver.

- Eh merde, faut que je file, on se revoit bientôt, hein ? Allez, salut ! Salut Erato !

- Attends !

Elle se leva, la tête baissée, elle n’osait pas la relever vers le jeune homme qui la dévisageait.

- Merci pour avoir fait sourire mon frère, dit-elle simplement.

Ainsi sa dette envers lui était payée. Elle l’avait remercié en bonne et due forme, face à face, avec de vrais mots.

- Mais tu m’as déjà remercié, fit-il remarquer.

- Pas avec des mots. C’est vraiment important pour moi. Alors voilà.

- Eh bien de rien, vraiment désolé d’avoir fait le con, je savais pas pour ta mère. Bon, tchou, je suis à la bourre, ma sœur va me tuer ! dit-il en faisant un signe de la main tout en s’éloignant.

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- Il est pas mal ce Ludovic.

- Dan !

Cela faisait la dixième fois, au moins, qu’il répétait cette phrase, attendant qu’Erato se lance dans la conversation, ce qu’elle ne faisait pas, pour son plus grand malheur. Elle se refusait d’en parler, elle l’avait revu, elle l’avait remercié, elle ne le détestait pas, sans pour autant l’apprécier, elle pouvait le supporter, c’était tout ce qu’il y avait à dire.

- Quoi ? Sans rire, il est plutôt mignon, il est marrant, sympa et il s’intéresse à toi !

- Je m’en fous ! Il ne s’intéresse pas à moi, il m’a juste reconnue.

- Il ne t’a vue que deux fois dans sa vie, pourtant il se souvient de toi.

- Disons que j'ai pas été sympa, j’ai dû le marquer. C’est tout.

Dan fit la moue, pas convaincu du tout.

- Tu sais Erato, je t’ai présenta un sacré paquet de garçons, et je dois avouer qu’une grande partie n’était composée que de gros débiles, mais… mais, laisse-moi finir s’il-te-plaît. Mais ce gars, il a vraiment l’air bien !

- Je l’ai seulement vu deux heures dans ma vie entière ! protesta-t-elle.

- Faut bien commencer quelque part ! Je te rappelle que je me suis auto-proclamé ton ami dix minutes après t’avoir rencontrée et regarde où on en est maintenant !

Pour seule réponse, la jeune fille lui donna un coup de pied dans le tibia, arrachant un cri de douleur à la pauvre victime innocente.

- Tu vois, t’es énervée t’as plus aucun argument ! Et ça fait mal putain !

- J’arrête de te frapper si tu arrêtes.

- Tu crois vraiment me battre à ça ?

- Tu arrêtes, cracha-t-elle avec un regard à glacer le sang, qui ne faisait nullement peur à son ami.

- Jamais. Je lui ai donné ton numéro d’ailleurs.

- Pardon ?!

Mais malgré sa jambe douloureuse, l’agaçant garçon était déjà loin, ayant anticipé la réaction d’Erato qui, rageant, se dirigea vers la résidence, attendant de pied ferme le moment où son ami rentrerait.


Ahh, le truc prévisible. Mais m'en fous c: J'l'aime bien mon Ludovic, alors on le voit, na

Vous nem ♥