Personne n’avait vu Mewann depuis plus de deux jours.

Il avait été difficile de trouver des gens qui le connaissaient plus ou moins, personne ne savait rien sur cet homme qui n’avait décidément aucune famille ni amis proches. Mais à force d’interroger les gens en ville, on avait vite découvert qu’il passait un temps considérable à la réserve naturelle, endroit qu’Aelis avait toujours détesté car infesté de loups. Mais là-bas, personne ne l’avait vu depuis plus de deux jours. Il n’y avait pas emmené Aelis pour lui faire une blague de mauvais goût. Sa maison était désespérément vide et les voisins n’y avait pas vu de lumière depuis plus de deux jours.

Deux jours, deux jours, toujours deux jours, plus aucune nouvelle de lui ou d’Aelis depuis plus de deux jours. Ce n’était en aucun cas une coïncidence, Mewann avait quelque chose à voir avec la disparition d’Aelis, mais il semblait lui aussi avoir disparu.

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- Si je le retrouve, je le tue ! explosa Ludovic quand il passa le palier de la porte. J’aurais dû le tuer bien avant !

- Ludovic, calme-toi… essaya tant bien que mal Erato de le calmer.

Depuis leur arrivée à Hidden Springs, elle n’avait cessé de lui parler doucement et posément, elle en était épuisée, elle aussi avait envie d’hurler sa frustration et sa peine, mais elle ne pouvait s’y résoudre. Ludovic n’avait pas besoin de ça. Personne n’avait besoin de ça, elle non plus, Lewyn non plus.

Mais le jeune homme n’était pas calme, et il n’arriverait sans doute pas à l’être avant plusieurs jours, avant qu’on ne la retrouve même, si on la retrouvait un jour. Agité, il ignorait les bras des canapés qui souhaitaient seulement lui offrir réconfort et quiétude, pour tourner tel un lion en cage, ruminant des paroles inintelligibles entre ses dents, mettant les deux autres jeunes adultes encore plus sur les nerfs.

- Ludovic ! Calme-toi ! finit par s’énerver la muse, agacée de ses vas et viens incessants.

- Comment veux-tu que je me calme, Aelis a disparu ! lui hurla-t-il en retour.

Elle n’aimait pas ça, elle n’aimait pas le ton qu’il employait, elle n’aimait pas le fait qu’il passe sa frustration sur elle et elle s’apprêtait à lui répondre en hurlant elle aussi, avant de se raviser. De toutes les solutions, elle était l’une des pires et des plus inutiles qu’il soit.

- On ne peut rien faire de plus, on a prévenu la police, les gens, on a vérifié à la gare, ses retraits bancaires, tout, maintenant il faut attendre.

Son ton se voulait posé, assuré, mais le faible tremblement trahissait son état. Elle était tout aussi bouleversée que son petit-ami et s’ils continuaient tous de parler de la disparition d’Aelis, elle finirait par bientôt craquer.

- Attendre ?

Un rire incontrôlé s’échappa de sa gorge, un rire fou, qui n’avait pas sa place dans la conversation, mais qui avait tout de même insisté pour apparaître et rendre l’atmosphère plus malsaine encore.

- Ludovic, s’il-te-plaît, allons-nous coucher, on est tous crevés… implora-t-elle au bord des larmes.

- Elle a raison, appuya Lewyn. On ne peut plus rien faire, tout du moins aujourd’hui. On a tous besoin de dormir… un peu.

Comment pouvaient-ils penser à dormir, alors que sa sœur était quelque part dehors, sûrement en danger ? Comment pouvaient-ils croire qu’il pourrait dormir, qu’il pourrait aller se coucher sans l’avoir retrouvée ? Jamais il ne pourrait s’allonger dans son lit, dans cette chambre à côté de celle désormais vide d’Aelis, et se laisser aller, se laisser être déconnecté du monde et de son corps pendant des heures, tandis qu’elle était dehors, à l’attendre. Il ne pouvait pas perdre autant de temps à dormir. Il n’en avait pas le droit, ces heures étaient cruciales, tout pouvait arriver à sa sœur durant ce laps de temps.

Mais ce regard implorant, larmoyant de sa petite-amie, il ne l’avait que rarement vu ainsi, lorsque les problèmes lui imposaient ce regard, elle allait le montrer à Dan, non à lui. Il avait été jaloux qu’elle trouve d’abord du réconfort auprès de son ami plutôt qu’auprès de son petit-ami, mais maintenant qu’il voyait ce visage qui lui déchirait le cœur, il n’arrivait plus à l’être. Il en vint même à plaindre Dan, qui avait dû supporter ce regard tant de fois, sans jamais faillir.

Elle s’inquiétait pour lui, elle n’avait jamais voulu être blessante en lui demandant d’aller se coucher, elle voulait simplement qu’il se calme et qu’il aille mieux. Comment avait-il pu ne pas le voir, comment avait-il pu douter d’elle ? La disparition de sa sœur était en train de le rendre dément.

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La jeune fille posa sa tête sur l’épaule de son amant. D’un mouvement brusque, ce dernier la repoussa sans rien dire et elle non plus ne dit rien. Elle avait l’habitude maintenant, elle se contentait seulement de faire une triste moue en regardant ailleurs, presque rouge de honte d’avoir tenté un mouvement aussi romantique. Elle savait pourtant très bien que Louis n’était pas le genre de garçon à aimer ces actes romantiques qu’il considérait comme niais et stupides. Mais elle avait toujours cet espoir qu’un soir, il changerait et accepterait de poser sa tête contre la sienne, qu’il l’embrasserait tendrement, lui caresserait doucement la joue et lui dirait « je t’aime ». Les choses étaient malheureusement bien différentes du couple de sa grande sœur. Il ne connaissait que la brutalité, celle que l’on choisissait, pas celle que son corps lui faisait subir malgré elle.

Il était même fort probable qu’il ne l’aimât pas, même si elle essayait d’ignorer cette pensée, elle revenait sans cesse dans son esprit. Mais elle l’aimait, elle. Et elle ne saurait mettre fin à cette fatale relation qui ne lui apportait que du mal et l’éloignait de sa famille.

Le jeune homme se leva et s’habilla, avant de se retourner vers l’adolescente qui ne bougeait pas du lit.

- Tu ne t’en vas pas ? demanda-t-il surpris.

D’ordinaire, elle le quittait toujours assez vite, pour éviter qu’elle ne se fasse attraper par sa sœur. Elle n’avait pas réellement le droit de sortir le soir.

- Ma sœur n’est pas là ce soir, expliqua-t-elle brièvement.

- Tu veux rester ?

Elle releva des yeux ahuris sur lui, n’osant croire à ce qu’elle venait d’entendre, craignant une plaisanterie de mauvais goût de sa part, mais il semblait sérieux. Il lui proposait vraiment de rester. Peut-être était-il différent de ce qu’elle pensait. Peut-être aimait-il sa compagnie, après tout.

Elle posa sa tête sur l’oreiller et se laissa porter dans le monde des rêves.

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La pièce était cruellement vide. En temps normal, elle aurait été habitée des rires d’Aelis, des protestations de Ludovic, habitée de sa présence, de son aura. Aujourd’hui elle n’était que hantée de son souvenir. La vue d’autant de vide donnait la nausée à la jeune muse. L’absence d’Aelis en devenait plus réelle. Plus douloureuse aussi.

Ludovic était assis sur le lit de sa sœur, complètement abattu. Trois jours étaient passés et toujours rien, hormis la certitude que Mewann avait quelque chose à voir avec cette mystérieuse disparition. Sa maison était totalement abandonnée, il n’était pas revenu. Et l’idée que ni lui, ni Aelis ne reviennent commençait doucement à naître dans leurs esprits. Et lorsqu’on voulait chasser ses pensées, elles ne bougeaient même pas, leurs racines empoisonnées solidement accrochées à leur boîte crânienne.

Le jeune Vanek faisait tout son possible pour garder son calme. Sa jambe tremblait et frappait le sol sans discontinuer. Ses doigts fébriles passaient et repassaient sur ses paupières. Son ventre se gonflait et se dégonflait trop rapidement. Ses parents rentraient ce soir. Et Aelis n’avait toujours pas été retrouvée.

La muse vint s’asseoir à ses côtés et posa sa tête sur son épaule et il laissa aller sa tête contre la sienne.

- Comment tu vas ? demanda-t-elle calmement.

Quelle question idiote, pensa-t-elle. Il n’allait de toute évidence pas bien. Sa sœur avait disparu. Elle n’osait imaginer dans quel état elle se trouverait si sa propre sœur venait à disparaître.

- Désolée, cette question était stupide, dit-elle avant qu’il n’ait le temps de répondre.

Il resta silencieux et ce silence était désagréablement pesant. Ce n’était pas le silence qu’ils aimaient tant lorsqu’ils allaient se balader ensemble.

- Ludovic, parle-moi… supplia-t-elle d’une voix tremblante.

- Je n’ai rien à dire.

- Tu te souviens quand tu m’as dit que parfois il fallait simplement en parler ?

- J’avais peut-être tort.

Son cœur se serra. Il ne voulait pas se confier à elle comme elle l’avait fait à l’université. Peut-être était-il encore trop tôt, mais elle ne voulait pas le voir devenir comme elle à la mort de Thalye. Elle ne supporterait pas cette vue.

- Viens te balader avec moi.

Elle était persuadée qu’une balade lui ferait du bien. C’était ce qu’il aimait le plus après tout et se retrouver dans les montagnes silencieuses ne lui serait que bénéfique. Il devait quitter ce silence cacophonique qui emplissait son crâne, avant que cela ne le mène à la folie. Il devait s’éloigner de cette chambre trop vide quelques heures, se perdre, puis retrouver son chemin, comme il le faisait toujours quand il s’aventurait sur des chemins inconnus.

Comme il ne réagissait pas, elle s’empara de sa main et l’entraîna jusqu’à l’extérieur, où la pluie incessante continuait de tomber paisiblement, s’étant cependant relativement calmée. Elle n’avait pas pris de parapluie, mais qu’importait, un peu d’eau ne les tuerait pas.

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Dan était furieux, elle pouvait le voir. Elle avait parfois du mal à deviner les émotions des autres, mais le visage déformé de l’adulte ne trompait personne. Il était furieux. Les mains croisées dans le dos, il arpentait la pièce en long et en large, n’accordant pas un regard à l’adolescente, essayant de calmer sa fureur. Quant à elle, elle ne savait pas réellement où se mettre, ni quoi faire, ni quoi dire. Elle l’avait déçu. Elle avait fait une erreur et il était déçu. Il allait lui reprocher quelque chose, et l’abandonner, sans aucun doute. C’était ainsi que fonctionnaient les choses, c’était ce qu’elle craignait le plus depuis son enfance. Si Erato avait su lui pardonner ses erreurs passées, Dan ne le pourrait sans doute pas. Il n’était pas son frère.

- Dan… tenta-t-elle timidement, terrifiée par son attitude.

Il paraissait presque menaçant sous cet angle. Elle avait envie de s’enfuir de cette situation, de courir loin de lui et ses mouvements brusques.

- Comment as-tu pu t’enfuir une nuit et une journée entières sans donner la moindre nouvelle après ce qui est arrivé à Aelis, hein ? demanda-t-il en essayant de réfréner sa colère et son angoisse. Je t’ai crue disparue toi aussi !

Il ne lui avait pas hurlé dessus, mais elle sentait qu’il aurait bien voulu le faire. Il se forçait à se contenir.

- Je sais pas… répondit-elle d’une voix si basse qu’il l’entendait à peine.

Il se pinça le bras, s’empêcha de lui répliquer ce qu’il pensait. Quand il lui fallait expliquer ses actes, la jeune fille ne savait jamais rien. Elle n’avait jamais su pourquoi elle avait frappé sa camarade et son demi-frère, jamais su pourquoi elle avait fugué l’année passée, jamais su pourquoi elle n’avait jamais su. Elle agissait, sans réfléchir, sans jamais réfléchir une seule seconde, puis ne savait pas. Ça l’agaçait. Son comportement l’agaçait. Depuis quelques années, Maïa avait changé, et pas de la bonne manière. Si personne ne la remettait dans le droit chemin, elle finirait par se perdre. Et s’il fallait se montrer dur avec elle, il le ferait.

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Lorsqu’ils rentrèrent deux heures plus tard, totalement trempés mais plus ou moins souriants, une nouvelle voiture était garée dans l’allée, et Erato la reconnut comme étant celle de ses beaux-parents. Ils étaient rentrés et savaient sûrement déjà tout. Elle en fut presque soulagée qu’elle et Ludovic aient été ailleurs à ce moment-là. Mais ce dernier ne l’était pas. Son cœur calmé par la balade recommençait déjà à marteler sa poitrine. Il serra les poings, broyant presque les os de la main d’Erato, qui ne sourcilla pas malgré la douleur.

Ils furent accueillis par une mère en pleurs qui se réfugia immédiatement dans les bras de son fils, comme pour s’assurer que lui était encore là, qu’elle ne l’avait pas perdu lui aussi. Il essaya de la consoler, en vain. Consoler la mère d’un enfant disparu était sans doute la chose la plus impossible au monde. Rien ne pourrait apaiser sa peine, hormis le temps.

Ou le retour de l’enfant.

Mais cet enfant ne reviendrait jamais. Car il ne vivait plus dans ce monde.


Ce chapitre est un peu bordélique, il jongle entre Hidden Springs et Monte Vista, mais l'info principale, c'est que retrouver Aelis va s'avérer très difficile. D'ailleurs où est-elle ? On le découvrira bien assez vite c:

Eh, vous avez vu ? J'ai finalement rajouté le menu musique c: j'y ai mis un peu de temps, de l'épique, de l'emotional, même ce que j'appelle du steampunk. Mais je suis loin d'avoir tout mis, sinon le pauvre menu ferait des kilomètres, c'est pourquoi j'ai mis des liens de chaînes, pour que vous alliez chercher tous seuls comme des grands bouquetins c: