L’enfant avait les mêmes cheveux blonds que sa mère. Si blonds qu’ils paraissaient blancs. Sa peau était tout aussi pâle, si bien qu’on pouvait penser que la pauvre enfant avait passé la nuit dehors et qu’elle était frigorifiée. La seule chose qui contrastait avec toute cette pâleur étaient ses yeux, qu’elle avait hérité de son père, si marrons qu’ils étaient presque noirs. Ses yeux étaient donc la première chose que l’on remarquait chez la bambine d’un an et demi. Son regard était magnifique et elle en était parfaitement consciente, malgré son jeune âge. Elle avait appris à l’utiliser pour obtenir ce qu’elle voulait. Ses yeux étaient sa meilleure arme.

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Les regards vert et marron des deux cousins étaient entremêlés. Sans que personne ne comprît pourquoi, les deux enfants aimaient se regarder ainsi pendant de longues minutes, sans prononcer un seul mot, comme s’ils pouvaient se comprendre par leurs simples regards et expressions du visage.

- Aeson, Clara, le lapin de Pâques est passé ! s’écria la voix de leur grand-mère, Sasha.

De concert, ils rompirent leur contact visuel pour se tourner vers la bonne nouvelle. Dans leurs yeux dansaient désormais des paillettes et leurs sourires s’étendaient au-delà de leurs joues. Ils se levèrent à toute vitesse et titubèrent vers l’extérieur. Dans le jardin, des dizaines de petites formes ovales et colorées dépassaient de l’herbe encore trempée des averses de la veille. Ils échangèrent un regard surpris, fixèrent de nouveau l’extérieur, ébahis. Quand ils étaient arrivés chez leurs grands-parents quelques heures plus tôt, le jardin était vide de tout, sinon d’herbe. Comment ces choses étaient-elles arrivées là, sans qu’ils s’en aperçoivent ?

Leurs parents les habillèrent, tandis qu’ils trépignaient d’impatience, incapables d’attendre d’être chaudement emmitouflés avant de sortir.

Flanqués de leurs petits paniers, ils s’élancèrent à la chasse aux œufs de Pâques. Aeson, plus âgé que sa cousine, était plus rapide. Les jambes de la petite Clara ne la supportaient que depuis quelques mois, et ses pas se faisaient encore parfois hésitants. Mais elle ne se décourageait pas, et ramassait chaque œuf qui se présentait devant elle, avec une petite préférence pour ceux emballé de violet, sa couleur préférée.

Grand enfant qu’il était, Ludovic s’amusait à voler les œufs de son fils devant ses yeux, qui criait ensuite en signe de protestation. Lewyn, lui, participait plus calmement, et plus coopérativement, donnant à sa fille des indices concernant l’endroit où se cachaient les chocolats.

Avec un sourire, Erato regardait la scène. Cela faisait plusieurs mois que la vie était mouvementée, beaucoup trop mouvementée, d’ailleurs, et ce week-end à Hidden Springs avec les enfants et sa belle-famille lui faisait le plus grand bien. Une pause durant laquelle elle pouvait s’éloigner de ses responsabilités, une pause durant laquelle elle pouvait profiter du temps présent et de sa vie de famille.

Maïa avait été jugée irresponsable, au vu de se troubles mentaux. Et il n’existait qu’un seul endroit où les personnes irresponsables allaient. Contrairement à ce qu’Erato avait pu penser, Maïa s’y était laissée aller facilement. Sa maladie ne la rendait pas stupide, elle savait que l’hôpital psychiatrique pouvait la guérir.

Ce fût Erato qui eut le plus de mal à accepter cette idée. C’était un domaine qu’elle ne connaissait que trop peu, et elle ne pouvait s’empêcher d’avoir tout un tas d’apriori. Mais cela faisait six mois qu’elle s’y trouvait maintenant, et sa petite sœur semblait aller mieux, malgré certains moments difficiles, comme ce jour où elle avait expliqué pourquoi elle en était arrivée à là.

- Il me tirait vers le bas, il l’a toujours fait et il, il… avait-elle sangloté, au bord de l’hystérie. Je l’ai entraîné dans ma chute, mais lui n’a pas survécu, ce n’est pas ma faute, pas ma faute, Erato, je n’ai pas fait exprès !

La muse avait cru revoir Maïa, âgée d’une dizaine d’année seulement, se débattant avec elle-même pour trouver une explication, se convaincre qu’elle n’était pas fautive, ni folle. Elle avait beau avoir dix-huit ans maintenant, elle était toujours cette enfant sans repère, constamment en train d’ignorer ce terrible combat en elle. Sa relation avec Louis n’avait fait que tout empirer. Il avait fait ressortir ce trouble dont Maïa souffrait, l’avait poussée à ne plus le combattre, et elle s’était laissée convaincre, abandonnant, le laissant prendre le contrôle.

Elle n’aurait jamais dû laisser sa petite sœur quitter la maison. Mais qu’aurait-elle pu faire contre une toute jeune adulte assoiffée d’indépendance ?

Ce drame aurait pu être évité, Erato le savait. Si elle avait remarqué les problèmes dont souffrait Maïa, si elle l’avait empêchée de côtoyer Louis trop souvent en instaurant un couvre-feu plus strict, si elle ne l’avait pas laissée quitter la maison, si…

Si elle n’était pas partie sous le coup de la colère, laissant mourir sa mère.

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[le format de cette photo est différent parce que quand je l'ai prise, j'ai pas fait gaffe que ma fenêtre de jeu était carrée voilà voilà, pas fait exprès]

C’était elle. Elle-même était à l’origine de tous ses problèmes. Si elle n’avait pas été cette adolescente stupide et égoïste et qu’elle n’avait pas laissé sa mère seule... Ce n’était pas le divorce qui avait détruit sa famille, mais bien elle, Erato, la muse, l’aînée, celle qu’on croyait sage et avisée.

Cette révélation l’avait bouleversée au plus haut point. Elle avait passé des jours entiers à se morfondre, incapable de se remettre d’évènements survenus douze ans plus tôt. Ludovic n’avait pas réussi à la raisonner, et même Dan, celui qui l’avait aidée à tout surmonter au moment des faits n’y était pas parvenu. Ce fut Aeson, pas encore âgé de deux ans à ce moment-là, qui l’aida. Il lui fit comprendre, à sa façon, que lui, avait besoin d’elle, avait besoin de sa maman et que tout n’était pas perdu. Il était là, lui, si jeune et innocent et elle s’était alors promis qu’elle ne raterait rien, avec lui, qu’elle serait toujours là et qu’elle ne laisserait aucun problème l’atteindre.

Les problèmes continuaient de l’atteindre, elle, cependant. Leur père n’était jamais allé voir Maïa depuis son internement, pas une seule fois, et ça, Erato ne pouvait le supporter.

- Tu n’as pas le droit de lui en vouloir, lui avait alors dit Icare un jour. Ce n’est pas facile pour lui.

- Tu crois que c’est simple pour moi ? avait-elle rétorqué froidement en croisant les bras contre sa poitrine.

- Non, ça ne l’est pour personne, avait-il répondu calmement, refusant de s’énerver. Mais tout le monde n’a pas ta force de caractère. Tu es forte, Erato, sois en consciente et Papa ne l’est pas. Tu le sais parfaitement.

- Il n’a même pas appelé pour avoir de ses nouvelles. Rien, comme si elle n’existait pas.

- Elle a fait la même chose avec lui pendant des années. C’est elle qui a totalement coupé les ponts, pas lui. Je sais qu’il a fait des erreurs, mais ne le tiens pas responsable de tout.

Non. Car elle était la responsable. Elle l’avait compris à présent, mais son père ne l’avait pas aidée lorsqu’il avait caché la mort de Thalye aux petits.

- Il faudrait vraiment que tu lui pardonnes, un jour. Ça fait onze ans, passe à autre chose.

Et il était parti, laissant ses paroles tranchantes toucher Erato en plein cœur. Onze ans qu’elle en voulait à son père, sans jamais lui pardonner, le privant de ses enfants et de son petit-fils. Icare l’avait pardonné depuis de nombreuses années, mais malgré leur différence d’âge, il était évident que le jeune homme savait se montrer beaucoup plus mature que sa sœur aînée.

Depuis, elle n’avait toujours pas trouvé la force de pardonner son père. Elle lui en voulait depuis tant d’années, c’était devenu comme une habitude désormais, une mauvaise habitude. Icare évitait d’en parler, et s’était éloigné d’elle, encore plus depuis la mort de Dog, après quoi il avait trouvé consolation auprès de Théa, cette fille qu’il avait rencontré par hasard. La vie retrouvait un équilibre, mais rien ne pouvait être comme avant. Pas après un tel drame, pas après un meurtre.

Alors elle était heureuse de pouvoir passer tranquillement quelques jours chez sa belle-famille.

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- Regarde maman, tout ce que j’ai trouvé ! se vanta Aeson en courant vers elle, son petit panier tendu vers elle pour qu’elle puisse bien voir.

Il avait la même innocence qu’Icare avait lorsqu’il n’était encore qu’un bambin. Bientôt, son fils aurait le même âge que son frère quand leur mère était morte et qu’elle l’avait élevé. Icare avait si peu connu Thalye, réalisa-t-elle. Au bord des larmes, elle prit le petit dans ses bras et le serra tout contre elle avec un triste sourire.

- Maman, t’aime ! s’écria-t-il en répondant à son étreinte. Je peux manger un chocolat ? demanda-t-il ensuite.

Elle hocha la tête, et assis sur ses genoux, il s’empara d’un œuf, en déchira l’emballage et le goba, avant d’offrir un sourire chocolaté à sa mère.

Puis il se remit sur ses petites jambes, tandis que Clara arrivait à son tour, munie de son panier, suivie de son père et son oncle.

On s’intéressa alors sur ce qu’elle avait trouvé, s’extasiant pour lui faire plaisir, et le temps de quelques secondes, Aeson échappa à toute surveillance.

Il avait toujours été fasciné par l’eau. On pouvait la trouver dans tellement d’endroits différents, elle était tellement changeante. Celle qui arrivait des canalisations à la maison était bonne, parfois glaciale, parfois brûlante, on pouvait choisir. Celle qu’il pouvait voir depuis la colline où il allait se promener avec sa mère s’étendait à l’infini, et était sans cesse en mouvement. Celle qui se trouvait ce jour-là chez ses grands-parents bougeait peu. C’était comme son bain, mais en beaucoup plus grand.

Ce fut le bruit de l’enfant tombant à l’eau qui ramena les adultes à la réalité. Quand Erato compris, elle se précipita vers la piscine, mais Ludovic fut plus rapide et c’est lui qui repêcha son fils. Le bambin était tremblant, de froid et de peur, trempé jusqu’aux os et pleurant toutes les larmes de son corps sous le choc, mais il allait bien. Il venait d’échapper de peu à la noyade.

Son père l’emmena à l’intérieur, tandis que tous autour de lui paniquait.

- Ne vous inquiétez pas, il va bien, il va bien, leur disait Ludovic.

On l’enroula dans des serviettes, frictionna ses cheveux mouillés, lui murmura de douces paroles pour le calmer, et bientôt ses tremblements incontrôlés s’estompèrent peu à peu, et ses dents cessèrent de claquer. Il avait eu plus de peur que de mal et heureusement, car Erato n’aurait pu supporter une nouvelle tragédie. Mais même sachant son enfant sain et sauf, la jeune mère avait éclaté en sanglots. Elle venait de briser sa promesse. Elle ratait tout avec lui aussi. Elle n’avait su le garder loin du danger. Et si personne ne l’avait entendu tomber…

Combien de temps avant qu’un véritable malheur ne lui arrive, avec elle comme mère ?


Eeeeet le voilà, le chapitre que j'ai cru ne jamais finir à temps, et dernier avant un peu plus d'un mois :')

Le nano a commencé, depuis le 1er, comme c'était prévu, et au moment où j'écris ça, à la fin du troisième jour (parce que oui, je prépare mes chapitres la veille à 23h, parce que je suis sans arrête à la bourre), j'en suis à 7 000 mots d'écrits, ce qui est pas mal, j'ai plus d'un jour d'avance, je suis bien contente, et j'ai vraiment hâte de vous faire lire *^*

En attendant, ça signifie que le prochain chapitre sera en décembre, je n'avance encore rien au niveau de la date, de peur de donner de faux espoirs.

Sur ce, tschüss, vous allez me manquer pendant un mois ;_;