Rien que le vide, autour d’elle, le vide, rien d’autre, pourquoi, le chemin s’était pourtant élargi ces derniers jours, que se passait-il ?

Elle était incapable d’avancer, le vide la bloquait, elle aurait voulu reculer, retourner en arrière, avant que tout commence, quand tout allait bien, mais c’était impossible, après chacun de ses pas, le chemin s’effaçait. Il n’y avait rien derrière elle. Elle était obligée d’avancer.

Mais elle ne le pouvait plus. A moins que…

Devant elle, dans le vide, se dressa une petite plateforme. Pour l’atteindre, il lui fallait sauter. Prendre son élan, oser faire le saut. Elle ne le voulait pas. Elle ne pouvait pas faire un tel bond, elle avait bien trop peur, elle était bloquée, condamnée à rester là.

Elle s’écroula à terre, commença à pleurer, anéantie.

Pourtant, le chemin s’était élargi…

- Euterpe ! Euterpe !

Elle se réveilla en sursaut. Il n’y avait plus le chemin étroit. Elle était dans un lit. Ce n’était qu’un cauchemar. Son cauchemar. Mais dans la réalité, elle n’allait pas tomber.

Il lui fallut un peu de temps avant de se souvenir de l’endroit où elle était. Elle avait eu énormément de mal à s’endormir, elle n’était pas habituée à dormir en si haute altitude, et c’était sans doute la raison de son cauchemar. Elle posa une main sur son front où le sang tambourinait et le trouva couvert de sueur.

- Euterpe, ça va ?

Les yeux de la muse s’accommodèrent à l’obscurité ambiante et elle distingua Ellie penchée sur elle, le visage apparemment inquiet.

- Hum, oui, juste un cauchemar, répondit-elle d’une voix rauque. Il est quelle heure ?

- Presque deux heures du matin. J’allais observer les étoiles, tu veux venir ? Ça te changerait les idées.

Euterpe accepta et attrapa ses lunettes qu’elle avait posé par terre pour la nuit, avant de suivre Ellie dehors. Ça faisait si longtemps qu’elle n’était pas allée observer les étoiles. Elle n’aimait plus vraiment le faire depuis que sa dépression s’était aggravée. Des mauvais souvenirs dont elle n’avait pas besoin revenaient à la vue de la mer étoilée.

L’air était frais à l’extérieur et Euterpe frissonna violemment, surprise. Devant elle, Ellie cherchait le coin parfait où s’allonger.

- Tu viens ? appela-t-elle en s’installant.

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La muse se posa à ses côtés et releva enfin son regard. Il fut immédiatement perdu parmi les centaines d’astres plus ou moins lumineux. Ils étaient encore plus nombreux que durant son enfance. Bientôt, ils seraient tellement nombreux que la nuit ne serait plus noire, mais blanche.

Les souvenirs défilaient devant ses yeux, l’empêchant d’apprécier correctement le spectacle. Elle les ferma. Les souvenirs n’en eurent rien à faire. Des paupières closes ne leur faisaient pas peur. Les larmes coulèrent, silencieusement, tandis qu’à côté d’elle, Ellie souriait et s’extasiait devant la beauté de la nuit.

Mais la nuit n’était plus belle pour Euterpe. La nuit était triste, tandis qu’elle lui rappelait sa mère, qui aimait marcher sur la colline. 

[On the nature of daylight]

L’enfant marchait derrière sa mère, faisant particulièrement attention où elle mettait les pieds et à ne pas perdre sa mère de vue, dans le noir complet dans lequel ils avançaient, quand bien même son ami lui tenait la main pour ne pas qu’elle se perde.

Bientôt, le chemin qu’ils empruntaient redevint plat et les petites jambes de l’enfant trouvèrent enfin du repos. Elle les regardait, essoufflée, jusqu’à ce que sa mère se penche vers elle et lui murmure :

- Erato, il ne faut pas regarder par terre, lève la tête.

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Elle fut instantanément perdue dans des milliers d’étoiles. Il n’y avait rien autour d’elle, si bien que le ciel constellé d’astres semblait les envelopper de ses bras sombres. Ils semblaient nager dans cette mer étoilée.

Dan lâcha un cri d’admiration. C’était la première fois qu’il venait ici la nuit. Thalye avait choisi ce soir clair et sans nuage exprès pour qu’il puisse voir toute la beauté de la colline. Elle était si amusée qu’elle en avait presque rit. Mais Thalye ne riait plus alors elle avait souri. Et pour Erato, c’était suffisant. Puis tout s’effaça. Tout ça n’était que du passé. Il n’y avait plus Thalye et son sourire. Il n’y avait plus d’enfants innocents et leur admiration. Il n’y avait même pas d’étoiles. Elles étaient cachées par de denses nuages.

Les larmes qu’elle refoulait depuis le début de la soirée trouvèrent un chemin vers le coin de ses yeux. Elle n’eut même pas la force de les contenir. Elles roulèrent le long de ses jours. Dan l’enveloppa dans ses bras.

- Je suis désolé, dit-il simplement.

Pourquoi les étoiles devaient-elles se cacher ce soir ? Pourquoi ces nuages les empêchaient-ils de voir Thalye ? Erato avait besoin de la voir. Comme toujours quand les choses allaient mal. Et là, les choses allaient vraiment mal. Jamais il n’avait vu son amie comme ça. Elle était au bord du néant. A deux doigts de sauter.

- Erato !

Elle s’était libérée de son étreinte et avait commencé à s’avancer vers la falaise, le regard perdu dans le vide devant elle. A l’entende de son nom, elle s’arrêta. S’effondra en sanglots.

- Erato !

Il la rattrapa avant qu’elle ne puisse se laisser tomber lourdement au sol et la serra le plus fort qu’il le put, enfouissant sa tête dans le creux de son épaule. Elle était tellement amorphe qu’elle ne passa pas ses bras dans le dos de son meilleur ami. Elle les laissait balloter le long de son corps secoué de sanglots.

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- Je peux plus, Dan… Je peux… Je suis désolée… renifla-t-elle.

Il lui caressa les cheveux, tentant de l’apaiser, refoulant ses propres larmes. Erato avait toujours été si forte, elle avait toujours fait face aux difficultés avec bravoure, parfois avec son aide, mais il avait toujours été convaincu qu’elle n’avait jamais vraiment eu besoin de lui. Mais cette fois-ci… Cette fois-ci, elle ne semblait pas y faire face. Elle avait tout traversé, le divorce de ses parents, la mort de sa mère, elle avait dû élever seule son frère et sa sœur, elle avait vu sa belle-sœur disparaître sans laisser de trace, sa sœur tuer quelqu’un, elle avait beaucoup trop vécu, trop survécu, tout ce qu’elle avait demandé, c’était finir sa vie tranquillement, entourée de sa famille, mais voilà que sa famille une fois de plus s’était déchirée.

Aeson.

Pourquoi avait-il fait ça ? Il n’était pas fautif, non, mais pourquoi ? Pourquoi une telle chose était-elle arrivée ? C’était le drame de trop, celui dont Erato ne se remettrait pas.

Dan releva la tête. Il n’y avait toujours pas une étoile en vue.

- Viens, on rentre à la maison.

Au loin, le phare porta sa lumière sur eux tandis qu’ils tournaient le dos à la colline pour la dernière fois.

- A quoi tu penses ?

 

La voix d’Ellie arracha Euterpe à sa contemplation des étoiles. Elle remarqua qu’elle était au bord des larmes, et qu’elle ne voulait vraiment pas pleurer devant Ellie. Elle n’avait pas envie de lui parler de ça.

- A rien. Je pense jamais à rien quand je regarde les étoiles.

 

Ludovic était parti depuis plus d’une heure, alerté par l’absence de sa compagne et son meilleur ami depuis la veille, quand ils arrivèrent. Euterpe les attendait. Elle savait qu’ils viendraient, elle s’en doutait, et son père aussi s’en doutait, mais il n’avait pas voulu l’accepter, alors il était parti stupidement à leur recherche.

 

- C’est bizarre mais… j’ai l’impression, enfin, c’est sûrement bête, mais on dirait qu’il y en a plus qu’avant. Depuis quelques années. T’as pas remarqué ?

- Non, souffla la muse si bas qu’Ellie l’avait à peine entendue.

- Alors c’est peut-être moi qui rêve.

 

Elle avait su rien qu’en regardant les étoiles. Au plein cœur de la nuit, elle était allée vérifier les étoiles. Et elle les avait vues. Des centaines de nouvelles. Elle avait fermé les yeux et une larme silencieuse s’était échappée de ses paupières closes. Puis elle avait attrapé son violon et avait joué, y mettant toute sa tristesse.

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Ludovic aussi avait compris. Il avait vu les étoiles également, mais il n’avait pas voulu y croire, disant que c’était simplement une nuit claire et dégagée, comme on n’en avait jamais vu, refusant de croire que la simple multiplication des étoiles était dû à la mort de sa femme. Alors au matin, il avait pris sa voiture pour la chercher à travers la ville.

Quand bien même c’était inutile.

Euterpe n’avait pas bougé. Ils allaient arriver.

- Sommes-nous bien chez Ludovic Vanek ?

Du haut de ses dix-sept ans, Euterpe darda son regard sur l’homme et la femme qui lui faisaient face. Habillés de bleu, une casquette de la même couleur sur le haut de leur crane, une ceinture où pendaient multitude d’objets, ils attendaient, un peu nerveux, une réponse de la part de la jeune fille.

Cette dernière hocha doucement la tête, puis ajouta :

- Il n’est pas là pour le moment. Mais il ne devrait pas tarder, si vous voulez l’attendre.

Elle ne savait pas très bien accueillir, alors elle les conduisit dans le salon, où elle leur demanda s’ils souhaitaient boire quelque chose. Quand ils répondirent qu’ils n’avaient besoin de rien, elle s’installa au piano et joua. Ils ne lui avaient pas encore dit ce pourquoi ils étaient venus, mais elle savait, et elle jouait en réponse. Jouait son air le plus triste.

Gênés, les policiers ne cessaient de se replacer dans le canapé, se regardant. Puis la mélodie stoppa.

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- Elle est morte comment ?

L’adolescente avait arrêté de jouer et observait le sol, se triturant les mains. De l’autre côté de la pièce, les policiers ne savaient que répondre.

- Euh, je… Pardon ? essaya la femme.

- Ma mère. Comment elle est morte ?

- Comment savez-vous ?

- Je suis pas stupide. Elle était au bord du gouffre, elle a disparu hier soir et maintenant deux policiers sont dans mon salon. Elle…

Ils furent sauvés par le claquement de la porte d’entrée, précédé par un souffle long et profond, un souffle de désespoir.

- Papa ?

Euterpe se leva avant les deux autres, ne voulant causer un trop choc à son père. Il faudrait faire très attention à comment annoncer une telle chose, même s’il le savait déjà.

- Papa, il y a… des gens… qui veulent te voir et te parler, de quelque chose.

Ludovic n’avait vraiment pas la tête à ça. Il ne savait pas où se trouvait sa femme, il ne l’avait pas trouvée où il avait pensé la trouver, et elle ne répondait pas à son téléphone. Dan non plus.

Il garda son calme, quand on lui annonça que les corps d’Erato et Dan avaient été retrouvés dans la voiture accidentée de ce dernier. Les causes de l’accident n’étaient pas sûres, aucune autre voiture n’avait été impliquée, il semblerait tout simplement qu’il eut perdu le contrôle sur son véhicule et foncé droit dans le fossé. Il garda son calme, se murant dans le silence, pensif. Euterpe, elle, le regardait, observait sa réaction. Elle ne pleurait pas. Elle savait depuis des heures. Elle avait déjà pleuré à travers sa musique. Elle le ferait pendant plusieurs jours, sans doute.

Puis son père congédia les policiers. Tout irait bien. Il n’avait plus besoin de leurs services.

Ce fut quand la porte d’entrée se referma qu’il craqua.

- Merde !

- Papa…

- Il l’a tuée ! Il… Bordel de merde, il… Ce n’était pas un accident, il s’est suicidé, et il l’a emportée !

- Papa…

- Il n’avait pas le droit, il…

Il tremblait. Violemment. Les sanglots qu’il avait refoulés lui obstruaient la gorge, il peinait à respirer correctement, il ne tenait pas en place, nerveux.

- Papa, calme toi ! hurla sa fille, paniquée.

Il se calma, cessa de bouger dans tous les sens pour faire face à Euterpe. Il remarqua son regard, qu’elle dardait sur lui, désemparée, comme si elle ne le reconnaissait plus. Son souffle tremblait, ses lèvres sursautaient, puis il laissa les sanglots l’assaillir. Il ne voulait pas pleurer devant sa fille, mais la pression était trop forte. Erato était morte. Dan était mort. Cette fois-ci, elle ne s’était pas relevée quand la vie l’avait frappée. Dan n’avait rien pu faire. Il n’avait rien pu faire. Il l’avait regardée sombrer peu à peu, et il n’avait rien fait.

~*~

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Devant lui, sous la lumière de ses phares, la route semblait s’étendre à l’infini, seule au monde. Il n’y avait rien à côté d’eux, pas de voiture arrivant en face, pas d’arbres pour décorer le chemin, pas de maison sur les côtés, rien. Seulement la route, et eux.

A ses côté, Erato regardait d’un regard vide, mort, la route. Peut-être pensait-elle qu’elle ne les mènerait nulle part, tout comme cette vie.

Elle ne les mènerait nulle part.

Ils n’allaient plus nulle part à présent. Il n’y avait plus rien pour eux, maintenant.

Il attrapa la main de celle qui avait été sa meilleure amie depuis son enfance. Ils avaient tout vécu ensemble, tout fait, elle était la femme de sa vie. Il l’avait aimée, pas de cet amour que tout le monde attendait de lui, mais d’un amour plus fort encore. Il l’avait aimée dès le premier jour.

- Je t’aime.

Elle tourna la tête vers lui. Un mince sourire était apparu sur ses lèvres.

- Je t’aime aussi.

Puis elle hocha la tête.

Puis le noir.

Euterpe hurla.


...

...

...

...

...

:O

*flies away*

*comes back*

Je reviens pour vous parler de mon rythme d'écriture. J'ai très peu de temps pour écrire et m'occuper des photos en ce moment, les cours et les devoirs me prennent un temps fou, parfois je n'ai même pas le temps d'allumer mon ordi en dehors des cours, en plus de ça, faut que je m'occupe de mon appart, histoire de vivre dans un environnement sain, tout de même, et j'essaye d'avoir une vie sociale qui ressemble à quelque chose aussi... Traduction : c cho.

Donc on reste sur du une semaine sur deux, pour le moment, car je n'aurais sans doute pas le temps de choper de l'avance avant novembre, pendant le nano (et je me demande même si je vais parvenir à faire cette chose, parce que j'ai vraiment, vraiment pas le time ._.). Mais je ne me laisse pas abattre o/

J'ai d'ailleurs màjé par chez Aelis, c'est ici : http://maeleo39.wixsite.com/ledesequilibre/d-chapitre-8

Tschüss !